‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 5)Chapitre 21 sur 59 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ApplicaUons de la photographie aux sciences physiques et natmtlki

Cette notice serait incomplète si, après avoir exposé l'histoire et l'état présent de la photographie, nous ne faisions connaître les applications principales que cette belle découverte a reçues jusqu'à ce jour dans les sciences et les heaux-arts. Ot;cupons-nous d'abord de ce qui touche aox sciences.

Une des parties importantes de la physique, la phot^ j métrie^ qui traite de la comparaison de l'intensité des di* ' verses sources lumineuses, a emprunté aux procédés photographiques de précieuses ressources d'expérimentation. Avant la découverte du daguerréotype, les phycisieos ne pouvaient déterminer avec rigueur l'intensité comparée de deuxsoures lumineuses, que lorsque celles-ci brillaient simultanément. Les moyens de mesure perdaient la plus grande part/e de leur valeur, quand les deux lumières n*étaient pas visibles à la fois. C'est ainsi que l'intensité relative de la lumière solaire et de la lumière des étoiles ou de la lune n'avait pu jusque-là être fixée avec exactitude. L'emploi des moyens photographiques a permis de procéder

PB PHUTOCHA l'ItlE. ïQ3

Ipbeur à cclti; délermi nation délicak'. Uac |)lnqiie rrienn« ou un papier sensibilisé élanl exposés à l'in- JKticc r)iiini(|ii<! de l'image Formée au Toyer d'une lenlllle Ir nn objet lumineux. le degré d'alléralion subie par la Miche sensible sert de mesure à l'inlensitô de la lumière ■BÎM. On n pu comparer ainsi ovec une entière précision R rsyoDS ébiouissauls du soleil el les rayons Irois cenl tUle fois plus faibles de la lune. MM. Fizeau el FoucaulL tal eu recours au mérae moyrn pour éludier compnratieiaenl les principales sources lumineuses naturelles ou rtiBcit^lles en usn^e dans l'induslrie, dans les arts et dans 'économie domestique.

Les procédés empruntés à la photographie ont été emlloyés pour enregistrer d'une maniëre.contiiiue les indittlions de quelques instruments météorologiques, tels

fcl'mguillellim^nlée et le baromètre. Aujourd'hui, grâce Il admirable artifice, dans quelques observatoires de 'feurope, les instruments de météorologie enregistrent In-miïmes leurs propres observations. L'aiguille indiea- Hce de l'instrument vient se peindre sur la surlace d'un lylîndrc qui tourne sur sonaxe d'unmouvementuniformeet néCDtenne révolution dans l'espace de vingt-quatre heures. 1^ cylindre, étant recouvert d'un papier photographique tréparé h la manière ordinaire, conserve, dans une sorte lelnlnée continue, lu trace de l'indicateur, el présente 3ntf une courbe dont chaque ordonnée indique l'état de '^tntnienl k l'heure marquée par l'abscisse correspon- Unle.

Dans Tobservatoirc de Greenwich, en Angleterre, des tntrumenis fondés sur ce principe ^ont mis en usage demi» quelques années : le gouvernement a honoré d'uiu 'Compense de 500 livres sterling le docteur lirooke, au- Mir de rctle belle application des procédés pholograplii- ,.C«Ue roiîtliodc d'observalion n fait i-pnonror è ki

surveillance de jour et de nuit k laquelle on était soumis depuis si longtemps pour relever l'indication des instruments météorologiques; elle a permis, déplus, de réduire de quatre à deux le nombre des surveillants de Tobser?!toire magnétique.

C'est surtout, en effet, pour enregistrer les observations magnétiques, c'est-à-dire Tinclinaison et la déclinaison de ^ l'aiguille aimantée, que l'appareil de M. Brooke est eo iusage à Greenwich. Voici, en quelques mots, le principe de sa disposition. L'extrémité de l'aiguille aimantée porte un miroir, et l'on fait réfléchir à ce miroir la lumière d'one petite lampe. Lorsque ce miroir se meut, par suite des mouvements divers que subit l'aiguille aimantée dans les différentes variations qu'il s'agit de noter, la lumière de la lampe réfléchie dans ce miroir, décrit, sur l'écran où on la reçoit, un arc d'autant plus grand que cet écran est pins éloigné. Or, cet écran, placé dans un lieu obscur, porte un papier photographique. On obtient donc ainsi, sur une surface impressionnable, la trace du mouvement angulaire accompli dans un certain intervalle par l'aiguille aimantée. Maintenant, si l'écran formé par le papier sensible est fixé à un cylindre tournant horizontalement sur son axe une fois en vingt-quatre heures, la marche du poiat lumineux réfléchi sera indiquée par l'espace influencé sur le papier. 11 n'y a donc plus qu'à rendre permanente, à l'aide des procédés ordinaires, l'impression laissée sur la surface sensible; les papiers ainsi obtenus conservent et représentent l'indication des différents mouvements de Taiguille magnétique pendant le cours de vingt-quatre heures.

On a réussi à Greenwich à employer des moyens semblnbles pour enregistrer les indications barométriques; mais on n'a pu parvenir encore à les appliquer à l'observation de In niarrhe du thermomètre.

^(le't 186

PiiOTOCnAPKlE.

inlrij (]<i mois de juillet Ifi5t i

wlle (lu

SïHet 1860, ont l'oiirrii unu preuve iiiléressntile ilu ae- Hirs que In pholograpfiie peut apporter k l'éluilti des bénomêiiea astronomiques. Un grand nombre d'npérnhirs (iitïrent sur une plfique daguerrienne les dilTéienteti bues de cette éclipse. L'une des épi-euves les plu» re- Urquables en ce genru, obtenue à Home en moins d'une. KOnde par M. Seccbi, au moyen d'une lunclte aslronoujue. rut mise sous les yeux de l'Acadi^mie des sciences [kPftrU. Ses dimensions étaient considérables : les bords Rt dàque de la lune s'y trouvaient nettement accusés. En MHtntaat cette épreuve à r.\.cadémie, M. Faye fit remnrpier que de semblables reproductions de l'image sulaiie IHir les moyens photographiques pourraient rendre de ^Bods services ii l'aslronomie, Obletiues par séries à des ^lervalli's de temps égaux, elles permet Iraient, selon ce i>nal académicien, de ealculer le diamètre de l'astre autour duquel gravite notre syAléme planétaire, aussi bien ifm la position exacte des taches qu'il présente et sur In nature desquelles tant de disi ussions se sont élevées. Il kentit facile d'avoir dans les t!'ibinets d'astronomie des ijua- Km du soleil prises dans toutes les saisons; on pourrait ttiftsi, ajoute M. Faye, déterminer plus exactement qu'on De r» fait Jiiijqu'ici, par l'actioa chimique de ses rayons, Unaluro. de cet Hstre el son état solide ou gazeux.

En iS&7, on a obtenu des spécimens photographiques d'une éclipse de lune. M. Tturtsch, opérant avec la grande luuette de M. Porro, a saisi assez bien l'image photographtlue de la lune pendant celte éclipse. Le père Seccbi, difeeleur de l'observatoire de Home, est arrivé de son nMé h4e bons résultitts par le môme moyen qui permet de eou- Mrrcr les preuves authenliiinea des phases de cet inléreswil phénuDiËne aBLronomi(]ue.

,,^l|/swurs physiciens ont cru reconnattre que la lumii>re

1 T s DéCOUVERTES SCIBlTTinQUES.

solaire émise deux ou trois heures avant midi, diffère, par quelques caractères, de celle qui est émise aux périodes correspondantes après le passage au méridien. Il était donc ' utile de chercher à apprécier les caractères propres à la i lumière solaire aux différentes heures du jour. M. Herscbel, | M. Edmond Becquerel et quelques autres physiciens, ont \ construit divers instruments nommés actinograpkes^ qui ] permettent d'arriver à ce résultat. Le degré d'altération : d'une couche de bromure d'argent sert de mesure à lliitensité d'action chimique de la lumière émanant du soleil | à chaque période de la journée.

L'étude de l'action chimique de la lumière est devenue, dans ces dernières années, l'objet des recherches et des travaux assidus de nos physiciens. M. Edmond Becquerd en France, M. Herschel en Angleterre, M. Moser en Allemagne, M. Draper en Amérique, ont ouvert dans cette direction une voie toute nouvelle, et qui doit aboutir un jour aux découvertes les plus intéressantes sur la nature de l'agent lumineux, sur ses effets physiques et chimiques, sur sa constitution intime, questions qui se rattachent aux parties les plus élevées et les plus délicates de la physique des corps. Les papiers sensibles préparés avec les composés chimiquement impressionnables, ont été les moyens et les instruments naturels de ces importantes recherches, qui méritent d'être encouragées et secondées de toutes manières.

Tels sont les services que la photographie a déjà rendus aux sciences physiques; les applications de cette découverte à l'histoire naturelle sont plus variées et plus générales. La possibilité d'obtenir en quelques instants des dessins parfaits d'animaux, de plantes et d'organes isolés, donne aux naturalistes voyageurs la faculté d'accroilre indéfiniment les richesses de leurs collections d'études. Les procédés dagucrriens constituent donc une des ressources

R celle science, une colleclîon elhnolo^que ihotographie. Ces poitrails da^nierriens^cs naturels do l'Amérique du Sud, apportés pce en 1844 par M. Thiessoa, et les éludes de types recueillies par le miîme artiste dans un voyage eur, eulln les spécimens semblables obtenus Ji Paris RouBseau, en 1834 et 1855, ont montré tout ce que |>pologie peut attendre de l'emploi des procédés dais. Le voyage du prince Napoléon dans les mers du l'Earope, eOectué pendant l'été de l'année 18a6, \s de recueillir une sétie de types vivants d'Hottenmot ne saurait être Juste; au moins parall-il fort ir ifuiWI'deGroOnlandais, d'Islandais, elc. Tous ces ens obtenus par M. Rousseau, sont déposés au Mu- Histoire naturelle de Paris, où l'on a formé une On, déjà assez riche, de types d'individus vivants, Us au moyen des procédés photographiques en diints du monde.

tons qu'un médecin de la Salpélri^rc, en publiant ■ic de, type^ d'idiots et de crétins, recueilli)! au de la pliolographie, adonné un exemple des avan ta-

^7« DECOUVERTES SCIENTlPiQUES.

permanentes les images éphémères formées par la lentille de l'instrument. L'image que donnent au microscope so- : laire les globules du sang, par exemple, était reçue sur i une plaque iodurée, et y laissait son empreinte, qu'il ne i restait plus qu'à rendre fixe par les moyens ordinaires. Les épreuves ainsi obtenues ont servi de modèle aux dessins de l'atlas qui accompagne l'ouvrage de M. Donné sur les ap: plications du microscope à l'étude physique des sécrétions animales.

Ces résultats intéressants n'étaient cependant qu'un prélude, car les nouveaux perfectionnements récemment ap* porlés à la photographie sur papier vont permettre de donner beaucoup d'extension à l'emploi des procédés dagucrriens dans les études relatives aux sciences naturelles. Le moment n'est pas éloigné où le naturaliste confiera presque exclusivement à la photographie Texéculion de ses dessins. Au lieu de se condamner à relever péniblement au crayon les détails principaux des objets qu'il étudie, il en obtiendra en quelques instants, sur le papier, une image rigoureuse, sans môme avoir recours au microscope solaire. Le travail du graveur deviendra ainsi inutile, car les épreuves positives tirées sur papier avec l'épreuve négative fourniront un grand nombre de reproductions du premier type qui rendront superflue toute intervention de la gravure.

En i85i, MM. L. Rousseau et A.Deveria commencèrent la publication d'un ouvrage qui avait pour titre Photographie zoologiqucy et qui avait pour but de reproduire par la photographie les spécimens zoologiques les plus intéressants et les plus rares du Muséum d'histoire naturelle de Paris. Cette publication n'a pas été poussée au delà d( quelques livraisons, mais elle a suffi pour faire comprend» tous les avantages que présente pour l'étude de la zoologi( l'emploi des procédés photographiques. Leur utilité dan

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ce cas spécial ressorlira avec évidence des considéralious suivantes.

Les parties du corps des animaux que le dessinateur doit représenter offrent le plus souvent une foule de détiiis qu'il est important d'exprimer, mais que leur ténuité ne permet pas toujours de mettre en évidence. Il est dès lors indispensable de donner une image de ces parties mes au microscope. Pour donnerune idée exacte de l'objet, il&ut donc presque toujours que le dessinateur exécute deux sortes d'images : une figure d'ensemble non grossie, et les figures de certaines parties caractéristiques plus ou QoiDs amplifiées. Cette nécessité n'existe plus avec la reproduction photographique, car Tépreuvedonneà elle seule h figure d'ensemble et la figure grossie à la loupe. En effets i l'on examine l'épreuve photographique à l'aide d'une kmpe, on y découvre tous les détails que cet instniment ferait voir dans l'objet lui-même'^ et, par conséquent, ici ttne seule et môme image peut tenir lieu des deux sortes de figures qui sont généralement nécessaires dans les planches de zoologie.

En second lieu, l'emploi de la photographie pour la représentation des formes zoologiques a l'avantage de présenter les objets sous leur aspect absolument vrai et indépendant de toute interprétation particulière à Tauteur. Quand un naturaliste exécute un dessin, il lui est impossible de faire abstraction de ses idées personnelles ; il ne peut traduire sur le papier que ce qu'il remarque sur le modèle ; or bien souvent ses prédilections théoriques lui ferment in\t>lontairement les yeux sur des détails qu'apercevrait pourtant et que traduirait un autre zoologiste imbu d'idées différentes. Aussi les dessins d'un zoologiste peuvent-ils rarement profiler aux études de ses successeurs qui y cherchent en vain les particularités de structure dont le premier iconographe n'a pu tenir compte, p^Tco^ ^^

l'attention ne se portait pas sur ces détails à cette époque, ou parce que le système scientiGque était différent eléca^ tait la considération de ces particularités. Il est évident que la photographie, par l'impartialité absolue de sa représentation graphique, met à l'abri de cet inconvénieDt, et c'est surtout par cette considération qu'il esl à désirer qu'elle devienne d'un emploi usuel pour les zoologistes. Est-il nécessaire d'ajouter que les opérations photogn* phiques peuvent se combiner non moins utilement avec les travaux de la cosmographie, (ie l'archéologie, de l'u^ chitecture ?

(f Pour copier les millions et millions d'hiéroglyphes qui couvrent, même à rcxtcrieur, les grands monuments de Thèbes,d£ Memphis, de Rarnak, a dit Arago dans son rapport à la chambre des députés, il faudrait des vingtaines d'années et des légions de dessinateurs. Avec le daguerréotype, un seul homme pourrait mener à bonne 6n cet immense travail. Munissez l'Institut d'Egypte de deux ou trois appareils de M. Daguerrc, et, sur plusieurs des grandes planches de Touvragc célèbre, fruit de notie immortelle expédition, de vastes étendues d'hiéroglyphes réels iront remplacer des hiéroglyphes fictifs ou de pure invention, et les dessins surpasseront partout en ûdclité, en couleur locale, ks œuvres des plus habiles peintres; et les images photographiques} étant soumises dans leur formation aux règles de la géométrie, permettront, à l'aide d'un petit nombre de données, de remonter aux dimensions exactes des parties les plus élevées, les plus inaccessibles des édifices. »

M. le baron Gros, qui se délasse de ses fonctions diplo matiques par ses travaux de photographie sur métal, oui vompte peu de rivaux, a eu par devers lui une preuve asse curieuse de l'utilité des arts photographiques en matièr d'archéologie. En 18i9, M. Gros, alors ministre plénipo tontiaire on (irèco, avait fixé, an moyen du daguerréotype un point do vue do l'acropole d'Athènes. De retour à Pari à la fin do sa mission, il eut la fantaisie d'examiner à!

PriioTQGiuniiE. in

détails de celle épreuve. Or, à sa grande surprise, oupe lui fit ffConnaUre sur cette imagi> une parliculai qu'il n'avaîl poinl aperçue sur la nature. Sur une rra siluée au premier plan, et parmi les débris antiques AOcelé» el jonchant le sol, se trouvait esquissé en creux lioo dévorant un serpent ; le dessin de celle figure étaJl Hi Age si reculé, que ce monument dut Être rapporté à poqutf égyptienne. Ainsi, à sept cents lieues de la Grèce hvrs du ihéâlre de l'observation, la pholographie avait ffU l'existence d'un document utile, inaperçu jusque-là, qui apportait quelque éclaircii^semeiit à la connaissance un fait historique.

Anxîlioire de la physique, de la chimie, de l'histoire natàh, de la cosmographie et de l'archéologie, la pholoipbie a donc trouvé dans l«s sciences plusieurs applicaint utiles. Cfpendant les services qu'elle a rendus »qo*à ce moment à l'étude des sciences sont probahlekA peu de chose relativement k ce qu'elle leur promet leoiv. Lu pholographie est aux mains des savants depuis f« d'années, qu'il est difficile aujourd'hui de prévoir el iDxer avec certitude le parti que l'on pourra en tirer dans Wenir : « Quand les ohservaleurs, a dit Arago, appliquent un nouvel instrument à l'étude de la nature, ci; qu'ils en ont espéré est toujours peu de chose relalivcment à la ision de découvertes dont cet ïosLrument devient

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