CHAPITRE VI
illon dci lérotUU auK cr.iences. — Voyage scientirique de Ho- Saccliarotr, — Voyage de HH. Itlat et Gay-LiuBau ) — ttc ■M. Banal et Uiilo.
Un temps considérable s'était écoulé depuis l'inveqtion les kénistats, et les scienceti n'en avaient encore retiré ucao proQt. Aussi l'enthousiasme qui avait d'abord acneiUi cette découverte avait-il fnit place à une indilTéfeoee et à an découragement extrêmes; on fondait si peu l'espoir sur l'application des aérostats aux sciences phyiqnes, que vingt .ins se passèrent sans amcuer une seule ftntslire dans celte vois. Ce n'est, en effet, qu'en \Wt'J r|ue l'aecoaiplit ta première nscenslon exécutée dans la vue
'étudier certains points de l'histoire de notre ^lube : le ihyucicn Hoberlson en Tut le héros.
Tbut Paris a vu, sous l'Empire et sous la Itestaurution,
physicien Itobcrtson montrant dans la rue de la Paix, à Lucien couvent des Capucines, son cabinet de Tanlusmaic. Les débuts de sa carrière avaient âté plus brillants. lamaud d'ori);ine, Robertsou passa k Liège, lieu de sa
Jssancc, la première partie d« sa jeunesse. Il se dispo-
it h entrer dans les ordres, et s'occupait à Louvain des turles relatives à sa profession future, lorsque les événe-
leot» de la révolution française le détournèrent de ce irujet. Il vint à Paris et se consacra It l'étude des sciences bj-siques. Il s'est vanté d'avoir iail connaître le premier n France les travaux de Volta sur l'électricité. Tout ce l'on peut dire, c'est que, lorsque Volta vint à Paris ixposer SCS découvertes, Rubcrison raccompnKiiait auprès
80 DÉCOUVEBTKS SGIBIITin(KTKS.
(les savants de la capitale^ et avait avec lui des relations quotidiennes. Reu de temps après» Robertson obtint au concours la place de professeur de physique au collège du département de l'Ourthe, qui faisait alors partie de la France. Mais son esprit aventureux et inquiet s'accommodait mal de la rigueur des règles de la maison : il abandonna sa place et revint à Paris. Après avoir essayé inutilement de diverses carrières, excité par les succès de nianchard, il embrassa la profession d'aéronaule. Ses connaissances assez étendues en physique lui devinrent d'un grand secours dans cette carrière nouvelle ; elles lai donnèrent les moyens d'exécuter la première ascension que Ton ait faite dans un intérêt véritablement scientifique.
Le beau voyage que Robertson exécuta à Hambourg, le 18 juillet 4803, avec son compatriote Lhoest, fit beaucoup de bruit en Europe. Les aéronautes demeurèrent cinq heures et demie dans Tair, et descendirent à vingt-cinq lieues de leur point de départ. Ils s'élevèrent jusqu'à la la hauteur de 7,400 mètres, et se livrèrent à différentes opérations de physique. Entre autres faits, ils crurent reconnaître qu'à une hauteur considérable dans l'atmosphère, les phénomènes du magnétisme terrestre perdent sensiblement de leur intensité, et qu'à cette élévation Taiguille aimantée oscille avec plus de lenteur qu'à la surface de la terre, phénomène qui indiquerait, s'il est vrai, un anaiblisseraenl dans les propriétés magnétiques de noire globe à mesure que l'on s'élève dans les régions supérieures.
Robertson nous a laissé un exposé assez étendu de son ascension ; nous rapporterons quelques parties de son récit.
« Je partis^ dit-il, h neuf heures du matin, accompagné de
M. Lhoest, mon condisciple et compatriote français, rtahli dan<
AKBOSTATS, 87
|Ccllc villu ; nous avions UO livres de lest. Le baromctri.' niar- Ji|U3i( SS iMtuws, le Ihermomëlre de R^aiimur 16». Maigrie un Âiblefenldunoi-d-oucsl,raérogtatnK)nIasiperpen(liculaircmcnl ^t si haut, ([uc dans toules les me» diacun crojail l'avoir à son a&oith. Pour accélérer noire élé v ati on, jl^ de tachai un parachute de soie d'une forme parabolique, et ayant dans sa périphcric des eues dont le bul élail d'éviter les oscillalions. L'animal qu'il soulentùt, enfermé dam une corbeille, descendit avec une lenteur de deux pieds par seconde, et d'une manière presque uniforme. Dès l'instant oh le baromËtre commeiiça à descendre, nous ménafeimes noire lest avec beaucoup de prudence, afm d'éprouver
Kune manière moins Ben^ible les difTérenles températures par cqaelles nous allions passer.
■ A dix heuresquinte minutes, le baromètre élail II 19 pouces rt le thermomètre à 3 degrés au-dessus de zéro. Sentant urivcr graduellement toutes les incommodités d'un air raréGé, nous OUnmenïilnies à disposer quelques expériences sur l'électricité
atmosphérique L'électricité des nuages que j'ai obtenue
troi* fois a toujours été vitrée.
• Nous ^l^mtis souvent détournés dans ces difTérents essais par la surveillance qu'il fallait accorder à l'aérostat, dont le talTelas sedistendaitavecviolcnce, quoique l'appendice rât ouvert ;leg3i en Mrlail en sifflant et devenait visible en passant dann une atmosphère plus froide; nous fûmes même obligés, crainled'enl^oaion, de donner deux issues au gaz hydrogène en ouvrant la soupape. Comme il restait encore beaucoup de lest, je proposai i mon compagnon de mouler encore : aussi zélé et plus robuste que moi, il m'en témoigna le plus grand désir,quoiqu'ilseti-ouvit Toft incommodé. Nous jetâmes du lest pendant quelque temps; Uenldt le baromètre indiquaun mouvement progressif; enfin, le froid augmenta, et nous ne tardâmes pas A le voir descendre ' avec une extrême lenteur. Pendant lesdiiïérents essais dont nous nous occupions, nous éprouvions une atixi<!té, un malaise général ; le bourdonnement d'oreilles dont nous soucions depuis longtemps augmenlait d'autant plus que le baromètre dépassait le* 13 ponces. La douleur que nous éprouvions avait quelque 1 chose de semblable k celle que l'on ressent lorsque l'on plonge I ta tète dans l'eau. Nos poitrines paraissaient dilatées et manquaienl de ressort; mou pouU élail précipité. Celui de H. Lhocsl l'était moins; il avait, ainsi que moi, les lèvres grosses, Us jeux saignants; tontes les veines étalent anondies et se dessi-
88 DECOUVERTES SaSHrVlQUES.
naient en relief sur mes mains. Le sang se portait tellement à la lôte; qu'il me fit remarquer que son chapeau lui paraissait trop étroit. Le froid augmenta d*une manière sensible; le Uiermomètrc descendit assez brusquement jusqu'à 2 degrés et vint se fixer à 5 degrés et demi au-dessous de la glace, tandis que le baromètre était à 12 pouces 4/100. A peine me trouvai-je dans cette atmosphère, que le malaise augmenta; j'étais dans une a[)athie morale et physique : nous pouvions à peine nom défendre d'un assoupissement que nous redoutions comme la mort. Me défiant de mes forces^ et craignant que mon compagnon de vuyagc ne succombât au sommeil, j'avais attaché une corde à ma cuisse, ainsi qu'à la sienne; l'extrémité de cette corde pa&sail dans nos mains. C'est dans cet état, peu'propre à des expériences délicates, qu'il fallut commencer les observations que je me pioposais. »
Ici llobcrtson donne le détail des expériences qu'il fit sur l'électricité et le magnétisme. A la hauteur qu'il occupait dans Tatmosphère, les phénomènes de rélectricité statique lui paraissaient sensiblement affaiblis; le verre, le soufre et la cire d'Espagne ne s'électrisaient que très-faiblement par le frotteaient. La pile de Volta fonctionnait avec moins d'énergie qu'à la surface de la terre. En même temps il crut reconnaître que les oscillations de raiguillc aimantée diminuaient d'intensité, ce qui l'amena à admettre raffaiblisscment du magnétisme terrestre à mesure que l'on s'élève dans les hautes régions de l'air. Nous ne rapporterons pas ces expériences, car nous les trouverons bientôt réfutées et expliquées par M. Biot.
a A onze heures et demie^ continue Robertson, le ballon n*était plus visible pour la ville de Hambourg, du moins personne ne nous a assuré nous avoir observés à cette heure-là. Le ciel était si pur sous nos pieds, que tous les objets se peignaient à nos yeux dans un diamètre de plus de viugl-cinq lieues avec la plus grande précision, mais dans la proportion de la plus petite miniatun^ A onze heures vingt-cin({ minutes, la ville de Hambourg ne paraissait plus que comme un point rouge à nos yeux; l'Elbe se dessi-
AÉBOSTATS, S 9
lait en blanc, comme un ruban tri^s-élroil.ie voulus faire u^acf
lunette de Dollon ; mais ce rpii me mipril. c'esl qu'en la
cnant, je la trouvais! Troide que je Tus obligi^de l'envctopper
mouchoir pour la maintenir. Lorsque nous étions h
lire plus grande élévation, il s'éleva du côté du l'est queUiues
liages sous nos pieds, muis à une distance telle, que mon ami
rnl que c'était un incendie de quelque ville. La lumière, étant
iSÎEremment réiléchie par les nuages que sur la terre, leur
lit prendre de« Tormea arrondies, et leur donne une couleur
' iDChâtre et éblouissante comme la neige; beaucoup d'ubjcls
I que des habilalions, des lacs ou des bois, nous paraissaient
eon cavités.
« 7ie pouvant supporlei aussi longtemps que nous l'aurions
' iré la position pénible où nous nous trouvions, nous descen-
imcs après avoir perdu beaucoup de gaz et de lest. Itolro des-
oITril le spectacle de la terreur que peut inspirer un
lérostat aussi grand que le ndtre, dans un pays oii l'on n'a jamais
Kde semblables macbines : elle s'ellectuail justement au-dessus in pauvre village appelé Badenbourg, placé au milieu des ruyères du Hanovre ; notre apparition y jeta l'alarme, et l'on ^empressa de ramener les bestiaux des campagnes.
«Pendant que notre aérostat descendait avec assez de Titesse, Km* agitions nos chapeaui/nos banderoles, et nous appelions fi MUS les habitants; mais notre voix augmentait leur terreur, Cv^ lillagcwis nous pren&ii'nt pour un oiseau qu'ils croyaient invullérable, et que le préjugéleurraituonnallresouslenom d'oiteuu U ftraa aigle itaeier. Ui couraient en désordre, jetant des cris iBreux; ils abandonnaiunlleurs troupeaux, dont les beuglements tuiiiBCiitaiiint encore l'alarme. Lorsque l'aéroslat toucha la Icrn'. faacun n'était enfermé chex soi. Ayant appelé inutilement à plulenrt reprises, et craignant que la Trayeur ne les portât à quclriolences, nous jugeâmes qu'il était prudent de remonter, j« m'j déterminai avec d'autant plus de plaisir que je désirais ilti! un Imlslùme essai sur l'électricité, que deux Tois j'avais ivée positive.
Cette seconde ascension épuisa tout k Tait notre lest ; nous en mlions le besoin, car le ballon ayant longtemps nagé dans ineatniosphèreraréQée,élaitllasqucetavatt perdu beaucoup de la; noiu fîmes cependant encore dix lieues. Je prévis que notre racenle terait extrémoment accélérée ; comme il ne me restait lut de k'X, je rassemblai tout ce qu'il y avait dans la nauelle,
90 nf COUVERTES SGIENTIFKHnES.
tels que les instruments de physique, le btromëtre même, le pnin, les cordes, les lK)iileilles, les effets el jusqa'À l'argent que nous avions sur nous ; je déposai tous ces objets dans trois sacs, qui avaient cr»ntenu le sable, je les attachai à une corde que je fis descendre à cent pieds au-dessous de la gondole. Ce mojen nous préserva de la secousse. Le poids parvint à terre avant Taërostat, qui se trouva allégé de plus de cinquante livres. 11 descendit plus lentement^ sur la bruyère, entre Wichtenbeck et Hanovre^ après avoir parcouru vingt-cinq lieues en cinq heures et demie.»
• En quittanl rAllemagne, Hobertson se rendit en Russie, et le bruit de ses expériences sur le magnétisme terreslre décida T Académie des sciences de Saint-Pétersbourg à les faire répéter par l'auteur lui-môme. Avec le concours de cotte Académie, Robertson, assisté d'un savant moscovite, M. Sacchnroff, exécuta à Saint-Pétersbourg une nouvelle ascension. T^s expériences auxquelles ils se livrèrent ensemble ronfirmôrcnt son assertion relativement à raflaihlisscment de l'action magnétique de la terre.
Les résultats annoncés par Hobertson et SaccharofT soulevèrent beaucoup d'objections parmi les savants de Paris. Dans une séance de rinslitut, Laplace proposa défaire vérifier le fait annoncé par ces expérimentateurs, relativement à raflaiblissemenl de la force magnétique de nota* globe, en se servant des moyens ofFerls par l'aérostation. Borthollet et plusieurs autres académiciens appuyèrent la demande de Liplace. Cette proposition ne pouvait être faite clans des circonstances plus favorables, puisque Chaplal était alors ministre de l'intérieur. Aussi la décision fut-elle prise à Tinslanl môme, et l'on désigna, pour exécuter Tasccnsion, MM. Biot et Gay-Lussac, qui étaient les plus jeunes el les plus ardents professeurs de l'époque. Conté se chargea de construire et d'appareiller l'aérostat. Les dispositions qu'il prit pour rendre le voyage aussi sûr quo commode ne laissaient rien à désirer. Aussi, le jour fixé pour l'ascension, les deux académiciens n'eurent qu'à se
mdre au jaitlin du Luxembourg, munis de leui-s insirueat«. Cependant, au moineiit du départ, il survint un ident qui nécessita l'ajournenieiU du voyage. L'aérostat âlaît trouvé plus lût prôt que les aéronaules, et ceux-ci ni cru pouvoir sans dangi'c le faire attendre. Mais les Iquels auxquels élaient Hxés les cordes qui le relenaient, laieoL plantés sur un terrain récemment remué, et par ;ons*quenl peu solide; unt pluie abondante Inmbée penlanl la nuit l'avait détrempé, de sorte que les piquets ne >iirent résister longtemps h la Torce ascensionnelle de l'kérostal. En arrivunl au Luxembourg, MM. Itiot et Gay- Lnssac Turent lont surpris de voir \e ballon en l'air, et un grand nombre de personnes occupées à ramener le fugitif. Heureusement on put suisir les lisières, et on le ramena sur le sol. Il fallut néanmoins remettre l'ascension à un autre jour et choisir un lucal plus convenable. On se décida |w>ur le jardin du Conservatoire des arts et métiers, et c'est du Ife que MM. Itiot et Gay-Lussac partirent, le 20 août 1801, pour accomplir la plus belle ascension scientifique qu'on ail encore exécutée.
Le but principal de cette ascension était de rechercher â la propriété magnétique éprouve quelque diminution appréciable quand on s'éloigne de la terre. L'examen atleoUr auquel les dûux savants soumirent, pendant presque toute la durée du voyage, les mouvements de l'Higuille aimantée, les amena i^ conclure que la propriété magnéliqoe oe perd rien de son intensité quand on s'élève dans les régions supérieures. A quatre mille métrés de hauteur, les oscillations de l'aigniUe aimantée coïncidaient en nombre et en amplitude avec les oscillations reconnues à la surface de la terre. Ils expliquèrent l'erreur dans laquelle, ■elOD eux, Hobertson était tombé, par iaditticullé que préaente l'observation de l'aignillc magnétique au milieu dea osnillalions continuelles de l'aérostat. lU constiiti'-rcitt
9% DEGOUYERTES SGIEimnQIJES.
aussi, contrairement aux assertions de Koberison, que la pile de Volta et les appareils d'électricité statique fonctionnent aussi bien à une grande hauteur dans l'atmosphère qu'à la surface du sol. L'électricité qu'ils recueillirent était négative, et sa quantité s'accroissait a?cc la hauteur. L'observation de l'hygromètre leur fit reconnallrr que la sécheresse croissait également avec l'élévation. Enfin MM. Hiot et Gay-Lussac firent différentes observa* lions thermomélriques, mais elles ne furent imui suffisantes pour amener à quelque conclusion rigoureuse relativement à la loi de décroissance de la température (hms les régions élevées.
Le voyage aérostatique exécuté par MM. Biot et Gay- Liissac avait laissé beaucoup de points à éclaircir ; il fallait confirmer les premières obscr>'alions et les vérifier en s'élevant à une plus grande hauteur. Pour atteindre ce dernier but avec Taéroslat qui avait servi aux premières expériences, un seul observateur devait s'élever. Il fut décidé que Gay-Lussac exécuterait celle nouvelle ascension. Dans ce second voyage, Gay-Lussac confirma et étendit les résultais qu*il avait obtenus avec M. Biot relativement à la pemian(^nce de l'aclion magnétique du globe. Il prit un assez grand nombre d'observations Ihermométriques, et essaya de déterminer à leur aide la loi de décroissance de temperalure dans les hautes régions de l'air. L'observation de riiygromètre n'amena à aucune conclusion satisfaisante. A la hauteur de six mille cinq cents mètres, Gay-Lussiic recueillit de Tair qui, soumis à l'analyse, se trouva parfaitement identique, pour sa composition, avec l'air qui existe à la surface de la terre.
En terminant la relation de son beau voyage, Gay-Lussac exprimait le vœu que l'Académie lui donnât les moyen? (le continuer cette série d'expériencos intéressantes. Malheureusement ce vœu n'a pas été rempli. Depuis le voyage
MM. Bîol tl Oay-Ltissnc, les seules ascensions eiTectuéeN Ds rinlérClesflusirdes sciences se riîduisenl h une courte tcursîon aérienne exécutée en Améiique par M. de Hum< ildl et aux lenlalives plus riicenles de MM. Itarral et >. L'ascension de M. de Humboldt en Aniéricjnc n'a lail, au point de vue des sciences, que forl peu de boitais. Quant aux deux ascensions de MM. Uairal L-t no, elles n'ont guère porté plus de fi-uils, et tout s'est duit, pour les hardis et savants explorateurs, à l'honneut' Biile d'un naufrage. Cependant les détails de leurs teulives raénlenl d'être rappelés.
MM. Barrai H lUxio, l'un chimisie Imbile, ancieu lépéieur k recule polytechnique, l'autre médecin et homme nCtique l>ieD connu par le râle qu'il a joué à l'Assemblée oaslllnanle, conçurent le projet de s'élever en ballon à te grande hiiuteur, pour étudier, nvec les instruments irCeclionués que nous passé dons, plusieurs phénomènes étéorologiques encore imparfaitement observés. Les apircils et les instruments nécessaires à cette expédition nient été construits par M. Hegnault avec un soin, une lèlicatesse et une patience inlinis; M. Dupuis-Delcourt i fourni le ballon qui devait les emporter dans les régions de l'air.
L'ascension eut lieu devant la cour de l'Observatoire, le ) juiD IKiO, à dix heures et demie du malin. Le ballon ut rempli d'hydrogène pur, préparé au moyen de la éaction de l'acide cblorliydriquo sur lo fer Tous les insmments, baromètres, Ibermomèfres, hygromètres, l>aluDfi destinés à recueillii* de l'air, etc., étaient rangés, sus- ^dua à an cercle, au-dessus de la nacelle où se placèrent I voyageurs.
Opt'ndarit, au moment de partir, on reconnut que plu- 3ur» dispositions de l'appareil aérusljiliquc étaient loin uuoveuubles, et faisaient craiudrc pour rcxçÉditvuu
9 4 DicOUVERTES SCIENTIFIQUES.
un dénoûincnt f&cheux. Le ballon était vieux et d'une étoffe usée, le filet trop étroit ; les cordes qui supportaient la nacelle étaient trop courtes : aussi, au lieu de rester suspendue, comme à l'ordinaire, à quelques mètres au-dessous de l'aérostat, la nacelle se trouvait-elle presque en contact avec lui. Enfin une pluie torrentielle vint à tomber; soos l'action des rafales, l'étoffe du balloa se déchira en plusieurs points, et l'on fût obligé de la raccommodera grand'peine et en toute hâte. Les conditions étaient donc de toutes manières défavorables, et la prudence commandait de différer le départ. Mais les voyageurs ne voulurent rien entendre; l'ordre fut donné de lAcher les cordes, et le ballon, dont la force ascensionnelle n'avait pas même été mesurée, s'élança avec la rapidité d'une flèche. On le suivit d'un œil inquiet jusqu'au moment ob on le vit disparaître dans un nuage.
Ensevelis dans un brouillard obscur et épais, MM. Ikrrnl cl Bixio restèrent près d'un quart d'heure avant de revoir le jour. Sortant enfin de ce nuage, ils s'élancèrent vers le ciel et n'eurent au-dessus de leurs têtes qu'une voûte bleue ètincelante de lumière. Ils commencèrent alors leurs observations. La colonne du baromètre ne présentait qur quarante-cinq centimètres, ce qui indiquait une élé\'atiun de 4,242 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le Ihcrmomèlre, qui .'i terre marquait 20 degrés, était tombé à 7 degrés.
Pendant qu'ils se livraient à ces premières observations le baromètre continuait de baisser et la vitesse d'ascension no faisait que s'accroître. En effet, le ballon avait quitté la terre gorgé d'humidité; en arrivant dans la région supérieure aux nuages, dans un espace sec, raréfié, directemcnl exposé aux rayons sdlaires, il se délestait sponlancmout par l'évaporalion de Thumidilé, et sa force ascensionnelle allait toujours croissant. Cependant les voyageurs, tout en-
tiers ml soin de leurs expériences, songeaient & petaejt donner un regard à la machine qui les emportait, et ne s percevaient aucunement de raliitre dangereuse qu'elle lençiiil à prendre. La chaleur du soleil, agissant sur le gaz, le dilatait considérahlement, el comme lesBéro- Baules inexpérimentés ue sungenietit pas Jt ouvrir la soupape pour lui donner issue, les parois du hnllon, violent- I distendues. Taisaient eflort comme pour éclater : MM. Barrai et Bixio ne pensaient qu'à relever les indicationn de leurs instruments.
Ha uv.'iient déjà fail l'essai du polarimélrc d'Arago; ils BDlèrcnl lahiiuteurda baromètre qui indiquait uneélévaflon de 5.893 métrés. KnHn ils se disposaient h observer le Ihermomèlre, et comme l'instrument s'élail chargâ d'une légère conche de glace, l'un d'eux s'occupait à l'e soyer pour reconnaître la hauteur de la colonne, lorsqu'il ■'ati»» par hasard de lever la lélo.,. il demeura slupéTail dn spectacle qui s'offrait à lui. Le ballon, gonflé outre meaure, était descendu jusque sur la nacelle et lacQuvruil comme d'nn immense manteau. Que s'était-il donc passé? Cn fait bien simple el bien facile !i prévoir. La soupapti n'ayant pas été ouverte, pour donner issue à l'excès du gaa dil.ilô par la chaleur solaire, le ballon s'était peu à peu e né el distendu de toutes parts. Comme le lilel élait liop petit, comme les» cordes qui supportaient la nacelle élaicuf trop courtes, le ballon, en se distendant, commenta par peser sur le. cercle qui porte la nacelle ; puis, son volume augmentant toujours, il avait Uni par pénétrer dans ce c ele : il faisait hernie à travers sa circonférence el couvr les cxpi'innienlaleurs comme d'un vaste chapeau. Kn quelques minulos, tout mouvement leur devint impossible. Ils essayèrent de donner issue k l'exctidant du gnz en faisuni pjgper la soupape ; mais il élait trop lard, la soupiipc était HH|Hhiiiaée : sa coidc, pressée entre le cercle du !>uspi<n-
sion et la tumeur proéminente de l'aérostat, ne transmettait plus l'action de la main. M. Barrai prit alors le parti auquel le duc de Chartres avait eu recours en pareille occasion et qui lui avait valu tant de méchantes épigraromes: il plongea son couteau dans les flancs de Taérostat. Le gaz, s'échappant aussitôt, vint inonder la nacelle et l'envelopper d'une atmosphère irrespirable; les aéronautes en forent l'un et l'autre à demi asphyxiés et se trouvèrent pri? de vomissements abondants. En môme temps le balloa commença à descendre à toute vitesse. En revcnaat à eux, ils aperçurent dans l'enveloppe du ballon une déchirure de plus d'un mètre et demi provenant du coup de couteau, et par laquelle le gaz, s'échappant à grands Ilots, provoquait leur chute précipitée. La rapidité de cette descente leur sauva la vie, car elle les débarrassa du gaz irrespirable qui se dégageait au-dessus de leur tôle.
Dans cette situation, MNf. Barrai et Bixio ne durent plus songerqu'àpréserverleurexistence. Il fallait pour cela amortir, en arrivant à terre, l'accélération delà chute. M. Ba^ rai montra, dans cette manœuvre, toute l'habileté et loal le sang-froid d'un aéronaute consommé. Il rassemble son lest et tous les objets autres que les instruments qui chargent la nacelle, il mesure du regard la distance qui les sépare de la terre et qui diminue avec une rapidité effrayante, dès qu'il se croit assez rapproché du sol, il jette la cargaison par-dessus le bord : neuf sacs de sable, les couvertures de laine, les bottes fourrées, tout, excepté les précieux instruments qu'il tient à honneur de rapporter intacts. La manœuvre réussit aussi bien que possible; le ballon tomba sans trop de violence au milieu d'une vigne du territoire de Lagny, dans le département de Seine-et-Marne. M. Bixio sortit sain et sauf; M. Barrai en fut quitte pour une égr<itignure et une contusion au visage. Cette périlleuse expédi-
n*avaiuliiréqiie ijuaranlc-seplniinulcs, et ladescenlo
jt etSecluôe en sept minutes.
7n vo;a^ee.'(éculécIar)sdes^OlKlitIo^sp.1^(■illes ne pou-
rapporter A la science un bien riche conlingcnl, CeidAtit le» deux pliysicicus reconnurent que lulumière des D>st pas polarisée, ainsi que l'avait présumé Arago. BORstalèrent que la décroissance de température s'était
ilxée Ji peu prés semblable à celle que Gay-Uissac U notée dans son ascension. Enfin on a déduit de leurs sures baro m étriqués, comparées à celles faites à l'Ob- TStoire, que, dans la région où le ballon se déchira, les ra^urs étaient déjà parvenus à In hanlcur de cinq Ile deux cents métrés. Un calcul semblable a établi que :e supérieure du nuitge qu'ils avaient traversé élnit
qnalnï mille deux cents mètres,
> mauvais résultat de celte prentiÈre tentative ne déiimgea pus les deux intrépides explorateurs. Un mois ijii ils exécutaient une nouvelle ascension. Seulement, L sera peut-^lre surpris d'apprendre qu'en dépit des services que leur avait rendus la vicieuse machine
H. Dupnis-Delcnurt, ils osèrent se confier encore h la ^itme nacelle, suspendue au mCme ballon. Il était facile S prévoir que les accidents qui les avaient assaillis la prc- 'iir© fois »e reproduiraient encore, el l'événement juslik ces craintes.
M. Léon Foucault a donné, dans le Journal des Débats, tic relation complète de ce voyage. Il ne sera pas sans in- &ré( delà rapporler.
nia JQndt demiur, dît H. Léon Foucnull, \e programme iH^iil twté : le» nouvcanx iaslrumenls, conslruits nous li-s jcui dp . Rfgnaull, lïtajcnllerminés, l'I l'on Hvail ftitau mauUil lialbn ■ n'parHlions •-< les niodiricatinns ilioléts par une prcmiËri' périeoce. Comme MU. Bliin ut (krral expieraient prulung^r ■es l(Hi((tiîmp» Innr a-jour dans l'atmospliÈro. ils se propd-
98 DECOUVERTES SGlENTiriQUKS.
saicnl de reprendre les éléments de la loi du refroidiMement da milieu ambiant, d'examiner l'influence du rayonnement solalrr, de déterminer l'état hygrométrique de l'air, et d'en récoller i une grande hauteur pour en faire l'analyse au retour; ils espéraient même déterminer sur place la proportion de Tacide ca^ honique. La physique météorologique comptait encore sar enx pour la recherche des modifications que la lumière éprouve de la part des nuages formés de vapeurs vésiculaires ou chargés de particules glacées.
M Dans la nacelle richement appareillée, on voyait, disposes avec ordre, deux baromètres à siphon, gradués sur verre; trois thermomètres dont les réservoirs présentaient des étals de mrfaces didérenU. L'un rayonnait par sa surface naturelle deveire; le second était recouvert de noir de fumée, et le troisième étui protégé par uue enveloppe d'argent poli, tous trois destioéi à être impressionnés directement par le rayonnement solaire. Un quatrième thermomètre, cntoui-é de plusieurs enveloppes cooceiilrii|ues et espacées, était destiné à donner la température i l'ombre. Deux autres thermomètres, dont l'un avait sa boule entourée d'un linge mouillé, fonctionnaient ensemble à la manière du psychromètre, dont les indications devaient être couti'ôléos par celles de l'iiygromèlre condenseur de M. Ucgnauit.li y avait place encore pour des ballons vides, dos tul>esà poUni caustique et à fragments de pierre ponce imbibes d'acide .*ulfui i(|ue, destinés à s'emparer de Tacidc carbonique de l'air injecté par des corps de pompe d'une capacité connue. Le llicnnomètre à minimâ de M. Walferdiii, qui fonctionne tout seul, et un nouveau baromètre de M. Hegnault, agissant d'après le mênk* principe, étaient enfermés dans des boites métalliques à jour, et protégés par un cacliet qu'on ne voulait briser qu'au rctom. La plupart de ces instruments portaient des échelles arbilraiii*>. atin de laisser les observateurs à Tubri de toute préoccupation ijui aurait pu réagir involontairement sur les l'ésultats. On n'av:* ! pas oublié le lorgnon magique qu'on appelle)o/)o/art'sro/if d'APi;*'-
» On s'imagine sans peine de quelle impatience étaient p<«" sédés les voyageurs à la vue de tous ces précieux engins c^^mmodéinent suspendus au pourtour d'un cercle. Aussi quand il^ virent, le vendredi matin 26 juillet, le soleil levant éclairer i-n ciel sans nuages, les ordres furent bientôt donnes d'cn)l<! l'aérostat. Cette opération est toujours assez lente ; il faut àgager le gaz hydrogène par la réaction d'un acide sur le fer, 'l'
AÉnOSTAT-..
^^^B rerroidir. Comniencéi; h si\ heureii du malin, cllir n'a HppKe 1»'^ une beun-, cl déjà la chance ivail tourné ; le se lait Toilé. le venl s'élevait, les nues recélakDl des lur- » tl*: pluH! qui u'unt pas lariliJ & tomlier d'une manière conejus(|u'àlrtii$ bcures. On liéstlc, un se dll qu'après tout upc Wpbèrc agitée est au moins aussi cuj-ieuse Si ei|ili>rer que ir (l'un ciel tranquille, et sur le coup de quatre heures on Qceà lagrâc^ dellieusur lus ailes d'un vent d'ouest qui fut tR! as^ez dément.
Ceux qui seront curieui de connaître de point en point tmre de celle traversée qui*ii'a duré qu'une heure et demie, ml i même de uinsullcr le journal des deux vuvageurs. n obseiralions soni déjà traduites et calculées par M. Itenll et par H. Mathieu, l'our nous, l'intérêt commence au ttenl où l'aéroslât diaparail dans les nua^'es à une hauU>ur 1,000 mêhvs. A 3,750 mitres déjà. le thermomètre est h térn, • on veut monter Irèii-haut el l'on a hàle de sortir des litUsrds : alors on Uche du lest avec confiance, comptaiil te ballon, pourvu celle Tois à sa partie inféneure d'un apdice ouvert, est assuré contre la rupture. Malgré cette pré- Uoo, & la hauleur de S,!)00 mtircs, rdlofTc te déchire a la lie Inréiieurc et livre au gat une issue permanente. Vous fM sans doule qu'& la vue de cet accident, UM. Barrai et io '«ut songer h la reliaile î Pas du tout- Ils comprennent : leur séjour dans tes airs ne sera pas de longue durée, et ir eo prolller le mieux ^ussiblc.-lls abandonnent peu h peu cl joelques kilogrammes pi'ês tout leur lesl. Celte manisuvic porte JQSiin'i^ 7,004 tnèlres cl Ijcur dévoile des phénomènes rawol inaliendus, que, sans avoir rempli leur programme, pSMoronl pour avoir Tsit une bunne journée. . Bt d'abord tjuî se serait imaginé que vendredi dernier notlU-d«isus de Paris une couche nuageuse d'au moins !>,0O0mé- Id'épaissuur ** Qui eAt cru à celte interposilion entre le soleil Wus d'une brume haute de plusd'unc lieue un quart ? C'est rrtunl ce qui résulte en toute évidence du séjour prolongé de ■ Batral cl Bixio dans un nuage où iisonlpéoélrâà2,000mË- I de hauleur, et qu'ils n'ont pas pu dominer à la hauteur T,000 mËlros. A peine, au moment de leurplus grande élévatf onl-ils commencé à voir le soleil en un disque pAlc et mnt imwon l'aperçoit quelquefoisen hiver, dépourvudeses rujrons ncapable de (lorter ornbn!.
100 DECOUVERTES SCTENTinQCES.
« Ils étaient alors près de la limite supérienre du naage, el dans une région oîi la chaleur faisait défaut, au point que le thermomètre a dû marquer 39 degrés au-dessous de xéro. On s'attendciit si peu à cet abaissement de température, que les ioslni* mcnts étaient impropres à l'accuser, leur graduation n'étant pi> prolongée assez bas ,* presque toutes les colonnes étaient rentnef dans les cuvettes, et par deux degrés de moins encore le mercure se congelait en brisant tous les tubes. Il importe de remarquer que ce froid s'est fait sentir très-brusquement, et que c'est à partir seulement des 600 derniers mètres, que la loi de température s'est troublée brusquement pour plonger les observateurs dans les frimas que très-probablement le nuage transportait avec lui. Il est certain du moins qu'un froid rigonreux n*est pas essentiel à cette latitude, car Gay-Lussac, en s*élevanl à 7/) 10 mètres, n'a rencontré que 9 degrés et demi au-desaous de zéro. La discordance s'élève à 30 degrés, et montre qu'en eilet il y avait intérêt à plonger dans cette brume cpabse de 5,000 mètres, dans ce vaste théâtre où se passent des phénomènes totalement inconnus.
« Par ce froid assez difficile à expliquer, le nuage prend une constitution que l'on soupçonnait déjà en bas, mais que jamais on n'avait si bien vue; il se charge d'une multitude de petites aiguilles de glace aux arôtes vives et aux facettes polies, dans Ies(]uelles la lumière solaire produit, en se jouant, ces météorv:; dont M. Bravais, dans un ouvrage spécial, a donné l'explication rationnelle et complète, en leur supposant la forme d*un prisme à six pans terminé par deux bases planes et perpendiculaires à l'axe. Plusieurs de ces météores exigent, pour se produire, que les aiguilles se placent verticalement, ce qui n'est pas in\raiseinhlabie, puisque c'est la position dans laquelle Pair oppiise à leur chute la moindre résistance. Non-seulement ces aiguiller se sont montrées dans une telle abondance, qu'elles tombaient comme un sable lin, et se déposaient sur le calepin aux observations; mais au moment où le soleil commençait à poindre. ellcÀ on ont donné une image qui semblait située autant au-dessu» d'un plan passant par la nacelle que le soleil véritable s'élevait audessous de ce môme plan. Ce spectacle est exclusivement réservé aux navigateurs que le hasard placera dans les conditioit> où se trouvaient alors MM. bixio et Barrai, c'est-à-dire dans un nuages d'aiguilles verticales, réfléchissant par leur face supérieure et horizontale les rnvons du soleil dans une direction
On demandera peul-^ire commeDl dana une couclie AlmusptK^t-i'jue où In Icrapéiature baissait si lapidemcnt avuc la bautrur, que ccrtaini'mcnl la dcnMIé duvail augracnler dans le nCme «uns; on demandera comment, dans un pareil milU-u, l'équililiri! lîtait possible, el comment il y pouvait ri^gnt-i- ce alnw DéL-'.-iiairc à la cbule unirurme el à l'orleotalion com- ÔMine do particules de glace. Ce sont là des dirCcult^s asseiembarrosiaDles. mais qui ue sauraient contrevenir aux Tails observée. Ce faux soleil inférieur n'est, du rette.que le pendant d'un méléorc dt'jit signalé, et qui consiste en une colonne verticale qui apparaît souvent au ciel dans les hautes latitudes, au moment du coucher du soleil et peu de temps après, lorsque ses dernier» rayons, se relevant ven un nuage glacii, sont rélli^chiB «■ une tialm'e blanchtiro sur la face inférieure des mêmeit 4ris*""c"' affectant parcillcmenl la posiliou verticale. Ces mes- «ijian ont dû regietter de n'avoir pas emporté un microscope Ml aimplenienl une forte loupe, pour examiner ces petit» cristaux et pour vérifier si leur forme est bien celle qu'où leur
M Les cHils physiu logiques n'ont rien présenté d'extraordinilrc ((u'iiiie sensation Irëi-vive de froid. On pense bien que pw 39 degrés au-dessous de léru lea voyageurs n'étaient pas foit à t'alWi assis dans une nacelle où ils ne s'étaient pas prémunis contre un nbaisscmeni n consid<!i-able de la température ; Icui-^ dufgU engourdis out Gui par les fort mal servir, à (el point qu'un tfnthermoinètreiiï rayonnement se brisa entre leurs mains. Au nCmeniomenitlsperdlrenl, en voulant l'ouvrir, un des ballons vidof qu'iU avaient emportés dans l'intention d'y recueillir de l'ùr. Du roKle, il n'y eut ni hémonhagie, ni douleur d'oreilles, ni géue lie la respiration ; en «uile iju'on ne sait pas encore quoi e«tTc genre d'obstacle qui viendra limiter les plus hautes asccn- «loiu. Sera-ce l'intensité du froid, ou le manque de pression ? Scn-ce l'adrustat qui cessera de monter, ou l'homme qui refuserade lesuivre? On l'ignore encore. Sans la déchirure qui vint paralyser inopinément la force ascensiounelle de l'aérostat, la deniière ascension serait sans doute de beuucoup la plus hauta qui eiK été faite: mais, bon gié, malgré, il fallut descendi pa» avec ciHIe vitesse qui rappelle une véritable chute, mais cnUn l'abonlage ne fut pas vobnlaire. Kn louchant terre au liaiiwau de Peux, arrondisnemenldeCoulommiers (Seine-et-Marne), yM. Biilo ut Barrai avaient complélemenl épuiïé leur lest, el
103 BÉCOUTERTES SOBIITIFIQUBS.
même Us avaient jeté comme tel toat ce qui, hors les instruments, leur avait paru capable de soulager la nacelle. Partis à quatre heures, ils arrivèrent à cinq heures trente minutes, après avoir parcouru une distance de 69 kilomètres. La manœuvre délicate du débarquement s'est effectuée sans entrave et sans avarie. 11 ne restait plus qu'à gagner le chemin de fer et à sabir au passage le train venant de Strasbourg. Un accident aussi coDtnriant que vulgaire vint encore signaler cette partie du voyage, qu'il Tallut Taire en charrette : le chemin était mauvais» le cbeul s'abattit, et le choc entraîna la perte de deux instruments, d'un baromètre et du seul ballon qui rest&t rempli d'air pour être soumis à l'analyse. »
Nous n'ajouterons qu'une réflexion à ce récit. La température de 39 degrés au-dessous de la glace, observée par MM. Barrai et Bixio à sept mille mètres seulement d'élévation, est un fait complètement en dehors de toutes les lois de la chaleur. La graduation adoptée pour les instruments, rinflueiice des circonstances atmosphériques ambiantes, les conditions défavorables dans lesquelles les observateurs se trouvaient placés, toutes ces causes isolées ou réunies n'ont-elles pu devenir l'origine de quelque e^ reur d'observation? Si le relevé thermométrique est exact, la loi de la décroissance de la température de l'air présentait une anomalie des plus inattendues. Tant qu'une autre observation, prise dans des circonstances semblables, n'aura pas confirmé le résultat extraordinaire signalé par les deux savants expérimentateurs, il sera permis de conserver desdoulessur sa réalité.