‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernesChapitre 24 sur 42 · II · texte numérisé non relu

II

vèrent plus aucun dégât de la foudre depuis que ces appareils y furent établis (1).

(1) On se fait diflîcilement l’idée de la quantité de fluide électrique qu’un paratonnerre peut neutraliser. Pour donner un résultat précis sur ce point et montrer par une évaluation positive l’efllcacité de l’appareil de Franklin, nous citerons un curieux passage de la iVo.'ice d’Arago sur le tonnerre, où cette question est traitée avec précision.

« l.a matière fuiniinante que les paratonnerres en pointe soutirent aux nuées est-elle considérable ? dit Arago. Peut-il résulter de cette action un affaiblissement sensible des orages? Là où il y aura beaucoup de paratonnerres, les coups de foudre seront-ils moins à redouter? Des expériences de Beccaria m’ont fourni les éléments nécessaires pour éclaircir, je crois, tous ces doutes.

« Cet habi e physicien avait dressé à Turin, sur deux points du palais de Valentino fort éloignés l’un de l’autre, deux gros flls métalliques rigides, maintenus en place à l’aide de corps de certaines natures que les physiciens appellent corps isolants. Chacun de ces fils était peu éloigné d'un autre fil métallique ; mais celui-ci, au lieu d’être isolé, descendait le long du mur du bâtiment jusqu’au sol, où il s’enfonçait assez profondément. Le premier fil, comme on voit, était le paratonnerre ; le second, le conducteur. Eh bien, en temps d’orage, de vives étincelles, je pourrais dire des éclairs de la première espèce, jaillissaient sans cesse entre les flls isolés supérieurs et les flls inférieurs non isolés. L’œil et l’oreille suffisaient à peine à saisir les intermittences : l’œil n’apercevait aucune interruption dans la lumière, l’oreille entendait un bruit à peu près continu.

« Aucun physicien ne me démentira, quand je dirai que chaque étincelle prise isolément eût été douloureuse; que la réunion de dix aurait suffi pour engourdir le bras; que cent eussent peut-être constitué un coup foudroyant. Cent étincelles se manifestaient en moins de dix secondes ; ainsi, chaque dix secondes, il pa.ssait d’un fil au fil correspondant une quantité de matière fulminante capable de tuer un homme ; en une minute six fois autant ; en une heure soixante fois plus qu’en une minute. Par heure, chaque tige mct ilUque du palais de Valentino arrachait donc aux nuées, en temps d’orage, une quantité de matière fulminante capable de tuer 360 hommes. Il y avait deux de ces tiges : le chiffre 3ü0 doit donc être doublé; nous voilà déjà au nombre 720. Mais le Valentino se composait de sept toits pyramidaux, recouverts de feuilles de métal communiquant avec des gouttières également métalliques qui s’enfonçaient dans la terre. Les sommets de ces pyramides étaient pointus ; ils s'élevaient plus dans les airs que les extrémités des deux lignes sur lesquelles Beccaria opérait. Tout autorise donc à supposer que chaque pyramide soutirait aux nuages autant de matière au moins que les minces tiges en question. 7, multiplié par 3G0, donne 2520 ; et si l’on ajoute les 720 des deux tiges, on trouve 3240. En cavant tout au plus

LE PARATONNERRE

Dans tous les faits qui précèdent, il n’a été question que d’édifices et de maisons préservés du feu du ciel par l’appareil de Franklin. Donnons maintenant les preuves que les navires en mer peuvent être mis, par le même moyen, à l’abri de ce redoutable météore.

En 1780, le physicien Delor montrait à Paris, comme objet de curiosité, une portion du conducteur du paratonnerre d’un vaisseau anglais, formé d’une pointe de fer doré qui communiquait avec une chaîne de tringles de fer descendant jusque dans la mer. Dans la réunion de ces tringles, il existait par hasard une petite interruption de trois à quatre lignes. Ce vaisseau ayant été surpris, dans sa route, par un orage considérable, tout l’équipage put observer pendant trois heures l'écoulement du feu électrique dans la portion interrompue du conducteur.

Le naturaliste Forster, dans son voyage autour du monde, eut l’occasion de reconnaître l’efficacité des paratonnerres sur les navires. Les îles de la mer du Sud sont exposées à de violents orages qui éclatent en toute saison. Pendant que Forster naviguait dans ces parages, il faisait souvent attacher les chaînes du conducteur du paratonnerrô pour prévenir les effets de la foudre. Le bâtiment se trouvant un jour dans l’île d’Otahili, on envoya un matelot attacher cette chaîne au grand mât. Cet homme eut à peine rempli son office, qu’un autre matelot, qui nettoyait la chaîne avant de la fixer près des haubans, reçut une secousse électrique, et J’on vit le feu du ciel descendre le long de ce conducteur, sans occasionner le moindre accident.

Voilà sans nul doute un témoignage décisif de l’efficacité

bas, en supposant que le Valentino agissait par ses pointes, que le reste du bâtiment était absolument sans action, nous n’en trouverons j as moins, pour ce seul édifice, que la quantité de matière enlevée à l’orage dans le court èspace d’une heure eût sufti pour tuer plus de trois mille hommes. »

(Arago, Notices scientifiques, t.I, p. .338 340.)

des paratonnerres sur les navires. La foudre est transmise par la chaîne conductrice ; on la voit descendre du ciel dans la mer : elle avertit de sa présence, par une secousse électrique, le matelot qui allait fixer le conducteur, et aucun accident n’arrive; si la chaîne n’eût pas été placée à temps le long du mât, le vaisseau eût été foudroyé.

Le capitaine Cook a rapporté une autre observation qui est tout aussi décisive sous ce rapport :

« Nous éprouvâmes, sur les neuf heures, dit le célèbre navigateur dans le récit de l’un de ses voyages autour du monde, une horrible tempête, accompagnée d’éclairs et de pluie, pendant laquelle un navire hollandais, dit l’Indien occidental, eut son grand mât brisé et emporté de dessus le lillac; le grand perroquet et le grand hunier furent mis en pièces. 11 y avait une espèce de dard en fuseau de fer au sommet du grand perroquet, qui dirigea probablement le coup; ce vaisseau n’était éloigné des nôtres que de la portée de deux câbles, et il y a toute apparence que nous aurions subi le même sort, sans une chaîne électrique que nous avions attachée au haut de nos vaisseaux, et qui conduisit la foudre sur les côtés. Mais quoique nous ayons échappé au ravage de la foudre, nous éprouvâmes une explosion semblable à un tremblement de terre, et la chaîne parut en môme temps comme une traînée de feu. La sentinelle, occupée à la charger, éprouva une secousse qui lui fit tomber son mousquet d’entre les mains, et brisa même la baguette. Je ne peux donc trop recommander de pareilles chaînes pour chaque vaisseau ; quelle que soit sa destination, j’espère que le malheui-eux destin du Hollandais servira, à ceux qui liront cette relation, d’avertissement pour ces pointes de fer qu’on fixe au haut du mât. »

On a fait remarquer judicieusement, à propos de ce récit du capitaine Cook, que le conducteur de son navire n’ayant qu’un sixième de pouce de diamètre, était trop mince pour cet objet ; car il aurait dû, pour jouir de toute son efficacité, présenter au moins un pouce d’épaisseur. Il paraît aussi que la pointe qui appartenait originairement à la chaîne

LE PARATOXXERRE.

conductrice avait été volée, et que celle qui fut atteinte par la foudre était d’un travail inférieur et moins aiguë. Sans ce double défaut d’une pointe obtuse et d’une chaîne trop mince, le coup de foudre aurait été entièrement prévenu.

Au mois de juin 181d, dans le port de la Jamaïque, le vaisseau le Norgc et un navire marchand furent atteints par la foudre et gravement endommagés ; ils n’étaient munis ni l’un ni l’autre de paratonnerres. Les autres bâtiments, en très-grand nombre, qui remplissaient le port, furent respectés ; ils étaient tous munis de leurs paratonnerres.

En janvier 1814, la foudre tomba dans le port de Plymouth. Le vaisseau Milleford fut le seul frappé et endommagé. Il était aussi le seul qui, dans ce moment, ne se trouvât point muni de son paratonnerre.

Trois coups de foudre frappèrent, en janvier 1830, dans le canal de Corfou, le paratonnerre du vaisseau anglais l'Etna, sans lui causer le moindre dommage. Le Madagascar et le Mosqueto, vaisseaux sans paratonnerre s, placés non loin de Y Etna, furent atteints et fort maltraités par ce météore.

Après des faits si nombreux, et dont on pourrait étendre presque indéfiniment la liste, le lecteur demeurera suffisamment convaincu de l’efficacité des paratoinicrres, et trouvera sans doute bien justifié l’hommage que la poésie a rendu à cette belle découverte scientifique, quand elle a dit, par l’or gane de l’auteur des Mois, en parlant de la tige électrique :

Et par elle, à nos pieds, conduit san.s violence,

Le tonnerre captif vient mourir en silence.

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