‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernesChapitre 23 sur 42 · I-E PARATONNERRE · texte numérisé non relu

I-E PARATONNERRE

par an, comme par le passé, les périlleuses visites de l’électricité météorique. Dans 1e coure d’un seul orage, le tonnerre tomba jusqu’à dix fois sur le clocher; et en 1778 il fut foudroyé à cinq reprises différentes : la cinquième fois l’atteinte fut si violente, que craignant pour la solidité de l’édifice, le comte Orsini se décida à le foire démolir. On le releva de nouveau, mais cette fois eu le munissant d’un paratonnerre. Depuis cette époque jusqu’en 1783, date des observations de Lichtenberg, aucun accident ne vint compromettre la solidité de ce bâtiment. Une seule fois le ton- ' nerre vint le frapper, mais l’électricité s’écoula le long do la route qu’on lui avait tracée, et ne fondit pas même la pointe du conducteur (1).

L’abbé Toaldo est le premier qui, en 1782, établit des paratonnerres en Autriche et en Bavière. A peine les conducteurs étaient-ils placés sur le château de Nymphenhourg, appartenant à l’Electeur de Bavière, que ce prince y observa le pi’emier, dans un orage, des feux sur les pointes de deux de ces instruments. Il fit aussitôt appeler pour témoin toute la cour, dans laquelle il y avait, comme les appelait l’Electeur, des hérétiques en électricité, lesquels fiu’cnt convertis à la seule inspection de ce phénomène.

Un autre fait curieux fut observé à Nymphenbourg. Pendant un orage, on vit s’avancer vers le château des nuées orageusesqui lançaient de terribles éclairs. Mais dès que ces nuées avaient passé au-dessus des paratonnerres, elles devenaient toutes « comme des charbons éteints; aucune n’é- « clairait plus, ayant fait passer tout leur feu dans les « pointes.» Beaucoup de personnesfurent témoins de ce fait, ainsi que l’abbé Toaldo qui l’a rapporté (2).

Dans le mémoire de l’abbé Bertholon intitulé ; Nouvelles Preuves de l'efficacité des paratonnerres, on lit que, durant

(It Dertholon, De l’électricité des météores, 1. 1, p. 201.

(2) Ibid., t-1., p. 108.

une tempête terrible, les paratonnerres de Londres, et principalement les pointes de ceux qui se trouvaient sur le palais de la reine, se montrèrent lumineux. « On voyait,

« dit Bertholon, le fluide électrique se jouer et voltiger de « la plus belle manière. » Le fluide fut si bien transmis, qu’il n’y eut en ce moment, malgré la violence de l’orage, aucune maison de Londres qui eü souffrît le moindre dégât (1).

Un autre exemple de l’utilité des paratonnerres fut constaté à Glogau, dans la Silésie, en 1782. Le 8 mai, vers buit heures du soir, un orage venu de l’ouest vint fondre non loin du magasin à poudre établi dans Galimburg. Un éclair éblouissant parcourut le ciel, accompagné d’un effroyable éclat de tonnerre, le tout avec tant de violence, que la sentinelle, frappée de stupeur, perdit pour quelques moments l’usage de ses sens. Quelques ouvriers employés aux travaux de la forteresse, à deux cent cinquante pas des magasins, virent la foudre sortir du nuage et frapper la pointe du conducteur, sans lequel évidemment tous les bâtiments auraient sauté (2).

« La grande colonne de Londres le Monument, dit Arago dans sa Notice sur le tonnerre, fut élevée dans l’année 1677, par

(1) NouvellesPreuves de l’efficacité des paratonnerres, in-i, avec figures, p. 18 et 19.

(2) C’est ce qui était arrivé pour une énorme quantité de poudre appartenant à ia république de Venise, et qui se trouvait déposée sous les voûtes de l’église de Saint-Nazaire, à Brescia. Au mois d’août 1767, la tour principale de cette église fut frappée de la foudre ; le fluide électrique descendit dans les souterrains, et deux cent sept mille six cents livres de poudre firent explosion. Un sixième de la belle cité de Brescia fut détruit par cette catastrophe, qui entraina la mort d'environ trois mille personnes. Un événement de même nature, amené par l’absence de précautions, üt sauter, à Sumatra (1782), les bâtiments d’un entrepôt où étaient enfermés quatre cents barils de poudre. Enlin, à Luxembourg, en 1807, l'explosion d’un magasin où la foudre mit le feu à douze tonneaux de munitions d’artillerie fit écrouler toute la partie inférieure de la ville.

LE PARATONNERRE

Christophe Wren, en commémoration du grand incendie de cette capitale. Elle a environ soixante-deux mètres de hauteur, à compter du pavé de Fish-street. Sa partie supérieure se termine par un large bassin de métal, rempli d’un grand nombre de bandes également métalliques, plus ou moins contournées, dirigées dans divers sens, et qui, étant destinées à figurer des flammes, sont toutes terminées en pointes très-aiguës. Du bassin jusqu’à la galerie descendent verticalement quatre fortes barres de fer, qui servent d’appui aux marches de l’escalier de même métal, aboutissant au bassin. Une des quatre barres (elle n’a pas moins, à sa base, de treize centimètres de large, sur vingtcinq millimètres d’épaisseur) est en communication avec les mains courantes en fer de l’escalier, lesquelles descendent jusqu'au sol. Tout te monde retrouvera ainsi les pointes multiples de certains paratonnerres et le conducteur. Je n’ai pas appris que, dans les cent soixante années qui se sont écoulées depuis 1677, un seul coup de foudre ait frappé \<^ Monument.

M Les dégâts faits par la foudre dans la tour de Strasbourg étaient, chaque année, l’occasion d’une dépense considérable. Depuis l’époque assez récente où la flèche a été armée d’un paratonnerre, les dégâts sont nuis, et la dépense a disparu du budget municipal (1). »

Le 5 septembre \ 779, un violent orage ayant éclaté à Manheim, la foudre tomba sur une cheminée de la Comédie allemande et la mit en pièces. Elle frappa en même temps une maison située à peu de distance : c’était celle du comte de Riaucour, ambassadeur de Saxe à Paris , cette dernière était munie depuis deux ans d'un paratonnerre, qui la prései’va de tout dégât, car la foudre suivit parfaitement la chaîne conductrice. Plusieurs officiers et autres personnes virent la flamme électrique tomber sur le paratonnerre et de là sur le sol, où elle souleva un tourbillon de sable qui couvrit le conducteur à son entrée en terre. Ce paratonnerre avait été élevé par l’abbé Hemmer de l’.Vcadéniie de Manheira, garde et démonstrateur de physique du cabinet de l’Électeur.

(I) Arago, Notices scientifiques, t. I, p. 38C.

240 DÉCOtVERTES SCIENTIFIQUES.

« Informé de ce fait, écrit l’abbé Heramer, je me rendis le 16 du môme mois, avec une bonne lunette, devant la maison de M. le comte deRiaucour, où, ayant bien examiné les pointes des conducteurs (chacun en a cinq), j’en ai découvert une qui était fort endommagée, et c’était précisément sur le conducteur sur lequel on assurait avoir vu tomber la foudre. J’ai fait monter un couvreur pour dévisser cette pointe, qui était la perpendiculaire, les quatre autres étant horizontales; cet homme me l’ayant apportée en présence de plusieurs personnes, nous l’avons trouvée fendue vers le haut, et très-fortement courbée et tortillée à la longueur de deux pouces et demi. A l’endroit où cette courbure finit, elle a deux lignes et demie de 'diamètre. J’en ai fait visser une autre à sa place, et je conserve la première dans le cabinet de physique de S. A. S. E. (1). »

Le paratonnerre que l’abbé Bertholon avait élevé sur l’église de Saint-Just à Lyon donna une preuve, de l’efficacité de ces instruments, même quand ils sont privés de leur pointe. Le désir de voir la foudre tomber sur ce paratonnerre, afin de montrer à tous les yeux la manifestation de l’utilité de cet appareil, avait engagé Bertholon à différer assez longtemps de le compléter en l’armant de sa pointe ; il espérait que dans cet état la foudre, qui l’avait auparavant assez souvent visité, pourrait y revenir. Le 3 septembre 1780, après un orage accompagné de vent, de pluie et de fréquents tonnerres, un grand nombre de personnes virent un trait de feu serpentant venir frapper l’extrémité du paratonnerre désarmé de sa pointe, l’instrument le conduisit en silence jusque dans la terre, sans qu’il occasionnât le moindre dommage à l’édifice. Ainsi la physique fit dans ce cas l’épreuve que tous les gouvernements prescrivent pour s’assurer d’avance do la résistance des bouches à feu et de celle des machines à vapeur. La pointe fut placée ensuite sur la tige du paratonnerre pour compléter l’instrument (2).

(1) Sigaud de Lnfond, Précis historique et expérimental sur l'électricité, p. 25‘J.

(2) Bertholon, De l’électricité des météores, 1. 1, p. 206.

LE PARATONNERRE

Le château royal de Turin, la V aient ina, qui avait souvent été frappé du tonnerre, s’en trouva entièrement à l’abri dès qu’il fut armé d’un paratonnerre par Beccaria.

En 1783, la foudre fit beaucoup de ravages dans toute l’Italie ; mais à Gênes, où l’on avait élevé un grand nombre de paratonnerres, elle ne fit presque aucun mal, et selon la remarque de Landriani, elle ne frappa que deux ou trois maisons assez éloignées de ces conducteurs.

Arnolsini a remarqué que la foudre ne tomba point dans l’été de 1783, à Lucques, où il avait introduit le premier l’usage des paratonnerres, bien qu’elle fît de grands ravages, pendant le même temps, dans toute l’Italie. Aux environs de Bologne, elle tomba très-souvent et tua quatre personnes. Néanmoins elle respecta le palais de Saint-Marin et deux édifices de Lucques armés de conducteurs, qui, avant cette époque, avaient souvent été foudroyés.

Schinttz, secrétaire de l’Académie de Zurich, ville dans laquelle on avait élevé un grand nombre de paratonnerres, a également observé que, malgré la très-grande qtiantité d’orages qui éclatèrent en Suisse, en 1783, aucune maison ne souffrit le plus petit accident.

La maison de campagne du comte de Mniszeck, à Demblin, avait été ravagée par la foudre pendant plusieurs années, ce qui détermina à y élever un appareil préservateur; dès lors la foudre put y tomber cinq fois sans occasionner aucun effet fâcheux.

L’abbé Hemmer écrivait en 1783, à Landriani, que l’église luthérienne de Bornheim et celle de Nierstein, qui avaient été très-souvent fort endommagées par le feu du ciel, en furent entièrement préservées, même dans les orages les plus terribles, dès qu’on les eut munies de paratonnerres.

D’après M. Greppi (1), les maisons de Hambourg n’éprou-

(1) Dissertation de M. Landriani, 1784, p. 283 etsuiv.

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