‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 5)Chapitre 13 sur 59 · LA DORURE CHIMIQUE · texte numérisé non relu

LA DORURE CHIMIQUE

On a dit souvent que la sagesse et le génie de la création se manifestent avec autant d'évidence dans ieè faits les plus humbles du monde physique que dans les plus imposants phénomènes dont la nature étale à nos yeux b magnificence et Téclat. La structure intime du germe contenu dans un fruit, Tadmirable disposition des yeux microscopiques de certains insectes, les premiers linéaments de la vie apparaissant au sein de la trame végétale, toutes ces actions presque invisibles qui s'accomplissent dans un espace inappréciable à nos sens, révèlent avec autant de force la prévision infinie de la nature que le brillant aspect de nos campagnes décorées des riches présents de Dieu. Cette pensée ne perd rien de sa justesse, transportée dans le domaine des sciences. Pour comprendre toute la valeur des sciences modernes, il n'est pas nécessaire d'invoquer leurs plus imposantes créations. Ni la locomotive ardente courant au fond de nos vallées, ni le navire immense se jouant sur les flots, grâce à la secrète impulsion de la vapeur, ni ces machines admirables, où la force d'un seul homme, appliquée au bout d'un levier, se trouve^ par les combinaisons infinies de la mécanique, centuplée à l'autre

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extrémité, aucuQ de ces grands spectacles si justement admirés n'est nécessaire au but dont nous parlons. Pourde- Tioer toute la portée future des inventions de notre époque, il suffit de jeter les yeux sur une plaque métallique de quelques centimètres, sur une lame d'argent portant ane empreinte daguerrienne, ou sur une épreuve de cuivre gadvanoplastique. La science qui, dans un instant indivisible, a su imprimer sur une surface inerte cette merveiliease image des objets qui nous entourent ; celle qui, par l'action obscure et insaisissable d'un courant électrique, a plié le métal rebelle à tous les caprices, à toutes les fantaisies de la volonté, est évidemment destinée à accomplir on jour des prodiges dont tous les progrès réalisés aujourd'hui seraient impuissants à nous fournir la mesure. La galvanoplastie est en effet, de toutes nos inventions, celle qui prépare à l'avenir les plus singuliers, les plus étonnants résultats. Dans un temps plus ou moins prochain^ elle menace les formes et les procédés actuels de l'industrie de perturbations profondes. Par elle, la pile voltaîque, descendue du laboratoire du savant, est venue s'asseoir dans l'atelier, et les procédés scientifiques ont trouvé leur place dans les opérations des arts. Le rôle de la pile, comme agent de l'industrie, est destiné à acquérir t6t ou tard une importance infiniment plus sérieuse, et le moment n'est peut-être pas trùs-éloigné où les courants électriques et les traitements par les réactifs remplaceront, dans nos usines, les grandes opérations par le feu. Alors les ateliers de la métallurgie présenteront un spectacle extraordinaire. Au lieu de ces foyers immenses qui dressent éternellement vers le ciel leurs tourbillons enflammés, un instrument presque informe, composé de l'assemblage de deux métaux sans valeur, accomplira les mêmes opérations sans dépense, sans bruit, sans appareil visible. Au lieu de ces bruyantes armées d'ouvriers (\v\\ tf v

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gitentjourel nuit dans une fournaise ardente, consuroéi par le feu, noircis par la fumée, livrés aux labeurs les pim rudes, on verra, dans une série de beaux laboratoires, une légion de tranquilles opérateurs s'appliquer à manier en silence les appareils d'électricité, et soumettre les miDerais et les métaux au jeu varié des affinités chimiques.

Cette pensée paraîtra sans doute à bien des lecteurs empreinte d'une singulière exagération. C'est qu'en eflètli galvanoplastie est encore parmi nous assez peu connue. D nous suffira donc, pour justifier notre pensée, de décrire ses procédés, l'état présent de cet art nouveau, et les applications qu'il a reçues. On comprendra, d'après les résultats obtenus aujourd'hui, ce que l'avenir peut attendre de cette nouvelle et brillante application des travaux scientifiques de notre époque.

On donne le nom de galvanoplastie à un ensemble de moyens qui permettent de précipiter sur un objet par l'action d'un courant galvanique, un métal en dissolution dans un liquide, de manière à former à la surface de cet objet une couche continue qui représente exactement tous les détails de l'original.

Les opérations galvanoplastiques permettent de reproduire les médailles, les monnaies, les sceaux, les cachets, les timbres, les bas-reliefs et les statues. Les chefs-d'œuvre de la sculpture, reproduits à peu de frais, peuvent ainsi devenir populaires, cl, multipliés indéfiniment, braver les injures du temps et les atteintes des hommes. La galvanoplastie est donc à la sculpture ce que l'imprimerie est à la pensée humaine. Elle peut encore multiplier à volonté une planche de cuivre gravée, et rendre ainsi éternel le type primitif sorti des mains de l'artiste. Elle est en mesure d'apporter de sérieux perfectionnements à l'art déjà si avancé de la typographie : elle donne le moyen de fabri-

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quer des moules pour la fonte des caractères d'imprimerie et même des caractères pour Timpression. Dans une sphère différente, la galvanoplastie vient en aide aux besoins de la vie, en recouvrant, par des procédés simples et peu coûteux, nos ustensiles domestiques d'une couche protectrice d'un métal inaltérable, comme Tor, le platine ou l'argent. EnGn, se prêtant à tous les caprices de Tari, elle permet de reproduire en cuivre les moules obtenus avec toute espèce d'objets naturels, tels que des fruits, des végétaux, des parties d'organes empruqtéesaux animaux ouaux plantes. Tels sont, en quelques mots, les principaux objets qui forment le domaine de la galvanoplastie. Essayons maintenant d'exposer les recherches qui ont amené la création de cet art nouveau; nous ferons connaître ensuite les principes scientifiques qui lui servent de base, et les applications principales qu'il a trouvées jusqu'à ce jour dans la pratique des arts.

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