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pourront mieux que jamais réaliser et reconnaître ce que peut un seul homme créateur né, et qui fut leur frère.
Suivre cet artiste dans la conquête de son art, quelle tâche superbe ce serait à accomplir, le suivre, d'année en année, d’une étape à l’autre, à travers les luttes, les problèmes, les angoisses et les victoires. De peur de nous laisser entraîner par ce poignant attrait, renonçons-y, et attirons encore l'attention sur deux parties particulièrement suggestives de l'exposition : les dessins d’abord ; la radieuse suite de paysages du Léman ensuite.
Dans l’évolution de son art, Hodler a parcouru une période entre autres où les problèmes quiinquiétaient les impressionnistes français le touchèrent de près, lui aussi. La lumière ne pouvait que le fasciner magiquement, lui si épris de clarté et poussé d’instinct vers la visibilité la plus grande. Il avait des amis à Genève, des collègues, qui étaient, par tout leur tempérament, par l'essence même de leur nature, portés à faire de leur art une offrande à la lumière. Hodler cependant, déjà orienté vers des visions architecturales, étant, lui surtout, maître de la figure, figure-colonne, figure-chaînon, restait en marge de ce mouvement et continuait à préparer ces grands desseins. La forme avait pour elle son intérêt, quasi exclusif, elle dominait ses autres facultés ; et sa conscience en même temps que sa prodigieuse passion à mouvoir, à régir, à coordonner ses figures en masses, en rythmes, l’amenaient à produire, d’une œuvre à l’autre, une infinité de croquis toujours plus suggestifs, servant et atteignant son but toujours plus hardiment, plus amplement, plus simplement. Ils sont légion, ces dessins-croquis, et leur ensemble constitue à vrai dire une légion, légion d'honneur que
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rien n'égale... C’est là que les visiteurs de cette exposition s’instruiront, s’édifieront, se prépareront le mieux peut-être.
Et c'est devant l’immortelle suite de paysages du Lac qu'ils comprendront la fin splendide de cet acheminement vers toujours plus d’éloquente simplicité. Est-elle assez grande de lignes, assez lumineuse pour les assembler tous, les amis du monde familier et ceux du vaste monde, les fervents de la forme et ceux de la couleur, du ton, de la nuance, et pour leur faire avouer que làily a miracle, que là une victoire suprême a été remportée ? « Toute la Savoie y est», disait gentiment Hodler pour nous faciliter de nous initier à cet univers en or et en feu. Avec la Savoie, tout le lac y est, et toute la beauté du monde, et un grand cœur, et toute une vie offerte à l'art évocateur de perfection et d’infinité.
D' JOHANNEÈS WIDMER.
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