‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 5)Chapitre 20 sur 59 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

R<^nMiaftk« d» couleari par le djiguerréotype. — Expériêiu^ é M. EdiiKiid aec^uereL — Recherches de M. Niepce de SaintYktDr. ~ M. HiU et 5a prélendiie découTerte de la reproduction photngëniqiie des cottlears.

Nous venons de présenter l'histoire de la photographie, dVxjHvsier ses perfectionnements successifs et d'indiquer Si^n état présent. Est-il nécessaire d'ajouter que, pour clore la série de ces créations remarquables, uu dernier pas rt*ste à franchir? Tous nos lecteurs l'ont dit avant mxis, car c'est là le problème que Pimpatience des gens du n^onde ne cesse de poser à la sagacité des savants: il restée reproduire les couleurs. Aux produits déjà si me^ willeux de Tappareil de Daguerre, à ces images d'une si admirable délicatesse* d'une fidélité si parfaite, il faut ajouter le charme du coloris: il faut que le ciel, les eaux.

PlIOTOOnAMItE. ît»

bllure inanimée ou vivanlA, puissent s'imprimer

• nos yeux on ronsppvant la richesse, la variélé, l'har-

e de Icur^^ leinles. L'sclion de la luniîi^re uous donne

■dTiui dfs dessins, il Taul que ces dessins devien-

II lies tiibleaiix. Mais, avanl (nul, le fait est-i] réalisable

lia reprotUicliuii spoulanéc des eouleurs ne dépasse-

B point la limite des moyens dont la science dispose

« jours ?

ilTon eâ(, il y a quelques années, adressé celte qnesafc nn savant initié aiix |ni«; générales de l'optique, il lAI guère hésité h condamner une (elle espérance. Kea n'autorise, aurait-il dit, rien ne justifie l'espoir de Ecr un jour les images de la chambre obscure en conserill leurs teintes naturelles ; aucune des nations que nous kiiKocquises sur les propriétés et les aptitudes de l'agent a^eax n'a encore dévoilé aucun phénomène de cet ïlJre. On comprend, au point de vue théorique, l'inven- Da (le Daguerre et le parti qu'on en a (iré. Il a suffî. EMir «avenir Ih, de trouver unesuhsuince qui, au contact ta rayons lumineuit, passât du blanc au noirou du noirau taoc. Il n'y avait dans cette action rien de Irf'S-surprenant n lin de compte, rien qui ne fût en harmonie avec les ils qne l'opdque nous enseigne ; mais de là à l'inipres- «R spontanée des couleurs il y a véritablenicnt lou( un londe de diftlcullés insurmon(nbIes. Hemarquez, en Feti itu'il s'agit de trouver une substance, une même sub- !oiue qui, sous la Taible action chimique des rayons hi- Itnnu. puisse être inQuencée de telle manière que hatfoe rayon inéi^alemenl coloré provoque en elle mif lodiRcalion chimique particulière, et de plus que c('(te toditfcation ail pour résultat de donner autant de cornnfe nouveaux reproduisant intégralement la couleur mpre an rayon lumineux qui les a Trappéfi. Il y a dans ers , et «urloul dans l'accord rie ces deux Tnils, des

tSO DÉCOUVERTES SCTBlfTTFIQI}ES.

conditions tellement en dehors des phénomènes habituel^ de Toptique, que Ton peut affirmer sans crainte qu'un tik problème est au-dessus de toutes les ressources de TarLu Ainsi eût parlé notre physicien, et certes il eût trom^j peu de contradicteurs. Cependant une observation inttr^ tendue est venue changer la face de la question. En i84^ M .Edmond Becquerel a réussi à imprimer sur une placjiil: d'argent l'image du spectre solaire. On sait ce que Itt physiciens entendent par spectre solaire. La lumière blanche, la lumière du soleil, résulte de la réunion d'oi certain nombre de rayons diversement colorés dont l'impression simultanée sur notre œil produit la sensation ds blanc. Si l'on dirige, en effet, un rayon de soleil saruB verre transparent taillé en prisme, les différents rayoni composant ce faisceau de lumière sont inégalement réfractés dans rinlérieur du verre ; au sortir du prisme, il» se séparent les uns des autres, ils divergent en éventail, et viennent former, sur l'écran où on les reçoit, une image oblongue dans laquelle on retrouve isolées toutes les couleurs simples qui composent la lumière blanche; ony voit assez netlement indiqués le rouge, l'orangé, le jaune, le vert, le bleu, l'indigo et le violet. On donne le nom de appctre solaire à celte bande colorée qui provient de la décomposition de la lumière. C'est là l'image que M. Edmomi Becquerel est parvenu à imprimer sur une plaque d'argenl préalablement exposée à l'action du chlore. Ce fait démontre que la reproduction photogénée des couleurs n'est pas impossible, puisqu'il existe des agents chimiques capables de s'impressionner au contact des rayons lumineux de manière à conserver les teintes des rayons qui les on frappés.

Il ne faudrait pas cependant s'exagérer la portée d cette expérience. L'observation de M. Becquerel présent une valeur théorique de premier ordre, mais elle n

r laiil la conserver tlans une obscui'il<^

e drcoiis(ance dt'favorable, c'esl '

flenteur avec laijuelle s'accomplit l'impression

, L'action directe du soleil s'exciçant pendant

s est intiispcnsable pour oblenir un effet : aussi

do la chambre obscure sont-elles trop Taible-

Brées pour agir .linsi sur la plaque : dcsjouraées

p'y suRiruienl pas. 11 l'iuil menliuiiiier uufla une

■ce plus grave. Les couleurs simples, les teintes

1 spectre sont jusqu'ici les seules que l'un ail pu

Iteinles composées, «l'esl-à-dirt; toutes celles qui

penl aux objets éclairés par la luuiîèrc ordinaire.

nment jamais sur le chlorure d'argent ; les objeh

■r exemple, au lieu de laisser cette couleur sur

s'y impriment en noir.

e fait dc'^couvert par M. Decquerel est loin ili' bules les espérances que l'on a pu concevoir à colémoQti'e seulement, conltidrement h tout ce que I pens'<! jusqu'ici, que le problème de la reproi)oto):énËe des couleurs poui-ra recevoir un jour iolution, et que les personnes qui s'adonneroni

s Si DÉCOOVeRTES SCIENTIFIQUES.

chlorure d'argent el répondant mieux que ce coe aux exigences de l'application pratique.

Déjà M. Niepce de Saint-Victor, se vouant avec | vérance à ces difficiles recherches, a été conduit à ques résultats intéressants. M. Edmond Becquerel couvert, avons-nous dit, qu'une lame de plaqué d'à immergée dans une dissolution de chlore, acqui( propriété extraordinaire de reproduire les couleui spectre. Poursuivant l'examen de ce phénomène, M . Ni de Saint-Victor a reconnu que la coloratiou du chi< d'argent en diverses teintes, sous l'influence de 1 mièrc, dépend de la proportion de chlore qui existe les bains où l'on plonge la lame d'argent, de telle ma que Ton peut voir apparaître telle ou telle.conleur, la quantité de chlore contenue dans le bain. Ainsi, M. Niepce, lorsque la quantité de chlore est le plus ] possible, la couleur dominante est le jaune ; à mesure ( chlore devient plus abondant, la couleur dominante esi à tour le vert, le bleu, l'indigo, le violet, le rouge, Tora ces deux dernières couleurs n'apparaissent que lorsq solution est entièrement saturée de chlore. M. Nie encore reconnu que certains chlorures métallique particulièrement le chlorure de cuivre et le deutochl( de fer, donnent beaucoup plus facilement naissance ; images colorées que la simple dissolution aqueus chlore employée par M. Becquerel. Partant de ce marques, M. Niepce de Saint-Victor a pu reproduir une plaque chlorurée certaines couleurs naturelles, obtenir telle ou telle couleur, le jaune par exer M. Niepce prend une dissolution de chlorure de fer i chlorure de cuivre, contenant à peu près la quantil chlore nécessaire pour faire apparaître la teinte j dans le spectre solaire ; pour donner naissance, sui même plaque, à toutes les couleurs à la fois, il se

PJJUl'OGHAPinE.

BT^ïssolulioD de chlorure coutenant à peu près la tntîlé de chlore qui correspond aux rayons Jaunes ou ti, c'esl-à-dire aus rayons moyens du spec^tre. Ifwci commenl opère M. Niepce pour obtenir des repro- Klîons de ({rnvures coloriées. Il prépare, nvec une quani convenable de chlorure de fer on de cuivre, une inlflttoii daos laquelle il immerge pendant huit à dix ilDteï ime plaque de cuivre argenléé ; cette plaque se ItniTre de nhlorure d'argent par suite de la réaction du ÙaraTt: sur le niélal. ChaufTÉe légèrement au sortir du lÎB, à la llanime d'une lampe à espril-de-vin, elle est Wpre à recevoir l'image colorée. Si l'on applique, en Al, contre cette lame métallique, une de ces gravures ^ bois grossièrement enluminées que le cootmerce bunft à has prix, et qu'on expose le lout à l'action directe il sdeil, au boul d'un quart d'heure la gravure se trouve Npnxlmlc sur le métal avec des teintes qui ne s'éloignent futrop de celles du modèle.

Le Câit découvert par M. Niepce, de la reproduction QeataDée de certaines couleurs, offre beaucoup d'intérêt; Cq>eQdaiit il ne faudrait pas vouloir en pousser trop loin lu Coafi<^quences, ni prétendre qu'il doit bienlAl conduire \i ta reproduction pLdogénée Aes. couleurs. De grave» comidéra lions, empruulées aux principes les mieux établis de la physique, démontreraient sans peine la proposition bonlraîrc. Ces considérations, nous les présenterons en hrii de mots.

, L'image colorée que l'on obtient sur le chlorure d'arlenl Q'est point le résultat flnal de l'acliou cliioiique de )» lumière, ce n'est qu'une période, qu'un degré Lransiloire de cette action; si l'influence des rayons lumineux (ootinucde s'exercer, le» couleurs primitivement obtenues bo ttrdcHt pas à disparaître, et la plaque revût dans toutes lies une teinte uniforme. Aii-.si, pour ctHfâenaï

MftVuUea une

inlacle cette impression colorée, faat-il en quelque sorti la saisir au passage, arrêter à un certain moment Vexf» sition à la lumière, et conserver ensuite dans un lia obscur la plaque ainsi modiûée. Si on Tabandonnait pla longtemps à Taction des rayons lumineux, le chlorHrt d'argent continuerait de s'altérer, et tout disparaîtrai Four rendre permanente l'impression colorée, il fandiiil donc posséder un moyen de la fixer, comme on fixe l'iiDagi ordinaire du daguerréotype sur plaque. Mais ici les dîHcultés naissent en foule. EIn effet, la matière àlaquelleoo pourrait recourir pour fixer les couleurs formerait,! h surface de la plaque, une couche qui serait ou transIudJe ou opaque. Si la couche était translucide, la lumière, latnversant, irait agir sur l'image^ et, par son action chimiqafii détruirait en quelques instants ses couleurs. Si la couche fixante était opaque, elle ne pourrait reproduire les teinicï de l'image primitive qu'à la condition de revêtir, auxdiffirents points de la plaque, des tons correspondants am parties de l'image photogénée qu'elle recouvrirait. Onvoil à quelles impossibilités on se trouve conduit par là. Oik faut point oublier, en effet, que dans les images obteiniej sur plaque par les procédés de Daguerre, rien ne subsisU de la substance primitive qui a reçu l'impression delî lumière; les différents composés dont on a fait usage; l'iodure, le bromure d'argent que la lumière a modifiés sont remplacés par un dépôt de mercure, de telle ma nière que les sels d'argent n'ont servi que d'intermédiaire et qu'en fin de compte et toutes les manipulations termi nées, il ne reste plus sur la plaque daguerrienne que d) mercure et de l'argent. De même sur une épreuve positiv de photographie sur papier, il ne reste plus qu'une cou che inaltérable d'argent métallique. Ce sont des opération du même genre qu'il faudrait pouvoir accomplir pou rendre permanentes les images colorées de M. Niepce d

lor. Mais rienjusquVce momeol u'a donné l'usl'atteindre un tel résullal.

î seconde considération concourt à enlever beaucoup tir valeur pratique aux faits observés par M. Niepcc iDl-Viclur. On d^moulie en physique que la lumière 6e qui émane des dilTérents objets estloujours mêlée : cerUiine quantité de lumière blanche. Le rouge le »îf. le bleu le plus intense émeltenl, en même temps e» rayons colorés qui leur sont propres, une notable litè de lumière blanche. Par conséquent, toutes les [De l'on essaiera de reproduire par le daguerréotype BUlears naturelles, celle lumière blanche venant se t aux rayons colorés qui émanent de chaque uhjel, dtdra, dans les résultats de l'action chimique, des I complexes et dont il sera impossible de tenir Me par avance. Cette clrconslance explique le Tnil jusqu'à ce moment M. Niëpce ait toujours échouO, ne, au lieu de reproduire simplement des gravures iées par l'aclion de la lumière solaire, il a essayé de une image prise dans la chambre obscure. Dans ce l'impression, au lieu d'être revêtue de diverses cou- , présente une teinte uniforme.

ursuivic^ dans leurs dernières conséquences, ces rems amèneraient à rejeter tout espoir de Ilxer par un t photographique l'image colorée des objets extérieurs; conduiraient à regarder pour ainsi dire ce genre de irdies comme ta pitrre pkitosop/iale de la plmtitr/ru- Cependnnl l'Iubile et persévérant auteur des travaux ooQB venons d'analyser pourrait ne pas laisser ces ■lions sans réponse; il pourrait fi bon droil nous dire l'élude chimique de la lumière est féconde en sur- », que la lumière est encore aujourd'hui le moins u de loH* les agents physiqur-s. et que l'on a vu diti'Ti antiéQs se succéder, dans les \iV\&no^^

t56 bÉCOCTEETES SC

(!(' cvi ordre, tant de faits extraordinaîres, qallse pournil bion (|ue quelque observatioa soudaine vînt renirerser ri^*)uifaudagc de nos raisonnements théoriques. Celle n^pliquo mirait sa justesse, et nous la laissons subsisttf j roiuiue un encouragement pour M. Nîepce à poursiûne j roxainen des faits curieux qu'il a signalés.

Nous voudrions d'autant moins contribuer à détoariKr \W SOS travaux cet ingénieux physicien, qu'il est pende poi>onnos aussi dignes que lui de la sympathie publique, l 0 n^oit dos circonstances qui ont amené M. Niepce de S<ûni Victor a s'occuper de recherches scientifiques perluottra do jugor do l'intérêt que sa situation peut inspira.

Kn ISI^Jadminislration de l'armée manifesta rinlentuMï do ohaugor on couleur aurore la couleur dislinctivert* \l*'N prouuors rôghnonts de dragons : on désirait n'être p» ^*^^J;odo dot'airo los uniformes confectionnés. La question dov tuo\ ons à oiuployor pour remplir cet objet assez délicil lio l.u^viu |Kis d embarrasser l'administration, lorsqu'on i('piU s^u'un lioutouant de dragons de la garnison deMooiiulMii >\*ih\ui à remplir celte condition difficile. Le licu- U (KitU t'\U uuudo ik Paris par le ministre de la guerre; on

>»v^umii.\ uuo oomuHssion le moyen qu'il proposait, etqw

sv'ii>j>t,ut A {M>soraYoo une brosse un certain liquide qui \M»ouui l.i wformo dosirôe, s;ins qu'il fût môme nécessaire x\c JocsHutto los IVaos, LVxéoution de ce procédé expéditif o^Mi mu au HvM»r un déboursé de plus de cent mille francs. Vpu^x a\\Mi r\\u, a\oo los compliments de ses chefs, une S^vUilloalum do ouiq oonls tVaucsdu maréchal Soult, lelieu- WwMM \x\\\\{ W oliouùu do Montauban. Ce lieutenant s'appolaU Niopoo do Ssùnl^Violor; il était neveu de Josepl Niopoo» lo t*liriNlopho Colomb de la photographie.

IVudaul sou sojour à Paris» M. Niopce avait pris le goû dos manipulations soiontiliques. La découverte de son oncl avait joto sur lo nom qu'il portait une gloire impérissable

^^^une pitr une aorle d« pi^té de fnmitlc, il se- senUit ^^^Bn'ment poussé dans les voies de la science. Il coiii- ^^Fdnni: à s'occuper de (iiicBlionE dont il n'avait pas eu ^^fe-li la moindre idée, et s'attacha particulièrement h ^Hbdes phénomènes dagiieiHens, Mais une ville de pro- ^^KotTre peu de ressources à une personne placée dans ^^btion où se trouvait M. Niepce. Convaincu qiit? la ca- ^^vlui oITrirall plus d'avantages pour continuer ses re- ^^RfE. il demanda à entrer dans la garde municipale de ^^Bu y Tut admis en 1845 avec le grade de lieutenant, ^^B caserne avec sa brigade au Taubourg Saint-Martin. ^^Blorsqa« M. Niepce de Saint -Victor découvrit les cu- ^^■''pbénoménes auxquels donne naissance la vapeur ^^n quand elle se condense sur les corps solides. Il dé- ^^Bi, en 1847. que l'inégale absorption de la vapeur ^Hm par les dilTèrenU corps qui la reçoivent se trouve ^^KH» toulrtir descorpt nbiorbants, phcnoméne singulier, ^^■'explication phvsique soulève beaucoup dedifllcultés, ^^■tmériterait d'être étudii^ d'une manière a|iprofondie. ^Hmile de ce premier travail, qui commença h attiriT HtoI r.ittention, M. Niepce de Saint-Victor imagina la tAolographie sur verre, découverte qui sera pour lui un lijre de gloire durnblc.

Ces intéressantes recherches, qui apportaient un puistlMi«cours aux progrès de ta [diotographie, M. Niepce les EXéentsit dans lu plus ctmnge des laboratoires. 11 ; avaità Il caserne de la garde municipale du faubourg Saint-Martin ime salle toujours vide : la salle de police des sous-offirier»; c>»l lii qu'il avait installé son officine. I^ lit do camp hnnail sa table de travail, et sur les étagères qui garnis- (aieal lc« murs, se trouvaient disposés lus appareils, les rétcUrs et loul le m.ilériel indispensable à ses travaux. lOn spectacle asaeit curieux que ce laboratoire installé ~ lue caserne; c'élail surloul une situation bien digne

2St DECOUVERTES SOENTIFIQUES.

d'intérêt que celle de cet officier poursuivant avec persëvé» ranee des travaux scientifiques malgré les continuelles exigences de sa profession. Nos savants sont plus à Taise d*or^ dinaire; ils ont, pour s'adonner à leurs recherches, toaii une série de conditions favorables entretenues et préparée! de longue main par un budget clairvoyant. Us ont de vastM laboratoires où tout est calculé pour faciliter leurs tra?ani; après avoir eu des maîtres pour les initier, ils ont des disciples auxquels ils transmettent les connaissances qu'ils oit acquises; quand le succès a couronné leurs efforts, ils ont le public qui applaudit à leurs découvertes, PÂcadémieqri les récompense, et au loin la gloire qui leur sourit. M. Niepce était seul : comme il avait été sans maître, il était sans disciples; sa solde de lieutenant formait tout son budget, uM salle de police lui servait de laboratoire. Le jour, dans looi Taltirail du savant, il se livrait k des recherches de laboratoire entrecoupées des mille diversions de son état; la noit, il s'en allait par la ville, le casque en tête e{ le sabre au o6lé, veillant en silence à la tranquillité de nos rues, et seflbrçant de chasser de son esprit le souvenir inopportuo lies travaux de la journée.

Hn dépit des obstacles d'une position si exceptionDclle, M. Niepce de Saint-Victor avançait dans la voie scieolifi* que, et tout fais<iit espérer qu'une réussite brillante Tiendrait couronner ses efiorts. Mais il avait compté saos la révolution de février. Les révolutions sont impitoyables; elles n'épargnent pas plus Tasile du savant que le palais des rois. Le Sti février 1848, l'insurrection triomphante entra dam la caserne du faubourg Saint-Martin; elle commença par I< saccager, puis elle y mit le feu. Ce laboratoire élevé ave< tant de soins et de sollicitude, les produits, les spécimen de ses travaux» le modeste mobilier du lieutenant, toutp^ rit dans ce désastre. Nous eûmes occasion de voir M. Niepc après cette journée. Il s'était retiré dans lehaut.du faubom

FHOTOGHiPUIlS. ai

^tin, chez ud erctiisiastique de ses parenls : peu de MinraBl, sur Ir pIiK-ude l'Hûtel-de-Ville, quelques kiairipitu:K, reconoiis, avaient manque ëlre victimes ^ur «l'un peuple égar^. Il vivait donc chez son jui- Jidanl des jours meilleurs; et c'était, je vous l'asf an GpecUcle pénible que cet homme de cœur couispenrfre à soii rhevel son épéc devenue inutile il àékttstt des lois, que ce savani rtiduil à pleurer la perle » «m sancluairc dévasté. Cependant, comme à la an tout levait reprendre sa place, M. Niepce de Saiot-Viclor fut tocorponi dans la ^arde K-publicaine di; Caris, au momenl Ikmo organisation. Il y reçut le grade de capitaine. Plus krd. en (855, il a été appelé par l'Empereur au poste de Unmundant du Louvre où il continue de poursuivre ses

I SoDs sTuas été ami-néàeDlrer dans les détails qui prébMcnl. ta considérant combien la conduite de M. Niepce BONtrÙtc ikvcc celle d'un pcrsonn-ige qui, aux Ëtata-l'nis. VM occupa. Il l'eicjuple de nutre compatriote, du prolltèoe (l« la reproduction des couleurs. Il est peu de nos kcteors qui u'aiciit entendu parler de M. Hill, de New- Twk, et de sa découverte d'Images colorées obtenues au diguerréotype. Tout lu bruit que l'on a l'ait a propos de celte âlIUirc n'était autre chose que ce qu'on nomme en , AoglMerre un {mff, et eu A mérique un altrape-penny. Gcif « Ujffitiflcalioii qui, hardîme-iil conduite, a valu à son auteur m bénéfice net do deux cent mille [rancs, vaut la peine tiln racontée.

Les Ktal>'l'nis sont san.s aocuo doute le pays de la terre nb la pbolugrnpbie compte le plus d'adeptes ; on y trouve cnviroa dix mille pbotogr ipbes. De ce nombreélait M. Ilill. pasteur retraité à New-ïork. Le problème de la t'-produclion des couleurs par Icn accents pbotograpliiqup» avait s^- J'inia^iuation du révérend ; il s'occupa quelque lenip»

S€f BÉOOL'fBftTES SCmTfflQITES.

avec zèle et conscience de recherches sur ce sujet. Mail» comme tant d'antres, notre expérimenUtenr échoua dtol celte entreprise. Seulement M. Hill, qui connaît le prixdi temps, ne voulut pas avoir perdu son année en essais inatiles, et ne pouvant, avec les résultats de son travail, s'élever à la gloire, il résolut de s*en servir pour arriver i II fortune. On va voir comment il y parvint.

Au moins de janvier i851, un journal spécialement consacré à la photographie, le Photographie art Journal^ qm paraît à New- York, sous la direction de M. Snelling, annonça que, par de longues et minutieuses recherches, ai photographe américain venait de découvrir le moyen tant cherché de reproduire avec leurs couleurs naturelles les images de la chambre ohscure : cet heureux inventeur, c'était M. Hill, qui affirmait avoir en sa possession on grand nomhre d'épreuves colorées obtenues par le daguerréotype. L'auteur de cet article du journal n'avait pQ obtenir encore la faveur d'examiner les épreuves, mais on f/entleman honorablement connu dans la ville, et dont il citai l le nom, les avait tenues entre ses mains et se portait garant de la découverte.

Cette annonce ayant produit tout l'efTet qu'il en attendait, M. Hill expédia à tous les photographes des États- Unis une circulaire dans laquelle il promettait de publier prochainement un ouvrage qui fournirait des éclatcissements sur sa découverte. L'auteur ajoutait qu'on exemplaire de ce livre serait envoyé à toutes les personnes qui lui feraient parvenir, avec leur adresse, la somme de cinq dollars (25 francs). Au bas de la circulaire, se trou vait un certincat signé de plusieurs noms, attestant qu( M. Ilill était un respectable ecclésiastique à qui tout confiance pouvait être accordée.

Le volume annoncé ne tarda pas à paraître; il contenai cent pages d'impression, et pouvait avoir coûté à l'auteu

ïDtime» l'exemplaire. Il y a, ^^o^»-^olls dil, niix Un», dix iiitlle photographes : trois millp uu moins Mèrent le lin«; M. ilill relira doni.' de su spéculation quati>rze mille dollars. Il est bien enleDdu que ige oe (lisait pas un mot de la reproduction des coun; il ne renfermait que quelques descriptions banales feproc^dés ordinaires du daguerréotype.

I ^ade temps après, M. Hîll adressait au fkolugrapkic Wt Journal une lettre pour expliquer les moliTs qui IV iMcnt détourné de donner, dans sa brochure, la descrip- INdb de son pro;:ûd<i. Ces raisons élait^nt sans rijplîque. 11 jpl reiilail ù dt^'couvrîr le moyen de llxer la couleur jaune, iStdans l'intérêt de sa découverte, il ne voulait rien publier >mot d'avoir terminé son œuvre. Une maladie avait internnptt tes travaux, mais il allait avant peu les reprendre, MpabliiT une nouvelle brochure où ses procédés seraient Mtiemenl décrits. Voici d'idlleurs les principaux passages Recette lettre bien digne d'être conservée.

• U 1 a quelques mois, éciit H. HiIl au rédacteur du Journal jhlographiqur de New-York, j'annontai en peu de mots sur la nutcrlure de ma ilernkn- pulilicalioii relative & la photDernpbic, i|M l'avais résolu le gratid prnlili^me de la chrumotypie. C'est l**eule chose i|ue j'aie encuru publiée k ce sujet: mais cominu 'HQï avM eu la bonié de parler de ma décauverle dans voire esliiaaltte Journal, cl comme je suis sssuié parce que me disent ma mil et par le grand nombre de lettres que jo reçois consiam- Bttiil,qu<; \a phalange daijueTTimne commence A prendre intérêt ^Cttlc découverte, je rendrai compte des Faits qui 1 sont ictatirs.

* 11 T a environ deux ans, je commençai des expériences dans le but do comlil«r ce grand vide de l'an photographique, maii WCC peu de Toi dans la réussite. Je pensais que certaines circonilances puurraii'nt naître, certaines jiixta|>oiiJlioiis s'arranger d'eUcs-mémrs, par lesquelles une iinugi' colorée s'imprimerait, la mojcu de la chambre nuire, sur une surface sensible préparée k cet effet, et que la vapeur du mercure n'étant pas la seule qifl pMMédat tme ;>i(i*ianee dfvtloppml*, quelque antre vapeur nu

2 63 DÉCOUVERTES SCTEMTIFJQOES.

substance pourrait être trouvée qui, en la développant, con86^ verait les couleurs de ladite image. Je trouvai un grand nombre de substances qui développent les images dans la lumière et dans ïombre. Après des expériences presque innombrables, dans lesquelles je ne produisis rien autre chose que de la lumière et de l'ombra (à Texception d*une fois où j'obtins le rouge d'un vèt^ ment de couleur), j'étais sur le point d'abandonner mes recbe^ chi s, quand je formai tout à fait inopinément un singulier composa que j'appliquai à mon expérience, et à l'aide duquel j'obtins une magnifique épreuve colorée. Cette peinture est tout à fait égale à celles que j'ai obtenues depuis.

tt Le composé dont j'ai parlé plus haut est encore pour moi sans explication, quoique j'aie fait de la chimie Tétude de longues années. Je suis convaincu que c'est une nouvelle substance, (m une combinaison nouvelle de substances, et c'est tout ce que je sais. Il est simple et facile à produire, mais par aucune des l(rii inscrites dans le grand nombre d'ouvrages de chimie qui me soot familiers. Sans doute pourtant une analyse habile et attentive déterminerait sa nature.

« Mon procédé ne ressemble en rien à ceux de M. Becquerel et de sir John Herschel, et il diffère essentiellement de celui de Mguorre. Je dois mon succès à des sources beaucoup plus humbles^ comme on va le voir. Tout en est parfaitement simple, et un habile dagucrréotypiste le posséderait à fond en un jour. Beaucoup d'artistes éminents m'ont assuré que cette découverte aurait . une prééminence complète sur le simple daguerréotype ; aucune épreuve sur la plaque ne pourrait être mise en comparaison avec ce merveilleux travail des rayons colores.

(( Paimi mes quarante cinq spécimens, je citerai les suivants:

« 4° Une vuk, maison rougp, herbe et feuillages verts, trimes et branches d'arbres, vaches de différentes couleurs, vêlements divers ('tendus sur une corde, ciel bleu. Le bleu pdle et limpide de Fatmosphère qui s'étendait entre la chambre noire et les montagnes éloignées, est répandu délicatement sur la peinture comme par la main d'un grand artiste.

« 2° Scène de soleil couchant, dans laquelle \c jeu des couleufi sur les images est rendu avec une vérité et une splendeur que je ne saurais décrire.

« 3* Plusieurs portraits, dans lesquels j'ai obtenu le tof^ véritable de la peau, le rosé des joues et des lèvres, les yeux blet^ ou bruns, les cheveux bruns y blonds ou roux, et toutes les couleu^^

rHOTMEAPHIE. ■•■

h driiperir. La soie r/ianijeunlr est reniliie nvec lotltc la fitWiM

ii(s I»a6 im-tangés et toute la ricliussc de ses ouleun. i'obtieii»

" eulemeiil le rouçc, k bUu, Vurruigé, le vioUi, etc., mais

IrurH leinles variiics. JeKais'que r'est dire bf^aucoup, c»r

ilé à tnfinu de voir un grand nombre de belles épreuves de

■nvotjpe dans les mains d'arlisles tels que Booi, Bradv,

Lewi« , Ui'ade fi'éres, A. Morand, Curney, Thomps«ii,

Walkci', Burgesa et beancoup d'aulrcs...

Je suis tout h Tait décidé il pousser mon procédé aiuH tom

jutriblt av.iat de le rendre public. Jusque-tï le secret le plus

' «en gardé. Ha femme et moi le connaistons i«uls. et per-

I u'cR saura le premier mot avant que je soit par failtmeni

d'une tQilemnité convenable en échange. J'en ai besoin, car

ire ; et si je ne puis obtenir un brevet »an« courir les

Itofoesauiriuds les premiers inventeurs sont généralement sou-

UAiii'al un plunparlequel je puis assurer me« droits. Liprofédi

ptint mwiopoiiié p'ir quil'}uet-unt;m,AM}'^\ l'inlenlionde

llnwr des racililés à lous les artistes de mérite qui s'occupent

tt daipierréotsrpe, et cela à des eondiliont furoral-lrs. Ce que je

Mou de dire, c'est afin que mes conrrères en h^liographie qui

J^Cnnil convenable de communiquer avec moi puissent connal-

Ana résolution et ne me forcent point à agir autrement, car

JlUtirc iiréscrver autant que possible mon esprit de toute pré-

■ocapallun étranttèic à l'art.

■ En ftoubnitant & votre importante publication tout le succès It'elle mérite, je suis, monsieur le rédacteur, etc.

.. S.-L. IliLL.

en terminant, que je artistes de Philadel-

■ fiott-serij'i-'m. Pcrmettci-moi de dir

■ntenlr^mcment reconnaissant k plusiei , „. .

tiit et d'ailleurs, qui m'ont visité ei ont correspondu avec moi, ia fir intérêt qu'ils ont accordé h mon entreprise. Tous ont des droit» à mareconnaiieanr^ pour la manière dont ils ont patronné met publications 'sur l'art, et probablement avant peu je pu- Mietalun autre volume dans lequel je donnerai d'autres détails »ur ma découverte. ■

Selon l'unage consacré, M. ilill plaçai! dans le po$l- Knjtmm <le sa lellre ce qui l'intéressait le plus, c'est-à-dire l'uutiinee de son nouvel ouvrage. De toutes ses protnessPH.

16 4 DECOUVERTES SaENTinQrES.

celte dernière fut la seule à se réaliser, car l'ouvrage parut au bout d'un mois. Ce n'était d'ailleurs qu'une secende édition de la première brochure avec une addition de quelques pages. Elle coûtait trois dollars, et rapporta à l'auteur la moitié de ce que la première édition avait produit, } 35 000 francs environ. i

Cependant ce n'était pas tout encore, car bientôt uo \ nouveau livre fut promis, qui devait dévoiler « les quatre grands secrets de l'art photographique. » Prix, 25 francs. , Cette brochure fut aussi discrète que ses aînées sur les t procédés chromotypiques de M. Hill. Seulement on lisait \ l'avis suivant sur la couverture : i

« Plusieurs années d'expériences et d'études nous ont amené à la découverte de quelques faits remarquables qui touchent à i'obtenlion des cauleurs naturelles dans la photographie : par exemple} nous pouvons produire le bleu, le rouge^ le violet et l'orangé ensemble sur une même plaque. Nous pouvons aussi reproduire un paysage avec ses couleurs parfaitement développées, et ceU dans un espace de temps trois fois moindre que pour obteuirune image ordinaire : le grand problème est résolu; bientôt le insultât en sera conlié à tous ceux qui voudront payer un prix modéré. »

En môme temps, le Daguerrian Journal^ autre recueil américain consacré aux arts photographiques, se répandait en éloges sur la découverte de M. Hill. L'éditeur de ce journal se présentait comme le confident secret deria-venteur et fatiguait sa plume de descriptions enlhousiastes. Il écrivait dans son numéro de mai 1851 : o Si Raphaël « avait vu une seule de ces épreuves avant de terminer la ^(( Transfiguration, il eût jeté sa palette et pour jamais re- « nonce à peindre. » II baptisait du nom de Hiiiotype^^^ instrument que personne n'avait vu, et publiait le portrait de M. Hill, qu'il considérait comme « l'un des plus grands « hommes qui aient vécu. »>

niriTOr.RAPiiiK. ILS

bullal (It- ces manœuvrer émit Farik' k deviner, t'n ttblc rnUiuu»iaiiue écliita |joui' le tiuu\eHu révéluleui-, ■.milieu des ^Uds do l'admiralion générale, on ne re- »tt aucune des conlradictionn qui éclataient à cba- I assertion nouvelle émise par l'inveiileur. Sa maison k assiégée de personnes qui venaient lui oiTrirune asj ou lui proposer d'acheter son brevet. A toutes >. M. Bill répondait avec beaucoup de calme que, ien s'entendre, il fallait commencer par étudier E les élémeitltj de la photographie; il recueillait i élève; au prix de cinquante dollars pour quêtons.

I0( le nombre des visiteurs et des élèves devint si I. que M. Hill Dl annoncer qu'à dater de ce jour il I M porte à tout le monde.

iBdant quelques personnes doni^es de pénétration bent pas h prédire que le révérend Irouverait quele moyen d'exploiter l 'enthousiasme public, et qu'à t, une nouvelle brochure ne tarderait pas k voir le ■r. On ne se trompait pas. Les photographes reçurent le pospcctus d'un quatrième ouvrage du prix de trois dolim. Ce prospectus reproduisatt les articles pleins d'éloges ^Més jtiKque-là partes dilTérenis journaux, et cilail les BDms de plusieurs personnes honorables qui avaient mité I'mIcut, ce qui semblait placer l'invention sous leur pa- I^>n4ge. En même temps le lecteur était informé que le ■DsUeur moyen de prendre place dans les souvenirs de IL Blli, était de lui adresser la demande d'un exemplaire ta prix indiqué. f

Celte qualrième publication parut au mois de mai, avec i> et les beaux jours. C')mme la précédente, elle un bénéCce considérable à son heureux auteur. s plus belles chose» ont leur terme en ce monde, 1 ourdie qu'elle foi, celte mystillcalion ne pou-

2Cft DÉGOUVEETES SCIENTIFIQUES.

vait pas toujours durer. Elle se termina par la circoDS< tance même qui l'avait produite : née de l'intérêt partieslier, elle s'évanouit par la résistance des intérêts qu'elle menaçait. Les fabuleuses annonces du révérend apportaient un immense préjudice aux photographes de New-Yoïi et des États environnants. Partout leurs travaux étaient | suspendus : chacun voulait attendre la mise en pratique • du nouveau système et traitait fort cavalièrement les ai- ; ciens procédés. L'inventeur se trouva donc assailli de ré- } clamations et sommé, sous toutes les formes, de s'expliquer sans plus de détours sur la réalité de sa découverte. Le Photographie Joutmal, qui avait plus particulièremeot prùné et patronné M. Hill, fatigué de ses réponses évasives, voulut le mettre en demeure de s'expliquer d'une mauèn catégorique. Le directeur de ce journal lui 'proposa dooe de désigner dix à douze photographes auxquels il se contenterait de montrer ses épreuves, avec toutes les préctO' tiens qu'il jugerait nécessaires, et en exigeant d'eux tontes los garanties de discrétion qu'il pourrait imaginer. M\fi proposition si modérée, puisque tout se bornait à coostaler le fait de la découverte, M. Hill la rejeta sous cet ingénieux prétexte qu'il avait contracté envers sa femoe rengagement solennel de ne montrer ses spécimens ^ personne, de peur que la vue d'une- seule épreuve ne fit découvrir son procédé.

Le rédacteur du Photographie art Journal fut donc contraint de renoncer à l'espoir de contempler les œu\Tes me^ veilleuses de M. Hill. Rien ne lui fut montré, pas même , (( ces vaches de différentes couleurs » dont il avait publié de si engageantes descriptions.

Comme l'inventeur ne paraissait arrêté que par la crainte de perdre le bénéfice qu'il attendait de ses travaux, un praticien de New- York résolut de lui enlever ce dernier genre de scrupules. Le Photographie Journal publia une

tPHOTOCilIArilie. 1G7

'un pbAtfipraphc, M. Anlhony, qui propoKiiit IrtUnstnuies le» tillus des ÉUila-Unis une scuucripduDt le chifTrc semil fixé par M. Hill lui-mëiue. Vue ce rliilîrc alleml, la somme demandée parl'invenleur lerail remise, après conslalalton, par un Jury compé- , de la réalité de sa découtt- rie. En acceptant celte teposiUon, M. Hill pouvail tout à la r>>iB s'assurer une inde forlune et conlribuer au progrès de son arl. Or, . â la réponse qu'il adressa à M. Anthony, par l'intcr* tédiaire du Photof/raphic Journal.

« Cooinic je vous ai promis 'dû vuus écrire, jt cboitis celle Xtaian di> It^ faire. Depuis qae je fuls revenu cbet moi, j'ai é\é rè»40iilTrant, mun ancienne nlTi-ction ik-s bronches avant élé ttic ie nouveau par un fort rliume. Je n'ai pu trivaillcr u» iljtiur, etc'estun véritable chagrin pour moi. Pourtant je suis Itti maintenant, el j'cspêrc pouvoir reprendre mes travaux tki i quelfjuc temps.

Js me suis fait, cette question : Comment pourrai-jc contH tI Jouis pauvre, cl il faut que j'aie les moyens de soutenir fiaiillc sans cmbanas; "T je ne puis travailler. Des offre* tfinent m'ont été faites à New-York; j'ai reçu d'ailleurs de •anblibles propositions. Uais ce que j'ai craint de taire jusqu'il wÂrnt, je suis décidé plus que jamais maintenant k ne point M hire, c'est-à-dire i ne recevoir aucune avance sur un procédé ie U disposiLion duquel je veux rfsler complètement IJbi e, Dans de Icllct circonsianuix, que pourrais-jc faire, sinon de cun lin uer im'aider mni-miïme, comme je l'ai fait jusqu'à présent? Aussi, aff^ mare réileilon, je me suis décidée publier un autre livre, tlnnformera mon premier ouvrage plus abrégé, et quelques nulitna nouvelles sur mon procédé.

<■ Vous recevrec une circulaire pins eipliclte, et j'espère que feus cwpërerex à la vente de ce volume. "Agrm.etc. S.-L. Hiu.»

En reprodiiixanl son étemelle réponse : u Prenez mon livre '. n M. Hill avouait implicitement qu'il i^tait ii bout de bonnes raisons. A dater de re mouient. les pliotograpbes ilals-Uiii« se xonl [cnus pour rassurés, et s'iipplaudts-

sant d'avoir échappé au danger qui avait paru un momeri menacer leur industrie, ils ont repris le chemin deleut ^ ateliers en répétant entre eux le titre de la pièce ft Shaksepeare : Much adoobout nothing' {Beaucoup de Imà pour rien). Ainsi s'est terminée la comédie, et si ce réàt n'a pas ennuyé le lecteur, il nous pardonnera sans doall la longueur de la digression.

Page 1