‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 5)Chapitre 3 sur 59 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Premiers essais d'application de réiectricité à la transmission des signaux.

— Le Jésuite Strada. — Soucha de Toumefort. — Première menlloa faite dans un recueil scientifique écossais de ridée d'un télégraj^ aa moyen de réiectricité statique. — Lesage. — Lomond. — Relaer. " Beltancourt. — François Salva. — Uetour à la télégraphie aérienne.

— Linguet. — Dupuis. — Bergstrasser.

La découverte des phénomènes généraux de réiectricité vint changer la direction des essais entrepris jusqu'à cette époque pour la création ou le perfectionnement de l'art des signaux.

Les phénomènes de Téleotririté statique ne sont connus quo depuis le milieu du siècle dernier : c'est en 1746 que furent découverts les faits qui devaient servir de hase à toute une science nouvelle. L'pbservation du transport à

nUEoK«nitE.

Éde l'éleclricité, celle des corps coaduclears «t iducl^urs, les rurîruses prapriélés de IVtincelle ip, a^-aienl vonitDcncv d'i-xcî(erauplti$ hiut degrtf I BiirDuon de« savante. Bieol6t les décoorerl» arrnèrmt de loii»les côtés. Musfcheobroek ronslnttsail la bootetlle de Leyde; on essayait, en France el en Aiiglelerre, d'apprécier la vitesse de transmissioo de réieclricilt^, et Lemonnier vujiil, aT«c un éloimemenl profond, re fluide franchir, dans UQ temps inappréciable, la dUtance de deux lieues. Peu de lemps après, les physiciens Trançals découmienl ao sein de l'atmosphère la présence de réleclricilé libre, et s'ippn^taieiil â aller conjurer au sein des noées ora- ([eases les lerriMes effets de l'élcctricilé météorique.

Au milieu de cet élan général vers l'élude des phénomènes éleclritpies. il éljttt impossible que l'idée si simple d'spplîqner l'électriciléà U transmission des signattxne ttnt pas b se produire.

[léjk d'ailleurs, et avant [Q^mcla découTCrte des phénomènes électriques proprement dits, on avait Taguenteot Mgoalé la possibilité d'appliquer l'action des aimants à une rorrespottdance entre deux points peu éioigsés. L'idée de faire sertir le magnétisme à une correspondance télégraphique remonte jusqu'au dix-sepLiéme siècle; maïs il est difficile de décider si elle a été proposée sérieusement nu comme un pur amusement philosophique. Le lecteur en jugera lui-même d'après les citations textuelles que nous alliitu dire des documents historiques qui se rapportent & cette (|uestinn.

PnJytiûiui academieiB, tel e^t le titre d'un ouvrage latin, aajoardliui Tort inconnu, qui fut publié eu 1617, et dans lequell'auteur, Plamt niusStrada, jésuite de Home, s'amuse à Imiter alteniativement dans ses vers le style des princiécrivaios latins. Dana le passage de ce livre où U prétend imiter Lucrèce, Plaminius Strada expose avec détait

le mojea de correipoadre d^'anlieoàonaDlreetàlnTers aae srmde distance, aa moyen de deux aimants.

Si deux personnes clo«piées Teolent échanger leurs pefi»ée$« il lenr snflSl, noos dit le jésuite rooiain, de se munir chaenne d'one aiguille aimantée an moyen du m^me aimant et de disposer celte aiguiDe an milien d*uD cervie portant les lettres de l'alphabeL Si l'nne des persc-nnes Tient à placer nne tige de fer près de l'une des lettres, rjùguille aioiantêe s y portera aussitôt. On verra alors laimant éloigne se porter vers la même lettre de l'alphabet« et ainsi Ton pourra* en présentant à l'une des deux, stations la tige de fer du cadran derant les différentes lettres, composer et transmettre des mots à l'obserfaleor placé à une grande distance.

L opération, comme on le voit, appartient au domaioe de la fantaisie pure, car deux aimants distants l'un de l'autre, bien qu ayant reçu d'un même aimant -leur vertu magnétique, n*out entre eux aucune lyn^M/Aie, comme oo disait alors, aucune attraction, dirions-nous aujourd'hui, qui pourrait produire ces mouvements semblables.

Mais, hàtons-nous de citer le document original. Après avoir fait connaître les propriétés de Taimant, Flaminius Strada ajoute :

Ergo âge, si qoid adre voles, qoi dUtat. iniieum. Ad quem nuUa accedere poasit epUtola ; sume Planum oritem patalumque, doUs dementaque prima Ordlne, quo discunt pueri, describe per oras E\t renias orbU, medioque repone jacentem. Qui teUgit magneta, stylom ; ut vereatUis indè Litterulam quamcumque velis, contingere possit. Ilujus ad exempium, ftimill fabricaveris orbem Margine dedcriptum, munîtumque indice ferri, Ferri quod motum magnete accepit ab illo. Hune orbem discessarus sibi portet amlcus. . . Hi8 ità compositis, si dàro cupU aiioqai amicum

riltGItKTWlE. II

Quam procul à loto terrai iliitliiM ora ; "fW adJun^K numum. ferruni yereatUe Irtcla. Rie dljpuita TidM nlementa In murglne tnlo.; (pacl* ntii» Ml êd verlianoll', hùc dirige ferrum. UlUmliuqnf, moAà hanc, mndtt et lllam, i;u»pide tange. . . Cotapona» slnglUalini trnu utiinm nientls. . .

Quin elialD. cuni slare tlylum vldet, Ipse vlciMlm SI luv mpondendi pnlet, «inilli rallone LltUrull) vàI^i taclli, rescrlbll amieo.

0! uliatm bov ratio scrlbendl prodcat luu. r^uliurelcliiarproperafït eplaiuli... (i)

■ Si vous Vduli'iavcrlir de (]ueli]oeclioseunaiiii absent auquel noUe Ictlre ne piiuriDil {larvenir, prenex un diâ({ue p)al et bien nul, et in*crivex tout aulour, près du borddece disque, les lettres du» l'ordre oit l'alpbabet les {ir^senlc; su centre placei hi>ritoDtalenieal uue lige muliile qui ail été aimantée par le contact d'un aimant, el <iui piiusc A voIodIc se porter sur les diverses ttltrea en parcouraiil ce cadran.

■ Voui aurez prépiiré, d'un autre câl^, un appareil tout semblable, coDlenant tatsi les lettres du l'aipliHbcl et muni d'une ■ig)Ulle aimanlée iiu confort de la premiért, mobile, et pouvant parcourir le cadran. L'ami qui s'éloigne emportera ce dernier appareil iier. lui.

" te» cbuseï ainsi disposées, si vous d^irw etitretenir secrètement ooe correspondance avec Cet ami éloigné, approchez lamain de voire tige de Ter, taites-luî loucher une à uue les di- Terses leltrei composant les mots que vous voulei Torroer ; eiprimcs ainsi successivement chaque partie de votre pensée...

■ Uieo plus, lorsque votre ami verra s'arrêter l'ai|;uille, s'il désire voQs répondre, il lu fera un touchant de la même Façon les Ictlref de son propre cadran.

■ Plat nu ciel que cette manière de correspondre lill mise en Dsagu: une lettre s'expédierait ainsi avec plus de tiécurîté et du prompt iiudc ■

Si le jésuite romain n'avait voulu, dans les vers qui précrdviil, que tourner en ridicule quelques prétentions des

e Soeitlale Jeju, PruUitona ucoi/e-

ir, DECOUVERTES SCIENTIFfOUBS.

physiciens de son lemps, il faut conv^ir que le badinage de son esprit était fort heureux, c<nr il mettait sur la voie d'une découverte bien importante. D'ailleurs cette idée da jésuite versificateur ne resta pas longtemps à l'état de plai* santerie.

Souchu de Tournefort, auteur d'un petit livre publié en 4689 sous le titre : V Aimant mystique y et dans lequel les vertus de l'aimant sont rattachées aux préceptes de la religion chrétienne, fait mention des idées de Strada. Seulement il les trouve exagérées, et prétend que tout ce que Ton peut faire par ce moyen, c'est de correspondre (Pwi chambre à une autre. Ce passage du livre de Souchu de Tournefort montre que l'on avait pris au sérieux la péosée émise par Strada sous une forme peut-être ironique.

L'appareil au moyen duquel on essaya de tirer parti de cette idée, et auquel Souchu de Tournefort fait allusion, est bien probablement celui qui se trouve décrit dans un ouvrage assez répandu au dernier siècle : Les nouvelles récréations physiques et mathématiques (1) deGuyot; l'auteur le décrit, en effet, comme un appareil déjà connu.

Dans cet appareil dont'Guyot donne la figure et explique longuement le mécanisme, il s'agit de faire répéter à une aiguille placée au milieu d'un cadran qui porte des lettres ou des chifi*res inscrits aulour de sa circonférence, tous les mouvements d'une autre aiguille semblable placée sur un cadran tout pareil. L'attraction de l'aiguille par un aimant caché au-dessous, est le principe du mouvement de cet appareil, qui se compose d'éléments purement mécaniques assez simples, mais dont nous passerons la description sous silence.

Sans nul doute ce pelit appareil n'avait rien de commun avec celui de nos télégraphes électriques actuels,

(I) 4 vol. in-8. Paris, 17C9 (\ow, 1).

TÉl,&Il*rlliF. 17

jeu provenait d'organes miîcaaiques et non de ïrclricîté. n est bien remarqua ti le pourluot de voir une idée de ce genre ré.ili'^ée mécanifiuement au siècle dernier avajil m^ine la découverte des phé nu mènes éleclriqt»*», ei c'est ce qui nous a engagé à la rappeler ici.

O qui nisaquail aux appareils de Slrnda et à ï^es imitaliOD«, c'cUitl'a^ent électrique pour mettre en communication, k travers une grande ilistance. deux cadrans, ou un Appareil quelconque destiné à exéculer des signaux. Les propriétés diverses de l'électricité, et surtout celle d'élre IransDitse à dislance avec une rapidité incommensurable, élaJvnt i peine connues que l'idée vint presque aussildt aux physiciens de tirer parti de ces propriétés pour l'exécotîoo d'oD télégraphe ijlecirique.

\a première meiilion qui ail élé faite d'un appareil de ce genre, le premier appareil qui ail été proposé pour appli-

I ()aerrélrctricité à la transmission de ta pensée, se trouve dans on recueil écossais, ]e^cor'j.Va902(ne, dansunelellre

\ fi^née d'une simple iniliale, et érrite de Kenrrew, le 1" fé-

I nier 1733 (1). Il ne sera pas ^am inlérél de reproduire Ici

I re docnmenl peu connu.

^^^^^w ceux qui s'occupent d'expériences d'électricilé savent

■H^Hpulsunce électrique peut se propager, te long d'un 111,

^^^^wo k un autre, sans Ctre sensiblement alTaiblie par l.i

r ItMiguetir de sa course. Supposons msinlenanl un Tai sceau de

nUen nombre égal à celui des ledres de l'alphabet, étendus

horii'iDlaleinenl entre deux lleun donnés parallèles l'un à l'an-

Ur, et distants l'un de l'aulre d'un pouce.

• Admettons qu'après chaque vingt tards (mèlrea) les flU soient reliés '» un corps solide par une jointure de verre ou de tnaitic de joaillier, pour cmpiiclicr qu'ils n'arrivenl en contact •*ec la Icrre ou qut.'l<|uc corps conducteur, et pour les aider fi porter leur propre poids. La bolterk électrique »era placée k

• Honsieur,

^■kjbL XV, p. BR

xv.iii drxMt 1 i'uoe d^^< extrémité^ <i€s fiU, et le fusceaudes Gli ' i v'^r^ «■itnfiiiitè $«;np«t«: par une pièce de verre; les.portioos «!v> dis qvà «car eu ^er-t^-surpcrt à U machine ont assez d'élaSu^i'.é et de iviieur peur retenir à leur posilion primitive après ji\o:r é^è inierès ta *xcii:: ivec il batterie. Tuut près de ce n»^îHe verTe-^uj»fc»rt. du o>"ô oppoaé, une balle ou boule desc. !id suspendue à chique tîL et. î un sixième ou un dixième de pu.. Au-jessous de »:hnue hiîîe, on phce l'une des lettres de l\i!phjibet. êv'rîte sur de pe:i:> morceaux de papier ou d*une autre substance quelconque isc^ex lêçêre pour pouvoir êlreallirêe et Si>ulevôe par la tCille êiectrirée: on prend en outre tous les arrangements nécessaires pi.Hir i^ue chacun de ces petits (vipiers reprenne sa place lorsque la kille cesse de Fatlirer.

• Tout êtanl dis^vsé comme cî-dcs>us,ie commence la con-vorsatîon avtv mon ami à dist:tnce.de cette manière : Je mets la machine électrique en mouvement, et si le mot que je veux transcrire est SIR, i\ir exemple, je prends, avec un bâton de verre ou avec un autre corps électrique par lui-même ou isolant, les ditTérents bouts de âls correspondant aux trois lettres qui composent le mot. Puis je les presse de manière à les mettre en contact avec la batterie. Au même instant^ mon correspondant voit ces différentes lettres se porter, dans le même ordre, vers les balles électrisées à l'autre extrémité des tils : je continue àépelerainsi les mots aussi lon^itenips que je le juge convenable; et mon correspondant, piuir ne pas les oublier, écrit les lettres à mesure qu'elles se S4.»uièvent ; il les unit, et il lit la dépêche aussi souvent que cela lui plait. A uti signal donné, ou quand j'en ai le désir, j'arrête la machine, je prends la plume à mon tour, et j'écris ce que mon ami nfenvoie de l'autre extrémité de la ligne.

0 Si (|uelqu*un juge que ce mode de correspondance est quelque peu ennuyeux, au lieu de balles, il i>ourra suspendre au plafond une série de timbres en nombre égal à celui des lettres de lalphabet, et diminuant graduellement de dimension depuis le timbre A jus(|u'au timbre Z. Du premier faisceau de lils horizontaux, il en fera partir un autre aboutissant aux diflVIrents timbres, c'est-à-dire qu'un liliradu iil A au timbre A, un autre du 01 B au timbre B, etc.

tt Alr»rs celui qui commence la conversation amène successivement les fils en contact avec la batterie comme auparavant^ et l'étincelle électrique, se déchargeant sur les timbres de dimensions différentes, désignera an correspondant, par le son produit.

TbLM.!!t1>ilir. I»

ki fil» qui aiironl ^li^ tour à k>ur louches, be cell« manière, «1 «»« un peu ili! pralii|ne, les dcui correspondants airivcront sans pMU K traduire en moU complet» le langage des carillons, sans itre uaujettb à l'ennui de noter ou d'écrire chacune des lettres iodiqw^cs.

" On pout paiTcnIr encore au raême but d'une autre manière. Supposons i[ue les balles soient suspendue? au-dessus des caractère*, comme dans U première expérience; mais, au lieu d'amener les extr^mittis des flls boriionlaux en contact avec la I>allerio, convenons qu'un second faisceau de fils partant de r^lcctriflcaleur vienne aboutir aux fils hrtrizontaux da premier fiiisceau.el que tout soit en même temps disposé de telle sorle que chacuD des (ils de la deuxième série jiuiase âtre détacfail du 01 cotres pOTt liant de la première par une pression exercée sur une simple timclie. cl iju'il revienne de nouveau auraildt qu'un lai rrud la lltierlé en cessant de presser. Ceci peut Être obtenu par l'intermédiaire d'un petit ressort ou de vingt autres moyens que l'on Imaginera sans peine. De cette manièic, les caractËres adbëreinnl constamment aux balles, excepli! lorsque l'on éloignera on des fils seconilaires du HI hurlznnial en contact avec U balle, et alors la letti'e,à l'autre extrémité du tll hoHiuntal, s« détacbera immédiatement du la balle, et sera par I& même montrée au (^jrrcspooilsnl. Je mentionne en passant cette nouvelle disposition comme une variété intéressante.

«Quelqu'un pensera peut-être que, quoique le Teu ou llnx éleetrifuc n'ait pas paru sensiblement diminuer d'Intensité dans sa propagation à travers lc!< longueurs des lils expéiimenlcs jusqu'Ici, on peut raisonnablement supposer, comme les longueurs àfi au n'ont pas dépas^30 ou id vards, que, sur une longueur bMuunip plus grande, cette intenailé diminuera considérablement et liera probablement tout à Tait épuisée par l'action de Vur envlrûunnnl, après un parcours de quelques milles.

1 Puar prévenir cette objeelion et sans perdre de temps en irgumi-ntn inuliles, je dirai qu'il suflira de recouvrir les OU, d'une extrémité a l'autre, aveu une couche mince de mastic de joaillier: ceci peut te faire avec une dépense additionnelle très- ■mnixne; et comme celle couche est éleclrtque par elle-même, c'C4t-i-dirc iaulantc, elle mettra eflicacemcnt chaque partie du Il \ l'abri de l'action è{iuisante de l'atmosphère ( I ). Je auU, etc. C. M. »

IL ^ Jour

Journal Ir Coinvn, i8^t-

9) DECOrTEKTES SCIENTIFIQUES.

L'appareil proposé par le savant écossais dont le nom se cache sous ces deux initiales, et qui est demeuré inconno jusqu'ici, était fort judicieusement combiné. C'est pour nous aujourd'hui un sujet de surprise de trouve^ décrit, dès cette époque, un système réalisant d'une manière si rationnelle la télégiaphie électrique. Cependant la lettre du savant anonyme n'attira sans doute aucune attentioDy car on ne voit pas que l'appareil qu'il propose ait jamais été mis à exécution.

L*honneur d'avoir le premier exécuté dans des conditions pratiques un appareil de télégraphie, fondé sur l'emploi de rélectricité statique, appartient à un savant genevois d'origine française, nommé Georges Louis Lesage. C'était un physicien habile qui a laissé des travaux estimés ; il vivait à Genève du produit de quelques leçons de mathématiques. C'est vers Tannée 1760 que Lesage conçut le projet d'un télégraphe électrique qu'il exécuta à Genève en 177i. L'instrument qu'il imagina, et qui n'était d'ailleurs qu'un appareil de démonstration ou d'essai^ se composait de vingt-quatre fils métalliques séparés les uns des autres et noyés dans une substance non conductrice. Chaque fil allait aboutir à un élcclromètre particulier formé d'une petite balle de sureau suspendue à un fil de soie. En mettant une machine électrique ou un bâton de verre électrisé en contact avec Tun de ses fils, la balle de i'éieclromètrc qui y correspondait était repoussée, et ce mouvement indiquait la lettre de Talphabet que l'on voulait faire passer d'une station à l'autre. C'était, on le voit, avec bien peu de différences, l'appareil de notre savant écossais.

Lesage était en correspondance avec les savants les plus distingués de l'Europe, et particulièrement avec d'Alerabert. C'est ce dernier sans doute qui lui suggéra l'idée de faire hommage de sa découverte au grand Frédéric, qui

enl iiiil la fiTlune tie l'invi-ntioii. LesatjL- ^e 1 clïet, (l'ulTrirsa découverte au roi de Prusse;

U«Tail roi^mc préparé la lellresuivanle, quidevailnccom-

(Klgner l'envoi de ses instrunienls :

• Hl pelilc fortune est non-sculemi^nt aufflsanle pour loua mes bénins personnels; mais elle suflit cnèmc à tous mes goûts nerpl^ on tcnl, celui de Tourair aui besoins et aux goùls des ratreshommGs.Cedésir-là.tnDs les monarques du monde réunis ne pourraient me mettre en étal de 1<! satisfaire pleinement. Ce nVttdonciia«au patron qui peut donner beaucoup que je prends Il liberté d'adresser la découverte suivante, mais à celui qui peut en faire lieaucoup d'usage. -

Mais Frédéric se trouvait à cette f-poque au milieu des embarras de la guerre de Sept-Ans; Lesage abandonnii ton projet.

Ccpendiint l'idée de la télégraphie éleclririueiivnil déjJi si bien pénétré dans tous les esprits, qu'on la trouve quelques années après réalisée à la fois en France, en Allemagne cl en Kspanne. -En 1787, un physleieu. nommé Loniond, avait construit à Paris une pelite machine à signaux fondée sur les attractions et répulsionti des corps électrisés. C'est ce que nous apprend Arthur Young dans son Voyage en France :

A la date du IG octobre 1787, les tablettes d'Young con- Itennenl le pass^ige qui va suivre :

■ nendi't>vous chez M. Lavoîsier, Madame LAvoUier, pci'nnne plcinu d'animation, de sens et de savoir, nous aTnlt préparé an déjeuner atiglnis ou thé et au café ; mais la meilleure partie du son repas, c'était sa conversation. Le soir, « isitu h M. IjtmonJ, jt'une mécanicien trés-iogénieux et très-fécond,qui a apporté une modification au métier it Liler le colon, tl a l^iiil susii uno découverte remarquable sur l'électricité. On écrit deut ou trois mots sur un morceau de papier, il l'cm|iorle rian» une chambre et t'iurnc une machine renfeimée dans une cylindrique, sur InqucUu est un électromùtre, pelite balla

. mr-lL it -ur^i u! i. :d an -il Ar^iie i une caisse égaiitm iniii.u i i:i .•■•■■. r ine-.rf T'.b-":; il r.- u"-e pièce éloignée. ^. iiiHi 'I :< 1.4.: u:? ii> u':-iii: '. .r î: .àb^ii.e de suniau,êcril ■ ^ •:■ i> .1 > !■. . .■ I ^ .'- - ■ -c'-.: -.nâure qu'il a formé .• .. ii.i 1. .i :i' :: :u n«.ii- :rri:L--?. O.mme la longueur .!.. 1. I i ju..-* 4 .: : j.'î'.-' siT Ai :c:o;c:ine. on peut corres- •..«■.:-. 4..i>i : i'i»:-; ;u î:>uji:.: ;*■£ :i ?.:i:, par exemple dn

.1-... I> i.l »«.'l' -^ : .Il«- * - •: iï'?":*^:-!- .'-. ÇOUf UU IDOtir biCO

». .^ ^'n • Tii..». i> ?i .> :a*.t.:z. ' r:.-c:irn de deuxamanls»

: • i •;•:.. u" •'*:': -. :«.SL. -- IT*:»4. li'tviairiT àiiis- !.. • . : : . :■ . : :.* '.L: : .:\::r'.c:-e. les diverses

>,. , ^ , 1 - : •••: ■■:■ ' . ' ? -'r rindOS d 'éluiD.

i -, • ■ ....:: > . "i-î. 1 -.:::- Tvtr \xnsl-qua-

• * .• .^ . 1 i .-•. .-:.-:-^:'\ i-:;rt-s; on auniil

V '^ • ^ ■ ^ .'■:.. r .' : . .:: .tur i-arcoun? «lîins

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»»A I V- *»«r.\<»'UM«

TÉLÉUUAI'IIIK.

B^^El oo le voit, recoonaltre et progager les découvertes i, préseDLa à l'Académie des sciences de Madrid ua nèmoire sur l'Application de roleclricilé h la production aj]^aux. Le prince de Is Paix voulut examiner ses appareils, et charmé de la promplilude do leurs effets, il les fonclionner lui-mCme en pré&ence du roi. A la suite de t essais, l'infant don Antonio, fila de Ferdinand, fit CMilniife, dit-ou, un télégraphe de ce genre qui cnibraï- •iDn cHpace étendu.

Tuatcfois. hâtons-Doiis de le dire, un télégraphe élec- Irique, ruoiJé sur les &euls ph(:nomènGâ d'électricité que l'on oouuais»aità la tin du siècle dernier, ne pouvait, dans nucuQ cat, ^tre considéré comme un appaml utile. On poDisil eu faire une curieuse inacbine de cabinet, un instrument propre à fournir quelques expériences intércs- &aules, mniH il Était impossible de songer à l'appliquer au dehors it une correspondance télégraphique. A cellr époque, un u'avaEl encore découvert que l'électricilé ilatifutf c'esl-à-dire r^HIe qui est dégagée par le rroltecuent cl foiiraie par les machines électriques. Or l'électricité provEaint de cette source ne réside qu'à la surface du corp», et Iciid coulîuuellemcut h s'en échapper. C'est une iteclricilé animée d'tme grande tt^nsion, comme on le dit en physique. II résulte de là qu'elle abandonne m condiKlcurs sous t'influence des causes les plus indidirentes; l'air bunii de, par exemple, suffit pour la disûper. Un agent aussi dirucile à contenir ne pouvait donc, éaucmie manière, élre utilisé i>our le service de la lélégnphic.

C'»t dire 8SSCI que toutes li-a tentatives faites jusqu'à hHii du dernier siècle pour plier l'électricité aux hesoins dr la correspondance durent être frappées d'une im- (HUtMncc radicale. Apre» trente ans de travaux inutiles, on abandonna celte idée comme impraticable, -on fut

i4 DECOUVERTES SCIL.\T1F1QU£S.

contraÎDt d'en revenir aux signaux formés dans l'espace et visibles à de grandes distances..

C'est à celte époque, c'est à la suite de ces travaux infructueux, que le télégraphe aérien aujourd'hui en usage en Europe fut découvert en France par la patience et le génie de Claude Chappe. Mais avant d'en venir à une découverte qui a si dignement marqué dans l'histoire de la civilisation moderne, il con>ient de signaler quelques recherches intermédiaires qui l'ont précédée, sinon préparée.

Dans ses Mémoires sur la Bastille^ le journaliste Linguet revendique l'honneur de la découverte du télégraphe franc^ais. Par suite de son humeur agressive et inquiète, Liaguet passa plusieurs années de sa vie à la Bastille. Dans les loisirs forcés de la captivité, son ardente^imagination continuait de se donner carrière. Comme il s'élait occupé de tout, Linguet avait fait certaines études sur la lumière, il a môme publié quelques pages sur cette question. C'est à la suite de ses observations d*optique qu'il fut conduit à imaginer un plan de télégraphe aérien. 11 proposa au gouvernement d'en dévoiler le secret en échange de sa liberté; il ne donnait cependant aucune description de sa machine, disant seulement qu'elle avait beaucoup d'analogie « avec un outil très-employé dans les ateliers. » On ne voulut pas écouter le journaliste, et peu de temps après, le ministère le laissa sortir sans conditions. Une fois dehors, Linguet oublia sa découverte ; il ne s*en souvint qu'au bout de plusieurs années, pour revendiquer à rencontre de Chappe la découverle du lélégraphe.

En 1788, Tautcurde VOriyinedes cultes, François Dupuis, habitait Bellcville, tandis que son ami Fortin avait fixé sa résidence à trois lieues de Paris. Pour correspondre avec son ami à travers la distance qui les séparait, il imagina et

fil pUccr np-dt-ssus de sa muison une machine télégrapliique. CcUe machine devait avoir quelque valeur, car elle sDb&i»la assez longtemps. Cependant, à l'apparilion du Mégraphe de Ghnppe, Dupnîs la lit disparaître.

Ed Allemagne, un savant de Hanau, nommé Bergslrasser, a consacré sa vie presque entière à la télé^phie. Il ■ écfil sur ce sujet quelques ouvrages eslimés, et construit as grand nombre d'app-ireils télégraphiques. Le mérite priocîpal de ses travaux réside dans les perrcclionnemeots qu'il apporta au vocabulaire de la correspondance. 11 représentait les mots par des chiffres; seulement, comme le »y»lèroe ordinaire de numération aurait exigé un trop ^rand nombre de caractères, il faisait usage de l'arilhméli([ac binaire ou quaternaire, qui n'emploie que deux ou tpiaire signes pour représenler tous les nombres, C'est le s;s((ïme qu'ont adopté plus tard les ingénieurs anglais pour leur télégraphe aérien.

Cependant Berg«trast>er se proposait moins de construire un lélégrapbe que d'expérimenter les divers mojeas de Iraosmeltre au loin la pensée. Il avait i^tudié dans cette vue tous les procédés de correspondance imaginés avant lui. Il employait le feu, la fumée, les feux réiléchis sur les nuages, l'artillerie, les fusées, les explosions de poudre, tcf fUcnbcaus, lea vases remplis d'eau, signaux des anciens tirées, le son des dochca, celui des trompettes et des iiuttnimenU) de musique, les cadrans, les drapeaux inobilrs, les fanaux, 1rs pavillons et les miroirs. Nous n'avons pas besoin de faire remarquer tout ce qu'avait d'impralicahlr lu combinaison de tant de moyens différents. L'arilhmétique binaire exige que l 'on répète un très-grand iioiiibrc de fuis les deux signes qui représentent les différents nooibrcs, lorsque ces nombres sont uu peu élevés; il ré- j «■liait de là que, pour transmettre une phrase de quelques i

iii bEGODVERTLS SCikNTiFIQrES.

faisait usage du canon ou de fusées, pour une phrase composée d'une vingtaine de mots, Bergstrasser faisait tirer Jusqu'à vingt mille coups de canon ou vingt mille fusées. L'excentricité allemande ne perd jamais ses droits : Bergstrasser fut un moment sur le point de voir adopter ses vingt mille coups de canon.

Il ne manquait à sa gloire que d'avoir composé un télégraphe Tivant. C'est ce qu'il fit en 4787, en dressant un régiment prussien à transmettre des signaux. Les soldats exécutaient les manœuvres télégraphiques par les divers mouvements de leurs hras. Le bras droit étendu horixontalement indiquait le numéro i ; le gauche placé de la même manière, le numéro 2 ; les deux bras ensemble, le numéro 3; le bras droit élevé verticalement, le numéro!; et le bras gauche en Tair, le numéro 5. Ces télégraphes animés manœuvrèrent en présence du prince de Hesse- Cassel : le régiment obtint un succès de fou rire.

A part ces bizarreries, Bergstrasser a rendu à la télégraphie de notables services. Ses calculs pour la combinaison des chiffres représentatifs des mots étaient d'une rare justesse. Sa prévoyance n'était jamais en défaut. Il embrassait même le cas où les interlocuteurs ne pourraient s'apercevoir entre eux, bien qu'ils fussent assez près pour se toucher. Alors il armait leurs mains d'un miroir avec lequel ils dirigeaient les rayons du soleil sur un objet placé à J'ombre; la répétition de ce signal à intervalles fixes était, dans ce cas, la base de l'alphabet. Ce dernier moyen, pour le dire en passant, a été repris de nos jours et proposé pour un système de correspondance télégraphique applicable à l'Algérie (i).

Un autre original, le baron Boucherœder, fut jaloux de Tune des inventions de Bergstrasser, c'est-à-dire de ses lé-

(I) Voyei V Année scientifique et industrielle, l'< année, 1857. p. 207-

^S IiÉOarYEETBS SCIEinTFfQUES.

du soleil, y péril victime du climat de ces contrées. Claude Chappe était né à Brûlon, dans le département de la Sarthe. C^det d'une famille nombreuse, il entra dans les ordres. Il avait obtenu à Bagnolet, près de Pro>ins, un bénéfice d*un revenu assez considérable qui lui fournissait les moyens de se livrer k son goût poor les rechercbes de physique. A Tàge de vingt ans, il faisait déjà partie de la Sociéiê pkiiotHatique.

La révolution française l'arrêta dans ses travaux. Il perdit son bénéfice et retourna à Brûlon au milieu de sa famille, où il retrouva quatre de ses frères, dont trois venaient aussi do pertire leurs places. Dans ces circonstances, il lui vint :ï la pensée de mettre à profit quelques essais qui remontaiont aux premières années de sa vie. Il espéra pouvoir tirer (urti, dans Tintérét de sa famille, d'une sorte de jeu qui avait fourni des distractions à sa jeunesse.

l/abbé Chappe avait été élevé dans un séminaire près dWngers, tandis que ses frères étaient placés dans une pension à une demi-lieue du séminaire. Pour tromperies ennuis de la séparation et de la solitude, il avait imaginé une manière de correspondre avec eux. Une règle de bois ttmrnant sur un pivot, et portant à ses extrémités deux règles mobiles de moitié plus petites, tel était l'instrument (|ui leur avait servi à échanger quelques pensées. Par les tiivorses positions de ces règles, on obtenait cent quatre- \ ingt-douze signaux qu'il était facile de distinguer avec une longue-vue. Claude Chappe pensa que l'on pourrait tirer un certain parti de ces signaux, en les appliquant, sur une èrhelle étendue, aux rapports du gouvernement avec les villes iU^ rintérieur et de la frontière. Il proposa donc à ses frênes «h» perfectionner re moyen de correspondance et de rolViir ensuite au gouvernement. Il fît adopter ses vues à sa l^Muille, et décida ses frères à le seconder dans ses reelMMvhea,

TiLÉORAPIIir. 29

Le système des règles mobiles, qiii avait fonctionné heureusement lorsqu'il ne s'était agi que d'une correspon* dance entre deux points, rencontra des difQcultës insurmontables quand on voulut multiplier les stations. On renonça donc à cette combinaison pour essayer l'électricité. Dans ses travaux de physique, l'abbé Chappe s'était Mirtout occupé d'électrioité, et cet agent paraissait satisfaire si bien i toutes les conditions du problème tél^raphiqne, que des essais de cette nature étaient pour ainsi dire commandés. Son cabinet de physique permit d'entreprendre les expériences, mais les frais qu'elles* occasion* liaient ne tardèrent pas à s'élever si haqt, qu'il fallut vendre tons les instruments. D'ailleurs, ces essais, exécutés nécessairement avec l'électricité statique, n'amenaient aucun résultat avantageux.

On en vint alors à se ser\'ir d'un corps opaque, isolé dans l'atmosphère, et qui, par son apparition et sa disparition successives, indiquait l'instant précis où il fallait marquer le chiffre désigné par deux pendules placées aux deux stations, et *parfaitement concordantes entre elles. On put, fiar ce moyen, correspondre régulièrement et avec une grande promptitude à trois lieues de distance. Ces résultats furent parfaitement constatés par des expériences spéciales dont le procès-verbal existe encore, et qui furent exécutées en présence des officiers municipaux et des notables du pays, au château de Brûlon.

Muni de ces procès- verbaux, l'abbé Chappe vint à Paris vers la fin de 1791 , el après bien desdi^lcultés et desdémarches, il obtint la permission d'élever un de ses télégraphes sur le petit pavillon de gauche de la barrière de l'Étoile. Deux de ses frères le sccondaionl dans ces expériences qui donnaient les meilleurs rèsullals. Mais une nuit plusieurs hommes masqués envahirent le pavillon et enlevèrent le télégraphe.

Celte mystérieuse disparition de leur machine, qui n*a jamais été bien expliquée, découragea les inventeurs et refroidit leur zèle. Us auraient probablement renoncé pour jamais à Tentreprise, sans un événement qui vint leur rendre quelque espoir. L'atné des frères Chappe fut nommé, par le. département de la Sarthe^ membre de Vkssemblée législative. Comptant sur le Crédit du nouveau député, Tabbé Chappe retourna à Paris, et obtint Taulorisation d'établir un autre télégraphe dans le beau parc que Lepelletier de Saint-Fargeau possédait à Ménilmontant Ce nouvel appareil consistait en un grand tableau de forme rectangulaire qui présentait plusieurs surfaces de couleurs différentes, et dont Taxe pivotait de telle sorte que ces surfaces paraissaient et disparaissaient à volonté. Ce n'était pas encore là, comme on le voit, le télégraphe actuel; c'est néanmoins la disposition qui, plus tard, servit de modèle au télégraphe aérien en Angleterre et en Suède.

Les frères Chappe travaillaient avec ardeur à perfectionner et à régulariser le jeu de cet instrument, lorsqu'un matin, au moment où ils entraient dans le parc, ils vireot accourir vers eux le jardinier tout épouvanté, qui leur criait de s'enfuir. Le peuple s'était inquiété du jeu perpétuel de ces signaux; on avait vu là quelque machination suspecte, on avait soupçonné une correspondance secrète avec le roi et les autres prisonniers du Temple, et l'on avait mis le feu à la machine. Le peuple menaçait de jeter aussi les mécaniciens dans les flammes. Les frères Chappe se retirèrent consternés.

Cependant Claude Chappe ne se laissa point abattre. Il voulut poursuivre jusqu'au bout une découverte dont la première pensée lui appartenait. Pour la troisième fois, il demanda l'autorisation d'établir,- à ses frais, de nouvelles machines, et il l'obtint, grâce au crédit de son frère le député. Il disposa donc trois postes, dont l'un fut placé à

TfUGitAI'IlIK. SI

lénilnionlAiit, l'aulie à Êcoiien, village k cinq lieues do fuis, et le troisième à Saiul-Martin du Tertre, h quaire I d'Écouen. C'est à celle époque que furent arrêtées ntreles fK-rcs Chappe les disposilions el les combioaisoDs télégraphe aérien. Le mécanisme des trois règles mollîtes et le vocabuliiire qui sC rapporte à ces signaux furent ikin mis en pratique pour la première fois.

Quand les ^tationnaires furent convenablement exercés 1 toutes les manœuvres de la ligne, rinv<>ntcur demanda ui gouTernement Texamen public de son appareil. Un an 'écouta sans amener de réponse. En d'autres temps peuttlre ce retard eût été indéfini, et le projet de Cbuppe, ensCTeli dans les cartons d'un ministère, serait resté à jamais coblié. Mais k une époque ofi plusieurs armées, éparses sur divers points du territoire, avaient besoin de pouvoir cummuoiquer librement et lapideraent entre elles, un agent de correspondance précieux à tant d'égards devait t[ipeler l'attention des dépositaires de l'autorité publique. 1:d député, nommé Homme, qui avait quelques notions de Kieiices, découvrit l'exposé de Chappe dans les bureaux (lu comité de l'instruetiun publique. Frappé de la lucidité de ce travail et comprenant son importance, il le signala kvec éloges au comité. Nommé rapporteur du projet le i avril 17t)3, Romme monta à la tribune, le mémoire de Oiappe 11 la main, el il obtint de la Convention qu'une t»iuine de 6,0U0 francs fût consacrée k l'essai de ce système télégraphique.

Les expérÎFDCËS curent lieu le â1 juillet suivant. Daunou et Lakanal, commissaires de la Convention, se tenaient h Saiiil-Martin, l'un des postes extrêmes, avec Abraham Cbippe ; Arbogast et quelques autres députés se trouvaient, iTcc l'abbé Chappe, Il Méoilmuntunt. Les expériences durèrent trois jours. A la dislance de sept lieues, toutes les dépêche» furenl IraDimises avec une précision et une promp-

39 DÉCOUVERTES SCIEffTIFIQUES.

titude extraordinaires. De retour à Paris, les commissaires firent à la Convention un rapport qui détermina PAssemblée à ordonner, sans autre retard, rétablissement d'une ligne télégraphique de Paris à Lille. L'abbé Chappe fut chargé du soin d'organiser cette première ligne; la Convention crut devoir l'honorer à cette occasion du titre, peu euphonique, d'ingénieur télégraphe.

Les travaux pour la construction de cette ligne durèrent plus d'une année. Nous n'avons pas besoin de dire quels obstacles il fallut surmonter, quelles ressources, quelleactivité, il fallut déployer dans l'organisation d'un système si nouveau. Ces difficultés ne pouvaient être vaincues qoe par le courage, la persévérance et l'accord d'une famille intéres'sée au succès d'une création dont la gloire devait lui revenir tout entière.

La ligné télégraphique fut inaugurée par l'annonce d'une victoire. Dans la séance du 30 novembre i79i, Carnot apporta à laConvention la nouvelle, expédiée par le télégraphe, de la prise de Condé sur les Autrichiens. Aussitôt les applaudissements éclatèrent sur tous les bancs de TAssemblée. La Convention transmit immédiatement cette réponse : a L'armée du Nord a bien mérité de la patrie. » Elle envoya en même temps un décret par lequel le nom de la ville de Condé était changé en celui de Nord-Libre, La dépêche, la réponse et le décret furent transmis avec une telle promptitude, que les ennemis crurent que la Convention elle-même siégeait au milieu de l'armée.

En 4798, on construisit la ligne de Strasbourg. En 4799, le Directoire commença la ligne du Midi, qui s'arrêta à Dijon etnc fut pas mise immédiatement en activité. En 1805, Napoléon décréta la ligne de Paris à Milan. Celle de Lyon à Toulon a été construite sous la Restauration. Toutes ces lignes ont été organisées par les frères Chappe, qui furent mis, dès le début, h la tête de l'administration des télégraphes.

TÉLÉGIUI'IME. 3S

L'ahbé CItappc csl moil sous l'Empire. A ta suile d'un dîner de snx-nuls oii les convives s'élaienl un peu animés, lil *e laissa choir dans un puits qu'il n'avait pas aperçu. Seul la On de l'aàlrologut; de la Table, avec lequel il n'est pas shqs avoir eu quelque ressemblance durant sa

Ses deux Tières. Uenô et Abraham, i-eslùrent, après lui, à la teie de l'administration jusqu'en juillet 1830, époque à laquelle le gouvemetueut provisoire les mil à la retraite. Abraham Chappe fut deslilué pour avoir rcrusé, le 31 juillet 1830, de fnire passer dans les déparlt<ments les àé- :]i^ches du gouvernement provisoire. René Chappe fnl renvoyé lout simplement paice que l'on avait besoin de sa pUce. Il avait cependant prôlé serment au gouvernement ooQveau,- n comme j'en aiais piëlé dix autres, i> ajoulel-il asseï pileusemenl dans sa brochure publiée en 1 8i0 au Mans, ob il s'était retiré.

n Tatit convenir que, d.ios cette affaire, la sévérité Tut poufsve bien loin. Le nom des Chuppe est une des gloires di-la France; leur découverte avait excité l'envie et l'aduiiralion de l'Europe ; leur fortune s'était épuisée dans de longues e( dispendieuses études; ils avaient donné k l'aduiinislralion quarante ans de leur vie : ils avaient bien ,Kquis le droit de nuiurirà leur poste. Maïs si les gouver- BMDrnts sontiogralB, la conscience publique reste ndèle kii souvenir des gloires nationales. Quand on entre dans le cimeUére de l'Est, on aperi;oit, dans un coin retiré, un OtOnomeat trës^itople qui porte pour tout emblème un télégraphe de fonte : c'est la tombe de l'abbé Cbappe. Les faoïnnies n'ont pas élevé d'autre monument & sa mémoire ; maiii celui-là «ulQra, dans sa simplicité éloquente, pour 1er le nom du savant laborieux et modeste dont la 'a pas été sans iniluence sur les destinées contempo-

:U DKCOLVLIITES SCIENTIFIQUES.

La (lécouverle du télégraphe franç<iis produisit en Europe uue sensalion très-vive ; tous les peuples élraDgers s'empressèrent de Tadopler ou de Timiter. Notre télégraphe fut établi en Italie et en Espagne. Dans les pays septentrionaux, les brumes particulières à ces climats rendait difficilement visibles les signaux allongés ; on préféra se servir de volets mobiles, dont les combinaisons sont assez variées pour offrir une multitude de signaux. On à vu d'ailleurs que Chappe avait, pendant quelque temps^ employé cette disposition. En Angleterre et en Suède, les télégraphes aériens sont construits d'après ce système.

Le télégraphe suédois, qui fut construit par M. Endelerantz , se composait d'un grand cadre offrant des volets placés à égale distance, et disposés sur trois rangées ve^ ticales ; chacun de ces volets était fixé à un axe mobile; ils pouvaient prendre une position horizontale et verticale ; en s'ouvrantouse fermant de cette manière, ils formaient 4024 signaux qui suffisaient aux besoins de la correspondance. Les premiers essais du télégraphe suédois furent faits entre Drottningholm et Stockholm, le 30 octobre i794. En 1796, on disposa trois télégraphes pour servir à la correspondance des deux bords d'Aland, à la distance de huit lieues.

Le télégraphe suédois était à peine établi, que le gouve^ nement anglais en adopta un à peu près semblable , qui fut élevé , en 4796 , sur Thôtel de TAmirauté. C'était une sorte de grille occupée par six volets très-rapprochés. Mais cette disposition, qui expose trop aisément à confondre les signaux placés à côté ou au-dessus les uns des autres, jointe d'ailleurs à l'existence habituelle des brouillards sous le climat défavorable de l'Angleterre, empêcha de retirer du télégraphe aérien tous les avantages qu'il procure dans les pays méridionaux. On a prétendu que le premier télégraphe établi à Londres en 1796 ne pouvait servir que vingtcinq jours au plus dans l'année. Diverses modifications ap-

écik cet appareil oat amélioré, depuis celle époque, 1 de la iC'li'graphie aérienne, sansl'ninener cependant degré MifUiiant de valeur. C'esl précifiL'menl en raison L'es répétés de la léltigr.-iphîe iiéiienne, que la té- <^.leclrique devait, plus tard, prendre en Angle- ■ mpide.

I^ouverte rrani,'aisc se répandil plus lentement en Allemagne. Bergatrasser, qui n'abandonnait pas aisément b partie, dépeça, mutila le télégraphe Trançais, et en fit RDv machine informe qni ne put jamais être employée. 11 allail chiTcher toutes les raisons du monde pour donner 1p rbange à ses compatriotes sur le mérite de l'invention franchise. Et parfois il rencontrait de singuliers arguments :

■ Au reste, dit-il dans un ouvrage dédié à l'empereur

• Fran^^ois II, je pense que les Français n'emploient pas

* leor télégraphe 11 un autre but qu'à un but polilique :

■ OD s'en »erl pour amuser les Parisiens, qui, les yeux sans

■ cesse fixés &nr la machine, disent : // va, il ne va pas. 0 On profite de cette occasion pour détourner l'alteution n lie l'Europe, et en venir insensiblement à ses Ans. » Cependant on ne tint pas compte d'aussi bonnes raisons, et le télégraphe de Chappe fut iidoplé dans les États allemands.

Le télégraphe aérien lui sur le point de s'installer eu 'hirquie. L'ambassadeur ottoman tlt demander pour sftn souverain un mudéle de t^'légraphe au gouvernement Irant,-aiB. Les appareils furent envoyés, mais personne, U CuastaatiDOpIc, ne puL réussir k les faire fonctionner.

La découverle de Cliappc devait trouver eu Egypte un plu» sérieux accueil. Mébémet-Ali, désireux de doter son pajsde cette nouvelle conqui>te de la civilisation europécDoe, chargea un ingénieur, M. Abro, d'établir une ligne télégraphique du Caire à Alexandrie. On &t venir de France les modèles, les lunettes d'approche et tous les luslents nécessaires. M. Abro, accompagné de W..Oi%\Eï

86 liECOU VERTES SCIENTIFIQUES.

UQ des ingénieurs du pacha, iit la reconnaissance di < ! et présida à la construction des tours. La ligne téh

! ' î que créée par Méhémet-AIi fonctionne encore aujc

en Egypte ; on reçoit en quarante minutes à Âh les nouvelles du Caire, au moyen de dix-neuf static \ La télégraphie rencontra plus de difûcultés en

I ce n'est guère qu'en 1834 qu'elle put s'y établir d'i

nièrè définitive^ Cependant l'utilité d'un tel agent respondance se faisait sentir en Russie plus que da autre partie de l'Europe. L'immense étendue de cel est un obstacle continuel à la transmission des ^,^>ij envoyés de la capitale ; il faut des mois entiers

"' 1 faii:e parvenir et pour être informé de leur exécu

distance qui sépare les divers peuples soumis à V du czar est si considérable, qu'ils ne peuvent form eux des relations suivies, et qu'ils sont pour la comme étrangers les uns aux autres. Toutes ces stances devaient donner à l'établissement de la télé chez les Russes un prix inestimable. Aussi Tempe \ : |] tachait-il la plus haute importance à cette questic

(jj/, ! heureusement les résultais répondirent mal à soi

■'j.) tience et à ses désirs. Un grand nombre de pe

î; ,V* avaient essayé, à Saint-Pétersbourg^ de construire

«f'^Vj légraphes, mais leurs tentatives avaient été si mal

-^f'( ] nées^ qu'il en reste à peine des traces* Nous ne coni

f i=^J'j de ces essais infructueux que l'esquisse de machi

l'rrj ! graphique qui fut proposée au czar par l'abbé )

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