CHAPITRE IX
i , iKîujM^w . - Applications futures des aérostats aux recherches
scientifiques.
i^:i \tcnt vie wMr que te raisonnement et l'expéricDce ^'.A^^vl^icut à dciiunitrer rioutilité de tentatives ayant poor tut U dirtxitou des aérostats avec les seules ressources
AéBOSTATS. 133
ni la mdcflniquc dispose de nos jours. Un moleurnoulU qui r<;unîssc à une puissance considérable une grande ;èrclé, telle esl la condilîon indispensable'puur résou- BCe grnnd problème.
Ainsi, c'csl en dehors de l'aérostalion elle-même que ce Ogres (luit se préparer el s'accomplir. Il serait donc inue lie persévérer dans les roules vicieuses où depuis puante ans Tnéroslalion s'est engagée ; il est temps de
ramener dans une voie moins stérile. Dans l'étal présent • choses, tout l'avenir, toute l'importance dos aérostats pident dans leur application aux recherches scienli- |nes ; ce n'est que par son emploi comme moyen d'étude >nr les grandes lois physiques et météorologiques de >|re globe, que l'arl des MontgolGer peut désormais tenir ne place sérieuse parmi les inventions modernes.
Il serait impossible de fixer le programme exact àt les questions qui pourraient être abordées avec >nt pendsnl le cours des ascensions aéroslaliques applipAe% aux intérêts des sciences. Voîcï néanmoins la liste bf^géc des faits physiques qui pourraient retirer de ce BoyeD d'exploration des éclaircissements uliles.
Ca véritable loi de la décroissance de la température
109 les régions élevées de l'air est encore, on peut le lire, ignorée. Théodore de Saussure a essayé de l'établir
l'aide d'observations comparatives prises sur la terre A sar des montagnes élevées, telles que le Higî et le col Géant. Des expériences du même genre, faites dans es Alpes, ont encore servi d'éléments ii ces recherches. Mais luules les observations recueillies de celle ma- Bil^e n'ont amené aucune conséquence générale suscep- JUe d'être exprimée par une formule unique. D'après c$ expériences de Saussure, ta tempéraluredcrairs'abais-
trait (le 1 degré à mesure que l'on s'élève de 140à ISOmèires dans l'almuaphÈre ; d'un autre côté, les observations
iZk DÉCOUVERTES SGIUlTiriQCES.
prises dans les Pyrénées ont donné 1 degré d'abaissemeol par 125 mëlres d'élévation ; enûn, dans son ascension aérostatique, M. Gay-Lussac a trouvé le chiffre de I degré pour 174 mètres d'élévation. Sansparler du résultat ezt^ao^ dinaire, et qui mérite confirmation, obtenu par MM. Barrai et Bixio, qui prétendent avoir observé un abaissement de température de 39 degrés au-dessous de glace k une éiévalion de 7000 mètres, on voit quelles différences et quel désaccord tous ces résultats présentent entre eux. Il est de toute évidence que la loi du décroissement de la température dans les régions élevées pourra être fixée avec ooe très-grande facililé et avec certitude, par des observations thermométriques prises au moyen d'un aérostat k difBrentes hauteurs dans l'air. En multipliant les observations de ce genre sous diverses latitudes, à différentes saisons de Tannée, aux différentes heures de la nuit et du jour, on arrivera, sans aucun doute, à saisir la loi générale de ce fait météorologique.
On peut en dire autant de ce qui concerne la loi deU décroissance de la densité de l'atmosphère. La détermination exacte du rapport dans lequel l'air diminue de densité à mesure que l'on s'élève, dépend de deux éléments : la décroissance de la température et la diminution de la pression barométrique. Des observations aérostatiques peuvent seules permettre d'établir ces éléments sur des bases expérimentales dignes de conGance. Les physiciens n'accordent, à bon droit, que très-peu de crédit à la loi donnée par M. Biot relativement h la décroissance de la densité de l'air, car cette loi n'a été calculée que sur quatre ou cinq observations prises dans les ascensions aérostaliquesdeMM. de lïumboldt etGay-Lussac. C'est en multipliant les observations de ce genre, et en se plaçant dans des conditions différentes de latitudes, d^heures, de saisons, etc., qu'on pourra la fixer d'une manière po-
AEROSTATS. i35
siti?e. Ajoutons que ce résultat aurait d'autant plus d'importance, qu*ii fournirait une donnée certaine pour mesurer la véritable hauteur de notre atmosphère. En effet, étant connue la loi suivant laquelle diminue la densité de l'air dans les régions élevées, on déterminerait à quelle hauteur cette densité peut être considérée comme insensible, ce qui établirait sur une base expérimentale solide le fait assez vaguement établi jusqu'ici de la hauteur et des limites physiques de notre atmosphère. Cette loi intéresse d'ailleurs directement l'astronomie. On sera, en effet, toujours exposé à commettre des erreurs sensibles sur la position réelle des étoiles, tant que l'on ne pourra tenir un compte exact de la déviation que subit la lumière de ces astres en traversant l'atmosphère. Or, cette déviation dépend de la densité et de la température des couches d'air traversées. Ainsi, l'astronomie elle-même réclame la fixation de la loi de la décroissance de la densité de l'air.
On établirait encore aisément, grâce aux aérostats, la loi des variations de l'humidité selon les hauteurs atmosphériques. Les hygromètres que nous possédons aujourd'hui sont d'une précision si grande, que les observations de ce genre, exécutées dans des conditions convenablement choisies, donneraient sans aucun doute un résultat satisfaisant, et auraient pour effet d'enrichir la physique d'une loi dont tous les éléments lui font encore défaut.
On admet généralement que la composition chimique de l'air est la môme dans toutes les régions et à toutes les hauteurs. M. Gay-Lussac a constaté ce fait dans son ascension aérostatique ; mais les procédés d'analyse de l'nir ont sabi« depuis l'époque des expériences de M. Gay-Lussac, des perfectionnements de tout genre, et il est reconnu que l'analyse de l'air par l'eudiomètre, telle que ce physicien l'a exécutée, laisse une part sensible aux erreurs d'expérience. Il serait donc de toute nécessité d'analyser Tair des
186 DÉGOUYERTES SCIKHTIFIQUES.
régions supérieures en se senaot des procédés créés par M. Dumas. Celte expérience, si naturelle, si facile, et pour ainsi dire commandée, n'ajamaiè été exécutée ; c'est dooc à tort, selon nous, que Ton admet l'identité de la composition de l'air à toutes les -hauteurs. On a soumis, il estifai, à l'analyse par les procédés de M. Dumas, Pair recueilli au sommet du Faulhorn et du Mont-Blanc, et l'on a reconnu son identité chimique avec l'air qui se trouve àlasarface de la terre ; mais il n'est pas douteux que la hauteur des montagnes même les plus élevées du globe ne soit un terme très-insuffisant pour la recherche du grand fait dont nous parlons.
Plusieurs physiciens ont admis la variation, suivant les hauteurs, de la quantité de gaz acide carbonique qui fak partie de l'air. Une des expériences les plus faciles à exécuter dans la série prochaine des recherches aérostatiques, consistera à éclaircir ce point de l'histoire de notre globe.
Les expériences exécutées à l'aide d'un ballon aérostatique permettraient encore de vérifier la loi de la vitesse da son, et de reconnaître si la formule établie par Laplacc est vraie pour les couches verticales de l'air comme pour les couches horizontales, ou, si l'on veut, de chercher si le son se propage avec la môme rapidité dans les couches horizontales de l'air et dans le sens de la progression verticale. Il est probable que le résultat serait différent, et la loi que l'on fixerait ainsi jetterait un jour nouveau sur les faits relatifs à la densité de l'atmosphère et sur quelques points secondaires qui se rattachent à ces questions.
Les phénomènes du magnétisme terrestre actuellement connus recevraient aussi des éclaircissements utiles d'expériences exécutées à une grande hauteur dans l'air. U fait même de la permanence de l'intensité de la force magnétique du globe à toutes les hauteurs dans l'atmosphère, admis par MM. Biot et Gay-Lussac comme conséquence
AJElOSTiTS. 1)7
rs obsennlions aéroslalîques, aurail ppîil-eitc besoin teirc exnminâ de nouveau. La dirOcullé que présente ibsorvaliou tle Tnigmllo aimantée dans un ballon agît£ les venu, et qui i^prnuTe coQlinnellement une roUsur lui-mOme, rend ces observationssiisccplibles d'er- '. Il ne serait donc pas hors de propos de reprendre, i des conditions convenables, l'examen de ce fait. Enfin, l'un dos plus utiles problèmes que nos savanls torront se proposer dans le cours de ces ascensions, sera Kcbei'cbers'il n'existerait pas. à certaines hauteurs dans Itmosphi^re, descouriinI(con>/on».Onsait qucsur rertains iîdU du (flobe il régne pendant toute l'année, des courants .tBiùblcs, qui portent le nom de ventt alixt. En prolootnt dans l'atmosphère les expériences aérostat iqiics, en bmitiarisant avec ce séjour nouveau, en étudiant ce dolioe encore f,\ peu connu, peut-être arriverait-on li trour, à certaines hauteurs, quelques courants dont la direclO ftoit invariable pendant toute l'année, ou qui se ifnliennenl périodiquement Jt des époques détermin<Se>. •aklin pensait qu'il existe habituellement dans l'atmoibèremférieureuno sorte de courant froid se rendant des & l'équaleur, et, pur contre, un courant supérieur HifHaot en sens inverse et se rendant de l'équateur aux eux extrémités de la terre. La découverte de ces venu ou de ces moutions des régions supérieure» serait un il Immense pour l'avenir do la navigation aérienne ; car, existence une fois constatée, et leur direclioD bien fconnue, il suffirait de placer et de maintenir an aérostat ins la lonc di" ce» courants pour le loîr emporter vers le !u fixé d'avance. Pour peu que ce<i mouitons fussent mulpllés dans l'atmosphère, le problâmc de la navigation (rivnne se trouverait résolu beaucoup mieux que par tes Dfflbinaisons mécaniques dont nous avons essayé de dé- Irer l'impuissance.
En iitenriant que d'amaî brillaals résvitits soient obtenus. /lernsUitioa peut dès ce joor hâter sur plus d'ao point Le pnaçrès é» vienccs phTsiqoR. Cesl à elle à prendre pied dans ce domaîne trop n^îgé: c'est aax savants joasi «pi'îl appartient de bien comprendre IVeoir pmnis à l*art des PiiAlre et des Moal^oUer, et de rendre Ainsi 1 l'aériMlalian la piace qu'elle doit occuper parmi les piua uiiles anslîakes de robaertatîon srieolifique.
FXLAIRAGE AL' GAZ
CM APITIIE PREMIEII.
iTu «or le» ^i in(1«rniT)at)[M. — lij»ls de Philippeu Tli«rmuliinp«. -~ Travaux de Hurdwti m Angl«ierre, — Wiiunr.
&*hllïMimert de l>i-lalinge pat le gai A Umilres.— Impai talIoD fa 1 ■nce de r^lalrage au gat.
La qucsiîon lic priorité qui m raKachcà la découvcrle | de l'érlniraRC au gni: n été déballac. il va Ircntc ans, en | Angleterre el en France, avec une ardeur el une ténacîlé fuo l'imporlance roAmc Av. stijel ne Jusiiflait poiut. I.e Ismps a heureusement elTar^ jiis<[ii'niix traces (te ces débaU; on peut donc aujourd'hui essayer en toute sécurité , de flxer la pirt qui revient ii chacune des deux nations ' rivales dans la création de cette branche intéressante de ' llnduslric.
{.'éclnir.'iÇG par le gaz n'est qu'une suite très-simple des iMeouvcrte» chimiques accomplies au siècle dernier. On canit depuis lon^emps que In combustion de certains gaz composés s'accompagne d'un dirgagement de lumière d de chaleur, et dès la tin du ilix-septiéme siècle, l'expdrience avait appris que la bouille, soumise, en vases clos, Ji nne haute temp<^raturc, fournit un gaz susceptible de ' brtl» avec éclat. Mais jusqu'à la fin du dernier siècle, personne ne songea k tirer parti de ce fait. L'idée, d'appliqner )t l'éclairage les gaz combustibles qui se forment | pendant la décomposition de certaine» substances oi^ani- 1
qucs, appartient incontestablement à un ingénieur français nommé Philippe Lebcn. Les moyens imparfaits employés par notre compatriote pour appliquer à l'éclairage les gaz qui résultent de la décomposition du bois ou delà houille ne reçurent en France qu'un commencement d'exécution; mais cette idée fut quelques années après reprise en Angleterre, et les procédés imaginés alors pour l'extraction et pour l'épuratioji du gaz eurent pour effet de créer cette industrie remarquable. Ainsi, le principe théorique de l'éclairage au gaz appartient à notre nation ; mais l'honneur de son exécution pratique doit revenir tout entier à la persévérance et à l'habileté de nos voisins.
Tel est, en quelques mots, l'aperçu d'ensemble qui résume en un trait général la question historique qui se rapporte à l'invention qui va nous occuper. Examinons maintenant avec plus de détails les faits qui autorisent cette conclusion.
La première observation scientifique relative aux gai combustibles et éclairants est due à un physicien anglais nommé James Clayton. Tout le monde sait qu'il se dégage quelquefois du sein de la terre certains fluides élastiques susceptibles de s'enflammer. Ces phénomènes, dont les anciens ont parlé comme de prodiges inexplicables, ont été observés depuis des siècles; les feux de Pietra- Mala et de Barigazzo en Italie, la fontaine ardente du Dauphiné, les feux qui apparaissent sur les bords de la mer Caspienne et dans beaucoup de contrées des États-Unis, en sont des exemples bien connus. En 1664, le docteur Clayton observa un phénomène de ce genre à la surface d'une veine de houille. En approchant un corps en ignition de certaines fissures de la mine, on voyait aussitôt apparaître une flamme. Clayton attribua ce fait à une vapeur spontanément dégagée du charbon, et pour vérifler sa conjecture, il soumit le charbon de cette mine à la dis-
tillulinn. Il reconnut, en opérant ainsi, que la houille fournifs.ill de renii, une substance noire, qui a'étail autre chose que du goudron, et un gaz {ipirit) qu'il ne put parvenir k condenser, Enllamini^ au bout d'un tube placé .\ l'extré- , mile de l'appareil, ce gaz brûlait en Omettant beaucoup de lumii>rp. Clayton désigna ce produit sous le nom d'rtprit de houille, s'imaginanl que ce corobusliblc était le ^eut corps qui put lui donner naissance.
Haies, qui répéta cinq ans après- l'eipérience inléres- Mflle de James Clayton, reconnut que le charbon de terre loumis à la calcinalion fournit un tiers de son poids de mpeurs inllummable» (1). Le savant évéque de LandalT, le docteor Walson, qui s'est occupé en 1709 des produits de Il distillnlion du charbon et du bois, annonce également qu'il a retiré de ces matières un gaz inflamniable, uae huile épaisse ressemblant à du goudron et un résidu de charbon poreux et léger (2).
En ITRC, lord Dundonald avait établi plusieurs Tours |iOUr Ui (tistillalion de la houille, afin d'en obtenir du goudroo. On reconnut que les vapeurs dégagées pendant l'opénlion étaient Irès-riiciles à enllammer; mais, loin de liro.r parti de ces produits comme agents lumineux ou combustibles, on les laissait échapper par toutes les ouvertures des appareils, on les brfilait à la bouche des Tourn^aux. On imagina seulement de disposer des tuyaux métalliques pour conduire le gaz que l'on Ql brûlera l'exlri^mité de ces tubes, et l'on produisait ainsi de la lumière à une certJÙDC distance des Tours. Cependant on ne voyait là qu'un phénomène curieux qui servit longtemps de Jeu aux ouvriers de l'usine. Un Allemand, nommé Dillcr, jugea k propos d'en f<iire à Londres une exbibilion publique sur "['Ihéttre du Lycée. Il Taisait brOler des llambeaux
H^ DÉCOUVERTES SdEHTiriQUES.
tés par les gaz provenant de la distillation de lahoaille: on désignait ce phénomène sous le nom de lumière pUlosophique.
Il fau( donc reconnaître que le pouvoir éclairant du gaz qui prend naissance pendant la calcination de la houille a été de bonne heure observé en Angleterre; mais le composé qui se forme dans cette circonstance était regardé comme un produit exclusivement propre au charbon de mine. Ce fait, découvert par hasard et en dehors de loole idée scientifique, n'avait conduit à aucune vue générale; il ne peut donc rien enlever au mérite des travaux de Philippe Lcbon, qui reposent au contraire sur un ensemble de déductions théoriques et représentent toute mie série d'applications raisonnées de la science.
Philippe Lebon, ingénieur des ponts et chaussées, étaH né vers 1765 à Brîichet (Haute-Marne), près de Joimille. C'est vers Tanncfc 1786 qu'il conçut la première idée de faire servir à Téclairage les gaz qui proviennent de la combustion du bois. £n l'an VII de la République, il annonça sa découverte à l'Institut, et en Tan VIII, k la date du 6 vendémiaire (28 septembre 1799), il prit un brevet d'invention pour un appareil qu'il désignait sous le nom de thermolampe, et qui devait fournir à la fois de la lumière et de la chaleur. Philippe Lebon a publié un mémoire qui démontre suffisamment qu'il avait pressenti toute retendue que ses idées pourraient recevoir un jour. Quelques passages extraits de cet écrit peu connu suffiront à lever les doutes qui ont été émis à ce sujet à différentes époques.
Le mémoire de Lebcn a pour titre : rhermolampes,ou poêles qui chauffent, éclairent avec économie, et offrent, avec plusieurs produits précieux, une force motrice applicable à toute espèce de machines.
Après avoir indiqué les divers genres d'applications que
iCLAIRAGE AU GAZ. |4|
peot recevoir le thermolampe, Lebon ajoute les réflcxionn saâvanles :
« Je ne parle pas des effets que Ton pourrait obtenir en appliquant encore la chaleur produite aux chaudières de nos macbioes à feu ordinaires^ ni des applications sans nombre de la force qui se déploie dans ces nouvelles machines. Tout ce qui est susceptible de se faire mécaniouemcnt est l'objet de mon ap* pareil, et la simultanéité de tant d'effets précieux rendant la dé' pense proportionnellement très-petite, le nombre possible d'applîcatious économiques devient infini. Dans les forges on néglige et l'on perd tout le gaz inflammable, qui offre cependant des effets de chaleur et de mouvement si précieux pour ces établissements. La quantité de combustible que l'on y consomme est si énorme, que je suis persuadé qu'en le diminuant ron%idérablement on pourrait, en suivant les vues que j*indiqui*, non* seulement obtenir les mêmes effets de chaleur, maîf»mAme donnrr surabondamment la force que Ton emprunte duroursdVnu, mm* vent éloigné des forôtset mines, et dont la privation donm* \U'\t, dans les sécheresses, à des chômages d'autant plus niiiMlbb*ii qu'ils laissent sans travail une classe nombreuse d'ouvrif*rs. En général, tous les établissements qui ont besoin de mouvemf'nt, ou de chaleur, ou de lumière, doivent retirer quelque avunlage de cette méthode d'employer le combustible a ces effets.
« Cependant le plus grand nombre des applications du IImtmolampe devant avoir pour objet de chaijti«»r ci tVMaïrvr, Je Tais les considérer particulièrement ik>us ce point de vue.
cf La forme des vases dans lesquels le combustible rut soumis à l'action décomposante du calorique peut varier â i'intlni, suivant les circonstances, les besoins et les localiléb. ie tuv contenterai d^indiqucr quelques dispositions qui me paraissent Intéressantes à connaître, et qui d'ailleurs donneront une idée de lu multiplicité des formes dont ces vases sont sui^ceptibles. »
Ici Lebon indique les dispositions les plus con\enabic;s à donner au cylindre destiné à contenir le bois }>onmis à la distillation sèche. Il termine en ccb termes :
« Le gaz qui produit la flamme, bien préparé et puriflé, ne peut avoir les inconvénients de Ihuile ou du suif ou de la cire cm-
144 DicOUVEETES SClEIfTIFlQDES.
ployc^ft pour nous éclairer. Cependanl Tapparence d'un mal étant quelquefois aussi dangereuse que le mal même, il n'est pas inutile de faire remarquer combien il est facile de ne répandre dans les appartements que la lumière et la chaleur, et de rejeter à Textérieur tous les autres produits, même celui résultant de la combustion de ce gaz inflammable. Voici, pour cet objet, ce qui est exécute chez moi.
c La combustion du gaz inflammable se fait dans un globe de cristal, soutenu par un trépied et mastiqué de manière à ne rien laisser échapper au dehors des produits de la combustion. Un petit tuyau y amène l'air inflammable ; un second tuyau y introduit Tair atmosphérique, et un troisième tuyau emporte les produits de la combustion. Celui de ces tuyaux qui conduit rair atmosphérique, le prend dans Tintéricur de l'appartement quand on veut le renouveler, ou autrement il le tire de dehors. GomoK ces tuyaux s'unissent au-dessous du globe, il est nécessaire que celui du tirage s'élève verticalement dans une autre partie de m course, et qu'il y soit un peu échauflé au commencement de l'opération, pour déterminer le tirage. D*ailleurs, chacun de ces tuyaux peut avoir un robinet ou une soupape, afln que l'oo puisse établir le rapport que Ton peut désirer entre les foaniitures du gaz et le tirage.
« On conçoit, sans qu'il soit besoin de l'expliquer, que le globe peut être suspendu et descendu du plafond ; que dans tous ki cas, il est facile, par la déposition des tuyaux, de rendre prompte et immédiate la combinaison des deux principes de la coroboslion, de distribuer et modeler les surfaces lumineuses, et de gouverner et suivre Topération ; et qu'enfin, par ce moyen, la chaleur et la lumière nous sont données après avoir été ûltrées à travers du verre ou du cristal, et qu*ellcs ne laissent rien à craindre des effets des vapeurs sur les métaux. Il n'est point indispensable cependant, pour absorber les produits de combustion, qu'elle ait lieu dans un globe exactement fermé; un petit dôme ou capsule de verre ou de cristal, de porcelaine ou d*aiitrcs matières, peut les recevoir pour les introduire dans un tuyan qui, par son tirage, les pousserait continuellement (!}. »
(t) Addition au brevet d*invention de quinze ans^ accordé le 2^fft iembre 1790 à ^. Lêbon de Paris. [Description des machines etproctdét spécifiés dans les brevets d'invention et de perfectionnement et d'imptriatioH dont la durée est expirée^ t. V, p. 124.)
fCLàUMC AC fiiâX.
Philippe LcboD i^ikkb daa» »• brmi ,les i uses et U hotôUe e penduil, dans & qré. 0 plaçait dans me ^raée caisse néUlfiqBe des dies de bois qui étaient tooiabes à la dbtillaliao tèAt, .se dikomposaot par ]'ictk>o da iea, la nutière org^ pe donnait noi&âaace à d«« gai înlUaiDables, àdinnes iliAres empjreuraaliques, ï de l'acide ac^tiqae et à de ut. n restait du charbon comme r^tdu de U disùlla- B. LelwD coosacnùl legaxàl'MUin^ el il utilisai! U •leur du ToumeaD pour le rhauflage des apparlemeols. itk le nom de tkanmolmmpe poar cet appareil, qu'il touit EaitT adopter comme une sorte di- mcnlile de ménage. Ipttîs l'iKtjusqa'en 18(fi,il Glun grand nombre d'ex5»élOCes pour liri;r parti de tous les ptodoils qa'il obtenait. • premiers iberoioUmpes futeol t-Ubtis au Hairc; il se npoitail d'appliquer le gaa k l'écliirage du phare, et de Ere servir le goudron \ la manne. Mais les fluides élasliles qui prcnneot oaissaDce pendant la combustion dti jis, et qui se composent surtout d'oxyde de carl>oue et hjrdrt^Ène carboné, ne soni que très-peu éclairants ; en lire, l'inTenteur ne s'était pas occupé des moyens d'épuir ioa giii, qui répandait une odeur Irés-déugréable. oui Icit expériences exécutées au Havre n'éveillércutles qoo faiblement l'attentiou ou l'intérêt du public ; Lc- M revînt k l'aris sans avoir réussi à mettre ses vues en ealique.
Vapplicatîon de la bouille à l'éclairage, dont U ne parle t'ta passant, dans unenolo de son mémoire, fui cepen* IBt réalisée à Paris par Philippe Leboti. Les appartciucnls 1 les Jardins de l'hAlel Seignelay, qu'il occupait dans la Je Saint -Dominique, furent éclairés par ce moyen. Mais es procédés d'épuration élaicnt tout à fuit insurUuinls: t'iir fétide du gai, les produits nuisibles auxquels sa
14t DiCOUVERTES SCIENTIFIQUES.
combustion donne naissance lorsqu'il n'a pas été convenablement purifié, forcèrent Pinventeor à abandonner l'entreprise. A peu près ruiné par les dépenses considérables que ses expériences avaient exigées, il ie retira à Versailles, et alla établir auprès de Taqueduc de Marlj une fabrique d'acide pyroligneux.
La fabrication de l'acide pyroligneux que Leboo établit à Versailles n'était que l'application pratique des idées qui l'avaient conduit à la découverte de son ihermolampe. En distillant du bois en vases clos, on obtenait un résidu de charbon qu'on livrait au commerce ; il se formait du goudron, des gaz inflammables, de l'eau et de Tacide^acérique. Le gaz, ramené dans le foyer au moyen d'un tube, servait à activer la combustion ; le liquide aqueux chargé de goudron et d'acide acétique, purifié par les moyens chimiques convenables, était employé à préparer de racidc acétique faible, que l'on désignait et que l'on désigne encore sous le nom d'acide pyroligneux. Cette fabrication, qui présentait, on le voit, plusieurs faits remarquables, et dénotait de la part de l'auteur une rare intelligence, est pratiquée aujourd'hui dans nos forêts pour la préparation simultanée du charbon de bois et de l'acide pyroligneux; elle n'a subi depuis sa création que fort peu de changements.
Philippe Lebon réunissait, en efi*et, à un haut degré, les qualités de l'inventeur; il avait l'activité d'esprit, la sagacité de coup d'œil, la hardiesse d'exécution qui amènent et fécondent les découvertes. Quoique forcé d'abandonner les expériences qu'il avait entreprises à Paris sur l'éclairage au moyen du gaz de la houille, il n'avait jamais perda de vue cet important objet, et il n'est pas douteux que si les agitations politiques de l'époque eussent laissé à Hndustrie un plus libre développement, il n'eût mené à biea cette grande entreprise. Sa triste fin, arrivée en iSOS, pri^
ëCLAlItAGE AC GAZ. tlT
la France de l'honneur déHnilir de celte invention, l'a matin, au point du jour, quelques personnes relevèrent, un Champs-Elysées, le corps d'un homme pcrcii de conps: C*étiiil celui de Philippe Lehou. Au milieu des préoccupalions du moment, I:i cnuse de sa mort ne Tut point recher- Chéf, et son nom grossira la lisle de ces invcDleurs malheureux qui n'oni Irouvô auprès de leurs contemporains tpie rinrfifTdrence cl l'oubli.
Pendant que Philippe Lebon échouait dans ses tentatives Cl ne trouvait en Frrmce aucun encouragement pour le d^TcIoppcment de ses idées, un Ingénieur nommé Mur> docht qui avilit eu connaissance des résulUits obtenus k Pm-Îs, les mctlail en pratique en Angleterre. Les écrivains Inglais prt^tcndcnt que, ûès l'année 1792, Murdoch avait bit, dans le comté de Cornouailles, sa pairie, quelques expériences relatives aux gaz éclairants Tournis par dilTéreoles matières minérales ou vègélales. Aucun document oecODOrme ce fait. Ce n'est que dans l'année 1798 que Murdocb vint élablir, dans la manuraclure de James Watt, kSobo, prO:> (le Uirniingham, un appareil destiné h l'éclairage du bâtiment priiieipal, Cependant en système ne Ibtpns déllajtivemeni adopté dans l'usine de Solio, les expériences y rtirent souvent abandonnées et reprises. En l803, à l'occasion de la paix d'Amiens, Murdocb flt sur la façade de rétablissement de James Wiill une illuminatioo brillante ijui étonna beaucoup la pupulalion de Birtnîn^aiu,
Ce. n'est qu'en 1803 que l'éclairage par le gaz Tul élabli jtour la première fois, d'une manière définitive, en .\nglelerrc, dans une grande manufaclure. A cetic époque, la fobrique de James Watt l'adopta entièrement. Peu de Ivnips uprès, le bel établissement pour la Olalure du lin de HM. Pbitipps et l.ee, !i Manchcsisr, fut éclairé ft son tour ces moyens nouveaux,
i«8 DECOUVERTES SaERTmQCES.
Gepcndanl les procédés employés par Murdoch ne différaient que faiblement de ceux que Philippe Lebon avait mis en œuvre à Paris. Le gaz, mal épuré, renfermait tous les produits qui se mêlent, pendant la distillation de la houille, à l'hydrogène bicarboné, et communiquent aux produits de sa combustion des propriétés nuisibles. Ce genre d'éclairage, dans les conditions où il se trouvait à celte époque, ne pouvait donc être toléré que dans une manufacture. De là aux applications générales du gaz à réclaîrage public, il y avait un pas immense à franchir. Ce résultat important ne devait être réalisé qu'après de longues luttes et par une suite de persévérants travaux.
Un Allemand, nommé F.-A. Winsor, avait traduit en allemand et en anglais le mémoire de Philippe Lebon surle thermolampe. En 1802, il publia cette traduction à Branswick, cl la dédia au duc régnant, qui avait été témoin, avec toute sa cour, de ses expériences sur l'éclairage au moyen de la distillation des bois de chêne et de sapin. Donnant suite à ces premières recherches, Winsor continua ses essais dans les villes de Brome, Hambourg et Altooa; enfin il se rendit à Londres, et exécuta les mêmes expériences en public sur le théâtre du Lycée. Cependant les succès obtenus par Murdoch avec le gaz retiré de la houille décidèrent Winsor à renoncer à l'emploi des matières végétales. Il seconda ce dernier dans rétablissement définitif de l'éclairage de rétablissement de Watt àSoheet dans quelques fabriques de Birmingham. Convaincu dès lors de l'avenir réservé à cette industrie, il prit en Angleterre un brevet d'invention, et s'occupa de former une société industrielle pour appliquer le gaza l'éclairage public.
Ce n'était pas une fiiible entreprise que de fonder, au milieu de tant d'intérêts opposés, celle institution nouvelle^ Les industries existant à celle époque pour l'éclairage domestique devaient susciter contre un tel projet des obsta-
éCUURAGE AU GAZ. ]49
des de toul genre. Élever au milieu des villes des réservoirs immenses d'un gaz inflammable, placer le long des rues des conduits souterrains, conduire enfin ce gaz dans Tintérieur des maisons, en présence de tant de matières sujettes à l'incendie, c'était évidemment heurter toutes les habitudes reçues, et provoquer des craintes sans nombre, assez fondées d'ailleurs à une époque où l'expérience n'avait rien dit encore sur l'innocuité de telles dispositions. Ces premières difficultés auraient pu à la rigueur s'évanouir devant la pratique, si le gaz proposé avait offert dans ses qualités des avantages évidents. Mais loin de là, obtenu par les procédés mis en usage à cette époque, le gaz de Winsor présentait toutes sortes de défauts : son odeur était fétide, il attaquait les métaux, il donnait naissance en brûlant à de l'acide sulfureux ; enfin, on ne connaissait pas les moyens de prévenir les explosions qu'il occasionne lorsqu'il se mélange accidentellement avec de Tair atmosphérique. Toutes ces conditions si défavorables auraient bit reculer le spéculateur le plus hardi : elles n'arrêtèrent pas Winsor. En effet, tout semblait se réunir chez cet homme singulier pour en faire le type de l'industriel audacieux, qui, loin de céder aux résistances que soulèvent contre lui les intérêts contraires, y trouve un motif de plus de persister dans ses desseins, et qui, à force de hardiesse, de persévérance et de courage, par l'cxagéralion de ses assertions, par des promesses quelquefois menteuses, finit par contraindre l'opinion de plier à ses vues. Tout ce que Winsor avança d'affirmations téméraires, de promesses chimériques, est presque inimaginable. Cependant ne blâmons pas trop haut ces manœuvres : c'est à elles que nous devons l'éclairage au gnz.
Winsor publia à Londres, en iSOi, le prospectus d'une compagnie nationale « pour la lumière et la chaleur, » Il promettait k ceux qui déposeraient 100 francs un revenu
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annuel de 12,450 francs, lequel, ajoutail-il, était probablement destiné à atteindre un jour dix fois cette somme. (k)mme on avait manifesté la crainte que l'extension de son système d'éclairage n*amen&t peu à peu TépuisemeDl des mines de houille, Winsor déclarait avec assurance que le coke, résidu de la distillation de la houille, donnerait deux fois plus de chiileur en brûlant que le charbon qoi Tavail fourni.
Le capital de i, 250,000 francs, demandé par Winsor, fut entièrement souscrit; mais cette somme, au Heu de produire les revenus fabuleux que Ton avait annoncés, fut toat entière absorbée par les expériences.
Winsor ne se découragea pas. Appuyé par une commission de vingt- six membres choisis parmi ses anciens actionnaires, et qui se composait de banquiers, de maigislrats, de propriétaires, d'un médecin et d'un avocat, il enchérit si bien sur ses premières affirmations, qu'il se Ût accorder une somme de 480,000 francs pour continuer ses expériences.
Mais ce premier résultat ne suffisait point. Le grand but a alteindre, c'était d'obtenir du roi une charte d^incorporotion de la société. Pour y parvenir, Winsor ne devait reculer devant aucuq moyen.
Le problème de l'épuration du gaz était encore bien loin d'être résolu; les produits qu'on obtenait étaient d'une impureté extrême, leur qualité toxique et leur action flcbcuse sur l'économie étaient de toute évidence. Cependant Winsor n'hésitait pas à proclamer que son gax était doué d'une odeur des plus agréables, et que, loin de redouter les fuites qui pourraient se produire dans les luyaui, il viendrait un jour où l'on y pratiquerait tout expr^ une petite ouverture, afin de pouvoir respirer continuellement son odeur. A l'entendre, le gaz était encore un remède excellent; il jouissait de propriétés sédatives éminemoiefit
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utiles contre les irritations de poitrine. «Les médecins habiles, disait-il, recommandent d'en remplir des vessies et de les placer sous le chevet des personnes afifectées de maladies pulmonaires, afin que, transpirant peu à peu de son enveloppe, il se môle à Tair que respire le malade, et en corrige la trop grande vivacité. » Puis, se laissant aller sur cette pente, il ajoutait : « Dans le foyer même de TexploitatioD, l'air, au lieu d'être infecté d'une fumée nuisible, ne contient que des atomes de goudron et d'huile en vapeurs, d'acide acétique et d'ammoniaque. Or on sait que chacune de ces substances est un antiseptique. L'eau goudronnée s'emploie comme médicament à l'intérieur; les huiles essentielles sont aussi utiles qu'agréables à respirer; l'acide acétique on viqaigre est un antiputride, et l'ammoniaque est, comme l'hydrogène, un puissant sédatif. » Il terminait en disant que les navigateurs qui entreprennent des voyages de long cours feraient bien d'emporter, à litre de substance hygiénique, quelques tonneaux des résidus provenant de la fabrication du gaz.
Notre industriel avait à lutter à cette époque à peu près contre tout le monde. Les résultats fâcheux de ses premiers essais avaient laissé dans tous les esprits une impression très- défavorable. D'un autre côté, Murdoch, irrité de se voir contester par un rival ses droits d'inventeur, lui suscitait mille entraves. La plupart des savants, qui ne pou- Taient connaître encore toutes les propriétés du gaz de l'éelairage et le moyen de parer à ses dangers, se réunissaient pour combattre le novateur, qui, fort ignorant lui-même en ces matières, ne faisait que fournir des armes à ses contradicteurs par ses réponses erronées. tJn savant, qui nous est connu par un Traité des manipulations chimiques traduit en français, M. Accum, se distinguait entre tous par llnsistance et la force de ses objections. Il prouvait que le gaz, tel que le préparait Winsor, était d'un emploi difficile^
152 DECOCYERTES SGIEHTIFIQCES.
d*im maniement dangereux, et qu'il devait exercer sur l'économie une action très-nuisible.
Toutes ces critiques, qui agissaient de la manière la plus fâcheuse sur l'esprit du public anglais, n'ébranlèrent pas an instant les projets ni la ferme assurance de Winsor.
Le 1" mars 1808, il convoqua les actionnaires de sa compagnie. Il exposa les travaux exécutés jusque-là et l'état présent de l'exploitation. N'ayant pu obtenir l'autorisation d'éclairer les principales places de Londres, on avait dû se borner à l'éclairage de la grande rue Pall-Mail. Winsor . annonçait en outre qu'il avait adressé au roi un mémoire dans lequel il demandait pour la compagnie le priWlége exclusif de l'exploitation de sa découverte dans toute l'étendue des possessions britanniques. Le mémoire présenté à George III promettait un bénéfice de 670 pour 100 sur les fonds avancés. Mais le roi avait répondu « qu'il ne pouvait accorder la cbarle d'incorporation demandée par le mémoire qu'après que l'on aurait obtenu du parlement un bill qui autorisait la sociélé. »
Sur celte déclaration, une enquête fut ouverte le 6 mai 1809, devant la chambre des communes. Dans cet intervalle, Winsor n^avait pas perdu son temps. Par son insistance infiitigable, par sa remuante activité, il avait fini par multiplier singulièrement le nombre des partisans du gaz; l'opinion publique commençait à iléchir du côté de ses idées. Ce n'est du moins quo par cette conversion unanime que l'on peut expliquer ce qui se passa devant la commission d'enquête de la chambre des communes. Tous les témoignages invoqués, toutes les autorités consultées, se montrèrent favorables au nouveau système d'éclairage. Winsor fit comparaître d'abord des vernîsseurs qui employaient beaucoup d'asphalte étranger, et qui vinrent affirmer que le goudron ou l'asphalte du gaz donnait un noir d'un lustre bien supérieur, qu'il se dissolvait et sécliait
plus \ili-, cl pouvait Oli'c cmiilojé sansiiiél:inge avec la résine. Ucs leinluriers vinrent ensuite niinoncer que tes eaux SOUnoiiiBcalGS provenant de l'éptiration da gnz l'emporlaieol île beaucoup sur les prépamlions analogues dont ih it nsagc dans leurs ateliers. On conlre-mallre de oUbts dé(tlar« le goudron de Winsor bien supérieur aus luitA de ce genre d'une autre origine. Un chimtsle vint savoir ciue raiiimouiaque, appelée k remplacer le fu- , rendrait un jour il l'agriculture des services immenses. Enfin, les membres de la commission d'enquête ayant demandé à recueillir, sur ces dilTérenls sujets, l'avis d'un fibimiste spérialeinent versé dans la connaissance des propri^lâs du gaz de l'éclairage, Winsor n'hésita pas k désiter, pour remplir cet orOce, M. Accum, c'est-ï-dire préfMuienl le savant qui jusque-lit avait le plus vivement eomballu ses idéos, par ses discours el ses écrits. A l'étonaement général, M. Accum déclara en réponse aux qucsliODiqui lui furent posées par sir James Hall, président de la commission d'enqui^le, que le g.ii: obtenu par Winsor D'aVRÎt sucunc mauvaise odeur, qu'il brftIaJt sans fumée; enCa que le coke, formant le résidu de sa fabrication, était BOpérieurà toutes les autres qualités de combustible exis- UnlBurles marchés.
En dépit de ce concours inattendu de témoignages favorables, le bill d'autorisation fut refusé par la thambre dis communes.
Winsor se tourna .-tussitôtverslacbambre des pairs. En 1810, la comédie quiavait été jouée devant la chambre des communes recommença presque dans les mêmes termes devant la chambre dis lords. Elle eut cette fois un résultat plus heureux, car le bill d'incorporation, approuvé par la rhambre haute, n(;ut l'asscnlimentdu roi. La compagnie (le Winsor obtint le privilège exclusif de l'éclairage au , jao,Tca du gaz lig/it, et son capital fat fixé àO millions. ,
154 DÉGOU VERTES SCUMTIFIQUKS.
Elle commença alors à entrer d'une manière étendue et régulière dans Texploitalion de l'éclairage. Les appareili pour répuralion et pour la distribution du gax, lea formes les plus convenables pour la disposition des becs, tout ce qui se rattachait directement à la pratique de cette industrie nouvelle fut soumis à des expériences suiiies, qui finirent par porter Tensemble de ses procédés 4 un élat de perfection remarquable. Un ingénieur, M. Clegg, se distÎAgua par des innovations heureuses universellement adoptées aujourd'hui.
Cependant tous ces essais ne pouvaient s'exécuter tans devenir la source de dépenses considérables, et juSqo'à l'année 4816 la compagnie se traîna sans faire de perles ai de bénéfices. 11 fut reconnu à cette époque que la société allait être ruinée si Ton n'augmentait ses privilèges et si on ne lui accordait à perpétuité l'exploitation de l'éclairage dans toute la Grande-Bretagne.
Pour atteindre ce but suprême, Winsor mit tous les ressorts enjeu. Un nouveau comité d'enquête ayant été insli* tué auprès de la chambre des communes, il fit de nouveau passer sous les yeux de la commission une série de témoÎDS officieux qui rendirent aux qualités du gaz un hommage sans réserve. Tout le monde demanda que la nouvelle iadustrie fût encouragée. Les marchands et les manufactoriers assurèrent tous que le gaz avait des avantages bien supérieurs à ceux de l'huile ; il n'y eut pas jusqu'aux agents de police qui vinrent déclarer que le gaz était pour eux un puissant auxiliaire, et qu'à sa clarté ils apercevaient biea ■mieux un voleur. Ce qu'il y avait de sérieux dans ces témoignages, et ce qui frappa surtout le parlement, c'est que rétablissement de ce système d'éclairage devait créer en Angleterre, avec de nouveaux débouchés pour les houilles du pays, d'autres produits nouveaux, tels que du goodron, des huiles minérales, des sels ammoniacaux, etc..
iCLAlHAOB AU GAZ. 1S5
icrpliblcs (le recmoir dnos l'induslric des applicalions les.
1 restait néanmoins un point esssnlicl k éclaircir. On lit signala beaucoup d'explosions dans les boutiques de adres, et la commission d'enquéle voulait être bien flée sur ce fait. On demanda, en conséquence, des rengaements positifs sur les chances d'explosion que préile un mélange de gaz et d'air atmosphérique. Avec i assurance accoutumée, Winsor répondit que, dans
propre maison, en présence de Humpfary DaiT e( de Jtmes Hall, on était entré avec une boufçie allumée, i» provoquer de détonation, dans tmc chambre bien ferw et qui avait été remplie de gaz pendant trois jours et i$ nuits. Enchérissant sur cette première assertion, il nia que l'expérience avait élé répétée sans accident •èa avoir rempli la chambre de gaz pendant sept jours Hpt nuits. Et comme les membres de la commission, nint quelques doules sur ce fait, demandaient quel était >ilime assez courageux pour avoir tcuté une pareille ■euve : « C'est moi ! u répondit Winsor. ivtc de tels procédés, avec une manière si hardie de Br les obstacles, le succès ne pouvait être douteux.
bill déHnitif, réglant les derniers privilèges de la eom- [nîe, fut accordé le i" juillet Itltfi et sanctionné par >fge !I1. On donna k la société dirigée par Winsor l'auiantion d'élever à 10 millions son capital, qui plus lard evajusqu'àâS millions. La Comp/ignie roya/e s'organisa ) ce moment d'une manière définitive. On établit dans [uarlierdeWe.slminsler trois grands ateliers d'éclairage, isieurs autres usines s'élevt^rent bientAt, par les soins la même compagnie, dans les fauboui^s de Londres et I» plusieurs villes de province. Enfin l'éclairage parle : prit en quelques années un tel développement en Anterre, qu'en (82311 existait à Londres plusieurs ennipa-
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gnies puissantes, et que celle de Winsor avait posé à elle seule cinquante lieues de tuyaux.
La faveur qui avait accueilli eu Angleterre les premiers établissements du gaz light inspira à Winsor la pensée de transporter en France cette industrie. Ce projet, dont nous recueillons aujourd'hui les bénéfices, devait lui causer d'amers regrets. Les luttes dont il avait trionophé dans son pays furent surpassées par celles qu'il eut à combattre parmi nous, et qui consommèrent sa ruine.
Winsor vint à Paris en 4815. La rentrée de l'empereur et les troubles des ccnt-jours apportèrent un premier obstacle à ses projets. Ce ne fut que le i*' décembre qu'il put obtenir le brevet d'importation qu'il avait demandé. Lorsqu'il s'occupa ensuite démettre sérieusement ses vues en pratique, il trouva à Paris une résistance presque universelle, et qui aurait été de nature à déconcerter uq homme moins habitué que lui à mépriser et à combattre les sentiments publics. Dans cette croisade que beaucoup de savants français entreprirent contre les idées de Timportateur du gaz, Tlnstitut lui-même occupa une place que l'on voudrait pouvoir dissimuler pour l'honneur du premier corps savant de l'Europe. Ce qui. rend moins excusables encore ces discussions opiniâtres qui durèrent plusieurs années, c'est le peu de valeur des arguments que l'on invoquait. On prétendait que les houilles du contioeot seraient tout à fuit impropres à la production du gaz, assertion dont la pratique ne tarda pas à démontrer l'erreur. On ajoutait que l'introduction du gaz porterait à l'agriculture française un domipage considérable, en ruinant l'industrie des plantes oléagineuses : tous les principes de l'économie publique faisaient justice de cette dernière appréhension. Clément Desormes, savante et manufaelurier habile, alla jusqu'à avancer que le gaz de l'éclairage ne pourrait jamais être adopté en France, en raison des dan-