CHAPITRE V
Le paracbnte. ^ Machines à voler imaginées avant le xix« siède Père Lana. — Le Père Galien. — J.-B. Dante. — Le Besnler.— Le marquis de Baqueville. — L'abbé Desforgea. — Blanchard, mier essai du parachute actuel, par Sébastien Lenormand. — — Jacques Gamerin.
Tous les corps, quellçs que soient leur nature c forme, tombent dans le vide avec la même vitesse. ( souvent, dans les cours de physique, une expérien démontre clairement ce fait. Dans un tube de ve
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en donnant à la surface d'un corps tombant au mil l'air un développement suffisant, on peut ralentir à s la rapidité de sa chute; selon la plupart des physici< développement de surface de cinq mètres suffit pour très-lente la descente d'un poids de cent kilogramm
C'est sur ces deux principes qu'est fondée la const de l'appareil connu sous le nom ûe parachute. Pour plus de sécurité aux ascensions, on a eu l'idée de i dre au-dessous des aérostats un de ces instrumei tinés à devenir, dans les cas périlleux, un moyen vetage. Si, par un événement quelconque, le ballon plus les garanties suffisantes de sécurité, Taéronaul dans la petite nacelle du parachute coupe la corde tient ce dernier; débarrassé de ce poids, l'aérostat i dans les régions supérieures, le parachute se dével ramène à terre la nacelle par une chute douce et m
Quelque simple que nous paraisse la disposition rachule, ce n'est cependant qu'après de longs ess l'on est parvenu à le construire. Cet instrument est le résultat, un peu éloigné peut-être, mais au moir sultat immédiat des recherches si nombreuses qui faites, pendant le dix-septième et le dix-huitième pour créer des machines réalisant le wl aérien.
Personne n'ignore qu'à la fin du dix-septième et i mencemenl du dix-huitième siècle, les géomètres occupés de la possibilité de faire élever dans les ai rentes machines capables de porter des homme sorte de passe-temps scientifique était fort à la mod époque. Il ne sera pas sans intérêt de rappeler T de ces diverses tentatives, qui, si elles n'ont ex( cune influence sur la découverte des aérostats, < cependant amener plus tard la création du parach
En 1670, le père Lana, jésuite, a consacré le qu chapitre de son Prodromo nll'arte maèstray à dé
I devait être à iiiAls pt ù voiles. M porlajl h
la i»roiic àcax monlaiils de bois siirnionlés ch r extrémité, de deox globes de cuivre. L'nule • i\ Ton cba.ssc l'air conlcnii dnns ces boules de
si l'on y fait Je vide, pour employer le langage hui, ces globes, étant devenus plus légers que innant, s'élèveront dans l'atmosphère et entrai- 'aisseau. Nous n'avons pas besoin de montrer l'illusoire une idée semblable. D'ailleurs II ic le père Lana propose pour chasser l'air di [^uivre sont dépourvus de bon sens.
î religieux, le père fialien, d'Avignon, a écrite n petit livre sur Vart de naviguer dans les airs. A le la découverte des aérostats, quelques pcrsoU' idirdntque les Mres Monigolfier avaient puisé re oublié du père Galien le principe de leur di Les iuvenleurs diJdaignércnt de combattre L'ouvrage du père lialien n'est, en eiïet. qu'i
d'esprit, une sorte de rSverie qui serait ante si l'auteur n'avait voulu appuyer sur d< des calculs les Tantaisies de son imagination. Galien suppose que l'atmosphère est partage louches superposées, de plus en plus légéi l'on s'éloigne de la terre. « Or, dit-il, un b.ili nt sur Teau, parce qu'il est plein d'air, et qi is léger que l'eau. Supposons donc qu'il y ait érence de poids entre les couches supérieures
inrérieures qu'entre l'air et l'eau; supposoi ateau qui aurait sa quille dans l'air supérieur, daus une autre couclie plus légère, il arriver Ift même chose qu'A celui qui plonge dans l'eau.
G.ilien ajoute qu'd la rrgio» de la grêle, ily adai éparslion en deux couches, dont l'une pèse
it y'pènéUvnutt et iSi
la région de Ugr^;.!
narire, l'air plus pesant y breratti
Gomment arrive-t-on à transporter le vai région de la grâle? Le père Galien ne s'ei cette question, qui aarait son importance; i nous donne des détails très-circonstanciés si construction de son navire, a Le vaisseau, dii long et plus lai^e que la ville d'Avignon, et : semblerait k celle d'une montagne bien coi seul de ses côtés contiendrait un million de : car 1000 e&t la racine carrée d'un million. Il i égaux, puisque nons lui donnons une figure i supposons aussi qu'il fût couvert; car, s'il n ne faudrait avoir égard qn'h cinqde ses côtés combien pèserait le corps de tout le vaisseau ment de sa cargaison, en lui donnant den pesanteur par toise carrée.~ Ayant donc ûz c chaque partie étant de 1 000 000 de toiseï chacune pesant deux quintaux, il s'ensuit on
OîKtioiTihte pesanteur. Comment poiura-l-il s'y soûle "f eUratuporlcr avec cela udc nombreuse armée, loi taaltiniil (le ^erre et ses provisions de bouche. Jusqu'à) •3* le plus éIoigné?G'cst ce que nous allons examiner. 1 ^. KoDs ne suivrons pas le père Galien au milieu de la fan-^ ^■iiie il« ses calculs Imaginaires. Tout cela n'esl g^^fee de rêve philosophique. Ce qui prouve que le pèw ^**lten, en donnant son Traité sur l'art de naviguer dans ta ■'•^n'ajamaisppflendu écrire, comme on l'adil, un ouvragi ^^Vicux, c'est qa'il s'exprime de la manière suivante, dani a avertissement en tête de son livre : » Quant h la consd]'!
met ult<!ricure de pouvoir naviguer dans l'air, à la hatu Ur de la région de lagrfile.jV ne pense pas que cela e. tmais fx-rsotute aux frais et aux dangers d'une telle nauiyaS *'Ê«ii;il n'est question ici que d'une simple théorie s |k«KBibil>li^, et je ne la propose, cetle Ihâorie, que par miw ^Sère de récréation physique et géométrique. »
Ce û'esl pas seulement par des calculs plus ou moins sé-^ •^eux C[uc l'on a essayé de résoudre le problème du vol *Ôi<îD. Depuis le seizième siècle on compte uu grand •Sooilire de mécaniciens qui ont essayé de consiruire des ^pp«rcil9 de.ilinés à imiter le vol des oiseaux, et heaucouUn d'ealre eux ii'oot pas hésité à confier leur vie aujeudecea ■ïMchines.
Jean-Baptiste Dante, habile mathématicien, qui 1 ï**ninse vers la fin du quinzième siècle, construisit d^ ^es nrlillcielles qui, appliquées au corps de rhomm^J 'ui pernicllaicnl, a-l-on dit, de s'élever dans les airs ^■lon l'abbé Mouger, qui lut il l'Académie de Lyonj le 1 1 mai 1773, un Mémoire sur le vol aérien, J. B, Dantfl ttuniit Tait plusieurs fois l'essai de son appareil sur le lof ' «le Tnsiiiiène. Mais ces expériences eurent nm lri»(e fin. Le jour de la célébmlion -Iti mariage de Hartbéleiny d'Alviaue. Danle voulut donner et sv'^cvatVtïi.Vi'
ville de Pérouse: il s'éleva très-haut, dit l'abbé et vola par-dessus la place ; mais le fer avec lequ geait une de ses ailes s'étant brisé, il tomba si de Notre-Dame et se cassa la cuisse.
Selon le môme écrivain, un accident sembla arrivé précédemment à un savant bénédictin ' Olivier de Malmesbury. Ce bénédictin passait babiie dans l'art de prédire l'avenir ; cependant point deviner le sort qui l'attendait. Il fabriqua d'après la description qu'Ovide nous a laissée de Dédale, les attacha à ses bras et à ses pieds, et s haut d'une tour. Mais ses ailes le soutinrent à ] pace de cent vingt pas ; il tomba au pied de I cassa les jambes, et traîna depuis ce moment ui guissante. Il se consolait néanmoins de sa di; affirmant que son entreprise aurait cerlàincm< s'il avait eu la précaution de se munir d'une quei Pendant l'année 1768^ un mécanicien nomm nier, originaire de la province du Maine, fit à verses expériences d'une machine à voler. Vu dont il se servait était composé de quatre aile de taffetas, brisées en leur milieu, et pouvant se mouvoir à l'aide d'une charnière^ comme u fenêtre. Ces ailes étaient fixées sur ses épaules faisait mouvoir alternativement au moyen des des mains. Le Besnier ne prétendait pas s'élève ni planer longtemps en l'air, mais il assur partant d'un lieu médiocrement élevé, il pourrai porter aisément d'un endroit à un autre, de : franchir, par exemple, un bois ou une riviOre. I des savants du 13 septembre 1678 assure que Le usage de ses ailes avec un certain succès, et qu'i qui en acheta une paire à l'inventeur s'en servi sèment à la foire de Gvûbva^.
Jt n'en tal pas de mtïme d'un certain IlernoD, r|iii, !i Fnncrort, se cassa le cou en essayaot de voter. 1 Dans son petit ouvrage sur /m ballons, M. Julien Turgmi inpporle un Tait intéressant qui se serait pa!>sé h Lisbonne rta 4736. 11 Dans une expiîrience publique l'aile à Lisbonne ta 1736, en présence du roi Jean V, un certain Gustnan. ■faysicien portugais, s'iîlevn, ditM.Turgan, dans an panirr IfoiHr recouvert de papier, l/n brasier était allvmf ion» In WÊachine; mais, arrivt^e t In hauteur des loils, elle se hcurla -contre la corniche du palais royal, se brisa et tomba. Toullelbix la chutf eut lieu assez doucement pour que Tnisman demeurSt sntn et sauf. Les spectateurs, enthou^iasmi'-s, lui décernèrent le titre à'ovador (l'homme voIant|. Encouragé [nrce demi-succès, il s'apprêtait à réitérer l'épreuve, lors^ qnc rinqu'rsition le fit arrêter comme sorcier. Le malheureux aéi-oiiaute Fut jeté dans un in-poce, à'oit il serait sorti pour monliir sur le bitclier sans l'interveulion du roi. a
A une époque plus rapprochée de la ndlre, le marquisde Baqueville eut àParis un Kort à peu prés semblable. Il avait construit d'énormes ailes pareilles à celles qu'on donni' mx anges; il annont^ qu'il traverserait la Seine en volant, et viendrait s'abattre dans le jardin des Tuileries. L'iiâlt-I da marquis de Baqueville était situé sur le quai desThéullnit, au coin de la rue des Sninis-Përes. Il s'élança de sa fenêtre et s'abandonna à l'air. Il parait que dans les premiers instants sonvol rut assez heureux; mais lorsqu'il fol parvenu au milieu de la Seine, ses mouvemenls devinretil ÎDcerlains, et il Unit par lonibcr sur un bateau de blanchirteuses; le volume de ses ailes amortit tin peu la chulc : il «nful quille puur une cuisse ca^isée.
La tradition rapporte que sous Louis XIV, un danseur lie corde uoniiiié Alard annonça qu'il Ferait devant le roi, à Salnl-lermain, une C-tpérience de vol aérien. Il devait de la terrasse, et se rendre, pur la voie de l'air.
7 0 DECOOVERtKS SCIENTIFIQUES.
jusque dans le bois du Vésinet. Il paraU qu'il se servait d'une sorte de pales ou plans inclinés à l'aide desquels il comptait s'abaisser doucement vers la terre. Il partit, mais l'appareil répondant mal aux vues de sa construction, le maladroit Dédale tomba au pied de la terrasse et se blessa dangereusement.
£n 1772, l'abbé Desforges, chanoine à Étampes, fit publier, par la voie des journaux, l'annonce de l'expérience publique d'une voiture volante de son invention. Au jour indi(}ué, un grand nombre de curieux répondirent à cet appel. On trouva le chanoine installé avec sa voiture sur la vieille tour de Guitel. Sa machine était une sorte de nacelle munie de grandes ailes à charnières. Elle était longue de sept pieds et large de trois et demi. Selon l'inventeur, tout avait été prévu; la gondole, qui pouvait au besoin servir de bateau, devait faire trente lieues à rheurc; ni les vents, ni la pluie^ ni l'orage, ne devaient arrêter son essor. Le chanoine entra dans sa voiture, et lemomentdu départ étant venu, il déploya ses.ailes, qui furent mises en mouvenient avec une grande vitesse. « Mais, dit un témoin oculaire, plus il les agitait, plus sa machine semblait presser la terre et vouloir s'identifier avec elle. »
La dernière machine du genre de celles qui nous occupent, est le bateau vo/anr dont Blanchard, en 1782, faisait l'exhibition dans la rue Taranne. Malgré toutes ses annonces et ses promesses, il ne put rien obtenir de sérieux.
Le mauvais résultat des nombreux essais entrepris pendant le dernier siècle, pour construire des mtichines aériennes, fit abandonner toutes ces vaines recherches. Si le succès eût couronné d'aussi puériles tentatives, on aurait obtenu une machine pouvant peut-être satisfain* quelques instants la curiosité publique, mais incapable, en fin de compte, de répondre à aucun objet d'application sérieuse. D'ailleurs le géomètre Lalande démontra Tini-
fi lie mi^sir ifatiii les rcfhori-lirs de re genre, IctlrB adressée, en 1783. an Jourtinl des samnl$, prriuva malhi^iiialiquemeQl que pour élever cl K>utenii- un lionime dans lus nirs, sans aulte ]iiiiqI d'appui |uc lui-uiCnie, il faudrait le munir de deux ailes de cent quatre-vingts pieds de long el d'aulant de large, c'est-ùdire de la dimension des voiles d'un vaisseau, masse évidemment impossible ii sotilenîr el ii inunŒuvrer avec les ulen forces d'im homme.
Le* recliercliea relatives à la construction des machines k voler ébiieiil donc à peu près oubliées, lorsque la décoiiv»rle des aérostats vint ramener l'atlenlioQ bur elles, cl rendre quelque valeur au petit nombre de résultais pratiquas ([u'elltfs avaient mis en lumière. On se proposa de Blunir le voyageur aéronaule d'un appai-eil prnpir ù favo- Mcr sa descente dans les cas périlleux ou etnbarrassnnls, «t ce problème fui iisscz facilement riîsolu, grftcc anx «kittuées fournies par les expériences anli^neures concerudL le vol aérien.
Le physicien qui a le pi-emier mis en pratique le principe sur lequel esl fondé le parachute actuel, est Sébastien Lenorrnand, qui devint plus lard professeur de technologie au Conservatoire des arts et métiei-s de Paris. C'est à Monlpellier qu'il fil, en 178.1, sa première Bxpériencc. Lenor- Bund avait lu dans quelques relations de voyage, que, dans rartains pays, des esclaves, pour amuser leur roi, se Ubseol tomber, muuis d'un piirasol, d'une asscï grande hmleur, sans se faire de mal, ]>arce qu'ils sont retenus par UeiMiche d'air comprimée par le parasol. Il lui vint k l'espril de répéter lui-même cette expérience, el le 38 nnvemlire 17S3, il se laissa aller de la haiileur d'un |u-eniier étase, leuaDl de chaque main iin parasol de trente pouces ; lescxlrémilés des baleines de ces parusiils Htiiient rallarhée» nu manche par des Ucelle&, alln que la ndonne d'air
ne les fil pas rebrousser en arrière. La chute lui parut insensible. En faisant cette expérieoce, Lenormand futaperça par un curieux qui en rendit compte à l'abbé BertholoD, alors professeur de physique à Montpellier. Ce dernier ayant demandé à Lenormand quelques explications à ce sujet, Lenormand lui offrit de répéter devant lui Texpérience, en faisant tomber de cette manière différents animaux du haut de la tour de l'observatoire de Montpellier. Ils firent ensemble ce nouvel essai. Lenormand disposa un parasol de trente pouces, comme il l'avait tait la première fois, et il attacha au bout du manche divers animaux dont la grosseur et le poids étaient proportionnés au diamètre du parasol. Les animaux touchèrent la terre sans éproover la moindre secousse. D'après cette expérience, dit Lenormand, je calculai la grandeur du parasol capable de garantir d'une chute, et je trouvai qu'un diamètre de quatorze pieds suffisait, en supposant que l'homme et le parachute n'excèdent pas le poids de deux cents livres; et qu*avec ce parachute, un homme peut se laisser tomber de la hauteur des nuages sans risquer de se faire de mal... Ce fut pendant la tenue des états du ci-devant Languedoc, c'est-à-dire vers la fin de décembre 4783, que je fis cette expérience. Le citoyen Montgolfier était alors à Montpellier; il fut témoin de quelques-unes de ces expériences; il approuva beaucoup le nom de parachute que je donnai à ces machines, et proposa d'y faire quelques changements (1). » Peu de temps après, Blanchard, dans ses ascensions publiques, répétait sous 'les yeux des Parisiens et comme objet de divertissement, Texpérience exécutée par Lenormand du haut de la tour de l'observatoire de Montpellier. H attachait à un vaste parasol divers animaux qu'il lançait du haut de son ballon et qui arrivaient à terre sans le rooin*
(I) Anna /et (le physique ef de chimie, U XXXYI, page 97.
tv mal. Mais, bien que ces expt^riences eussent toujours
liMsi, Blanchard n'eut Jamais la pensée de les exécuter
li-mérup, ni de recliercher si le paroctiute développé et
ranHi pourrait devenir pour l'aéronaute un moyen de
meUge.
Cette pensée audacieuse s'olfVit pour la première fois à
SSprit de deux prisonniers.
Jacques Garnerin, qui devint plus tard IVmuleetlerii1 heureux de Blanchard, avait été témoin, à Paris, des ipériences que ce dernier exécutait avec différents ani- Itux qu'il faisait descendre en parachute du haut de son nllrin. Envoyé en 1793 à l'armée du .Nord, comme comiwsaîre de la convention, Garnerîn fut fuit prisonnier MO» un combat d'avant-postes k Marchiennes, Pendant le tkir de la lont;ue captivité qu'il subit en Hongrie dans N prisons de Bude. l'expérience de Blancbnrd lui revint m mémoire, et il résolut de la mettre à profit pour rccourer »» liberté. Mais il ne put réussir h cacher les préparait de »a fuite; on s'empara des pièces qu'il eomraeuçail I disposer, et il dut renoncer h mettre son projet à K^iiliou.
Un autre prisonnier poussa plus loin la tentative; ce lut Iruoel, le nmllre dv poste de Sainte-Menehoiild, qui avait iTfité Louis XVI pendant sa fuite à Varennes.
Dnmel avait été nommé par le département de la Marne D«nibre de la Convention. En 1793, il fut envoyé comme «fomissaire à l'armée du Nord , et il se trouvait à Iiabeiige lors du blocus de cette ville par les Autrichiens. Mgnant de tomber au pouvoir des assiégeants, il se déida à revenir à Paris et partit pendant la nuit avec une Bcorte de dragons. Mais son cheval s'élanl abattu, il fut gi» par les Autrichiens, qui l'emmenèrent prisonnier il tmxelles, puis h Luxembourg. Lorsque les alliés atiaudoiipièrcnt les Paja-llais, en l7'Jt, ils transportèrent Iironel à
80 DÉCOUVERTES SdEHriFlQUES.
la forteresse de Spielberg, en Moravie, et c'est là qu'inspiré par le souvenir des expériences de Blanchard, il essaya de s'échapper à Taide d'une sorte de parachute. Il fabriqua avec les rideaux de son lit une sorte de vaste parasol, ei réussit à cacher son travail aux soldats qui le gardaient La nuit étant venue, il se laissa aller du haut de la citadelle; mais il se cassa le pied en tombant, et fut ramené dans sa prison, d'où il ne sortit qu'un an après- pour dire échangé, avec quelques autres représentants du peuple, contre la fille de Louis XVl,
Rendu à la liberté en 1797, Jacques Garnerin en profila pour mettre à exécution le projet qu'il avait conçu dans les prisons de Bude. Il voulut reconnaître si le parachute, avec les dimensions et la forme qu'il avait calculées, ue pourrait pas être utile comme moyen de sauvetage dans les voyages aérostaliques. Il exécuta celle courageuse expérience le 22 octobre 1797.
A cinq heures du soir, Jacques Garnerin s'éleva du parc de Monceaux. La petite nacelle dans laquelle il s'était placé était surmontée d'un parachute replié, suspendu lui-môme à l'aérostat. L'afûuence des curieux était considérable, un morne silence régnait dans la foule, l'inlérét et l'inquiétude étaient peints sur tous les visages. Lorsquli eut dépassé la hauteur de mille mètres, on le vit couper la corde qui rattachait le parachute à son ballon. Ce dernier s'éleva et se perdit dans les nues^ tandis que la nacelle et le parachute étaient précipités vers la terre avec une prodigieuse vitesse. L'instrument s'étant développé, la vitesse de la chute fui très-amoindrie. Mais la nacelle faisait des oscillations énormes qui résultaient de ce que Tair accumulé au-dessous du parachute et ne rencontrant pas d'issue, s'échappait tantôt par un bord, tantôt par un autre, et provoquait des oscillations et des secousses cFfrayantes. Vn cri d'épouvante s'échappa du sein de U
ifosicurs rcRiDics s'fvaiiouirenl. Heiircuseinenl on eut à déplorer aucun accident fAcbeux. Arrivée Ix terre.
oacellu hcurla fortemcul le sol, mais ce choc n'eut poinl ïfwire fiiiit-sle. (iarnerin moala aussilAtà clieval els'em-
usa de revenir au parc de Monceaux pour rassurer ses
ÛG Gt recevoir les Télici talions que niérilail son courage, '•ttronooic Lalande, son ami, s'empressa d'aller annonce succès k rioslilut, qui se trouvait assemblé, et In
ivelle ftit reçue avec un intérêt «xlrf me. Il sera peut- Ite inléressjinl de lire ici la narralion de cette belle e.\]t<''-
îDce, donnée par Garneria lui-niême dans le Juurnul île
On ne saiirait croire, dit Garncrln, tous les i>b»lnclcï iiu'il
fallut vaincre (mur arriver A l'eipiirience du parsi;l>ule qitr!
■i bile le I" du ce mois, au parc de Monceaux. J'ai éli! oliligé
~ toiutruire mon ;iaracliulc en deux jours cl deux nuits. Pour
rie paractiule Tiil prêt le joui* {nttiijuc, je Tus non-seulemrnl
llntnt lie renuiicer aux projets de prêcaulion que cammandail Inudcnce dans un essai de celle importance, mai^ je tm encore fBfi de supprimer ticuucoup des agrès iiécfssuires à nia
iMé 1,0 I" hruniaire, jour indiqué pour l'eipérieiice,
Î^IVU*iii encort! d'autres cmdre-temp». A deui heures, ji- n'avais Wencoru re^uunc goul te d'acide >uiruni]uo pour olitcnir legnz iflunmable propre à remplir mon aéroslat. l/upi'ration com' ^COga plus lard ; un vent violent conlrariait les manœuvres ; h utlre heures et demie, je doutais encore que mon luillon pât iftnlever avant latmil. I.e ballon d'essai qui devait lu'indiiiuer I Arecltun que J'hUbis suivre manqua ; en suspendant le paruhttlttliu tiallon, le lu^au qui lui SLTvaîI de manche se rompit, Ikcvrcle qiU le tenait se cassa. Mal|;ré tous ces accidents, je iftit, cniporlanl aveu moi cent livres de lest, dont je jetai suilMnent le quart dans l'enceinte même, pour Tranchir les arbres ir hminels je craignais d'être porté par le vent, Je dépassai ^pidami'nt lu hauteur de Lruis cents toise», d'oti j'avais promis
me pnîcipiliT avec mon parachute.
■ Jti fus [xirtiS sur la plaine de Monceaux, qui me parut tri-sivornble pour consommer l'cxpÉrience aux jenx des ïpi:x:tii- Aller pins loin, c'riil éid en diminuer le mérite pour eu*;.
82 DÉCOUVERTES SCIEHTTFKHJEF.
ci c'était prolonger trop longtemps leur inquiétude sur roent. Tout combiné, je prends mon couteau et je ti corde fatale au-dessus de ma tète. Le ballon fit explosio champ, et le parachute se déploya en prenant un me d'oscillation qui lui fut communiqué par l'effort que coupant la corde, ce qui effraya beaucoup le public.
« Bientôt j'entendis l*air retentir de cris perçants. J*] ralentir ma descente en me débarrassant d'un lest de qui restait dans ma nacelle; mais j'en fus empêché pari que les sacs qui le contenaient ne tombassent sur la curieux que je voyais au-dessous de moi. L*enveloppe < arriva à terre longtemps avant moi.
« Je descendis enGn sans accident dans la plaine ceaux où je fus embrassé^ caressé, porté, froissé ei étouffé par une multitude immense qui se pressait t moi.
u Tel fut le résultat de l'expérience du parachute conçus l'idée dans mon cachot de la forteresse de Budc grie^ où les Autrichiens m'ont retenu comme otage et p dÉlat.
« Je laisse aux témoins de cette scène le soin de déc pression que fit sur les spectateurs le moment de ma si du ballon et de ma descente en parachute; il faut cr l'intérêt fut bien vif, car on m'a rapporté que les lari laient de tous les yeux, et que des dames, aussi inté par leurs cliarmes que par leur sensibilité, étaient évanouies. »
Dès sa seconde ascension, Garnerin apporta a chute un perfectionnement indispensable qui lu toutes les conditions nécessaires de sécurité. Il | au sommet une ouverture circulaire surmontée d'i de i mètre de hauteur. L'air accumulé dans la e du parachute s'échappe par cet orifice, et de c< nière, sans nuire aucunement à l'effet de Tappi évite ces oscillations qui avaient fait courir à Gari si grand danger.
Le parachute dont on se sert aujourd'hui est li appareil que Garnerin a construit et employé c
ïsl une sorte de vaste pnrasoi de cinq mëUes de rayon, mé de Irenle-six fuseaux de lafTetas, cousus (ensemble et mis, au sommet, à une rondelle de bois. Quatre cordes rUnl de cette rondelle, soutîenueat la nacelle ou pIulAt corbeille d'osier dans laquelle se place l'aéronaute ; tnle-six peliles cordes, fixées aux bords du parasol, vienm s'attacher à la corbeille ; elles sont destinées à l'em- :hcr de se rebrousser par l'effort de l'air. La distance
la corbeille au sommet de l'appareil esl d'enviroa dix Stres. Lors de l'ascension, l'appareil esl fermé, miiis llemcnt aux trois quarts environ; un cercle de bois lér d'un ml^t^e et demi de rayoo, concentrique au paraule, le raainlient un peu ouvert, de manière à favoriser,
moment de la descenle, l'ouverlurc et le développe- >Rt de la machine par l'effet de la résistance de l'air. Au nniet se trouve pratiquée une ouverture qui permet & ir comprimé de s'échapper rapidement sans nuire à sa iistance qui modère la vitesse de la descente. Le parachute qui avait été inventé par Garnerîn, pour Wr à l'aéronaute un moyen de sauvetage, n'a cependant nais répondu à celte inlcnlion. Il n'exisle pas un seul cas ns lequel on se soit servi du parachute pour terminer iB aseension périlleuse. Il esl, en effel, assez difficile de mprendre comment on pourrait, au milieu des airs, «cendre de la nacelle du ballon, dans la petite corbeille ïftîer pincée sous le parachute, cl qui se trouve suspente & la nacelle par une simple corde. Cet appareil n'a mcjamaisservi qu'à donner au public le spectacle émount et extraordinaire d'un homme se précipitant dans :>])ace à une prodigieuse baulcur. C'esl ainsi (pie Jacques; krncrin, Ëlisa Garneriii, sa nièce, madame Blanchard,
de nos jours l*oilevin eL 'jodard, leurs coura^^eux ému- B, ont montré si souvent à Paris le spcclacle toujours tiiveau cl toujours admiré de leur descente nu milieu
8 4 DÉGOUYERTES SCIENTinOBES.
des airs. Aucun événement f%cheux n*a signalé ces belles et courageuses expériences. Si dans une seule occasion elles ont eu une issue funeste, .on ne doit l'attribuer qu'à l'imprévoyance et à l'ignorance de l'opérateor : nous voulons parler de la mort de M. Cocking.
Mr Cocking était un amateur anglais qui s'était mis en tôte de créer un nouveau parachute. M. Green, qu'il avait accompagné dans quelques ascensions, eut le tort d'ajouter foi à sa prétendue découverte, et le tort plus grand encore de se prêter à l'expérience. Il était cependant bien facile de comprendre par avance que le projet de M. Cocking était tout simplement une folie. Voici, eu eCTet, la disposition qu'il avait imaginée. Le parachute employé par les aéronautes est un véritable parasol, dont la concavité regarde la terre ; en tombant il pèse sur l'air atmosphérique et s'appuie dès loi*s sur un support résistant. M. Cocking prenait le contre-pied de celte disposition ; il renversait le parasol dont )a concavité regardait le ciel ; c'était une disposition merveilleusement choisie pour précipiter la chute au lieu de la retarder. L'événement ne le prouva que trop. Dans une ascension faite au Wauxhall de Londres, le 27 septembre J83G, M. Green s'était embarqué, tenant M. Cocking et son déplorable appareil suspendus par une corde à la nacelle de son ballon. Parvenu à une hauteur de douze cents mètres, M. Green coupa la corde, et il dut considérer avec terreur la chute épouvantable du malheureux qu'il venait de lancer dans l'éternité. En une minute et demie, l'aéronaute fui précipité à terre, d'où on le releva sans vie.
MUull
WtMl
AEROSTATS.