CHAPITRE W
La photographie an point de Tae des arts.
Les services que la photographie peut nous rendi sont pas limités au domaine des sciences ; elle peut ver dans la sphère des arts des applications d'un ordre, et nous devons examiner jusqu'à quel pointe! quelles circonstances elle peut devenir utile C( moyen d'étude dans les arts de la peinture et du d
La question de la valeur artistique des productioi guerriennes est encore très-diversement résolue ; il à ce sujet des opinions fort opposées. Quelques p< nés, considérantl'inimitable perfection de détails que sentent lesdessins photographiques^ sont disposées à] les créations de Daguerre au rang des plus belles pr tiens des arts. D'autres contestent d'une manière absc mérite de tous les dessins obtenus par ces procédés la main de l'homme est bannie. 11 existe enfin une troi opinion, d'après laquelle, tout en rejetant la valeur de duclions daguerriennes comme œuvre artistique, on néanmoins que l'étude de ces copies si parfaites de turc est susceplible de rendre d'utiles services aux ( du dessinateur et du peintre.
Telles sont les opinions assez tranchées qui divise artistes sur la valeur des épreuves photographique point de vue de la métaphysique des arts, en ce qu cerne la pratique de la peinture et du dessin, cette tion a son importance, et comme nous ne l'avons ti nulle part discutée avec le soin qu'elle mérite,
tllOTlHiBAPlilt!. 170
«Kiyoïi» néceasaipedp In sowtm-ltre ici h un rapide rximan. ^m% allons donc rechercher si les protfuetions pholugrnlAiques présentent quelque valeur au poini di' vue des krl), i-t si (.'llrs sonl de naliiro à rendre à l'élude de la peinture et ilu dcssiu quelques servîtes dignes d'èlre
Pour procéder avec métliode à. l'examen de celle que»jfttif il csl nécessaire de distinguer pntre les images sur jftqae méUillique el les épreuves sur papier. Au point de lac des aris, unir diD'érence profonde sépare ces deus gtnres de produits pliologinpliiques, de telle sorte que les Dbienalioiis qui concernent l'un d'eux |nc sauraient s'appliquera l'aiilre. Aussi devrons-nous, dans cette discuslliun, les considérer isolément. L'étude de la valeur artis- 'liqnedeâ épreuves sur métal nous occupera la première.
Considérées dans leur valeur absolue romme objet d'urt, Ih images dagiierriennes présentent certaines îmiicrfeclia« qu'il est facile de signaler. En premier lieu, les Ions de la nature y sont altérés presque conslaniment. Si l'on a Wa le» ;rcux une épreuve daguerrieune et son modèle, on nconnallra sans peine que les tous de lu copie el ceux de l'âbjrl reproduit sont loin de correspondre enlre eux. Tel lûa, vigoureux sur le modèle, est peu sensible sur l'épreuve mélallique ; au contraire, une nuance lumineuse d'une liililc valeur dans la nature se trouve accusée sur la plaque ivec un éclat tout à Tail exagéré, .\ussi la plupart des demilames sont-elles en général forcées; il résulte de Ih que l'épreuve daguerrienne est habiluellement dure. Le regrel- Itlile etTvt dont nous parlons tient, sans doute, à ce que Im dilTérf-nles couleurs des objets extérieurs ont une nctiou prupre el variable sur les substances cbimiques qui recouvrenl la plaque, action qu'il est aussi impossible de iTque de diriger. Per^onne n'ignore, pur ««emplc.
Bque de t
2gq DhlcOUVËRTES SCIENTIFIQUES.
les difficultés que présente la couleur verte pour la reproduction photographique sur métal.
Les amateurs font quelquefois reproduire par le daguerréotype des tableaux peints à Thuile. Il est facile de recoDnaître que ces copies n'ont de valeur et de vérité que lorsque les tons du modèle sont peu nombreux et très-voisins les uns des autres. Une peinture de tons uniformes et sobres donne sur la plaque une image d'une ressemblance parfaite dans les tons; mais si elle est riche, de couleurs variées et papillotantes, Tépreuve daguerrienne qu'elle fournit est d'une fausseté criante. Faites reproduire parle daguerréotype, d'une part un tableau du style sobre et tranquille de M. Ingres, et d'autre part une toile animée de l'éclat et du brillant coloris de Delacroix, et vous pou^ rez vous convaincre de la vérité de cette observation.
En second lieu,' dans les images de Daguerre, la perspective linéaire et la perspective aérienne sont très-souvent faussées. L'altération de la perspective linéaire est la conséquence presque inévitable de l'emploi d'un appareil optique. Les objets placés à des distances inégales ont des foyers lumineux distincts les uns des autres, et, quelle que soit la perfection de l'objectif, il est impossible qu'il fasse converger en un même point les rayons lumineux émanant d'objets fort éloignés entre eux. Tout le monde a remarqué, par exemple, que dans un portrait, si les mains se trouvent placées sur un plan sensiblement antérieur au plan du visage, elles viennent toujours d'une dimension exagérée et tout à fait hors de proportion. L'altération de la perspective aérienne est aussi la conséquence presque forcée^u procédé photographique. La substance qui reçoit l'impression de la lumière est, relativement, plus sensible que notre œil môme; il en résulte que les aspects lointains, les objets situés à l'extrémité de l'horizon, sont reproduits avec plus de netteté qu'ils n'en
PIIOTOGnAPIllE. IS1
it à nos! yeux, c'csi-à-dire i;oQ Irai ce ment aux perspective aérienne.
: vice du diiguerréolj'pe réside dans son défaut umposîliun. Le daguerréolype ne compose pas, une copie, 'un fac-similé de la nature; cette copie Irablc d'exactitude jusque dans ses derniers déc'est [irécisémenl là qu'est recueil. Une œuvre Il tout entière par la cumposilion, Le travail du consiste surtout fi atténuer un grand nombre d'ef- . qui nuiraient k l'efTet général, et à mettre Teertaines parties qui doivent dominer l'ensemble. artiste exécute un portrait, il n'a garde de reprolin minutieux tous les plis des vêlements, dessins de la draperie, toutes les enjolivures du léteint ces détails inutiles pour concentrer l'intérêt ,lnils du visage ; k cette idée capitale il sacrifie autres, volontairement et en connaissance de demandez au daguerréotype aucun de cesartiqui sont l'indispensable condition de l'art. lOrable et presque brutal dans sa vérité. Il accorde irlanci: égale aux grandes masses et aux imper-, accidents. :>'il prend une vue du Pont-Neuf, il incra un minutieux inveulairc de tout ce qui est la surrace du Pont-Neuf, vous pourrez y reconiles les pierres, Ions les pavés et jusqu'aux écorles pavés. Dans uu portrait, il se plaira aux arabes qoet infinies des draperies et des fonds, il donnera une ^ear égale au point lumineux de l'œil et aux boulons ■t'un gilet. Mais du moment que tout a de l'importance dans OB tableau, rien n'a plus d'importance, et c'est ainsi que Vé*)inouil tout l'InlËrét de la composition pittoresque ; car t'ifllérâl, dans une œuvie d'arl, naltseulement de l'unité delà peii^f^e.
^,»eniil puéril d'insister sur cette considération qui est
28i DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES.
l'évidence même. 11 faut seulemeDi faire remarquer que ce défaut de composition, qui saute aux yeux dans les dessios du daguerréotype^ a pour résultat de donner une représentation fausse de la nature. Lorsque nous recevons Tifflpression d'une vue quelconque, celle d'un paysage par ; exemple, tous les détails de la vue extérieure vienoent sans doute s'imprimer au fond de notre œil ; cependant il est certain que ces mille sensations particulières ne sont aucunement perçues, elles sont pour notre àme comme si elles n'existaient pas ; nous ressentons, non pas l'impression isolée des divers aspects du paysage, mais seulement l'efTet général qui résulte de leur ensemble. Or, le dague^ réotype reproduit impitoyablement les plus inutiles détails de la scène extérieure, il est 'donc vrai qu'il donne une traduction inexacte des sensations que provoque en dohs l'aspect de la nature.
Mais j'entends à ce propos se récrier quelques lecteurs: « Eh quoi I dira-t-on, la copie mathématique d'un objet peut-elle donner de cet objet une représentation inexacte? L'identité est-elle un mensonge ? Je monte sur la terrasse de Meudon un miroir à la main, et arrivé là, je dispose le miroir en face des perspectives séduisantes qui^ m'environnent. N*ai-je pas ainsi l'image la plus parfaite du paysage qui se déroule à mes pieds ? Quel peintre, quel artiste vivant pourra s'élever jamais à la perfection d'une telle copie? Or, que fait le daguerréotype ? 11 fixe pour toujours cette image fugitive ; de ce miroir fidèle, il en fait un fidèle tableau. Que venez-vous donc nous parler de représentation fausse et d'inexacte reproduction ! »
Cet argument ne nous surprend guère; cependant iln*esl pas sans réplique. Évidemment toute la question se réduit à savoir si l'art réside ou non dans la stricte imitation de la nature. Or, l'erreur si commune et si répandue qui consiste à voir la perfection de la peinture dans la perfection
PIlOTOGflAPIIIE. ÎSÎ
l^l'imiUlioa matériGlIe, ne peu! provenir que d'une conjuanifeste entre lu but cC le moyeu de l'art. Qu'est-ce, que la naluru? Les rëalilés enlérieures qui nous !0l soDl-elles les mêmes pour nous lous? Nu chanpas pour des individus ililTêrents et môme pour individu, selon les disposilioDs de son ânie?Plabonimes en présence d'un grand spectacle nuface d'un beau site, devnnt la lôte d'un homme de assurément lous les éliîmenls de celle scùne vjen- 'ûlroliquement alTecler leurs yeux; cependant chaïerra d'une manière différenle ; bien des efeet ensemble éclinpperonl à l'un des speetaleurs, lire pourra saisir, et cerlaines particularités ina- 4e tous deux leur deviendront immédialemeot son- ,ti l'on y dirige spéciiilemeni leur attention. Admellaiolenanl que l'un de ces deux bomnies soil peintre : t |ioarra-t-il communiquer à son compagnon l'imque ce spectacle lui Tait ressentir? Par quel moyen t-il la traduire avec son pinceau? Certes, s'il se i tracer de cette vue un calque mécaniquement ane copie mathématique, il n'aura pas gagné grand'cboH, car EOn compagnon aura toujours sous les yeu.\ ce taéme spectacle dont il est impuissant à di^'méler la beauté. Ponr exprimer l'impression qu'il a reçue, il faut donc que le peintre exécute une traduction plus compréhensible de l'original, qu'il exagère certains cll'ets, qu'il en atténue, i{u'il en supprime d'autres; il faut qu'il transforme pour rendre saisissable, qu'il altère le texte pour le rendre lisible; il fsul qu'il mente, en un mot, et ce n'est que par ce ulataîro mensonge qu'il entrera dans les vraies conditions de l'art.
J'ai entendu raconter à ce propos une petite histoire qui trouve ici su place marquée. H s'agit d'une compagnie de lourinle» qui, pendant une excursion dans les Alpes. t.e
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trouvent tout d'un coup en facç d'un site naturel d'un effet pittoresque. C'est une haute montagne, sur le penchanl de laquelle un chalet se détache en silhouette déliée. li compagnie admire tout à son aise et se retire. Un artiste, resté seul, prend à la hâte un croquis de la vue; il présente ensuite son dessin à ses amis. Il n'y a qu'un cri pour trouver l'œuvre détestable, et la copie bien différente de h réalité. La montagne était bien plus haute et le chalet bien plus petit I (( Notre montagne était une bonne et grosse montagne dont le sommet semblait atteindre aux nues; notre chalet, une étroite maisonnette à peine visible, au limites de l'horizon. La montagne que vous nous faites n'est qu'une colline efflanquée, et votre chalet est si grand, qQll logerait sans peine toutes les vaches de la contrée I b Cependant Tartiste, sûr de son fait, tient bon et maiotieat l'exactitude de son esquisse. On revient sur ses pas, on mesure les hauteurs, et l'on reconnaît que la copie est mathématiquement Adèle.
L'artiste avait donc raison? Non, l'artiste avait tort, il ignorait comment, devant tous les grands spectacles naturels, notre imagination altère et dénature les sensations primitives. Il était étranger à une règle essentielle de son art ; sans cela il eût exagéré la hauteur de la montagne et diminué relativement les dimensions du chalet : ainsi il aurait exactement traduit l'impression qu'avait laissée dans l'imagination des spectateurs le contraste de ce petit chalet et de cette montagne immense (t).
(1) Ce n'est pas sans surprise, et ce n'est pas sans plaisir que nom avons trouvé une confirmation de ce qui précède dans un écrit purement scientiflque» dans l'ouvrage d'un géologue, que la nature de ses études et la direction de son eàprit ont dû tenir éloigné de tout c« qui se rapporte aux théories et à la pratique des arts. Dans ses Leçons de géologie p^^' tique (t. If p. 1 16\ M. Ëiie de Beaumont rend, dans les termes suivants, un hommage involontaire à la vérité du principe qui nous occupe :
« Si le géologue n'est pas suffisamment exercé au dessin, il peut faire
^^H pnorOGBAFJIIE. ISï
H^Btonr. vrai qtia l'art n'imile pas, rgii'il ti'.i[i>'rornio; ¥^ar Iratluire la nnlurc, il s'enécirle ; que pour co- Sf, il inTtnlp; que pour reproduire, il crée. L'iilentilé tut pas le prubtémL* de la peinture, sans cela le IrotnpebQ serait le necplut ultra de la peinture, et les raisins de isxis qui tentaient les abeilles seraient ta dernière page t l'ait. Lo beau visible n'est point le beau que l'artiste fDnuil. Ce qui ressemble dans un tableau n'est pas écUémcnl ce qui fst semblable au modèle, mais seunent ce qui rappelle à noire &me l'impression que le Odilo y >i laissi^o. Si l'on m'olTrait de me montrer sur liMirc la I6te de Louis XIV vivant, l'olfre me loucherait ta. Tai mon Louis Xï\ sons la main, il vit rians les gatÎH tlu Louvre, il respire soua le pinceau de Mignard. Je titin contempler le grand roi h travers TSme d'un stnlre tle génie qu'à travers le miroir même d'une trop lèle réalité. Votre Louis XIV pourrait avoir la eolique, u M grande perruque être mal accommodée ; au lieu du lioqueiir de la Hollande, je trouverais peut-être l'esclave a Ae madame d<.' Maiulenon.
Aînsî, l'imitation n'est que le moyen des arls plastiques ;
tUculer In pt^ge p*r un d«aainalcur. Mail il y n une i;rnmle <llfKnoM rtilrc un dcdsln dunl \e» poltila principal» a<inl ûHetminii tl. gnarriucmeDl, ctundutain (ait «iDip'eiiicnl à vue. Le ileirin eiéculé mu le wuiun J'aucuo liistruniont est ordliiai renient plui plllnreiiiuo Hat In deutn lev^ rl^funieuseineiil, mats beaucoup moins QdâlB- Quand m vmt un* montagne, on ne la fig-ure laujoars plut élevée qu'elle ne fut : on m tt*t»iiie une véritable caricature. Quand on fait un c.roqnli, pour indiquer le* an^ilea mesurés, on lui donne une Tornie géomftrlqufinem «ussi semblalle que potBible â celle que l'on a devant 1«t ymt, nmit nn dit Invoiontoirement la hauteur trup gtande. I^riqu'où rMull plus tnrd ce dc-sin, on esl conduit 1 lut donner une tutnic iMsaucuup plus aplnlfe. Cela lient A une Illusion d'upllque qu'un n'Eil pu inaitre d>vl[er. et qui fait que lorsqu'un rltu/in eut rii'cuir Tigummuemml, «i ne le rerimnall pretqlie fiai ^ il parait lienaaiB)' Imp plat, l/tinju'nn v*ut faire a» litsiin que tan ivironruiisKe liien, il ' d(to»l'l*>' oa Iripltr let lumlturt donnfapar le» mt*i'res.%
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2 8( DÉCOUYERTES SCIENTIFIQUES.
leur but, c'est de rappeler à notre âme les sentiments qu'éveille en nous la vue de la réalité. Dans un tableau, ce qui nous, touche, ce qui nous émeut, ce n[est point la reproduction fidèle des objets qui nous entourent, mais bien cet ensemble de confuses pensées mystérieusement attachées à leur forme extérieure, et qui sortent du cœur à leur souvenir comme à la vue de leur image. Le pins grand peintre est celui qui réalise le mieux cette ba^ monie secrète de nos sensations et de la forme visible.
Avec les moyens les plus simples, un artiste habile émeut profondément nos cœurs; avec un coin de prairie, une chaumière à demi cachée sous de grands arbres, quelques vaches aux alentours d'un ruisseau, Claude Lo^ rain et Ruysdaôl ont le privilège d'agiter doucement, de remuer nos âmes, de nous plonger dans un monde de rêveries enchantées. L'impression provoquée par le pinceau du peintre ne résulte pas de la vérité avec laquelle les objets sont reproduits sur la toile ; elle naît seulement des ressouvenirs et des sentiments poétiques qu'éveille en nous l'heureuse et habile disposition des divers éléments de la scène champêtre. Le toit fumant de la maisonnette nous rappelle les joies tranquilles de la famille et du foyer; le ruisseau qui murmure doucement sous les grands arbres, nous apporte comme un écho affaibli el lointain des harmonies rurales ; les fleurs à demi ensevelies sous l'herbe el la rosée dé la prairie, nous renden les parfums oubliés et les senteurs de nos champs; U troupeau qui, à l'horizon, gravit péniblement la colline nous envoie le grave enseignement du labeur fécond e béni de Dieu ; et tous les éléments de cette scène heu reuse semblent se rassembler pour nous offrir comm une représentation animée et vivante, où viennent se con fondre toutes les harmonies, toutes les délices, toutes le félicités paisibles de la vie des champs.
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Mais si, dans les arts, l'imitatioD, au lieu d'être un but, est seulement un moyen : si les œuvres des grands mattres Tnent par la pensée qu'elles expriment et non par la vérité de la reproduction matérielle ; si le secret de la peinture, c'est de représenter, non l'aspect réel des objets^ mais l'impression poétique dont ces objets sont pour nous l'occasion, il faut reconnaître qu'au point de vue des beaux-arts, les images daguerriennes sont d'une bien faible valeur. Obligé ^ la nature môme du procédé dont il fait usage, de rassembler pôle-môle sur une môme plaque, et sans qu'il lui soit permis d'éliminer ou de choisir, tous les objets qu'em* brasse le champ de sa lentille, l'opérateur doit forcément renoncer è cet artifice de la composition, qui est la con* dition nécessaire et l'âme des arts plastiques. Aussi quand il reproduit les scènes changeantes du monde qui nous entoure, le daguerréotype nous donne-t-il des copies admirables, dont la perfection dépasse assurément tout ce (jne la main de l'homme exécutera jamais ; mais c'est là Umt. Le seul sentiment que ces calques merveilleux puissent exciter en nous, est celui d'une curiosité stérile, sentiment qui renaît à chaque exhibition nouvelle, et qui, par conséquent, renaît affaibli. L'admiration qu'ils inspirent parle à nos sens et ne va pas au delà. Ils charment les yeux armés de la loupe, non l'esprit. L'œil est ravi, l'âme est muette. Il est donc permis de dire que pendant cette période où le daguerréotype se borna à fournir des épreuves sur métal, il fut condamné à nous donner des œuvres entièrement privées de ces qualités élevées que Ton recherche dans toute production artistique.
Si à cette époque le daguerréotype put en quelque chose ôtre utile aux beaux- arts, c'est seulement en ce qu'il permit de mettre en évidence les simples vérités qui viennent d'ôtre rappelées. Ces principes sont, en effet, ou contestés par beaucoup d'artistes, ou bieu tu\^ 'çwv ^\yv
en pratique d'une manière puremenl intuitive. La découverte du daguerréotype a terminé victorieusement ce débat. Si, en effet, un artiste, un philosophe, dans l'impuissance où il se trouvait de démontrer péremptoirement le principe de spiritualisme artistique qui nous occupe, se fût proposé d'imaginer quelque artifice propre à fournir de cette idée une preuve ou une représentation matérielle, il n'eût certes pas rencontré de moyen plus heureux ni plus décisif que l'instrument de Daguerre. Le problème en effet était celui-ci : Créer un instrument, une machine, un automate capable d'accomplir toutes les opération» manuelles de la peinture, susceptible d'exécuter tout ce que comporte l'imitation absolue de la réalité; puis, quand cette machine aurait accompli son œuvre, demander aux artistes si c'est à un tel résultat que s'employait leur génie ; demander à la foule si elle peut confondre ces produits mécaniques avec les sublimes créations de l'art. Cet artifice, la science l'a trouvé : le daguerréotype a permis d'opérer dans les œuvres de l'art une analyse qui jusque-là avait paru impossible. Ce qui était intimement uni dans un tableau de Raphaël, si bien qu'on ne pouvait dire où commence la poésie, où finit le procédé, où commence la composition, où l'imitation s'arrête, le voilà nettement séparé. Sur une plaque daguerrienne on trouve réalisés, avec une perfection sans égale, tous les tours de force du dessin, toutes les subtilités du clair-obscur, tout ce que peuvent, en un mot, l'habileté technique et k procédé manuel ; mais la poésie, mais l'inspiration, mais ce divin reflet de l'àme humaine qui prête seul aux créations de l'artiste la vie, le sentiment et la pensée, tout ceh manque à ces tableaux. C'est le corps moins l'esprit, c'es' l'enveloppe d'une âme absente. Un simple regard jeté sui une plaque daguerrienne suffit donc pour mettre hors d< contestation le grand fait esthétique de la prééminence d<
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pensée sur l'imitation matérielle, de la poésie sur le recédé. Là aara donc en partie résidé l'utilité artistique e la découverte de Daguerre ; elle aura fourni une délonstration aussi complète qu'inattendue de l'un des irincipes les plus salutaires de la métaphysique des arts.
Nous avons établi avec grand soin, au début de cette discussion, que pour débattre la question controversée de la valeur artistique des produits daguerriens, il est nécessaire de distinguer entre les images sur métal et les images sur papier. Cette distinction, il nous devient utile de la rappeler ici, car nous avouons être saisi en ce moment de la crainte d'être taxé de contradiction, c'est-à-dire d'encourir le reproche de beaucoup le plus sensible pour un esprit qu'anime le cuite exclusif du vrai. Comment, en effet, ne pas redouter un reproche de ce genre, lorsque, après avoir avancé que les images photographiques formées sur métal sont dépourvues de valeur artistique, on se propose d'établir cette autre proposition, que les produits delà photographie sur papier se distinguent, au contraire, par un admirable ensemble de qualités plastiques, et sont de nature à exercer une influence très-salutaire sur le progrès des beaux-arts? Cette apparente contradiction ne doit-elle pas nous exposer aux coups de la critique? Nous espérons cependant qu'avant de nous condamner, le lecteur voudra bien peser les motifs qui nous portent à placer les produits de la photographie sur papier à une distance infinie au-dessus des produits de la plaque. Ces raisons sont d'ailleurs presque toutes physiques, et chacun, par robser\'alion personnelle, peut prononcersur leur justesse. N'est-ce pas, en effet, un résultat d'observation, que le dessin sur papier reproduit avec une fldélité extraordinaire les tons de la nature? Comparez entre elles deux épreuves reproduisant le même sujet, l'une obtenue sur
I(kù>l VERTES SClERTIFIOVtS.
i:T:>i.i. !•; '. Mim >uv {iapiei : il vous sera facile de cuusUUr .!ii: Mr i;. ]il:fqiu> daguerrienne les tons du modèle souL : 1 ]»i .iiKMui lit jHiiiilf' incxaclenient rendus, tandis qu'Ai . .iiiir.tiri . it p<ipicr a traduit avec une fidélité étonnaote i:- \:ii;'ii> ri'i;iiîvr> nés tons, les nuances les plus diffl- ;«:»>. >;i:>;- di i;i lumière ei des ombres. . 1 >ri*(Miu .'ivantafrc qu'offre à lopérateur le seeounda . ...':•• iniir. iiri'ie: au dessin des qualités artistiques, c'tfl .. : ni:i-{tu:iiik varieic de tons qu'il permet de réunir sur liiK i:»:'n«: : nrei:vt . 1^ plaque est loin d'offrir cette condi- .... ii--.\i;'iîsî . *':iî (est il peine si deux ou trois tons *:i*:i;i.. » .Miu'.aihi au rf'^sullat d'ensemble. Quand od : \;.i.. ;»: i;:»; :i.iii:iî eprcuvc de ]ibotographie sur papier. .1. :>: >i.v:r.> ,1. Pi-inibre et de la variété d'effets qui s'y .■.•..»^. . :-i;s>: .-..Il ;»>. Iji îiieire d'un édifice, par exempte >. . i»:». ..:•; .:•.:;: ;:»s»>-vipposee à ccllc quc présente UDf
i::-; il lA rtpri'duction d'une même surface.
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•-: ....:. : .. .,.*;:> ^.i.;.;n, ax vi ocs ctfcts souvcut très-éloî'
- . . > .>..->. :•> :.;..:\ >. Ru îi de pareil ne s'observe surla
:..:^--. ..: lu^f-:::-;. ix^ii <} tix^mc indiqué avec une
. . . ;, '. lî. u: t u: ::. ::::iir rie tiaîs qui amènent la séehe-
•: v>-. s : 5 '. ■.r,-.i-t ./. -i î.V'i.ieur.
r.A ^ .>i:.i:;:vU pl}^iql:l îuMi»?uliére.. se liant à la nature :.:.'. . vv.; ;:\NiJ-. ojnraune, explique très-bien par suite .'A ,;u.'^t. cA^>-. les ep:\UAe> sur jvapier doivent l'emporler. a.i 'tviiîi viç \vu .ir:;>iique. sui les épreuves daguerrienncs Oudiui v»:i ip. :v Msr papier, la matière chimiquement iiiipre»io:i!iable ivMde dans la substance même et dans ti»ule la iiia>>e lîu support; il résulte de cette condition <|ue le> etfets du deN>iii peuvent iveevoir, quand il le faut, une \igueur extrême. Au. contraire, l'impression formât sur une plaque daguerrienne n'existe qu'à la superficie di Uiétal, où elle forme une couche d'une ténuité infinie;
i91 DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES.
bont presque toujours obtenues par cet artifice. On relève isolément, en épreuve négative, les diverses parlieiidu monument ou de là vue à reproduire; on choisit ensuite, parmi ces éléments, ceux qui conviennent le mieux au résultat final, et ces différentes épreuves négatives rapffiT' tées servent à former, sur le papier positif, Timagc définitive d'ensemble. C*est par ce moyen que M. Baldosa obtenu son admirable reproduction des arènes d'Arles, qui présente plus d'un mètre dé longueur, et MM. Bisson frères leur belle Vue panoramique du Pont- Neuf qui a figuré à TKxposition universelle de 1855.
Les considérations précédentes sont loin d'être les seules que l'on pourrait invoquer pour se rendre compte des qualités artistiques qui distinguent les épreuves sur papier. Elles suffiront néanmoins, nous l'espérons, pour établir auprès de nos lecteurs la vérité de notre thèse. Quant aux personnes qui ne se laissent qu'à moitié convaincre par les raisonnements théoriques, elles partageront sans aucun doute notre opinion, si elles jettent les yeux sur les admirables produits qui, sortis des ateliers de nos artistes, commencent à se répandre dans le commerce. Rien n'est plus intéressant, sous ce rapport, que la collection de vues photographiques prises en Orient par M. Maxime Du Camp» et reproduites par l'imprimerie photographique deM. Blanquart-Kvrard. Cent vingt-cinq planches photographiées représentant des sites divers, des vues artistiques, des vestiges de monuments anciens, etc., recueillis par M. Maxime Du Camp, en Syrie, dans la terre sainte et dans la basse Kgyptc, composent cette belle série, la premièn de ce genre qui fut publiée en France. La collection, dési gnée sous le nom de Paris photographié^ répandue dan le commerce par l'imprimerie de M. de Fonleny, offr beaucoup de parties remarquables. On peut en direautar de VAlbum photoyraphiqve de M. Blanquart*Kvrard, de
Vues monumentales d* Italie de M. Piot, et des dessins de monuments et d'édifices architecturaux obtenus par M. Martens. Les belles vues de monunnenls français dues à MM. Bisson frères, la série des principaux monuments hisloriques de la France, relevée, d'après Tordre du minislre de Tintérieur, par MM. Blanquart-Évrard, Baldus, Bayard, Mestral et Le Gray, et dont une parlie pourra probablement être livrée au commerce; les vues et dessins des champs de bataille^ et des principaux sites de la Crimée, relevés petidant la guerre d'Orient, et dont la collection a été publiée en Angleterre ; enfin une foule d'autres publications analogues qui ont paru en France depuis peu d'années, justifient encore la haute opinion que l'cQ doit concevoir de l'état présent des procédés de la photographie sur papier.
On reconnaîtra, en examinant les diverses collections que nous venons d'énumérer, que la photographie sur papier est un art plein de ressources, parce qu'il s'exerce sur une échelle de tons infiniment étendue. Depuis la touche vaporeuse de Diaz jusqu'aux sombres intérieurs de Granet, lous les genres de peinture se trouvent représentés dans ces curieuses galeries; on y reconnaît avec surprise les niîiniéres opposées des différentes écoles qui ofil tour à tour captivé l'admiration du public. Depuis les molles et vagues Icinles du Corrége jusqu'aux cff'ets contrastés et audacieux de Rembrandt, les procédés si divers adoptés par les peintres de toute époque se trouvent ainsi justifiés avec éclat par la nature elle-même. Dans une suite de vues photographiques, on rencontre tour à tour un Metzu et un Decamps, un liiien et un Schœffer, un RuysdaCl et un Corot, un Van l^'ckelun Delaroche, un Claude Lorrain et un Marhiiat. Ainsi la photographie est venue consacrer les chcfs-d'œu- VTe si opposés dans leur manière, que l'opinion publique avait successivement exaltés, et elle concilie, en les justi-
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fiaot, nos prédilections respectives pour le style opposé des grands maîtres de Tart.
Kn exprimant notre admiration pour les productions de la photographie sur papier, il est bien entendu que nous faisons nos réserves contre les résultats d'une pratique vicieuse importée d'Angleterre, qui consiste à retoucher au crayon^u au pinceau les épreuves sur papier. Ce que nous avons dit du coloriage des plaques métalliques, il faut le répéter avec plus d'insistance pour Tenluminure de la photographie sur papier, car ces moyens se trouvent ici mis vi\ pratique avec plus de succès en apparence, et surtout avec une entière bonne foi, par quelques artistes qui ne craignent pas d'y consacrer un talent réel. Ces retouches faites après coup aux images photographiques, sont à la fois une dérogation aux règles de Tart et une atteinte à la pe^ feclion des produits. La première des qualités d'une œuvre ))lastique, c'est l'homogénéité. Deux manières différentes, deux procédés d'une nature opposée, ne peuvent se supe^ poser, se marier dans une œuvre quelconque, sans en détruire l'harmonie. Chaque couleur appliquée sur un épreuve en diminue la valeur, et la détérioration est d'autant plus Krave que le pinceau est entre des mains moins habiles. Kn outre, un premier pas fait dans une mauvaise roule amenant forcément à parcourir la voie tout entière, la première rectification d'une épreuve oblige à retoucher, à recomposer, presque de toutes pièces, le dessin primitif. Uo trait ajouté faisant tache sur l'ensemble, l'artiste est peu à peu conduit à harmoniser son tableau, non pliis avec les tons de l'image photographique, mais avec ceux du crayon ou de la couleur surajoutés. Une anecdote que M. Francis Wey a racontée, à ce propos, dans le journal la Lumière* rendra ce raisonnement plus clair.
Le peintre Courbet remontait le Rhin entre Coblentz et Manheim, lorsqu'il At rencontre,'sur le bateau à vapeur,
lien qui s'tn revenait totil joyeux tie râpait exécuté en FJnndre par le célèbre Van (trtrail avait pour Tond un rideau de velours dcan bleu de ci^l conlrariail beaucoup le orlratl, qui aurait préféré, pour le fond de passage des bords du Hhin, Il alla conter let qu'il avait reconnu.
ne cbagrine, lui dit-il ; je suis un peu po*?le, n ci«l orageux. D'ailleurs j'ai peu de gniU , et j'en ai bL-aucoup pour le vin de Joban- Msserons dans deux Iieures devant cet 11î pourriez-TOus le croquer au passage pour fie mon porirait?
piote essaya en vain de résister: il Tut con- ! le coteau de Jobanntsberg. et d'en Rxer, réaliste, les contours azurés sur l'arrit're-
I de Sehaêndel. Mais voyez le rt^sullnll Ce snapli, le portrait se voila d'une teinte TulUt h demi eiracé dans les prorondeurs du ce vers le fond avait perdu ses lueurs en [leinlurc violente de Courbet. Le Prussien
il fallut remettre l'reil en harmonie aven Bsi relouclié, l'œil prit une saillie énorme ; Te une rtvance de trois pieds, et chacun de il œil [ i>
II œuvre. Courbet refusa de collaborer da- 'peÎDtre flamand. Il débarqua à Manheim. , qui avait payé son porirait fort cher, ne 1er de cel œil si vilainement accommodé. Il
les traces du peintre français, le suivit 11 et l'entraînant dans un hAlel, le força de ^ment du labteau. Le pauvre Courbet ne
'en recouvrant la lui lé entière sans y lais- 'plas léger arressoîre. L'ouvrage lerminf :
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— Voilà qui est parfait, dit le Prussien, ces petites retouches étaient bien nécessaires.
Puis contemplant avec complaisance l'œuvre remaniée :
— Ah ! reprit-il en soupirant, si l'illustre Van Schaêndel pouvait revoir son chef-d'œuvre!
— Hélas ! dit Courbet en s'esquivant, il ne le reconnaîtrait guère !
Ces moyens malencontreux qui avaient défiguré Vœmt de Van Schaêndel, nous les voyons tristement mis en pratique par les photographes de profession qui tapissent nos boulevards et nos rues d'images maculées par un absurde pinceau. Sous l'annonce menteuse de portraits photographiques, on voit s'étaler toute une série de produits étrao ^es, métis nouveaux et barbares croisés de la photographii et de Taquarelle, dessins créés par le soleil, refaits pari fusain, silhouettes commencées par l'instrument de Da guerre, terminées par un pointillé au crayon de couleoi et qui, par la roideur et l'affectation de la pose, par le coi trasle heurté et la fausseté des tons, ne ressemblent à riei sinon à l'aquarelle peignée d'une jeune demoiselle. Te sont néanmoins les produits qu'on laisse librement s'était aux yeux d'un public dont ils pervertissent le goût. Noi nous sommes quelquefois demandé jusqu'à quel point surveillance de l'administration ne pourrait s'étendre à i genre d'exhibitions. Molière se moque du personnage q demande au roi un inspecteur chargé de la surveillance d inscriptions et des enseignes « qui renversent par unebt « haro, pernicieuse et détestable orthographe, toute soi n do sons et de raison, sansr aucun égard d'étymologie, ar « togio, énergie, ni allégorie quelconque, au grand sa w dalo do la république des lettres et de la nation fm « Vniso» » Si Molière avait toute raison de prendre en dérisi ootio |HMiH(^o. o'ost un point que nous nous dispenser dV\(iminot\ Nous dirons seulement qu'appliquée à la si
veillance des produits photographiques, elle pourrait no pas sembler absolument ridicule. Le goût public est chose sacrée et qu'il est bon de préserver de toute atteinte. i}\\ les exhibitions du genre de celles qui nous occupent n'ont pas seulement pour résultat d'altérer le sens artistique des masses, elles donnent encore au public une idée fausse de la nature du procédé photographique. Combien de gens qui s'imaginent que ces enluminures sont sorties toutes fraîches et toutes brillantes de Tinstrumcht de Daguerre! Et les photographes n'ont-ils pas chaque jour à combattre des préventions enracinées de cette sorte dans l'esprit de boai^eois qui leur demandent leur portrait colorié du premier coup, i comme le fait si joliment monsieurun tel. » Puisque la loi réprime les tromperies surla nature de la marchantfifeoefu/iie, les industriels qui afiichentces produits frelatés devraient, il nous semble, être tenus de spéciiier exactemeot leur nature pour échapper aux atteintes du Code pénal.
En laissant de côté ces productions regrettables, il faut reconnaître que la photographie sur papier est appelée à exercer une très-heureuse influence sur l'avenir des beauxarts. Les artistes trouveront nécessairement le texte d'un grand nombre d'enseignemenls utiles dans l'étude des produits de genre si divers auxquels donne naissance la photographie sur papier, qui tantôt, procédant par masses à la façon d'un grand artiste, sacrilie, avec une merveilleuse intelligence, les détails secondaires au résultat flnal, tantôt, s'appliquant à la reproduction minutieuse, rappelle, par so!) incomparable délicatesse, les plus ilnes pages de Miéris et de Gérard Dow. Le dessinateur y trouvera, pour la reproduction des monuments, des éditlces, des paysages et des grands sites artistiques, des leçons précieuses, en ce qu'il lui sera facile de reconnaître au moyen d'une épreuve photographique, prise en quelques
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instants, comment les ombres et les lumières de son modelé se traduisent sur une surface plane. Quant à l'exacte repriMluction de la figure et du détail anatomique, la photocraphie sera encore d'un incontestable secours. Un instant suftit pour arrêter sur le papier photographique ce^ tains mouvements instantanés du corps humain dont le nuHlèle vivant est inhabile à fournir le type fugitif : les imaixesdeces mouvements, presque insaisissables parles nu>yens ordinaires, donneront au dessinateur des leçons aulrement utiles que celles du modèle vivant ou de Técoivhê anatomique. Dans le portrait, ce caractère essentiellement mobile de la physionomie, qui s'évanouit sor les traits de la personne qui pose avec une rapidité désespérante |HMir Tartiste, cet air particulier, cette attitude, etc., dont Tensemble heureusement reproduit constitue la ressemblance, peuvent en un clin d'œil être saisis par l'instrument de Daguerre, et rester ensuite sous les yeux du peintre comme un guide assuré dans l'exécution de son tra\ail. Ajoutons enfin qu'une épreuve photographique donne l'asjiect vrai du modèle ; un tel auxiliaire serait donc d'une haute utilité pour arrêter la main d'un artiste trop disposé à traduire ce qu'il voit d'après un type commun devenu fiimilier à son pinceau. Tous les portraits de ilouture et de Mûller, tous les paysages de Diaz nous représentent la nature sous un même aspect propre à chacun de ces artistes ; il en saurait en être ainsi avec la photographie prise pour guide; il n'y aurait plus de manière en peinture, il n'y aurait que la vérité.
Si la photographie sur papier peut être utile comme moyen d'étude pour la représentation plastique du modèle vivant, elle peut être encore d'un grand secours pour l'étude des draperies, des vêtements et de tout l'accessoire obligé d'un tableau. Quelles difficultés n'éprouve pas un peintre à saisir les motifs si changeants des vêtements et
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des draperies, quf varient de situation, de fornric et de rapports selon les mouvements du modèle, et qui, grâce au da^erréotype, peuvent être fixés en un moment dans une conformité absolue avec une pose donnée. Une fois ces L draperies, ces accessoires, arrêtés dans leur spontanéité, f l'artiste conserve ce type pour en faire un élément exact , et rigoureux de la composition de son tableau.
L*ntîlité de la photographie sur papier dans le travail quotidien des beaux-arts ne saurait donc être méconnue. Quant à son succès auprès du public, quant à son acceptation future, quant au rang qu'elle doit occuper parmi les iQlres produits des arts, aucun doute ne peut être conservé sur ce point. Pour peu qu'elle ofi're certaines qualités qu'il est désormais devenu facile de lui prêter, l'épreuve phol' tographiqne d'un monument, d'un édifice historique, etc., sera toujours préférée à une lithographie qui représente le même sujet avec une infidélité choquante et sans aucun mérite comme objet d'art. Un portrait doux et ressemblant obtenu par la photographie sur papier sera toujours supérieur à ces médiocres portraits à l'huile d'une ressemblance douteuse, auxquels la classe aisée est contrainte de se tenir, faute de pouvoir prétendre aux œuvres élevées d*un grand artiste. On peut donc prédire sans crainte qifune fois les produits photographiques appréciés à leur juste valeur, toute une catégorie d 'œuvres d'art aujourd'hui en faveur ne tardera pas à disparaître. Les dessins, les gravures ou lithographies qui représentent des villes, des églises, des ruines, des statues, des bas-reliefs et des sujets d'architecture, ne pourront entrer en lutte avec l'épreuve photographique, qui leur est mille fois supérieure sous le rapport de la vérité, de la précision et du fini, et qui ne leur cède en rien sous le rapport artistique. Quand on pourra, ï)Our un prix modique, posséder l'image fidèle du paysage préféré, du monument antique dont on a curieu-
-k^oKiii ùUefTOc^ l«> icstîgi». de rédifi«e aoguste dont on A ^«.lakÎK Uk pr«>;«Mrt»t>tts> H Hurmonîe, on laissera de ecMé t«^:^ akMnû$e> ^ATiirc:$w les lilbofçraphies grossières el tous k:s priMinîts impufûts sortis des baséUges de l'art.
iNMreoiies popofiûiesw les œoTres phot(^raphiques aurool poor effet d eporer le domaine des beaux-arts, en ce qu'elles rendrool l'existence impossible à tout artiste médiocre. Les gens de métier, les hommes qui ne vivent que sor les pratiques dn procédé manuel, seront contraints de disparaître ; les hommes supérieurs, ceux dont les travaux s'élèvent au-dessus du niveau des conditions commuues, réMsleront seuls à la révolution salutaire que nous verrous s'accomplir. En même temps, la comparaison des beaux produits photographiques avec les ouvrages de la peinture et du dessin, d'une part rectifiera le goût du public, et d'autre part forcera les grands artisles à se dépasser euxmêmes. En effets la photographie sur papier traduit être-' présente avec une vérité admirable; pour faire mieux qu'elle, l'artiste devra donner à rinterprétation plusd'iuh portance qu'il ne lui en accorde d'ordinaire. Il faudra que l'individualité de l'artiste, il faudra que l'âme du peintre passent plus profondément et brillent encore plus dans ses œuvres, pour qu'elles l'emportent sur les résultats d'un instrument qui réalise si bien à lui seul certaines de ces qualités. En forçant ainsi le peintre k imprimer davantage son cachet personnel à ses travaux, en l'amenant k placer l'interprétation et la poésie bien au-dessus de l'imitation matérielle, la photographie aura heureusement concouru ù l'avancemenl des beaux-arts, et fourni un exemple aussi noble qu'imprévu de la science offrant à l'art une main se-
courable pour s'élever avec lui vers ce type de perfecUot idéale où tend l'humanité et qui part de l'homme pou' aboutir à Dieu.
LES POrORES DE GUERRE