CHAPITRE PREMIER
La frères lIoDtgolfier. ^ Eipérienoe d'Annonay. — Ascension du premier ballon à gas hydrogène au Champ de Mars de Paris. — Mont goiflère de Versailles.
Personne n'ignore que l'invenlion des aérostats, d'origine toute française, appartient aux frères Etienne et Joseph Hontgolfier. Rien n'avait pu faire pressentir encore une découverte de ce genre, lorsque, le 4 juin 4783, ils firent à Annonay leur première expérience publique.
Etienne et Joseph Montgoifier étaient les ûis d'un ma- QQ&icturier connu depuis longtemps pour son habileté dans l'art de la fabrication du papier. La famille Montgoifier était originaire de la petite ville d'Ambert, en Auvergne ; on voyait encore, vers le milieu du siècle dernier, sur le penchant d'une colline qui domine la ville, les niioes d'une très-ancienne résidence de la famille Montgoifier, qui parait avoir donné ou pris son nom au pays qu'elle habitait (i). Les Montgoifier avaient embrassé avec ardeur la cause de la réforme ; après les massacres de la Saint-Barthélémy, leurs biens furent confisqués, leurs papeteries détruites, et ils vinrent se réfugier, avec les débris de leur fortune, dans les montagnes du Vivarais. Les établissements nouveaux qu'ils fondèrent plus tard à Annonay ne tardèrent pas à acquérir beaucoup d'importance, et dès le commencement du dix-huitième siècle, la manufacture
(1) On trouve en effet dans la grande carte de France de Cassini, feuille 62, au nord-est d'Ambert, Mont-Goifier, et aunlessus le Cros du Èiomt' Gai fier.
4 DÉGOUVSETES SGIBHTlFlQUfiS.
de Pierre Montgolfier était connue dans toute TEurope pour la perfection de ses produits. C'est au milieu de cette famille, vouée depuis des siècles à la pratique de i'indostrie et des arts, sous les yeux d'un père distingué par ses talents, ses lumières et sa probité, rivant en patriardie entre ses ouvriers et ses enfants, que naquirent les investeurs de la machine aérostatique. Destinés à se livrer pif état aux opérations industrielles, ils s'y préparèrent de bonne heure par l'étude des sciences, dont plus tard ils ne perdirent jamais le goût.
Etienne Montgolfier joignit à cette éducation cotnmoDe une instruction spéciale qu'il alla de bonne heure cher* cher à Paris. Il se destinait à l'architecture, et devint élève de SoufOot. On voit encore, dans les environs de Paris, des églises et des maisons particulières bâties d'après ses plans, qui témoignent de ses talents et de son goôLB avait, en outre, pour les mathématiques des disposilioDS précoces qui lui valaient l'estime des savants les plus distingués. Cependant son père le rappela pour prendre part à la direction de la manufacture héréditaire. De retour à .Vnnonay, Etienne MongolAer apporta à sa famille Tutile secours de ses connaissances (i). Il découvrit divers procédés de fabrication que les Hollandais, longtemps nos rivaux en ce genre, enveloppaient d'un impénétrable mystère, et contribua pour beaucoup à amener la révolulior qui s'est opérée à cette époque dans cette branche di Findustrie française.
Son frère, Joseph Montgolfier, qui partagea ses travau: et sa gloire, avait comme lui ressenti de bonne heure ui goût très-vif pour les sciences malhématiques ; mais i
(1) C'est ainsi qu'il changea le moteur employé dans la fabriqua modifia la disposllion des séchoirs, et inventa des furmes pour le papi gnmd-nHmde, inconnu avant lui. Il trouva aussi le secret de la falM cation du papier vélin, que la Fiance avait jusqu'alors Uré de rétrangc
A^ROSTM
f^ait un genre d'esprit parliculier qui l'éloignati dus «^cs el (les niétbo(le§ de Iravail habiluclles aux géomé- B. Dans l'exéculion de ses cak^iU, il sVcartait toujours I voies connues; il combiniiit pour lui-même, à l'aide tàlonncmenls empiriques, certaines formules dont il se lil pour n^soudrc les problèmes les plus diDiciles. Il ;dail moins |de connaissances que son frère, niiiis il il reçu en partage un génie vërilâblement inventif, cependant uu coin d'une certaine bizarrerie. Placé h l'Age de trieize uns au collège de Tournon, il n'avait pu «e plier aiM exigences de l'enseignement classique, et il p&rlil un beau matin, dt'cidé à descendre jusqu'à la Médltattanée pour y vivre en ermite le long de la plage. La ^ioi l*irr£la dans une métairie du bas Languedoc ; il fallut f^n^re le chemin du collège. Cependant il réussit a i^eBtairunc seconde fois, et gagna la ville deSaint-Ktiennc. Arrivé 1^1 il s'enferma dans un misérable réduit, et, pour ■Ubvenîr à «es besoins, il se mit ù fabriquer du bleu de tcBueetquelquesaulres sels employés dans tes arts, qu'il ■lUit cusuile colporter lui-même dans les hameaux du Vi- Vmis. il vivait du produit de la pâclie et de la vente de ses kIr. U put aiusi acheter des livres et des outils; il se procura tiiéme assez d'argerit pour se rendre h Paris. Il s'était proposé, en elTet, de séjourner quelque temps dans la capitale pour se mettre en rapport avec les savants, et puiser ilans leur entretien des conceptions et des idées nouvelles. Il trouva installées au café Procope toute la littérature et toute la science du jour, et c'est Ift qu'il établit avec divers savoBls des relations qui luurnÈrent & son prolit. Son père l'ayant rappelé sur ces entrefaites, il revint à Annonay pour participer aux travaux de la fabrique. 11 put dès lora donner carrière li joute son ardeur d'invention ; mais ses étaient si hardies et si nou^-clles, que l'esprit d'ordre onomie de ta maison s'en eiïraja h bon droit; on
€ DÉGOUVIRTES SCIEHTTFIQrES.
dut bien des fois conienir son ardeur en de plus sages B* luilos.
Cette brillante faculté d'invention dont Tavait doué II nature a\ait besoin d'être rectifiée et contenue par oa. esprit plus calme et plus méthodique. D trouva dans la »• cesse de vues et dans la prudence de son frère lesqoalitéi qui lui manquaient. Aussi la plus parfaite intimité monlê >*otablît-elle bien vite entre les deux Montgolfier. Si difi* renies par leurs qualités et leurs allures, ces deux inteltipences étaient cependant nécessaires et [fresque indispo- j <^^hles lune à l'autre. Dès ce jour, les deux frères minai rn commun toutes leurs vues, toutes leurs conceptions, u^itc's leurs pensées scientifiques, et c'est ainsi que s'éti* Mit entre eux cette communauté d'existence morale, celle «^iMi ble vie intellectuelle, qui seule faîtcomprendreleurstn-
\jiux el leurs succès. Avant l'iuvention des aérostats, plosiiursdèt^-^uvertesavaient déjà rendu le nom desMonlgolfior «ilrbre dans les sciences mécaniques, et plus lard celle i^twmvrle narrOla pws l'essor de leurs utiles lravaux{l).
i »:^. comprendra, d'après cela, qu'il serait tout à fait hors .:; pT\-î\v< de chercher à établir ici auquel des deux Mont* *:. .r.i r jipparlienl la pensée primitive el rinvenlion qui va , iî>vsv«per. Us ont tous les deux constamment tenu à :..!>< ur lie repousser les investigations de ce genre, d r»; X •isv.nert^nsivis de dénouer ce faisceau généreux que \.* ;:;^ fr,iiemellesVsl plu elle-mémeà confondre et à lier.
Kt xî.ie o'Xnnonay est placée en face des hautes Alpes, ,s . ,• ,4 niAnufaolurt- des Montgolfier on voyait se dérouler * >, -.uNn it^ute la chaîne de ces monLignes. Encontemî\ X , :o >;svKu*îe continuel de la production et de l'ascenv,x' /,i «uAjjes, «]irils voyaient chaque jour se former sur V r*.s ,** ^ \î:vs, en méditant sur les causes de la suspen-
V v»:Vi ,^' »Nt»'r Irtir 4lwtMi\erte du bélier hydraulitfue, une des ,v^x^v** Ai^^kiu^uc* l<* plu* remarquaWet du siècle dernier.
ie l'équilibre de res masses énormes rjui se promè- Qs les cieuX, k'S frères Monfgoliierconçurcul l'eal^miter la nature dnns l'une de ses opùralîons les niantes. Il ne leur parul pas impossible de comdes nuages Tikclices qui, h riniilalii.'n des nuages s'iJlévGi-nicnt dans les plus liaules rO^ions des reproduire autant que possible les condiUims nie la nature, ils renrermârentde la vapeur d'eau fnveinppe à la fois résislanle et légère. Ce nuage 'élevait dans l'air, mais la IcmpéraLure extérieure loail bicniflt la vapeur à l'élat liquide, l'enveloppe se I, et l'appareil retombait sur le sol. Ils essayèrent plus de succès d'eiTi magasiner la fumée produite par Ift combustion du bois et dirigée dans une enveloppe de Utile. Le gaz reçu dans celle enveloppe se refroidissait et Bc parvenait point k soulever le prlit appareil.
Sur c«s ontrefaites, parut en France la traduction de iVxivnige de Priestk-y : /kg diffénnies etj>ècc* d'air. Dans c« Ihre, qui devait exercer une inllocnce décisive sur la création ni le développement de l.i chimie, Priestley fai- •aH connaître un grand nombre de gnz nouveaux ; il expo- ■ail en termes généraux les propriétés, les caraclères, le Poids spécifique, les différences relatives des fluides élasliquet. Etienne MoDIgolder lut cel ouvrage ii Montpellier, «6 il se (rouvaitalors. En reveoanlà Annonay, il réfléchissait profondément sur les faits signalés par le physicien anglais, et c'est en monlant la cAie de SerHère qu'il fut fnppé, dit-il dans son Dhcour» à l'Actidémie de Lyon, de la {tûssibililé de rendre l'air navigable en tirant parti de l'une des propriétés reconnues par Prieslley aux fluides élaslirpies. Il devaîl suffire, pour s'élever dans l'atmosphère, do renfermer dans une enveloppe d'un faible poids un gaz |>|U!( léger que l'iiir; l'appareil s'élûvcrail, en vertu de son " do légèreté sur l'iiir environnaiil, jusqu'à re qu'il
8 DÉCOUVERTES SGIENTinQUES.
rencontrât, à une certaine hauteur, des couches dont la pesanteur spécifique le maintint en équilibre.
Rentré chez lui, Etienne Montgolfier se hâta de coiD' muniquer cette pensée à son frère, qui l'accueillit avec transport. Dès ce moment, ils furent certains de réussir dans leurs tentatives pour imiter et reproduire les nuages. Ils essayèrent d'abord de renfermer dans diverses enve* loppes certains gaz plus légers que l'air. Le gaz infimmable, c'est-à-dire le gaz hydrogène, fut expérimenté l'un des premiers; mais Tenveloppe de papier dont ils se se^ virent était perméable nu gaz, elle laissait transpirer l'hjdrogène, l'air entrait à sa place, et le globe, un momeat soulevé, ne tardait pas à redescendre. D'ailleurs, l'hydrogène était un gaz à peine connu à cette époque ; sa préparation était difficile et coûteuse, on renonça à en faire usage.
Après avoir essayé quelques autres gaz ou vapeurs, les frères Monlgolfier en vinrent à penser que l'éleclricilé, qu'ils regardaient comme Tune des causes de l'ascension cl de l'équilibre des nuages, pourrait aussi jouer un rôle dans l'ascension de leur appareil ; ils cherchèrent donc à composer un gaz affectant des propriétés éleclriques. Ils s'imaginèrent obtenir un gaz de cette nature en faisant un mélange d'une vapeur à propriétés alcalines avec uneaulre vapeur qui serait dépourvue de ces propriétés. Pour former un tel mélan^^e, ils firent brûler ensemble de la paille It'gè rement mouillée et de la laine, matière animale qui donne naissancci en brûlant, à des gaz qui présentent une réao tion alcaline due à la présence d'une petite quantité il carbonate d'ammoniaque. Ils reconnurent que la combus tion de ces deux corps au-dessous d'une enveloppe de toil ou de papier provoquait l'ascension rapide de l'apparei
L'idée théorique qui amena les Montgolfier à la décoi verte des ballons ne supporte pas l'examen. C'est une c
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ces concepUons vagues et mal raisonnées, comme on en trouve tant à celte époque de renouvellement pour les sciences modernes. L'ascension de ces petits globes s'expliquait tout simplement par la dilatation de Tair échauffé, qui devient aipsi plus léger que Tair environnant, et tend dès lors à s'élever jusqu'à ce qu'il rencontre des couches d'une densité égale à la sienne. La fumée abondante produite par la combustion de la laine et de la paille mouillée DC faisait qu'augmenter le poids de l'air chaud, sans amener aucun des avantages sur lesquels les inventeurs avaient compté. De Saussure le prouva parfaitement l'année suivante, lorsque, pour terminer la discussion élevée à ce sujet entre les physiciens, il prit un petit ballon de papier ouvert à sa partie inférieure, et introduisit avec précaution dans son intérieur un fer à souder rougi au blanc. La petite machine se gonfla, et s'éleva au plafond de l'apparteraent. II fut bien démontré dès lors que la raréfaction de l'air par la chaleur était la seule cause du phénomène, et l'on cessa de donner le nom fort impropre de gaz Montgolfia* au mélange gazeux qui déterminait l'ascension.
C'est à Avignon que se fit le premier essai d'un petit appareil fondé sur les principes que les frères Montgolfler avaient arrêtés entre eux. Au mois de novembre 178â, Etienne Montgolfler construisit un parallélipipède creux, de soie, d'une capacité très-petite, puisqu'il contenait seulementdeux mètres cubes d'air, et il vit avec une joie facile à comprendre ce petit ballon s'élever au plafond de sa chambre. De retour à Annonay, il s'empressa de répéter l'expérience avec son frère. Ils opérèrent en plein air avec ce môme appareil qui s'éleva devant eux à une grande hauteur.
Encouragés par ce résultat, les frères Montgolfler construisirent un ballon plus grand qui pouvait contenir vingt mètres cubes d'air. Ce nouvel essai réussit parfaitement;
l* itaRIEtlES SClfiHllFlQUES.
k iffciM s'életa aicr tant de force qu'elle brisa les mée^i^h. relmîcBt H ilh tomber sur un coieau vwsin, ip«w aiw atleÎBl vue faauleiir de trois cents mètres.
Ite» ton^ certaÎK du succès. Us s'appliquèrent à cofr itrù« un appareil de grande dimension,, et résolnrenl À esenter. ssrne des places de la Tille d'Annonay, m eayfieoce solennelle pour faire connaître et conslalcr p» Mi^*«*nt W«f dicourerte. Celte expérience eut lieo h i juia l'a», ea présence d'une foule immense. L'assemblée <« eai5 partknliers du ^liarais, qui siégeait en ce mo^ »M* «fa» h ^fflie d'Annonaj, assiste tout entière i cd ^^sai MMDorabie. La macbine aérostatique avait douze mè »» de dtamètre: eUe était fiute de toile d'emballage don- *>«* de papier. A sa partie inférieure, on avait disposé m TtiAaaà de il de fer, sur lequel on brûla dix livres d< :aiiie SKHiîIlée et de bine bacbée; aussitôt elle fit efforl p<xir se soulrrer. on l'UMndonna à elle-même, et eil( 5'eiifva lox JCirfamatÈons des spectateurs. Elle parvint eo cix minutes à cinq cents mètres de hauteur; mais comm« <?lle pc niait laplœ grande partie de son gaz par suite de h P^râéabilité de la toile et du papier, on la vit bientôt reif esceodre lentement v«rs la terre.
In procès-verbal de cette belle expérience fut drcss< par les membres des états du Vivarais et expédié à i'Academie des sciences de Paris. Sur la demande de M. de Bre teuil. alccs ministre. TAcadémie nomma une commissioi pour prendre connaissance de ces laits : Lavoisier, Cadet Coodorcet. IVsmarets, l'abbé- Bossut, Brisson, Leroy e Tillet, composaient cette commission. Etienne Montgolfie fèt mandé î Paris et prévenu que l'expérience serait ré pêtêe prochainement aux frais de l'Académie.
Cependant la nouvelle de l'ascension d'Annonav avai causé àP^s une impression des plus vives. La curiosité di pabKc et des savants élait trop vivement excitée pour qu«
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l'on s'accommodftt des lenteurs habituelles des commis sioos académiques. 11 fallait à tout prix répéter l'expérience soQsles yeux des Parisiens. -Faujas de Saint-Fond, profcsleur au Jardin des plantes, ouvrit une souscription pour iobvenir aux frais de l'entreprise; dix mille francs furent recueillis en quelques jours. Les frères Robert, habiles eoDstructeurs d'instruments de physique, furent chargés fédifier la machine; le professeur Charles, jeune alors et toat brûlant de zèle, se chargea de diriger le travail.
Celte entreprise offrait beaucoup de difficultés^ on le comprendra sans peine. Le procès-verbal de l'expérience de Montgoifier, les lettres d'Annonay qui en avaient raconté les détails, ne donnaient aucune indication sur la Ditore du gaz dont s'était servi l'inventeur : on se bornait à dire que la machine avait été remplie avec un gaz moitié nomi pesant que Vair ordinaire. Charles ne perdit pas son temps à chercher quel était le gaz dont Montgoifier avait fait usage; il comprit que, puisque l'expérience avait réussi avec un gaz qui n'avait que la moitié du poids spécifique de l'air commun, elle réussirait bien mieux encore avec le' gaz inflammable, ou gaz hydrogène, qui pèse quatorze fois moins que l'air. En conséquence, il se décida à remplir le ballon avec le gaz inflammable. Mais cette opération elleméme n'était pas sans difficultés; l'hydrogène était encore un gaz & peine observé; on ne l'avait jamais préparé que dans les cours publics et en opérant sur de faibles quantités; les savants eux-mêmes ne le maniaient pas sans quelque crainte à cause des dangers qu'il présente par son inflammabilité. Or, il fallait obtenir et accumuler dans un même réservoir plus de quarante mètres cubes de ce gaz. Néanmoins on se mil à l'œuvre; on s'établit dans les ateliers des frères Robert, situés près de la place des Victoires. 11 fallait, pour la première fois, imaginer et construire les appareils nécessaires à la préparation et à la
it DÉCOUVERTES SCIB!mFIQnCS.
conservation des g<iz. Beaucoup de dispositions di furent essayées sans trop de succès ; enfin, pour ] au dégagement de l'hydrogène, on disposa Tappa manière suivante. On plaça dans un tonneau de r< la limaille de fer. Le fond supérieur de ce tonn percé de deux trous : Tun donnait passage à un cuir destiné à conduire le gaz dans l'intérieur di l'autre était simplement fermé par un bouchon. Oi successivement, par ce dernier orifice, l'acide si qui devait donner naissance au gaz hydrogène ei sant sur le fer; au moment de refrer>'cscencc on oi robinet adapté au tube de cuir, et le gaz s'introdui le ballon. On voit, d'après ces dispositions gr combien on était encore peu avancé, à cette époq l'art de manier les gaz, et l'on comprend quels ob fallut surmonter avant d'atteindre au but définitif, ficultcs furent telles qu'elles firent douter queiqi du succès de l'entreprise. Ainsi la chaleur provo l'action de Tacide sulfurique sur le fer était s *qu'une grande quantité d'eau était réduite en vap< vapeurs étaient mêlées d'acide sulfureux, car ce g naissance par suite de la réaction de l'acide sulfui le fer. Or ces vapeurs, rendues corrosives par la de l'acide sulfureux, attaquaient les parois du bal fois condensées, elles coulaientlelongdu taffetas et se réunir à sa partie inférieure; il fallait donc, c en temps, les faire écouler ou ouvrant le robinet couant le taffetas (t). De plus, Ja chaleur dévelo] la réaction se communiquait au tube de cuir et ballon lui-même, et l'on était obligé, pour refroidi
(1) On évite aujourd'hui cet inconvénient en faisant pas hydrogène dans une cuve d'eau avant de le diriger dans le bal aeltve et sedébarraue ainsi de l'acide suirureui, qui reste di! Teaa.
r saus cesse avec nne pclile pompe. Par t de ces maiiTaifies disposSUons el de ia dirfieuUâ des BUvres, on perdai[ h plus grande partie du gaz. Aussi «jours furcnl-tU nécessaires pour remplir le ballon. Il donnerons une idée des pertes de gaz éprouvées pen- A ces opérations, en disant qu'il fallut employer mille • de fer et cinq cents livres d'acide sulTurique, pour 1 ballon qui soulevait à peine un poids de dixtUhres. Cependant, le quatrième jour, à Force de soins |l'4ï peines, le ballon, aux deux liers rempli, UolLiil
■ l'atelier des frères llobert, l" Le public avait connaissance de l'opération qui s'cxécn- IWt place des Victoires ; on se pressait en foule aux portes i4>l<i maison. Il fallut requérir l'assistance du (;uet pcmr lODtenir l'impatience des cnrîeus. Entiu, le 27 août, tout Klrouvant pt'Ct pour l'expérience, on s'occupa de transptrlM la inucbine au Champ de Mars, où devait s'-elTectucr Ua ucensiuQ. Pour éviter l'encombrement des curieux, la InnsUtion se fît fi deui heures du malin. Le ballon, porté lor un brancard, s'avau(;aiL précédé de torches, escorté ptrun déinrbement du guet. L'obscurité de la nuit, la '(Hine étrange et inconnue de ce globe immense, qui s'avaoflilleutcmenlft travers les rues silencieuses, tout prêtait ^tctle scène nocturne un caractère particulier de mystéro *t d'étrangoté, et l'on vit, sur la route, des hommes du ptuple, se rendant à leurs travaux, s'agenouiller devant le corlége. saisis d'une sorte de superstitieuse terreur.
Arrivé au Champ de Mars avant le jour, le ballon fut jilacé au milieu d'une enceinte disposée pour le recevoir; )Q le retint en place à l'aide de petites cordes llxées au néridien du globe et arrêtées dans des anneaux de fer liantes en terre. Dés que le jour parut, on s'occupa de iréparcrdu gaK liydrogéue pour achever de le remplir. A (lidi, il éUil prél h s'élancer.
14 i. DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUE?.
A trois heures, une foule immense se porlail au Champ de>fars :1a place était garnie de troupes, les avenues gardées de tous les côtés. Les borda de la rivière, Tamphithéâtre de Passy, l'École militaire, les Invalides et tous les alea« tours du Champ de Mars étaient occupés par les curieux. Trois cent mille personnes, c'est-à-dire la moitié de la population de Paris, s'étaient donné rendez-vous en cet endroit. A cinq heures, un coup de canon annonça que l'expérience allait commencer; il servit en même temps d'avertissement pour les savants qui, placés sur la te^ rasse du Garde-Meuble, sur les tours de Notre-Dame et i l'École militaire, devaient appliquer les instruments etle calcul à l'observation du phénomène. Délivré de ses liens, le globe s'élança avec une telle vitesse, qu'il fgt porté» deux minutes à mille mètres de hauteur; 1& il trouva on nuage obscur dans lequel il se perdit. Un second coup de canon annonça sa disparition; mais on le vit bient6t percer la nue, reparaître un instant à une très-grande élévation, et s'éclipser enfin dans d'autres nuages.
Un sentiment d'admiration et d'enthousiasme indicible s'empara alors de l'esprit des spectateurs. L'idée qu'un corps parti de la terre voyageait en ce moment dans l'espace avait quelque chose de si merveilleux, elle s'écarlail si fort des lois ordinaires, que l'on ne pouvait se défendre des plus vives impressions. Beaucoup de personnes fondirent en larmes, d'autres s'embrassaient comme eh délire. Les yeux fixés sur le môme point du ciel, tous recevaient, sans songer à s'en garantir, une pluie violente qui ne cessait pas de tomber. La population de Paris, si avide d'émotions et de surprises, n'avait jamais assisté à un aussi curieux spectacle.
Le ballon ne fournit pas cependant toute la carrière qu'il aurait pu parcourir. Dans leur désir de lui donner une forme complètement sphérique, et d'en augmenter ainsi
AÉROSTATS, ycHS (les specUitPlirs, les frôrcs Robert conlrairement k l'opinion de Charles, que J enlièremenl ponClâ au dépari ; ils intro- i e de l'air au inomenl du le lancer, afin de I les parties de l'élolVe. L'expansion du gat < e du ballon lorsqu'il fui parvenu dans ime Use fit à sa partie supérieure uoe déchîira pieds ; le gaz s'échappa, et le globe nnt I IDt, après trois quarts d'heure de marche, • 91, à cinq lieues de Paris. Il s'abattit s loupe de paj'saus de Gonesse, que cette np- ' 1 d'abord d'épourante, car ils s'imaginèrent i lune tombait du ciel. Cepeodagt ils ne se rassurer, el, pour se venger de la terreur prouvée, ils se précipiti'rent avec furie sur chine, qui Tul en quelques instants réduite en r ballon k gaz hydrogène, ce bel inslru- COAlé tant de soins el de travaux, futatta-
Q cbeviil el traîné pendant une heure h ] DDps, les fossés el les roules. Cei événement 1 il pour que le gouveroemcnt crût nécessaire J Ivia au peuple touchant le passage et la chute 1 Sroatatiques. Dans les derniers mois de 1 783, | ID fui répandue dans toule la France (1).
.e cetlê pièce naïve où W trouve relaté le TaH d'u: lune. — • Ai'VliM^'iei'f au /ttuii/r mr l'tnl^irmrK
l'air, — On a fait une tti^ouverle dont le goa> |
'wnvenaLle de dnnner cnnnil&sance, atln de prévenir .j
! (loiimit necuionner parmi le peuple. En ulrulnnt li I
iteMnteur entre l'ilr appelé Inllammalile et l'air de nolra 1
n a trou'é qu'un ballon rempli de rcl air InflamaiBUIe de- I
sinl-mùne dam le ciel jusqu'au marnent où leideuialrtl
! qui ne peut eue qu'i une uèt-grande tiauteur. f
■ Ht liillai Annonay enVivariif, par leiileursl
Itor*. Un gtnbe de toile e( de papier de cent cinq pled< ■
mpll d'air innammaljle, a'ëlava de lul-mémo li untm
|« DECOnrCKTBS SCnSCTIFIOTES.
Cepeodant Etienne Monlgalfier était arriTéàParis; a^l assisté à l'ascension da Champ de Mars, et il p de son rMé^ les dispositions nécessaires pour répéter, fonnément an désir de l'Acadéinie des sciences, 1' rience da Aa/Zon à feu telle qu'il l'avait exécutée i nonay. 11 s'établit dans les immenses jardins de son Rèmllon, ce fabricant du faubourg Saint-Antoine d mort devait, qoelqoes années après, marquer si tristi les premiers jours de la révolution française. L' que Mootgoliier fit construire a^-ait des dimensions sîdérables ; sa forme était assez bizarre : la partie mof^ représentait on prisme haut de huit mètres, le une pyramide de la même hauteur, la partie infériearc cùne tronqué de six mètres ; de telle sorte que la entière, de la base au sommet, comptait vingt-cinq de hauteur sur quinze environ de diamètre. Elle éA faite de toile d'emballage doublée d'un fort papier H dedans et au dehors, et pouvait enlever un poids A douze cent cinquante livres.
Le 11 septembre 1783, on fit le premier essai de cetb belle machine; on la vit se remplir en neuf minutes, se dm ser sur elle-même, se gonfler et prendre une belle forme huit hommes qui la retenaient perdirent terre et furei
hauteur qu'oo n*a pn cal* nier. La même eipérience vient d*étre rcov Teiéei Parid^ le Ti août, à cinq heures du soir, en présence d'un Donb infini de personnes. Un globe de taffetas enduit de gomme élastique,! trente-si\ pieds de tour, s'est élevé an Champ de Mars jusque dias I nues, où on l'a perdu de Tue. On se propose de répéter cette expérici avec des globes leaoconp plus gros. Chacun de ceux qui découTriro dans le ciel de pareils globes, qui présentent l'aspect de la lune obseï cie, doit donc être prévenu que, loin d'être un phénomène effrayant, n'est qu'une machine toi^ours composée de tafTetas on de toile lég< recouverte de papier, qui ne peut causer aucun mal , et dont il csi présumer qu'on fera quelque jour des applications uUles aux besoins la société.
« Lji et approuvé, ce a septembre 1780.
■ Di Sauvicxy. •
AÉI\OSTATS. 1 7
soulevés à plusieurs pieds; elle seraii montée à une grande hauteur si on ne lui eût opposé de nouvelles forces.
L'expérience fut répétée le lendemain devant les commisaftires de TAcadémie des sciences et en présence d'un nombre considérable de personnes. Les commissaires de< l*Académ1e, Lavoisier, Cadet, Brisson, Tabbé Bossut et Desmarets^ étant arrivés, on se disposa à gonfler le ballon. Hais on vit avec inquiétude que Thorizon se couvrait de nuages épais, et que Ton était menacé d'orage. Néanmoins le mauvais temps n'était pas décidé, et il était possible que tontse pass&t sans pluie; d'ailleurs les préparatifs étaient fldts, une assemblée nombreuse brûlait du désir d'être témoin de l'expérience ; il aurait fallu beaucoup de temps pour démonter l'appareil : on se décida donc à remplir le. ballon. On fit brûler au-dessous de l'orifice cinquante livres de paille, en y ajoutant à diverses reprises une dizaine de livres de laine hachée. La machine se gonfia, perdit terre et se souleva, entraînant une charge de cinq cents livres. Si Ton eût alors coupé les cordes qui le retenaient, l'aérostat se serait élevé à une hauteur considérable; mais on ne voulut pas le laisser partir. Montgolfier venait, en effet, de recevoir du roi Tordre d'exécuter son expérience à Versailles, devant la cour. Par malheur, dans ce moment, la pluie redoubla de violence, le vent devint furieux, les eCforls que l'on fit pour ramènera terre la machine la déchirèrent en plusieurs points. Le meilleur moyen de la sauver était, comme le conseillait Argand, de la hisser partir. On ne voulut pas s'y résoudre. II arriva dès lors ce que Ton avait prévu. L'orage ayant redouLlé, le tissu du ballon fut détrempé par la pluie qui rinondait, et les coups multipliés du vent le déchirèrent en plusieurs endroits. Comme la pluie se soutint fort longtemps, il devint tout à fait impossible de manœuvrer la machine, qui demeura pendant vingt-quatre heures
18 DÉCOinrERTSS SCISRTIPIQÎTES.
exposée au mauvais temps; les papiers se décollèrent et tombèrent en lambeaux, le canevas fut mis à découvert, et finalement elle fut mise tout à fait hors de service.
Il fallait cependant une expérience pour le 19 septembre B Versailles. Aidé de quelques amis, Montgolfier se remit à Tœuvre ; on travailla avec tant d'empressemeit et d'aN deur que cinq jours suffirent pour construire un autre aérostat : il avait fallu un mois pour achever le premier. Ce nouveau ballon, de forme entièrement sphérique, élut construit avec beaucoup plus de solidité ; il était d*iiiie bonne et forte toile de coton ; on l'avait même peint en détrempe. Il était bleu avec des ornements d'or, et préscatait l'image d'une tente richement décorée. Le 19, au matin, il fut transporté à Versailles, où tout était disposé pour le recevoir.
Dans la grande cour du château, on avait élevé une vaste estrade percée en son milieu d'une ouverture circulaire de cinq mètres de diamètre destinée à loger le ballon; on ci^ culait autour de celle estrade pour le service de la machine. La partie supérieure, ou le dôme du ballon, était déprimée cl reposait sur la grande ouverture de l'échafaud, à laquelle il servait de voûte; le reste des toiles était abattu et se repliait circulairement autour de l'estrade, de telle sorte qu'en cet étal la machine ne présentait aucune apparence, et ne ressemblait qu'à un amas de toiles entassées et disposées sans ordre. Le réchaud de fil de fer qui devait servir à placer les combustibles reposait sur le sol. On enferma dans une cage d'osier, suspendue à la partie inférieure de l'aérostat, un mouton, un coq et un canard^ qui étaient ainsi destinés à devenir les premiers navigateurs aériens.
A dix heures du matin, la route de Paris à Versailles était couverte de voitures; on arrivait en foule de tous les cAlés. A midi, la cour du chftteau, la place d'Armes et les
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avenues environnantes étaient inondées de spectateurs. Le Toi descendit sur l'estrade avec sa famille ; il fit le tour du lallon, et se fit rendre compte par Montgolfler des dispositions et des préparatifs de Texpérience. A une heure, une décharge de mousqueterie annonça que la machine allait se remplir. On brûla quatre-vingts livres de paille et cinq lifres de laine. La machine déploya ses replis, se gonfla npidement, et développa sa forme imposante. Une seconde décharge annonça qu'on était prêt à partir. A la troisième, les cordes furent coupées^ et l'aérostat s'éleva pompeusement au milieu des acclamations de la foule. II atteignit iipidement à une grande hauteur en décrivant une ligne ÎKlinée à l'horizon que le vent du sud le força de prendre, «t demeura ensuite immobile. Cependant il ne resta que peo de temps en l'air. Une déchirure de sept pieds, amenée par un coup de vent subit au moment du départ, l'empêcha de se soutenir longtemps. Il tomba, dix minutes après son ascension, aune lieue de Versailles, dans le bois deVaocresson. Deux gardes-chasse, qui se trouvaient dans le bois, virent la machine descendre avec lenteur et ployer les hautes branches des arbres sur lesquels elle se reposa. La corde qui retenait la cage d'osier s'embarrassa dans les rameaux, la cage tomba, les animaux en sortirent sans accident.
Le premier qui accourut pour dégager le ballon et pour reconoaltrc comment les animaux avaient supporté le ïï)yage fut PilÀtre des Rosiers. Il suivait avec une passion ardente ces expériences, qui devaient faire un jour son martyre et sa gloire.
-sapttre n.
^Pfiitrf éesRoiienetlcoiaifrii A là — iw — KTWiig 4» C^nes et 4e |k)bert auTiUeriei.
iifïscnxélis pcGrcùr. avec quelque confiiBOi^ nuiïUii'-iiiir if$ akLlj:tt> es Apioreils de naTigalioD ai»^ -t »iuir ilutniii! HifLûfrùlec se ndt donc à construire, (ta t^ ,ul*dJ&^ CL iLiUKCTS Svkînl-ActûÎDe, un balloo dispfli w iutaii:rî 1 T-ofTi? ôe* TcvAeeuR. Les dimeDsiomii rsî^-Ti: Ti:ixr^-jf tlèc:l^^ ««lôeai Cv-n^idérables : elle n'i^ ^•i> lIl:L22^ w ^'-:ar: zjicrvs ôe Liuleur sur seize de diiB^ '. !?*•. •*•: 7»:ira>: z-.niiz^T 't.-^ mille nitrtres cubes d'àir.O^ :::>.>'ssk ift.,cr i'i La %irie riîcrieure de lonûce dulJ" • il xie £i.'irji :-^v::-i:r>e i\v>:er r^'ouverle de loile, dtf- !•:•* 1 r*\::;*::tr .^* A^r-:z^u;es: celle .£ralerie avait un inè' .r: t^ xTfr. «irf îaliisoide Ij piM'tégeait et permetlail'ï ; •". :-.»;• , -j"^ T-:cezjec: : c-c pouvait ainsi faire le lourde . .ne? ^x^T-.-crûe 1 léro^iat. L'ouverture de lamachio* : o^; ij:cA: rarfiiiezica: libre, et c'est au milieu de celle :i-.i7r.«:ï :r:f se irocvait, suspendu par des chaînes, te r:v::arfi if ±'. de fer dont la combustion devait eolraloer . irrmt-vù. •>zivjt:î ecimasasinè dans une partie de lagalC" rtîi^ ui.^ pr-.-if-.sioQ de paille pour donner aux aéronautesb l^c'^lic c^ sVle^er à voionté en activant le feu.
Le rullc-a c-tjîî con>truil, on commença le 15 octobre i essayer de s'eu servir comme d'un navire aérien. On le re ifaaii captif ::u moyen de longues cordes qui ne lui pei r.vitaient de monter que jusqu'à une certaine haulcui IMltre des Rosiers en fit l'essai le premier; il s*éleva àd ^«5rs Kprises de toute la longueur des cordes. Les jour
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suivants, quelques autres personnes, enhardies par son exemple, l'accompagnèrent dans ces essais préliminaires, <|DÎ donnaient beaucoup d'espoir pour le succès de Texpénence définitive. Tout le monde remarquait l'adresse de Pilaire et l'intrépide ardeur avec laquelle il se livrait à ces difficiles manœuvres. Dans l'une de ces expériences, le btlloDy chassé par le vent, vint tomber sur la cime des arbres; les assistants jetèrent un cri d'effroi, car la machine s'engageait dans les branches et menaçait de verser les voyageurs ; maisPilÀtre, sans s*émouvoir, prit avec sa loDgae fourche de fer une énorme botte de paille qu'il jeta du» le feu : le ballon se dégagea aussitôt, et reiponta aux appUndissements des spectateurs.
On se pressait en foule à la porte du jardin de Réveillon poor contempler de loin ces intéressantes manœuvres. Pendant les journées du 15, du 17 et du 19 octobre, l'afluence était si considérable dans le faubourg Saint-Anloine, sur les boulevards et jusqu'à la porte Saint-Martin, qoe, sur tous ces points, la circulation était devenue im* possible. Gomme on craignait avec raison que l'encombreroent excessif des curieux dans les rues de la ville n'ameafttvdes embarras ou dçs dangers, on se décida à Aiire l'ascension hors de Paris. Le dauphin offrit à Montgolfier les jardins de son château de la Muette, au bois de Bou- . logne.
Cependant, à mesure qu'approchait le moment décisif, Montgolfier hésitait ; il concevait des craintes sur le sort réservé au courageux aéronaute qui ambitionnait l'honneur de tenter les hasards de la navigation aérienne. Il demandait, il exigeait des essais nouveaux. Il faut reconnaître, en effet, que le projet de Pilàtre avait de quoi effrayer les cœurs les plus intrépides. Quatre mois s'étaient à peine écoulés depuis la découverte des aérostats, et le temps n'avait pu permettre encore d'étudier toutes les condi-
ii bEœUYE&TES âcaunriFiQUES.
tion<. d'apprécier tous les écueils d'une ascension à ballon pi-rdu. On ne s'éuit pas encore avisé de manir les aéroslaU de cette soupape salutaire qui, en ouvrant issue au gaz intérieur, donne les moyens d'effectuer la descente sans difficulté ni embarras; d'ailleurs, avec les ballons kiéu, ce moven perd, comme on le sait, toute sa valeur. On n'andt pas encore imaginé ce /ei/, le palladium des aéronaulci, qui permet de s'élever à volonté, et donne ainsi les mojeii de choisir le lieu du débarquement. En outre, la présence | d'un fover incandescent au milieu d'une masse aussi iaflammable que l'enveloppe d'un ballon, ouvrait évidemment la porte à tous les dangers. Ce tissu de toile et de papier pouvait s*embraser au milieu des airs, et précipiter les imprudents aéronautes, ou bien, le feu venant à minquer par un accident quelconque, l'appareil était entraloé vers la terre par une chute terrible. Le combustible entassé dans la paierie offrait encore à l'incendie un aliment redoutable : la flamme du réchaud pouvait se communiquer à la paille, et propager ainsi la combustion à Tenveloppe du ballon. Enfin, des flammèches tombées du foyer pouvaient au milieu des campagnes, descendre sur les granges ou les édifices et semer l'incendie sur la roule de l'aérostat.
Ainsi Montgolfier temporisait et demandait des essais nouveaux. A l'exemple de toutes les commissions académiques, la commission de l'Académie des sciences ne se prononçait pas. Le roi eut connaissance de ces dinicultés. Après mûr examen, il s'opposa à l'expérience, et donna aa lieutenant d 6 police l'ordre d'empêcher le départ. 11 permettait seulement que l'expérience fût tentée avec deu3 condamnés que Ton embarquerait dans la machine.
Piliilre des Rosiers s'indigne à cette proposition, a El quoi 1 de vils criminels auraient les premiers la gloire d s'élever dans les airs ! Non, non, cela ne sera point ! » 1 conjure, il supplie ; il s'agite de cent manières, il remu
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El viile et la cour ; il s'adresse aux personnes le plus en avcur à Versailles, il s'empare de la duchesse de Polignac, (ouvemaote des enfanls de France et toute-puissante sur teprit fie Louis XVI. Celle-ci plaide chaleureusement sa 9Mise auprès du roi. Le marquis d'Arlandes^ gentilhomme ht Languedoc, major dans un régiment d'infanterie, avait Ul avec lui une ascension en ballon captif; Pilaire le dépêche vers le roi. Le marquis d'Ârlandes proteste que l'as- KDsion ne présente aucun danger, et comme preuve de lan affirmation, il oITre d'accompagner Pilàtre dans son iDjage aérien. Sollicité de tous les côtés, vaincu par tant llnsistances, Louis XVI se rendit.
Le Si octobre 1783, à une heure de l'après-midi, en prélence du dauphin et de sa suite, rassemblés dans les beaux iirdins de la Muette, Pilàtre des Rosiers et le marquis d'Arlandes exécutèrent ensemble le premier voyage aérien. Malgré un ventviolent et un ciel orageux, lamachine s'éleva avec nudité. Arrivés à la hauteur de cent mètres, les voyageurs ôtèrent leurs chapeaux pour saluer la multitude qui s'agitait au-dessous d'eux, partagée entre l'admiration et là crainte. La machine continua de s'élever majestueusement, et bientôt il ne fut plus possible de distinguer les nouveaux Argonautes. On vit l'aérostat longer l'Ile des Cygnes et filer au-dessus de la Seine, jusqu'à la barrière de h Conférence, où il traversa la rivière. Il se maintenait toujours à une très-grande hauteur, de telle manière que les habitants de Paris, qui accouraient en foule de toutes pirts, pouvaient l'apercevoir du fond des rues les plus étroites. Les tours de Notre-Dame étaient couvertes de cU" rieux, et la machine, en passant entre le soleil et le point qui correspondait à l'une des tours, y produisit une éclipse de nouveau genre. Enfin l'aérostat, s'élevanl ou s'abaissant plus ou moins en raison de la manœuvre des voy«igeurs aériensi passa entre l'hôtel desinvalides et l'École militaire^
14 DÉCOUVERTES SCIBlITinQUES.
cl après avoir plané sur les Missions étrangères, s*(i de Saint-Sulpîce. Alors les navigateurs, ayant for pour quitter Paris, s'élevèrent et trouvèrent un d'air qui, les dirigeant vers le sud, leur fit dépassf icvard, et les porta dans la plaine, au delà du i ceinte, entre la barrière d'Enfer et la barrière d' marquis d'Arlandes, trouvant que l'expérience é plète, et pensant qu'il était inutile d'aller plus un premier essai, cria à son compagnon : o Pied lis cessèrent le feu, la machine s'abattit lenleni reposa sur la Butte aux Cailles^ entre le Moulii le Moulin-des Merveilles.
En touchant la terre, le ballon s'affaissa presqi ment sur lui-môme. Le marquis d'Arlandes saul la galerie; mais Pilâtre des Rosiers s'embarrass toiles, et demeura quelque temps comme ensevc plis de la machine qui s'était abattue de son côl là un présage et comme un avertissement de la 1 qui l'attendait?
Li machine fut repliée, mise dans une voitur née dans les ateliers du faubourg Saint-Antoine, geurs n'avaient ressenti durant le trajet aérien a pression pénible; ils étaient tout entiers à l'orgi joie de leur triomphe. Le marquis d'Arlandes n sitôt à cheval et vint rejoindre ses. amis au chû Muette. On l'accueillit avec des pleurs de joie et Parmi les personnes qui avaient assisté aux préi voyage, on remarquait Benjamin Franklin : on que le nouveau monde avciil envoyé le grand hoi assister à cet événement mémorable. C'est à cell« que Franklin prononça un mot souvent répété devant lui : « A quoi peuvent servir les ballons? peut servir Tenfant qui vient de naître?» répliq losophc américain.
AEROSTATS. S 5
Le but que Pilfttre des Rosiers s'était proposé dans cette lérilleuse entreprise était avant tout scientifique. Il fallait, Ms plus tarder, s'efforcer de tirer parti, pour Tavance- Bent de la physique et de la météorologie, de ce moyen nouveau d'expérimentation. Mais on reconnut bien vite que hppareil dont Pilàtre s'était servi, c'est-à-dire le ballon k feu. ou la montgolfière j comme on l'appelait déjà, ne fOQvait rendre, à ce point de vue, que de médiocres services. En effety le poids de la quantité considérable de combustible que l'on devait emporter, joint à la faible différence qui existe entre la densité de l'air échauffé et la densité de l'air ordinaire, ne permettait pas d'atteindre à de grandes hauteurs. En outre, la nécessité constante d'a- Kmenter le feu absorbait tous les moments des aéronautes, et leur ôtaît les moyens de se livrer aux expériences et à l'observation des instruments. On comprit dès lors que les ballons à gaz hydrogène pourraient seuls offrir la sécurité etla commodité indispenscibles à l'exécution des voyages aériens. Aussi, quelques jours après, deux hardis expérimeataleurs, Charles et Robert, annonçaient par la voie des journaux le programme d'une ascension dans un aérostat à gaz inflammable. Ils ouvrirent une souscription de dix mille francs pour un globe de soie devant porter deux voya- 9fun, leiquels s'enlèveraient à ballon perdu^ et tenteraient en l'air des observations it des expériences de physique. L» souscription fut remplie en quelques jours.
Le voyage aérien de Pilàtre des Rosiers et du marquis d'Arlandes avait été surtout un trait d'audace. Sur la foi de eur courage et sans aucune précaution, ils avaient accompli l'une des entreprises les plus extraordinaires que 'homme ait jamais exécutées; l'ascension de Charles et lobert présenta des conditions toutes différentes. Prépaéc avec maturité, calculée avec une rare intelligence, elle évéla tous les services que peut rendre, dans un cas pa-
iO DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES.
reil, le secours des connaissances scientifiques. On peut dire qu'à propos de cette ascension, Charles créa tout d'un coup et tout d*une pièce Tart de TaérostatioD. En cflel, cVst à ce sujet qu'il imagina la soupape qui donne issue au gaz hydrogène et détermine ainsi la descente lenle et graduelle de l'aérostat, — la nacelle où s'embarquent les voyageurs, — le filet qui supporte et soutient la nacelle, — le lest qui règle l'ascension et modère la chute, — l'eDduit de caoutchouc appliqué sur le tissu du ballon, qui rend l'enveloppe imperméable et prévient la déperditioa du g<iz, — enfin l'usage du baromètre, qui sert à mesurer à chaque instant, par l'élévation ou la dépression du me^ cure, les hauteurs que l'aéronaute occupe dans l'atmo- \ sphère. Pour cette première ascension, Charles créa donc tous les moyens, tous les artifices, toutes les précautions ingénieuses qui composent l'art de l'aérostation. On n'a rien changé et Ton n'a presque rien ajouté depuis cette époque aux dispositions imaginées par ce physicien.
C'est au talent dont il fit preuve dans cette cii*constance que Charles a dû de préserver sa mémoire de l'oubli. Quoique physicien très-habile et très-exercé, Charles n'a laissé presque aucun travail dans la science et n'a rien publié sur la physique. Seulement il avait acquis, comme professeur, une réputation considérable. On accourait en foule à ses leçons. Les découvertes de Franklin avaient mis à la mode les expériences sur l'électricité ; Charles avait formé un magnifique cabinet de physique, et il faisait, dans une des salles du Louvre, des cours publics où tout Paris venait Tenlendre. Son enseignement a laissé des souvenirs qui ne sont pas encore efiacés. Il a vait surtout l'art de donner à ses expériences une sorte de grandeur théâtrale qui étonnait toujours et frappait tri*s-vivement les esprits. S'il étudiait la chaleur rayonnante, il incendiait des corps ù des distances extraordinaires; dans ses démonstrations du
iMope, il niiipIiHait les objets de manière il obtenir
groasisseiDCnts énormes; dans ses leçons sur l'éleclri-
!, il fouiiroydil les animnujt; et s'il voulait montrer
iittt^nce (le l'électricité libre dans l'almoi^pbère, il faisait
lire le fluide des nuages, et lirait de t-es eonducleurs
étincelles de dix pieds de loug qui éclataient avec le
jt d'une arme k feu. La clarté de ses démonstrations,
;iince de sa parole, sa stature élevée, la beauté de ses
la sonorité de sa voix, et jusqu'à son costume
;e, composé d'une robe à la Franklin, loul ajoutait h
de ses discours. C'est ainsi que le professeur Charles
it parvenu à obtenir dans Paris une renommée immense.
M*i, lorsqu'au tO août le peuple envahit les Tuileries et
Louvre où il s'élail logé, on respecta sa demeure et l'on
lUB en silence devant le savant illustre dont tout Paris
Wnil écoulé et applaudi les leçons (l).
Un luuis avait sufli au zélé et à l'heureuse inlelligence fle Charles pour disposer tous les moyens ingénieux et
(Il C'ctt le physicien Cl>arlrs qui a été le ticros de l'aveDlure, useï . jnmii! d'BillFurg, 0)1 Harni Joua un rùle il bien en rapport aiec ses hallUide* et >oD ut«r,ljrc. Tout le monde «ait que Maral ëlait raédecln, tti|OcdiiiuHjeun«Mc II s'ctalt occupé de trafauxrelatirgà ta physique. U a tolLun outrage sur l'éliTlricllé et un autre surTupllque, dans leilIihI Us vupsde Neislon. Harat se présente un jour cliez le lltiartes pour lui exposer tet Idées loucliant les Uiéories de XrwUiD, et puiir lui proposer iiuelquea objections relativement au\ plij-^ nomtnu électriques qui filealFUl grand lirult à cette époque. Cbsrlei M partageait aucune des opinions de son interlocuteur, el 11 na se Ot ff ccrupule de les comtialire, Marat oppose l'emportement A la raison g cliique argument auuteau ajoute i sa fureur, Il se contient avec peine ; nilla, à un dernier tiall.ia ralèie déborde, il tire une petite épée qu'il |WrUit Uiitjours. al «o précipite sur son adversaire. Charles était sans ■nnea. mais sa vigueur et son adresse ont biemâl Iriompbé de l'aveugle foreur de Mirât, il lui nrraelie un êpée, la l)rise sur son genou, et en HM 1 tarte le> débris. Succombant t In honte et à la colère, Harat perdit onnalsMnce : on k porta cliei lui évanoui. Quelques années aprèf, aux Diin de la sinistre puissance de Harat, te «ouvenlr de celte scène trnu- "" aingullèremeni le repus du processeur Cliatliu. Reureusemenl l'amf I
it DfGorvE&TSs scmmnQms. ^
nouveaux donl il enrichissait Part naissanl de l'aéroslalion. Le iC novembre 1783, un ballon de neuf mèlres de diimêlre, muni de son tilel et de sa nacelle, était suspenta au milieu de la grande allée des Tuileries, en face Al château; Le grand bassin situé devant le pavillon delHofr loje reçut l'appareil pour la pioduclion de rhydrogéoe. OA appareil se composait de vingt-cinq tonneaux moû de tuyaux de plomb, aboulissantà une cuve remplie d'e« destinée à laver le gaz : un tube d'un plus grand diamèlrt ' dirigeait l'hydrogène dans l'intérieur du ballon. L'opéntion fut lenle et présenta quelques diflicultés; elle ne M pas même sans dangers. Dans la nuit, un lampion ayail été placé trop près de l'un des tonneaux, le gaz s'en- { flamma et il y eut une explosion terrible. Heureuscmenl [ un robinet f«rmé à temps empêcha que la combustion M se projwgeàl jusqu'à Taérostat. Tout fui réparé, et quelques joui s après le ballon était rempli.
Le r^ décembre l"83, la moitié de Paris se pressailaai environs du château des Tuileries ; à midi, les corps académiques et les souscripteurs qui avaient payé leur place quatre louis furent introduits dans une enceinte parliculière construile pour eux autour du bassin. Les simples souscripteurs à trois francs le billet se répandirent dans le reste du jardin. A l'extérieur, les fenêtres, les combles cl les toits, les quais qui longent les Tuileries, le Pont-Royal et la place Louis XV, étaient couverts d'une foule imme^^e. Le l)allon, gonflé de gaz, se balançait et ondulait mollement dans l'air : c'était un globe de soie à bandes alternativement jaunes et rouges ; le char placé au-dessous étail bleu et or.
Cependant le bruit se répand dans la foule que Charles et Robert ont rei^u un ordre du roi qui, en niison du danger de Texpérience, leur défend de monter dans la nacelle. On ne savait pas précisément ce qui avait pu in-
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pirer au roi une telle sollicitude, mais le fait était certain, harles, indigné, se rend aussitôt chez le ministre, le aron de Breteuil,^ qui donnait en ce moment son aulience; il lui représente avec force que le roi est maître de Bivie, mais non de son honneur; qu'il a pris avec le public les engagements sacrés qu'il ne peut trahir, et qu'il se brftlera la cervelle plutôt que d'y manquer ; qu'au surplus c*estune pitié fausse et cruelle que l'on a inspirée au roi. Le baron de Breteuil comprit tout le fondement de ces reproches, et n'ayant pas le temps d'instruire le roi des difficultés que son ordre avait provoquées, il prit sup lui d'en autoriser la transgression.
On continuait néanmoins à affirmer, parmi les speclatears réunis aux Tuileries, que l'ascension n'aurait pas Sea. Les partisans de Montgolfier et ceux du professeur Charles étaient divisés en deux camps ennemis qui cherchaient tous les moyens de se combattre. On prétendait que Tordre du roi avait été secrètement sollicité par Charles et Robert pour se dispenser de monter dans la nacelle. Ces discours calomnieux étaient soutenus par l'épigramme suivante, que l'on distribuait à profusion dans la foule :
Profitez-bien, messieurs, de la commune erreur : La recette est considérable.
C'est un lourde Robert le Diable, Mais non pas de Richard sans Peur.
Ces propos méchants ne tardèrent pas à être démentis. i une heure et demie, le bruit du canon annonce que l'asension va s'exécuter. La nacelle est lestée, on la charge es approvisionnements et des instruments nécessaires. *our cc^nnattre la direction du vent, on commence par mcer un petit ballon de soie verte de deux mètres de iamètre. Charles s'avance vers Etienne Montgolûeri te-
80 DÉCOUVEUTES SCIElfTIFIQnES.
nant ce petit ballon à Taide d'une corde, et il le |nîe de vouloir bien le lancer lui-mônie : § C'est à vous, monsieur, lui dit-il, qu'il appartient de nous ouvrir la route des i cieux. » Le public comprit le bon goût et la délicatesse de | cette pensée, il applaudit ; le petit aérostat s'envola im \ le nord-est^ faisant reluire au soleil sa brillante conleor i d'émeraude.
Le canon retentit une seconde fois ; les voyageurs pren* nent place dans la nacelle, les cordes sont coupées, et le ballon s*élève avec une majestueuse lenteur. L'admintioD et l'enthousiasme éclatent alors de toutes parts: des ipplaudisssements immenses ébranlent les airs ; les soldai rangés autour de l'enceinte présentent les armes, les officiers saluent de leur épée, et la machine continue de s'élever doucement au milieu des acclamations de trois cent mille spectateurs.
Le ballon, arrivé à la hauteur de Monceaux, resta no moment stationnaire, il vira ensuite de bord et suivit la direction du vent. Il traversa une première fois la Seine entre Saint-Ouen et Âsnières, la passa une seconde fois non loin d'Argenteuil, et plana successivement sur Sannois, Franconville, Eau-Bonne, Saint-Leu-Tavemy, Villicrs et l'Ile-Adam. Après un trajet d'environ neuf lieues, en s'abaissant et s'élevant à volonté au moyen du lest qu'ils jetaient, les voyageurs descendirent à quatre heures moins un quart dans la prairie de Nesfes, à neuf lieues de Paris. Robert descendit du char ; mais Charles voulut recommencer le voyage afin de procéder à quelques observations de physique. Pour atteindre à une plus grande hauteur, il repartit seul. En moins de dix minutes, il par vint à une élévation de près de quatre mille mètres, U il se livra à de rapides observations de physique. Um demi -heure après, le ballon redescendait doucemen à deux lieues de son second point de départ. Charlc:
a£bostats. 81
ut reçu à sa descente par M. Farrer^ gentilhomme an- ;laîs, qui le conduisit à son chftteau, où il pRssa la mit.
Quand les détails de cette belle excursion aérienne hrent connus dans Paris, ils y causèrent une sensation extraordinaire. Le lendemain une foule considérable se rassemblait devant la demeure de Charles pour le féliciter; 3 n'était pas encore de retour, et à son arrivée il reçut du peuple une véritable ovation. Lorsqu'il se rendit au Palais- Boyal pour remercier le duc de Chartres, au sortir du IMdais on le prit sur le perron et on le porta en triomphe jusqu'à sa voilure.
Les récompenses académiques ne manquèrent pas non plus aux courageux voyageurs. Dans sa séance du 9 décembre, l'Académie des sciences de Paris^ présidée p«ar M. de Saron, décerna le titre d'associé surnuméraire à Charles et à Robert, ainsi qu'à Pilaire des Rosiers et au marquis d'Arlandes. Enfin, le roi accorda au premier une pension de deux mille livres. Il voulut môme que l'Académie des sciences ajoutât le nom de Charles à celui de Montgolfier sur la médaille que l'on se proposait de consacrer à l'invention des aérostats. Charles aurait dû avoir la modestie ou le bon goût de refuser cet honneur. Il avait, sans nul doute, perfectionné les aérostats et indiqué les moyens de rendre praticables les voyages aériens ; maia le mérite tout entier de l'invention réside dans le principe que les Montgolfier avaient pour la première fois mis en pratique : la gloire de la découverte devait leur revenir sans partage.
Après cette ascension mémorable, qui porta si loin la re- Eiommée de Charles, on est étonné d'apprendre que ce physicien ne recommença jamais l'expérience, et que lecours de sa carrière aérostatique ne s'étendit pas plus loin. Comment le désirde féconder sa découverte ne l'entratna-t-il pas cent
39 DÉCOUVERTES SCISNTinQOES.
fois au sein des nuages? On l'ignore (l)« C'est sans doute le cas de répéter le mot du grand Gondé : « Il eut ducoarîigc ce jour-là. »