CHAPITRE m
TroUième voyage aérien exécuté à Lyon, ascension da balkm /< fkh selles.— Première ascension de Blanchard au Champ de Mars de Plrii
— Voyage aérien de Proust et Pilàtre des Rosiers à VemiUei -
— Ascension du duc de Chartres à Salnt-Cloud. — Blanchard traicm en ballon le Pasnle-Calais. — Mort de Pilàtre des Rosiers.
L'intrépidité et la science des premiers navigateurs aériens avaient ouvert dans les cicux une route nouvelle; elle fut suivie avec une incomparable ardeur. En France et dans les autres parties de i^urope, on vit bientôt s'accomplir un grand nombre de voyages aérostatiques. Cependant, pour ne pas étendre hors de toute proportion les bornes de cette notice, nous nous contenterons de rappeler les ascensions les plus remarquables de cette époque.
Lyon n'avait encore été témoin d'aucune expérience aérostatique; c*cst dans cette ville que s'exécuta le troisièffle voyage aérien.
Au mois d'octobre 4783, quelques personnes distinguées de Lyon voulurent répéter l'expérience exécutée à Versailles par Etienne Montgolfier. M. deFlesselles, intendant de la province^ ouvrit une souscription qui fut prompte-
(1) On a dit qu'en descendant de sa nacelle, Charles avait Juré de M plus 8*exposer ù ces périlleuses expéditiund, tant avait été forte l'impression qu'il ressentit au moment où Roi)ort, étant descendu, le ktillon, subitement déchargé de ce poids, l'emporta dans les airs avec la rapi* dite d'une flèche.
AÉROSTATS- »ï
iplic. Pt, sur CCS enirernilcs, Joseph Miinlgnlder arrivé il I-yoïi, on le pria de vouloir bien diriger liiitelaconsU'iiction delà machine. On se pioposiiit de luierunaéro>tal d'un 1res- grand volume, qui enlèvcrail ehevxl ou quelques autres animaux. Monlgollier &l ilruire un aérostat Immense ; il avait quarnnte-lrots de bauleur et Irenle-cinq de diamètre. C'est la plus madiinB qui se soit jamais élevée dans les airs, Seu- Mnl on avMtt visé ii l'économie, cl l'on avait obtenu appareil de construclion assez grossière, formé double enveloppe de toile d'emballage recouvrant its Feuilles d'un fort papier. Les travaux étaient fort tncés, lorsqu'on reçut la nouvelle de l'ascension de taries aux Tuileries, événement qui produisit en France kescnsation extraordinaire. Aussilût le comte de Lauren- L associé de l'Académie de Lyon, demanda que la des- HiioD de l'aéruslat fiil changée, et iju'on le consacrAl à UCprendre un voyage aérien. Trente personnes se lirt'nt bcrireàla suite de MonIgoIGer el du comte de Laurencin Surprendre part au voyage : PilAlre des llosiers arriva de (ris avec le même pi-ojet ; il était accompagné du comte iDampierre, du comte de Laporle et du prince Charles, bftln^ du prince de Ligne. On ne se proposait rien moins Kdo se rendre par la voie de l'air à Marseille, à Avignon \h Paris, selon la direction du veut.
CepcDdant PîlllLredes Rosiers reconnut avec chagrin que ilc immense machiue, conçue dans un autre hul, éLiit ul il fait impropre h porter des voyageurs. Il proposa et I exécuter, avec t'assenliment de Monlgoiflcr, ditTércntcs odiBcations pour l'approprier à sa destination nouvelle. Iles ne »c lirenl qu'avec beaucoup de dirncullés et à train mille obsl4itlcs. En outre, le mauvais temps, qui ne hM de régner pendant trois mois, endommagea heaula gigantesque machine. On ne put lu Irunsportcr aux
8 4 DKCOnYEllTES SCIENTIFIQUES.
Brottcaux sans des peines inûnies. Les préparalifs et les essais préliminaires occasionnèrent de très-longs retards; on fut obligé de remettre plusieurs fois l'asoensico, et lorsque vint enûn le jour Ûxé pour le départ, la neige qu tomba en grande quantité nécessita un nouvel ajournement. Les habitants de Lyon, qui n'avaient encore assisté à aucune expérience aérostatique, doutaient fort du sacoèi et n'épargnaient pas les épigrammes. Le comte de Laoreacin, un des futurs matelots de ce vaste équipage, reçot le quatrain suivant :
Fiers assiégeants du séjour du tonnerre.
Calmez votre colère. Eh ! ne voyez -vous pas que Jupiter tremblant Vous demande la paix par son pavillon blanc?
Le trait était vif. M. de Laurencin, qui n'était pas poêle, mais qui ne manquait pas pour cela de cœur ni d'esprit, répondit, en prose, qu'il se chargeait d'aller chercher luimême les clauses de l'armistice.
Cependant les aéronautes, piqués au jeu, accélérèrent leurs préparatifs, et quelques jours après tout fut disposé pour l'ascension. Elle se fil aux Rrotteaux, le 5 janvier 1184. En dix-sept minutes, le ballon fui gonflé et prêta partir. Six voyageurs montèrent dans la galerie : c'était Joseph Montgolfier, à qui l'on avait décerné le commandement de l'équipage, Pilaire des Rosiers, le prince de Ligne, le corale de Laurencin, le comte de Dampierre et le comte Laporlc d'Anglefort.
La machine avait considérablement souffert par la neige et la gelée, elle était criblée de trous ; le filet, qu'un accident avait détruit la veille, était remplacé par seize cordes qui ne pesaient pas également sur toutes les parties du globe et contrariaient son équilibre ; aussi Pilâtredes Rosiers reconnut bien vile que l'expérience tournerait mal
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l'oo persistait à prendre six voyageurs; (rois personnes [aient la seule charge que l'aérostat pût supporter sans âiiger. Mais toutes ses observations furent inutiles : per- «Mine ne voulut consentir à descendre ; quelques-uns de ^es gentilshommes intraitables allèrent même jusqu'à porter la main à la garde de leur épée pour défendre leurs iioîts. C'est en vain que l'on offrit de tirer les noms au sort : B bUot donner le signal du départ. Tout n'était pas fini c^endant : les cordes qui retenaient l'aérostat étaient à peine coupées, et la machine commençait seulement à perdre terre, lorsque l'on vit un jeune négociant de la ville, nommé Fontaine, qui avait pris quelque* part à laconstructioQ de la machine, s'élancer d'une enjambée dans la galerie, et au risque de faire chavirer l'équipage, s'installer de force au milieu des voyageurs. On renforça le feu, et, Qttlgré cette nouvelle surcharge, le ballon commença de «'élever.
On comprehd aisément l'admiration que dut faire nattre dans la foule l'ascension de cet énorme aérostat, dont la voCite offrait les dimensions de la coupole de la Halle aux blés de Paris. Il avait la forme d'une sphère terminée à sa IMirtie inférieure par un cône tronqué autour duquel régnait une large galerie où se tenaient les sept voyageurs. La calotte supérieure était blanche, le reste grisâtre, et le cône composé de bandes de laine de différentes couleurs. Aux deux côtés du globe étaient attachés deux médaillons, dont l'un représentait l'Histoire et l'autre la Renommée. Enfin il portait un pavillon aux armes de l'intendant de la province, avec ces mots : le Flesselles.
Le ballon n'était pas depuis un quart d'heure dans les airs, quand il se fit dans l'enveloppe une déchirure de quinze mètres de long. Le volume énorme de la machine, le nombre des voyageurs, le poids excessif du lest, le mauvais état des toiles fatiguées par de trop longues laauœvi*
te DEGOtVERTES SCIEfCTIFlQCES.
\rcs, tout avait rendu inévitable cel accident, qui b avoir des suites funestes. Parvenu en ce moment à I cents mètres de hauteur, l'aérostat s'abattit avec uner dite effrayante. On vit aussitôt, à en croire les relation l'époque, soixante mille personnes courir vers l'endroi la machine allait tomber. Heureusement, et grâce à dresse de Pilâtre, cette descente rapide n'entraîna pis suites graves, et les voyageurs en furent quittes pou choc un peu rude. On aida les aéronautes à se dépgei toiles qui les enveloppaient : Joseph Montgolfier a^ le plus maltraité.
Celte ascension fit beaucoup de bruit et fut jugée diversement. Les journaux en donnèrent les Appréciai les plus opposées. En définitive, J'entreprise p«iruti échoué, mais ses courageux auteurs reçurent les hon ges qui leur étaient dus. M. Mat lion de I^cour, direi de r.\cadéraie de Lyon, raconte ainsi raccueil qu'ils: rent dans la soirée :
« Le même jour, dit M. Mathon de Lacour, on devait d< l'opéra d'Iphigênie en Aulidr» Le public s'y porta on foule l'cspcrance d'y voir les voyageurs aériens. Le spectacle clail nicncé lorsque M. et madame de Flessclles eiitivront dan loge, accompaKnés de. MM. de Montgolfier et Pilàlro îles R< I^s applaudissements et les cris se firent entendre duns to salle ; les autres voyascurs furent reçus avec le ménie tran Le parterre cria de recommencer le spectacle, et l'on l>a toile. Quelques minutes après la toile fut levée, et l'aclei remplissait le rôle d'Agamemnon s*avança avec des cour que madame l'intendante distribua elle-même aux ill voyageurs. M. Pilàtie des Rosiers posa celle qu'il avait reç la tête de M. de MontgolfiiT, et le prince Cliai lo> posi au>s qu'on lui avait olVerte sur la tête de madame de Mont^ L*acteur. qui était rentré dans sa tente, on sortit pour c un coupletqui fut vivement applaudi. Quelqu'un ayant ii à M. l'intendant l'un des voyageurs (M. Foutain<*}, qui se vait au parterre, M. l'intendani et M. de Fuy, comma
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esœndirent pendant i'entr'acte et lui apportèrent la coii> >nDe. Quand ractricc qui jouait le rôle de Glytemneslre clianta smorceau:
Que J'aime à Toir ces hommages flatteurs I .
ks public en fit aussitôt l'application et fit recommencer le mor- BSUy que Tactrice répéta en se tournant vers les loges'OÙ étaient les voyageurs. Après le spectacle, ils furent reconduits avec les ■Imes applaudissements; ils soupèrentchezM. le commandant, airon ne cessa pendant toute la nuit de leur donner des séré-
• Deux jours après, M. Pilâtre des Rosiers, ayant paru au bal, y reçut de nouveaux témoignages de la pUis vive admiration ; et k jeudi 22, lorsqu^il partit pour Dijon, pour se rendre de là à hris, il fut accompagné comme en triomphe par une cavalcade •ombreuse des jeunes gens les plus distingués de la ville. »
Cependant l'opinion générale était pour les mécontents. Oo chansonna les voyageurs, on chansonna Taéro^at luimême; on fut injuste envers les hardis matelots du F/esklles. C'est ainsi que le Journal de Paris^ qui raconte avec tant de complaisance les ascensions aérostatiques de cette époque, ne consacre que quelques lignes au récit de ce Toyage qu'il avait annoncé trois mois auparavant avec beaucoup de pompe. Enfin ou fit courir à Paris le quatrain suivant :
Vous venez de Lyon, parlez-nous sans mystère : Le globe est-il parti? Le fait est-il certain ?
— Je Tai vu. — > Dites-nous, allait-il bien grand train ?
— S'il allait... Oh! monsieur, il allait ventre à terre.
L'épigramme et l'esprit étaient l'arme innocente de ces smps heureux.
Le quatrième voyage aérien eut lieu en Italie. Le cheva* er Andreani fit construire par les frères Gerli, architectes, ne magnifique montgolfière, et il rendit les habitants de [ilan témoins d'une belle ascension qu'il exécuta lui-
88 DECOUVERTES SGIEIITIPIQUES.
luêmc, et qui ne présenta d'ailleurs aucune circonstaDce digne d'être notée.
C'est à cette époque qu'eut lieu à Paris la première ascension de Blanchard, dont le nom était destiné i devenir fameux dans les fastes de l'aérostation. Avant la découverte des ballons, Blanchard, qui possédait le génie, ou tout au moins le goût des arts mécaniques, s'était appliqué à trouver un mécanisme propre à naviguer dans les airs. Il avait construit un bateau volant^ machine atmosphérique armée de rames et d'agrès, avec laquelle il se soutenait quelque temps dans l'air jusqu'à quatre-vingts pieds de hauteur. En 1782, il avait exposé sa machine dans les jardins du grand hôtel de la rue Taranne, où se troo?e aujourd'hui un établissement de bains. La découverte des aérostats qui survint sur ces entrefaites détermina Blanchard à abandonner les recherches de ce genre, et il se fit aéronaute.
Sa première ascension au Champ de Mars présenta une circonstance digne d'être notée au point de vue scientifique ; c'est le 2 mars 1784 qu'elle fut exécutée en présence de tout Paris, que le brillant succès des expériences précédentes avait rendu singulièrement avide de ce genre de spectacle. Blanchard avait jugé utile d'adapter à son ballon les rames et le mécanisme de son bateau volant; il espérait en tirer parti pour se diriger ou pour résister à l'impulsion de l'air. Il monta dans la nacelle, ayant à ses côtés un moine bénédictin, le physicien dom Pech, enthousiaste des ballons. On coupa les cordes; mais le ballon ne s éleva pas au delà de cinq mètres : il s'était troué pendant les manœuvres, et le poids qu'il devait entraîner était trop lourd pour son volume. Il tomba rudement k terre, et la nacelle éprouva un cboc des plus violents. Le bon père jugea prudent de quitter la place. Blanchard répara promptement le dommage, et il s'apprêtait à repartir seul,
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lorsqu'un jeune homme perce la foule, se jette daus la nacelle, et veut absolument partir avec lui. Toutes les remontrances, toutes les prières de Blanchard furent inutiles, (c Le roi me Ta permis ! » criait l'obstiné. Blanchard, ennuyé du contre-temps, le saisit au corps pour le précipiter de la nacelle; mais le jeune homme tire son épée, fond sur lui et le blesse au poignet. On se saisit enfin de ce dangereux amateur, et Blanchard put s'élancer. On a prétendu que ce jeune homme n'était rien moins que Bonaparte, élève à l'École militaire. Dans ses Mémoires, Napoléon a pris la peine de démentir ce fait : le jeune homme dont il s'agit était un de ses camarades, nommé Dupont de Ghambon^ élève comme lui de l'École militaire, et qui avait fait avec ses camarades le pari de monter dans le ballon.
Blanchard s'éleva au-dessus de Passy, et vint descendre dans la plaine de Billancourt, près de la manufacture de Sèvres ; il ne resta que cinq quarls d'heure dans l'air. Cette ascension si courte fut marquée néanmoins par une circonstance curieuse. Tout le monde sait aujourd'hui qu'un aérostat ne doit jamais être entièrement gonflé au moment du départ; on le remplit seulement aux trois quarts environ. 11 serait dangereux^ en quittant la terre, de l'enfler complètement ; car, à mesure que l'on s'élève, les couches atmosphériques diminuant de densité, le gaz hydrogène renfermé dans l'aérostat acquiert plus d'expansion en raison de la diminution de résistance de l'air extérieur. Los parois du ballon céderaient donc à l'efTorl du gaz, si on ne lui ouvrait pas une issue; aussi l'aéronaute observo-l-il avec beaucoup d'attention l'état de l'aérostat, et lorsque ses parois très-distendues indiquent une grande expansion du gaz intérieur, il ouvre la soupape et laisse échapper un peu d'hydrogène. Blanchard, tout à fait dépourvu de connaissances en physique, ignorait celle par-
4« hbooctkrtes scientifiques.
ticularité. Son ballon s'éle\'a gonflé cuire mesure, et rimprudeni aéronaute« ne comprenant nullement le péril qui le menaçut, s*applaudîssait de son adresse et admirait ce qui poaTait causer sa perle. Les parois du ballon font bientdt effort de toutes paris ; elles vont éclater. Blancbard, arrÎTé à une hauteur considérable, cède moins à la * conscience du danger qui le menace iqu'à l'impression d'épouvante causée sur lui par l'immensité des mornes et * silencieuses régions au milieu desquelles Taéroslat l'a brusquement transporté; il ouvre la soupape, il redescend, et celle terreur salutaire l'arrache au péril où son ignorance l'entraînait
Blanchard se vanta de s'être élevé quatre mille mètres plus haut qu'aucun des aéronautes qui l'avaient précédé, et il assura avoir dirigé son ballon contre le vent à l'aide de son gouvernail et de ses rames ; mais les physiciens, qui avaient observé l'aérostal, démenlirent son assertion, ei publièrent que les variations de sa marche devaient être uFiiquement attribuées aux courants d'air qu'il avait rencontrés. Et comme il avait écrit sur les banderoles de son ballon et sur les caries d'entrée celte devise fastueuse : Sic itur ad astra^ on lança contre lui celte épigramme :
Au Champ de Mars il s'envola.
Au champ voisin il resta là ; Beaucoup d'argent il ramassa.
Messieurs^ sio iiur ad astra.
Quant au bénédictin dom Pech, il parait que c'était contre la défense de ses supérieurs qu'il avait voulu s'embarquer avec Blanchai*d. Un exempt de police envoyé sur le lieu de la scène l'avait arrêté et ramené à son couvent, d'où il avait réussi à s'échapper une seconde fois pour revenir tenter au Champ de Mars une épreuve qui, comme on l'a vu, ne fut pas poussée bien loin. Ce zèle outré fut
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pimi lie l'exil, Dom Pech fui condamné par le conseil du cotivent à un an et un jour de prison dans la maison la plus reculée de son ordre. Cependant quelques personnes tlniéressérpnt à lui, et par l'inlcrvention du cardinal de La Boehefoucauld, le pauvre cnlhousiasle Tul gracié.
Le 4 juin 1784, la ville de Lyon vit s'accomplir une noutelle ascension aérostatique, dans laquelle, pour la prenière fois, une femme, madame Thible, brava dans un ballon fc feu les périls d'un voyage aérien. Cette belle ascen- ^On Tut exéeuléc en l'honneur du roî de Suède, qui se troavait alors de passage h Lyon.
Pitâtrc des Hosiers et le chimiste Proust exécutèrent bleolAt après 6 Versailles, en présence de Louis XVI et du roi de Suéde, un des voyages aérostatiques les plus remarquables que l'on connaisse. L'appareil élait dressé dans la ^Ade cour du château. A un signal qui fut donné par une décharge de mousqueleiie, une tente de quatre-vingt-dix pîpd» de hauteur qui cachait l'appareil s'abattit soudainement, et l'on aperçut une immense montgolfière, déjà gonflée par l'action du feu, maintenue par cent cinquante conles que retenaient quatre cenis ouvriers. Dix minutes après, une seconde décharge annon<;a le départ du ballon, qui s'éleva avec une lenteur majestueuse et alla descendre près de Chantilly, à treize lieues de son point de départ. Proust et Pilaire des Rosiers parcoururent dans ce voyage ta plus grande distance que l'on ail jamais rranchieavec une montgolfière; ils atteignirent aussi la hauteur la plus grande il laquelle on puisse s'élever avec un appareil de ce genre. Ils demeurèrent assez longtemps plongés dans les nuage.t et enveloppés dans la neige qui se formait autour d'eux. Le lèle des aéronaules et des savants ne se ralenlissail pa«; chaque jour, pour ainsi dire, était marqué par une aM-ension qui présenta souvent les cîrcûnslanees les plus ieuses et les plus dignes d'intérêt.
4t DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES^.
Le 6 août, Tabbé Camus, professeur de philosophie, et Loucbet, professeur de belles-lettres, firent à Rodez un voyage aérieu dans une montgolfière. L'expérience, trèsbien conduite, marcha régulièrement, mais n'enseigoa rien de nouveau.
Les nombreuses ascensions faites avec l'aérostat à gaz inflammable construit par les soins de l'Académie de Dijon, et monté à diverses reprises par Guyton de Morveau, l'abbé Bertrand et M. de Virly, n'apportèrent à la science naissante de l'aérostation que fort peu de résultats utiles. Guyton de Morveau avait fait construire, pour essayer de se diriger, une machine armée de quatre rames. Au moment do départ, un coup de vent endommagea l'appareil et mil deux rames hors de service. Cependant Guyton assure avoir produit avec les deux rames qui lui restaient un effet sensible sur les mouvements du ballon. Ces expériences furent continuées très-longtemps, et l'Académie de Dijon fil à ce sujet de grandes dépenses de temps et d'argent. On finit cependant par reconnaître que l'on s'attaquait à ua problème insoluble. Les résultats de ces longs et inutiles essais sont consignés dans un volume publié en 1785, par Guyton de Morveau, sous le titre de Description de Pdrontat de V Académie de Dijon.
£n môme temps, sur tous les points de la France, se succédaient des ascensions plus ou moins périlleuses. A Marseille, deux négociants, nommés Bremont et Marel, s'élevèrent dans une montgolfière de seize mètres de diamètre. A leur première ascension, ils ne restèrent en l'air que quelques minutes. Ils s'élevèrent très-haut à leur second voyage, mais la machine s'embrasa au milieu des airs, et ils ne regagnèrent la terre qu'au prix des plus grands dangers. Etienne Mon tgol fier lança à Paris un ballon captif qui dépassa la hauteur des plus grands édifices. La marquise et la comtesse de Montalembert, la comtesse
de Podenas et mademoiselle Lagarde, élaient les aéronaiites de ce galant équipage que commandai! le marquis deMontalembert. Ce ballon, construit aux frais du roi, était parti do jardin de Réveillon dans le faubourg Saint-Antoine. A Aix, un amateur, nommé Rambaud, s'enleva dans une montgolfière de seize mètres de diamètre. Il resta dix-sept minatesen Taire! atteignit une hauteur considérable. Redescendu à terre, il sauta hors du ballon sans songer à le retenir. Allégé de ce poids, le ballon partit comme une flèche, et on le vit bientôt prendre feu et se consumer dans l'atmosphère. Vinrent ensuile, à Nantes, les ascensions du grand aérostat à gaz hydrogène, baptisé du glorieux nom de Suffren^ monté d'abord par Goustard de Massy et le ré- Térend père Mouchetde l'Oratoire, puis par M. de Luynes. A Bordeaux, d'Arbelel des Granges et Chalfour s'élevèrent dans une montgolfière jusqu'à près de mille 'mètres, et firent voir que l'on pouvait assez facilement descendre et tQonter à volonté en augmentant ou diminuant le feu. Ils descendirent sans accident à une lieue de leur point de départ.
Le 15 juillet 1784, le duc de Chartres, depuis Philippe- Égalité, exécuta à Saint-Gloud, avqc les frères Robert, une ascension qui mit à de terribles épreuves le courage des léronautes. Les frères Robert avaient construit un aérostat i gaz hydrogène de forme oblongue, de dix-huit mètres je hauteur et de douze mètres de diamètre. On avait disposé dans l'intérieur de ce grand ballon uo autre globe beaucoup plus petit, rempli d'air ordinaire. Cette disposition, imaginée par Meunier pour suppléer à l'emploi de la soupape, devait permettre de descendre ou de remonter dans l'atmosphère sans avoir besoin de perdre du gaz. Parvenu dans une région élevée, l'hydrogène, en se raréfiant par reCTel de la diminution de la pression extérieure, devait comprimer l'air contenu dans le petit ^lobe\uV6v\^>\t^
4 4 DÉCOUVEnTES SGIENTIFIOVES.
Cl en faire sortir une quantité d'air correspondant au degré de sa dilatation (1). On avait aussi adapté à la nacelle un large gouvernail et deux rames, dans l'espoir de se diriger.
A huit heures, les deux frères Robert, M. CoUin^nUin et le duc de Chartres, s'élevèrent du parc de Saint-Cloud, en présence d'un grand nombre de curieux qui étaient a^ rivés de grand matin de Saint-Cloud et des lieux environnants. Les personnes éloignées firent connaître par de grands cris qu'elles désiraient que celles qui étaient placées aux premiers rangs se missent à genoux pour laissera tous la liberté du coup d'œil ; d'un mouvement unanime, chacun mit un genou à terre, et l'aérostat s'éleva au milieu de la multitude ainsi prosternée.
Trois minutes après le départ, l'aérostat disparaissait dans les nues ; les voyageurs perdirent de vue la terre et se trouvc^rent environnés d'épais nuages. La machine, obéissant alors aux vents impétueux et contraires qui régnaient à cette hauteur, tourbillonna et tourna plusieurs fois sur elle-même. Le vent agissant avec violence sur la surface étendue que présentait le gouvervail doublé de taffetas, le ballon éprouvait une agitation extraordinaire et recevait des coups violents et répétés. Rien ne peut rendre la scène effrayante qui suivit cespremières bourrasques. Les nuages se précipiUiient les uns sur les autres, ils s'amoncelaient au-dessous des voyageurs et semblaient vouloir leur fermer le retour vers la terre. Dans une telle situation, il était impossible de songer à tirer parti de l'appareil de direction. Les aéronautcs arrachèrent le gouvernail et jetèrent les rames. La machine continuant d'éprouver des oscillations de plus en plus violentes, ils résolurent, pour s'alléger, do
(1) On trouvera plus loin l'indication du mémoire dan« lequel Uvuùtf expose les avantages de ceUe disposition, qu'il imagina pour éTîter m^ aéronautrs la nécessité de perdre du gaz pour redescendre, on de Jet^r du lest pour s'élever.
se débirrasscr «lu polit glohe conlenu rtnns l'intérieur do l'aérosUil. On coupa les cordes qui le relenaient; le pelil (lobe tomba, mais il fut impossible de le tirer au dehors, H était (omM si malheureusement, qu'il était venu s'apptiquer juste sur l'orifice de l'aérostat, dont il Termail compléletnent l'ouverture. Dans ce moment, un coup de vent parti de la terre les lança vers les régions supérieures, les DDBges Turent dépassés, et l'on aperçut le soleil : mais la eluteur de ses rajonset la raréfaction considérable de l'air dans ces réf^ions élevées ne lardèrent pas h occasionner une fntode dilatation du gaz. Les parois du ballon étalent forl«mfnl tendues, et son ouverture inférieure, si malheureusement fermée par l'interposition du petit globe, empêchait le gaz dilaté de trouver, comme ii l'ordinaire, une libre Ifmie parroriflre inférieur. Les parois étaient gonflées au point d'éclater sons la pression du gaz.
t.es aéronnutes, debout dans la nacelle, prirent de longs Mtons et essayèrent de soulever le glohr qui obstruait l'oriflce de l'aérostat; mais l'extrême dilatation du gaz le tenait si fortement appliqué, qu'aucune force ne put vainer« cette résistance. Pendant ce temps, ils continuaient de monter, et le baromètre indiquait que l'un était parvenu à la hauteur de quatre mille huit cents mètres. Dans ce moment critique, le duc de Chartres prit un parti désespéré : il saisît un des drapeaux qui ornaient la nacelle, et svec le bois de la lance il troua en deux endroits l'étofTe du ballon; il se Dt une ouverture de deux ou trois mètres, le ballon descendit aussitôt avec une vitesse elTravanta, et la terre reparut aux yeux des voyageurs épouvantés. Heureusement, quand on arriva dans une atmosphère plus dense, la rapidité de la chute se raleutit et finit par devenir trèsmodérée. I^s aéronautes commençaient ù se rassurer, lorsqu'ils reconnurent qu'ils étaient prés de tomber au milieu d'un étan^; ils jetèrent k l'instant soixante livres
4 0 DÉCOUVERTES SCIENTIFIOUES.
de lest, et à l'aide de quelques manœuvres ils réussirent k aborder sur la terre, à quelque distance de l'étang de la Gtrenne, dans le parc de Meudon. Toute cette expédition avait duré à peine quelques minutes. Le petit globe rempli d'air était sorti à travers Touverture de l'aérostat, il tomba dans l'étang; il fallutle retirer avec des cordes.
Les ennemis du duc de Chartres ne manquèrent pas de mettre le dénoûment de celte aventure sur le compte de sa poltronnerie. Dans son Histoire de la conjuration de I/nM d'Orléans^ surnommé Philippe- Égalité^ Montjoie, faisant allusion au combat d'Ouessant, dit que le duc de Chartres avait ainsi rendu « les trois éléments témoins de la lâcheté qui lui était naturelle. » On fit pleuvoir sur lui des sarcasmes et des quolibets sans fin. On répéta le propos que madame de Vcrgennes avait tenu avant l'ascension, que « apparemment M. le duc de Chartres voulait se mettre au-dessus de ses affaires, » On le tourna en ridicule dans des vers satiriques, on le chansonna dans des vaudevilles.
Tout cela était parfaitement injuste. En crevant son ballon au moment où il menaçait de l'emporter avec ses compagnons dans une région d'une incommensurable hauteur, le duc de Chartres fit preuve de courage et de sang-froid. Blanchard prit le môme parti le 19 novembre 1785, dans une ascension qu'il fit à Gand, et dans laquelle il se trouva porté à une hauteur si grande, qu'il ne pouvait résister au froid excessif qui se faisait sentir. Il creva son ballon, coupa les cordes de sa nacelle^ et se laissa tomber en se tenant suspendu au filet.
L'Angleterre n'avait pas encore eu le spectacle d'une ascension aérostatique. Le 14 septembre 1784, un Italien, Vincent Lunardi, fit à Londres le premier voyage aérien qui ait eu lieu au delà de la Manche. Son exemple fut bientôt suivi à Oxford, par un Anglais, M. Sadler, devenu célèbre depuis comme aéronaute. M. Sheldpn, membre dis-
Wdc la Société royale de Londres, fit de son cdléune^ D en compagnie de DlaiiLliard. 11 essaya, mais transi I, de se diriger à l'aide d'un mcVanisme nioleur ea fl d'hélice. I
tard! par le succès de ses premiers voyages, l'aéro- I ftis conçut alors un projet donll 'audace, à celte I ]DC de tAtonnements pour la science aérostatique, pou- I liti bon droil être (axée de folie ; il voulut Tranchir en j lUuD la diflance qui sépare l'Angleterre de la France. J Ctttc traversée miraculeuse, où l'aéronaule pouvait trou- 1 %tr mille rois la mort, ne réussit que par te plus grand des* ] lltards, et que par ce seul fait, que le vent resta pendant I Iroii heures sans variations sensibles. À
Blanchard accordait une confiance extrême i l'appareil I de direction qu'il avait imaginé. II voulut justifier par un 1 mil éclatant la vérité de ses assertions, et il annonça, par 1 les journaux anglais, qu'au premier vent favorable, il trn-'| venterait la Manche de Douvres û Calais. Ledocteur JelTriea | s'offrit pour l'accompagner. I
Le 7 janvier 1785, le ciel était serein; le vent, très- I Kiibk,suurnaitdunoid-nord-ouesl. Blanchard, accompagné I du docteur JcIFries, sortit du château de Douvres et se di< I rigea \ers la cûle. Le ballon fut rempli de gaz, et on le I plat^à quelques pieds du bord d'un rocher escarpâ, d'oCt I l'on aperçoit le précipice décrit par Shakespeare duns/e I Soi Leur. A une lieure, le ballon fut abandonné à lui- J mËme; mais son poids se trouvant un peu lourd, on fut 1 obligé de jeter une partie du lest el de ne conserver que 1 Imite livres de sable. Le ballon s'éleva lentement et s'a- | vanga vers la mer, poussé par un veut léger. Les voyageurs 'j eureol alors sous le« yeux un spectacle que l'un d'eux a 1 décrit avec enthousiasme. D'un cAté, les belles campagne» I qui s'étendent derrière In ville de Douvres présenlaicnt I une vue magnifique; l'œil embrassai! unhori^ton si étendu, I
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Zz :f zi'.zif-:. If bd'.Ioa s« dêcontia par la perte du gaz, e: !fî ifr'.'niutfs rfvonnureat avec effroi qu'il descendait ivfc u-e ceruine rapi'.iîlê. Tremblant à la pensée de ne p-ruvoir atteindre la cOte. ils se hAtèrenl de se débarrasser de tout ce qui n'é:ait pas indispensable k leur salut : ils jetèrent leurs provisions de bouche; le gouvernail el les rames, surchar^re inutile, furent lancés dans l'espace; les cordages prirent le même chemin; ils dépouillèrent leurs vêtements et les jetèrent à la mer.
AEROSTATS.
VHwdépit de leur, le bnllon ilesceiidaîl toujours.
On dit que, dans ce momenl suprême, le docteur Jeffries < oiTril & son compngDOD de se jeter à la mer. * Nous som- [ mes perdus tous les deux, lui dil-il ; si vous croyez que ci; ' moyen puisse vous sauver, je suis prËt k faire le sacrifice de ma vie. >
Néanmoins une dernière ressource leur restait encore : ils pouvaient se débarrasser de leur nacelle et se cranipon- ' ner aux cordages du liallon. Us se disposaient ù essayer de ' celte dernière et terrible ressource; ils se tenaient tous ■ )e& deux suspendus aux cordages du filet, prêts h couper ' tes liens qui reteuaienl la nacelle, lorsqu'ils crureot sentir ' dans la machine un mouvement d'ascension : le ballon re- ' moDlait en effet. Il continua de s'élever, reprit sa route, et le vent étant toujours favorable, ils furent poussés rapide* ' ment vers la cMe. Leurs terreurs furent vite oubliées, car ils apercevaient distinctement Calais et la ceinture des aombreux villages qui l'environnent. A trois heures. Ils passèrent par-dessus la ville et vinrent enfin s'abattre dans la forêt deGuines. Le ballon se reposa sur un gi'and chêne; le docteur JelTries saisit une branche, et la marche fut arrêtée : on ouvrit la soupape, le gaz s'écbappa, et c'est unsi que les heureux aéronautes sortirent sains et saufs de ' l'entreprise la plus extraordinaire peut-être que la témérité de l'homme ait jamais osé tenter.
Le lendemain, cet événement fut célébré à Calais par Qne rcte magnifique. Le pavillon français fut bissé devant la maison où les voyageurs avaient couché. Le corps muoicipul et les ofliciers de la garnison vinrent leur rendre TÙite. A la suite d'un dîner qu'on leur donna à l'hôtel de vitle, le maire présenta à Blanchard, dans une boite d'or, des lettres qui lui accordaient le titre de citoyen de la ville de Calais, titre qu'il a toujours conservé depuis. Lu municiptlité lui acheta, moyennant trois mille francs cl une
50 DEGOUVBRTES SCIENTIFIQUES.
pension de six cents francs, le ballon qui avait servi à ce voyage, et qui fut déposé dans la principale église de Calais, comme le fut autrefois, en £spagne, le vaisseau de Christophe Colomb. On décida enfin qu'une colonne de marbre serait élevée à l'endroit même où les aéronautes étaient descendus. Quelques jours après, Blanchard parut devant Louis XYI, qui lui accorda une gratification de \ douze cents livres et une pension de la môme somme. La < reine, qui était au jeu, mit pour lui sur une carie, et loi . fit compter une forte somme qu'elle gagna. En un mot, rien ne manqua au triomphe de Blanchard, pas môme la jalousie des envieux, qui lui donnèrent à cette occasion le surnom de Don Quichotte de la Manche.
Le succès éclatant de cette entreprise audacieuse, l'immense retentissement qu'elle eut en Angleterre et sur le continent, doivent compter parmi les causes d'un des plus tristes événements qui aient marqué l'histoire de l'aérostation. Dès que fut connue en France la nouvelle du vopge de Blanchard, Pilàtre des Rosiers, emporté par un funeste élan d'émulation, fit annoncer qu'à son tour il franchirait la mer, de Boulogne à Londres, traversée plus périlleuse encore que celle qu'<ivait exécutée Blanchard en raison du peu de largeur des «côtes d'Angleterre, qu'il était facile de dépasser.
On essaya inutilement de faire comprendre à Pil&tre les périls auxquels cette entreprise allait l'exposer. Il assurait avoir trouvé une nouvelle disposition des aérostats, qui réunissait toutes les conditions nécessaires de sécurité, et permettait de se maintenir dans les airs un temps considérable. Sur cette assurance , le gouvernement lui accorda une somme de quarante mille francs pour construire sa machine. On apprit alors quelle était la combinaison qu'il avait imaginée : il réunissait en un système unique les deux moyens dont on avait fait usage jusque-la;
■■•ms d'an aérostal à gaz hydrogène il suspendait ttïoQtgoîfière. Il csl assez diTIJcile de bien apprécier *o^fs qui le porltirent h adopter celle disposition, * taisait sur ce point un certain mystère de ses idées. I probable que, par l'addition d'une aïonlgolQôre, il tit l'alTranchir de la nécessité de Jeter du lest pour ^r et de perdre du gaz pour descendre : le feu, activé tlenli dans la monigoinére, devait Touruir une force ntionnelle supplémentaire.
tsi qu'il en soit, ces deux systèmes qui, isolés, ont nases avantages, formaienl, élant réunis, la plus délUé combinaison. Il n'était que trop aisé de comidreà quels dangers terribles l'existence d'un foyer Id voisinage d'un gaz inflammable comme l'hydru- «xposfiit l'aéronaule. u Vous mettez un réchaud sous tril de poudre, » disait Charles k Pil&lre des Rosiers, celui-ci n'écoulait rien : il n'écoutait que son iulréé et l'incroyable exaltation scienlillque dont il avait doonâ tant de preuves, el qui étaient comme le cam àe son esprit.
utistenre de cet homme courageux peut être regardé*! ne un exemple de cette Hévre d'aventures et d'expé- •M que le progrès des sciences physiques avait dévête dans certaines natures à la fin du siècle dernier. re des Bosiers était né à Metz en 1156. On l'avait <t'adeslioé à la chirurgie, mais celte profession lui insone grande répugnance ; il passa des salles de l'hOrians le laboratoire d'un pharmacien, où il reçut les tiires uotions des sciences physiques. Kcvenu dans sa Ile, il ne put supporter la conlntinte excessive dans elle son pi re le retenait, el il s'en alla un beau jour, ompagnie d'un de ses camarades, chercher fortune îk B. Employé d'abord comme manipulateur dans une inacie, il s'alliia bienlûl l'aifection d'un luéiWcux v\*\
5 s DfcOUYERTES SGIXRTinQntS.
le fil sortir de cette position inférieure. GrÀce à son pn-' teoteur, il put suivre les leçons des professeurs les célèbres de la capitale, et bientôt il se trouva lai-i en état de faire des cours. Il démontra publiquement ki faits découverts par Franklin dans le champ si nouvM des phénomènes électriques. II acquit par là un ceriai relief dans le monde scientifique, et il put bientôt réiimr assez de ressources pour monter un beau laboratoire it physique dans lequel les savants trouvaient tous les ap* pareils nécessaires à leurs travaux. U obtint enfin la place d'intendant du cabinet d'histoire naturelle du comte de Provence.
Pil&tre des Rosiers put alors donner carrière k sôngoAl pour les expériences et à cette passion singulière qui le caractérisait de faire sur lui-même les essais les plus dangereux. Rien ne pouvait Tarréter ou TelTrayer. Dans ses expériences sur l'éleetricité atmosphérique, il s'est exposé cent fois à être foudroyé par le fluide électrique, quil soutirait presque sans précaution des nuages orageux. II faillit souvent perdre la vie en respirant des gaz délétères. Un jour il remplit sa bouche de gaz hydrogène et il y mil le feu, ce qui lui fit sauter les deux joues. Il était dans toute l'exaltation de celte espèce de furie scientifique, lorsque survint la découverte des aérostats. On a vu avec quelle ardeur il se précipita dans cette carrière nouvelle, qui répondait si bien à tous les instincts de son esprit. U eut, comme on le sait, la gloire de s'élever le premiei dans les airs, et dans toute la série des expériences qui suivirent, c'est toujours lui que l'on voit au premier rang, fidèle à l'appel du danger. C'est au milieu des transport; d'un véritable délire qu'il se livrait k Boulogne aux préparatifs du voyage qu'il avait annoncé.
Ces préparatifs duraient d'ailleurs depuis six mois Depuis le mois de novembre 1784, PilAtre travaillait à k
^^^^Kbtion de son nôroslnl »ver l'inlenlinn de r'ch servir ^^^^ftsspr en Angleterre ; l'annonce <iu succès de Blan- ^^Hnedoubla sa confiance et le confirma dans son projel. ^BEBàrié par des obstacles sans cesse renaissants, il avait Hbnisé (les sommes énormes poui- l'édiQcalioa de sa ^^BU&e, car il avait reçu, dit-on, jusqu'à cent cinquante ^^^■[ francs du ministre Calonne, Cependant des difU- ^^^Knourelles venaient à chaque instant retarder \'ex6- ^^Hcde son plan. C'était tantAt une armée de rats qui ^^^Bt dévoré en partie sa macliine, et qu'on ne pane- ^^^K chasser qu'avec une meute de chiens et de chais, ^^^BtDs par des hommes qui battaient du tambonr toute ^^^^K; tantât un ouragan furieux qui forçait les magis- ^^^■e la ville à intervenir pour empêcher son départ. ^^^^■Ire, depuis cinq mois, les vents ne cessaient pas ^^^^r contraires, et ce fait avait fini par lui apparaître ^^^Bles plus sombres couleurs. Aussi le découragement ^^^WD<:ait-il à le gagner. Il revint à Paris et conGa ses ^^Hfesà M. de Calonne. Mais le ministre te reçut fort ^^^V-f Nous n'avons pas dépensé, lui dit-il, cent cin- ^^^Bl mille francs pour vous faire voyager sur la cAte. Il ^^^Bliliserla machine et passer le détroit. » ^^^Btre des Rosiers repartit la mort dans l'ftme. !1 reve- ^^^ptvec le cordon de Saint-Michel et la promesse d'une P^M^on de six mille livres ; mais il ue pouvait se défendrt' F lies plus tristes pressentiments. Cependant it se remit à \ IVenvrc et se décida h tenter son voyage. S'il faut en croire I U chronique de MelK, une dernière circonstance acheva do I diKHder son départ. Il était devenu amoureux d'une belle } el riche Anglaise dont les parents ne consentaient à lui I accorder sa main qu'après le succès de son entreprise.
Malgré les avaries et la vétusté de sa machine, en dépit I d6 l'iftconslance dos vents, Pilfltre se décida à partir dan& ■^Ppirmier!) jours de juin. M. de Maisonfort, gentil-
homme du pays, devait raccompagner dans cette expéditioD ; mais il fut remplacé par uu jeune physicien de Boulogne nommé Romain. Ce dernier l'avait beaucoup aidé dans la construction et les longs essais de Taérostat, et il exigea, comme récompense de ses services, de parUget les dangers de Tenlreprise.
Le 5 juin 4785, k sept heures du matin, Pil&tre dei Rosiers et Romain s'élevèrent de la côte de Boulogne. Les ballons d'essai ayant oyvert la route, un coup de canoa annonça à la ville le moment de leur départ. Les causa de la catastrophe qui leur coûta la vie sont encore enveloppées d'un certain mystère. M. de Maisonfort, qui, resté à terre, fut témoin de l'événement, en a donné l'explication suivante.
La double machine, c'est-à-dire la montgolfière surmontée de l'aérostat à gaz hydrogène, s'éleva avec une assez grande rapidité jusqu'à quatre cents mètres environ; mais arrivé à cette hauteur, on vit tout d'un coup l'aérostat à gaz hydrogène se dégonfler et retomber presque aussitôt sur la montgolfière. Celle-ci tourna trois fois sur elle-même, puis entraînée par ce poids, elle s'abattit avec une vitesse effrayante. Voici, selon M. de Maisonfort, ce qui était arrivé. Peu de minutes après leur départ, les voyageurs furent assaillis par des vents contraires, qui les rejetaient dans l'intérieur des terres. Il est probable alors que, pour descendre et chercher un courant d'air plus favorable qui les ramenât vers la mer, Pilàtre des Rosiers lira la soupape de l'aérostat à gaz hydrogène. Mais la corde attachée à cette soupape était très-longue, elle allait de la nacelle placée au-dessous de la montgolfière jusqu'au sommet de l'aérostat, et n'avait pas moins de cent pieds; aussi jouait-elle difficilement, et le frottement très-rude qu'elle occasionna déchira la soupape. L'étoffe du ballon élait fatiguée par le grand nombre d'essais préliminaiit^^
On avait fnîts ii Boulogne el par plusieurs tentatives SMrl; elle se déchira sur une étendue de plusieurs ■«, la soupape relomba dans l'intérieur du ballon, el ci se trouva vide en quelques instants. Il n'y eut
|ws, comme ou l'a dît, inflammaLiou du gaz au U de l'u Ira os pli ère ; on reconnut, après la cbutL', ft réchaud de la montgolflère a'iivail pas été allumé. Ottal, dégonflé par la perte du gaz, retomba sur la golllère, el le poids de celte masse l'entraîna aussitôt U terre.
deMaisonfurt courut vers l'endroit où l'aérostat vede s'abattre ; il trouva les deux malheureux voyageurs loppés dans les toiles, et dans la position mârnc qu'ils Ipdent au moment du départ. Piiûire était sans vie; Compagnon expira au bout de quelques minutés. Ik lleal pas inOnie dépassé It^ rivage, et étaient tombés Iduliourgde Vimille. Par une triste ironie du hasajd, tinrent expirer à l'endroit même oti Blanchard était £Im1u, non loin de la colonne monumentale élevée à ioire. Aujourd'hui les voyageurs français qui se rendent kaglelerre en traversant Calais, ne manquent pas d'alisiter, près de la forêt de Guines, le monument conâà l'expédition de Itlancbard. Ensuite on fait qi)elques
el, à une certaine dislance, le ciceione vous désigne ioïgl le point du rivage où ses émules ont expiré.
imorL de ces premiers martyrs de la science aéroslae n'arrêta pas l'élan de leurs successeurs. Dans l'an- 1785, on vil, suivant l'expression d'un savant aérouaute t écrit le Manuel de son art, M. Dupuis-DelcourI, • le w couvrir lilléraleiueul de ballons, n Toutes ces nscen- >, qui n'ont plus pour elles l'attrait de la nouveaulé, tti ne répondent b aucune intention scienlinqur, n'oft pour la plupart qu'un liiiblc intérêt. Ceçettd&wV ,\\V4.v\
mer qui s^pire l'Angleterre de l'I
tlùan^ te machine b^ltcoTde de Bl dil-i-n. avei' quelque arantape. L'Il IMimbouri: dilTéreales ascensions.
Birniin^hai» les ballons h gaz hvc Vallel conMruisirenI à Javelle, pri ,iTeo lequel le comte d'Arlois s'é c^mpusnie de personnes de tous A cette époque que l'abbé Miolan éi en compagnie du sU-ur Janinct. cet ch.insonnè par la malignité parisiei L'abbé >liolaD était un bon rel pour le pKf rês de l'aérostation i qu'éclairé. Il s'associa à un certain J un ballon k feu de cent pieds de quatre de larfc. On le destinait à < pbvsîqne, et il deraît enlever, outre net. le marquis d'Ariandes et un m din. Le dimanche 12 juillet 1784, rénandit dans les iardins du Luxe
■penser de purlir. On se vengea d'eux par des ^D as-seï médiocre poL-pourri :
Je me souviendrai du jour Du globe du Luxembourg...
y k saliété sur les lliéÂLres et dans les carrefours 'i U se chantait sur l'air : Les capucins sont dru p autre chanson sur l'air : Où alie^voia, monsieur mençaîf ainsi ;
tre ou cinq vaudevilles sur les mésaventures ilenrs de ballons. Mais la sallsrartion du public Tut comble lorsqu'un faiseur d'an.igramraes eut découle dans le nom de raMe'iVio/an, il y avait les mois
vers cette époque que se répandit à Paris la mode ,J|g[ires aéras ta tiques. Dans les jardins publics, on vit T, Il la grande joie des spectateurs, des aérostats oFitl» figure de divers personnages, le Vendangeur aéroi- IK, une IVi/mpJie, un Pégase, etc. Blanchard parcourait les coins de la France, donnant le spectacle de ses otobrables ascensions. Après avoir épuisé la curiosité MU pays, U allait porter en Amérique ce genre de specle encore, iuconnu des pupuiattons du nouveau monde : 'éleva a Philadelphie sous les yeux de Franklin.
rival Testu-Brissy marcha sur ses traces. Sa prefaile h Paris en nSo, présenta une cirice assez curieuse. 11 éiail descendu avec son ballon d'ailes et de rames, dans la plaine de Montmorency.
Si DEGOUTEETBS SGlKlITlFlQrES.
Uq grand nombre de curieux, qui étaienl accoanis,
péchèrent de repartir et saisirent le ballon parles c
qui descendaient à terre* Le propriétaire du cbai
raérostat était tombé arriva avec d'autres paysans : i
lut lui faire payer le dégât, et Ton traioa sonbalb
lescordes de sa nacelle. « Ne pouvant leur résister de
je résolus alors, dit Testu-Brissy, de leur écbapp
adresse. Je leur proposai de me conduire partoal
voudraient, en me remorquant» avec une corde. L'ai
que je fis de mes ailes brisées et devenues inutili
suada que je ne .pouvais plus m'envoler ; viogl pei
se lièrent à cette corde en la passant autour de leur
le ballon s'éleva d*une vingtaine de pieds, eljefi
Irainé vers le village. Ce fut alors que je pesai m
et, après avoir reconnu que j'avais encore beaacoa
çèreté spécifique, je coupai la corde et je pris c
mes villageois, dont les exclamations d'étonnemer
vertirent beaucoup, lorsque la corde par laq
crovaient me retenir leur tomba sur le nez. » C'est
Testu-Brissy quiexécula plus tard une ascension^
11 s éleva monté sur un cheval qu'aucun lien ne
au plateau de la nacelle. Dans cette curieuse as
Testu-Brissv put se convaincre que le sang des gn
maux s'extravase par leurs artères, et coule par
nés et les oreilles, à une hauteur à laquelle l'hom
nullement incommodé (I).
(1} M. PoiteTin a souvent exécuté ce tour de force i Paru, le cheTal était attaché au filet par un appaieil de suspens! ùtalt tont le danger et tout l'intérêt de l'eipérience. l'n ch( tùi tout aussi bien fait Taflaire.
a£kostats. 59