CHAPITRE VI
De U société, le sa lalue, le sm «rigiie et le soi kt.
L'existence des droits absolus ne dépend d'aueon acte de volonté , ni de l'individu qui les possède, ni de la société qui les fournit; ils résultent immédiatement de la nature de l'homme. Mais il n'en est pas ainsi de tous les droits. Les rapports dans lesquels Thomme vit avec ses semblables nécessitent t comme nous Tavons vu , un échange continuel des produits de l'activité intellectuelle et physique de l'homme, des offres et des acceptations constantes de services nécessaires pour les buts que les divers membres de la société poursuivent dans leur vie. Comme la qualité qui caractérise les hommes, en tant qu'êtres individneli , est la liberté, et comme cette qualité, inhérente à la personnalité , doit être conservée et respecta dans les rapports sociaux , chacun vis-à-vis d'un autre est libre, et, pour être obligé envers lui à des actions positives ou à des omissions non comprises dans les justes limites de la liberté individuelle, il faut de sa part un acte spécial renfermant la déclaration libre de sa volonté. Cette déclaration de deux ou plusieurs personnes de vouloir entrer sur un objet déterminé dans un rapport obligatoire , est ce qu'on appelle un contrat ou une convention .
Tous les rapports sociaux, établissant un lien plus ou moins permanent entre plusieurs individus , d'abord isolés, sont le produit d*un contrat, mode de liaison plus ou moins durable entre des êtres libres et égaux.
Le rapport juridique, établi entre plusieurs personnes, peut être de différentes sortes; il est ou transitoire dans son objet ou permanent. Dans le premier cas, il existe ce qu'on appelle contrat ou convention: dans le second cas , il y a société proprement dite.
Nous ne nous occuporons du contrat que pour signaler ce qui le distingue du Droit. Cette distinction est importante; c'est parce qu'on Ta négligée, que la théorie de la vie sociale est restée si longtemps incomplète.
Dans les législations, qui se fondent sur le principe négatif de la liberté individuelle , la constitution, la modification et le transport d'un droit sont considérés comme dépendants de la volonté des individus et comme pK[>uvant être le résultat d'un contrat , cependant le droit ne se fonde pas sur la volonté changeante et souvent déraisonnable des individus ; on ne peut donc pas admettre le contrat comme raison constitutive d'un droit. Le droit qui est l'objet du contrat existe antérieurement; la convention est seulement la forme par laquelle le droit est reconnu et précisé entre ]^usieurs personnes. Le droit a un caractère extérieur; il est fondé sur la natiire de^ hommes, il a sa base dans les besoins qui résultent de leur développement physique et intellectuel. C'est à la raison à découvrir le droit en recherchant les conditions de ce développerrtftnt . et à la volonté à le mettre à
exécution; mais la volonté et la raison peuvent se tromper, et en effet le droit a été souvent méconnu par les hommes dans leurs rapports sociaux. Néanmoins le droit reste étemel comme la nature humaioe, et, mieux compris, il triomphe à la fin sur tous les contrats , sur toutes les conventions qui s'opposent à sa réalisation. Le contrat, comme tel, ne peut donc pas être la source ou le principe d'un droit. Les personnes contractantes doivent, au contraire, examiner d*abord individuellement et en commun ce qui est droit ou juste, et les résultats de cet examen commun sont ensuite consignés dans la forme du contrat. Le droit est le fond , tandis que le contrat est la forme par laquelle le droit est exprimé comme convenant aux personnes contractantes. Le droit est ainsi antérieur au contrat; la convention ne crée pas le droit , elle détermine seulement une modification dans un droit qui existait déjà pour Tune ou l'autre des deux parties.
Les lois positives, quand on les examine d'après leurs véritables principes , exigent implicitement cette antériorité d'existence du droit par rapport au contrat. Ces lois n'admettent pas qu'on passe des contrats sur des droits d' autrui; elles exceptent aussi beaucoup de droits de la possibilité d'être changés ou transportés par des contrats. En réalité, la convention n'exprime que l'établissement d'un rapport personnel obligatoire sur un droit plus ou moins général ; elle est la spécialisa* tion et l'application d'un droit général à des personnes déterminées. Tl résulte de là qu'un contrat ne doit jamais être en opposition avec un droit général, avex* les droits qui , avec raison , ont été
appelés primitifs ou absolus. Ce point est important dans la théorie de la vie sodale ; lui seul peut décider la question de savoir si le contrat social , dans le cas où l'on admet son existence , doit être considéré comme la source des droits publics et politiques.
Passons au droit de société proprement dit.
La société est le produit de la fticulté naturelle d'association, départie aux homfies^ pour qu'ils se servent réciproquement d'aide et de complément dans leur vie finie et individuelle. L'homme , en acquérant seul parmi les êtres vivants du monde la consdenee des grands progrès qu'il peut accomplir, malgré l'imperfection de sa nature, sent aussi le plus vivement que, pour vivre et se développer, il lui i^ut le concours constant de ses semblid>le8. La faculté et le désir de sociabilité existent donc dans tout homme.
£n général, la société est l'union d'un plus ou moins grand nombre de personnes qui se sont engagées librement à poursuivre, par leurs efforts réunis, un but commun. La société ne peut donc pas exister sans but, et c'est V identité du but qui donne à la société cette unité qui fait consld^r tous les membres comme une seule personne appelée morale, collective ou juridique, pour la disânguer de la personne physique , individuelle. Or, comme c'est le but commun, poursuivi par une société, qui lui donne son caractère particulier, et comme le choix de Tun ou de l'autre des buts fondés dans la nature humaine est un acte de liberté morale, toute société, loin d'être d'une nature purement juridique, est avant tout une institution de morale.
C'est doue une erreur de croire que la formation d'une société est un acte civil qui doit se faire à la ^veur de la loi ou de TEtat. Le droit ou la loi Joue un rôle secondaire partout où il s'agit de la poursuite individuelle ou sociale des buts rationnels ; l'Etat doit seulement fournir les conditions extérieures pour faciliter la formation des sociétés et pour les aider dans leurs œuvres. Toute sociéié tire donc le d/oit de son existence du hut quelle se propose. Une société poursuivant un hut rationnef quelconque de la vie humaine n'existe pas par concession de l'Etat , mais de droit naturel ; elle se fonde sur l'exercice de deux fieu^ultés humaines, la raison et la liberté , auxquelles l'Etat est tenu seulement de fournir les conditions d'existence et de développement. L'erreur de Fopinion contraire vient de la confusion vulgaire du Droit et de la Morale , confusion dangereuse pour toute espèce de liberté et que nous avons pris soin d'éviter jusqu'ici.
Gomme le caractère distinctif d'une société réside dans le but paiiiculier qu'elle poursuit, il y a autant d'espèces de sociétés qu'il y a de buts principaux pour l'homme et pour la vie humaine. On a vu précédemment que ces buts généraux sont la Religion, la Morale, la Science, l'Art, l'Industile, le Commerce et le Droit. Toutes les sociétés sont donc ou religieuses, ou morales, ou scientifiques, etc. Mais nous avons vu également qu'il y a une deuxième série de sociétés principales , celles qui embrassent à des degrés différents la personnalité entière des membres associés; telles sont la société de famille, de commune, de nation, qui Jusqu'à présent est le dernier degré d'association, mais qui
dans l'avenir sera certainement franchi par la confédération des peuples et même de tonte THumanité. Les sociétés de personnalités sont des foyers qui concentrent dans une sphère plus ou moins étendue tout ce qui est humain, qui réunissent toutes les facultés , toutes les affections » tous les buts de la nature humaine. A cet égard, elles sont en même temps une institution religieuse, morale, juridique, etc. ^ *
Mais une question importante, c'est celle de savoir quelle est Torigine de la société en général, et quelles sont les lois qui président à son développement, question à laquelle se rattache celle de son but et de sa nature.
La société est l'œuvre de plusieurs puissances réunies. Formée d* abord par Finstinct naturel de sociabilité dont Thomme a été doué par Dieu, elle s'est conservée, organisée et perfectionnée par toutes les forces et les facultés de Tâme et de l*inteiligence, et selon la part plus ou moins importante que chacune d'elles a prise au développement social. Ce développement s'est opéré, et s* opère encore, conformément à des lois providentielles et générales qui président, sous des formes et à des degrés différents, à l'évolution de tous les êtres de l'univers. De même que dans l'organisme du corps, les fonctions inférieures prédominent d'abord au commencement de la vie d'un être, de même l'or^ dre moral et social a été d'abord régi par les facultés inférieures, par les instincts, par les passions et par les conceptions égarées de l'intelligence. Mais comme d'une part la raison est la faculté 1b plus élevée de l'esprit, comme c'est à l'aide de la raison que Fhomme parvient à comprendre les
rapports généraux, les principes des choses et l'élève jusqu'au principe premier, jusqu'à l'Etre suprême ; comme d'autre part la liberté est l'état le plus parfait de la volonté, la vie des hommes devient plus libre et plus rationnelle à mesure que la société avance dans son développement. De sorte •que toute l'histoire est, à vrai dire, l'éducation du genre humain pour la raison, pour la liberté, et pour une organisation rationnelle de la vie sociale, adaptée à tous les éléments essentiels de la nature humaine et aux lois de la Nature, avec laquelle l'homme soutient des rapports intimes et nombreux. Quant aux lois qui président au développement social, elles portent en général le caractère de liberté essentiellement iiiJiérent à tout ce qui est humain, et elles se distinguent par là des lois fbtales auxquelles sont soumis tous les êtres organiques dépourvus de la feculté de la raison. Toute ecmiparaison qui méconnaît cette différence est fousse, quelque ingénieuses que puissent d'ailleurs paraître les analogies qu'on peut découvrir entre ces deux ordres de choses.
Cependant la loi de liberté trouve dans la vie humaine et sociale une application différente selon les deux facultés fondamentales de l'homme, le sentiment et l'intelligence, qui sont les deux sources d'impulsion pour la volonté, faculté d'action et d'exécutioD. Le sentiment, bien qu'empreint du caractère général delà liberté, est cependant moins libre que rintelligence, et il a besoin d'en subir assez longtemps l'influence pour échapper à ses habitudes, et pour recevoir une direction conforme aux idées de la raison. Le sentiment est plutôt une fiiculté de réception et d'assimilation qu'une fa-
culte de production et d'inveiitioD, telle qa*est l'intelligence ; il remplit aussi dans la vie humaine et sociale une fonction différente, il est destiné a s'assimiler successivement et à transformer ensuite, par l'habitude, dans la substance de resprii, lesidérâ nouvelles, formées ou conçues parrintelligence. Le sentiment est de sa natui*e stationnaire, il répugne à se détacher des objets qui lui sont devenus ramiliers, et même après que Tintelligence a déjà compris que certaines choses ou certaines institutions sont mauvaises, le sentiment ne se réfbrmp que lentement sous la surveillance et la direction incessantes de la raison. Par là le sentiment devient l'élément cofifcrvateur de la vie humaine, tandis que l'intelligence est un élément innovateur et progressif. Or, comme il y a dans la nature de l'homme, telle qu'elle se manJfeste dans l'individu et dans la société, xxsk ftmd de sentiments innés ou d'affections primitives, par exemple le sentiment d'amour, de parenté, d'amour-propre, la vie sociale se trouve sous l'influence de ces sentiments qui ne se modifient qu'avec une extrême lenteur et sans jamais se perdre entièrement. Dans l'enfance des sociétés, la réflexion, au lieu de diriger ces affections, est employée à leur service, et invente le système d'organisation sociale le plus propre à les satisfaire. Mais dans ce service même, la réflexion se fortifie et devient peu à peu assez énergique pour lutter comme un second pouvoir contre la puissance des affections et des passions. Dès lors l'esprit acquiert une plus grande liberté, qu'il emploie à modifier l'organisation sociale, d'après les principes de bien et de justice générale conçue par la raison, et si d'abord la lutte est iné-
gale, et parait se terminer par le triomphe de l'aiicien principe, bientôt cependant le nouvel esprit de liberté qui s* est communiqué, comme un nouveau germe au corps social, apparaît plus puissant souvent sous d*autres formes y mais poursuivant le même but, la suprématie de la raison et de la liberté commeforces principales dans Torganisation de la vie humaine.
L'élément conservateur est représenté par tout ce qui dépend du sentiment. Ce sont les mœurs, les habitudes, contractées par un peuple, et entrées ainsi profondément dans toute sa manière de sentir, qui forment en quelque sorte la massé inerte sur laquelle doit opér^ le levier de rintelligence. Mais c'est méconnaître ou renier l'histoire que de penser, comme le fait certaine école, que les mœurs se forment d'elles-mêmes ou qu'elles sont produites par un instinct indéfinissable, et qu'elles se réforment d'après' des lois incompréhensibles. Ces mœurs tiennent en grande partie aux opinions, aux préjugés répandus à une certaine époque sur la vie, sur les relations de l'homme avec l'univers, avec ses semblables et avec Dieu. Des idées erronées sur ces relations n'ont pas manqué dans tous les temps de fausser les mœurs, de les rendre atroces et indignes de la nature de Thomme. Mais comme les mœurs dépendent ainsi principalement de l'opinion et des idées d'une époque, la réflexion et la raison peuvent aussi les corriger en en purifiant la source. A la vérité, la réforme des mœurs avance d'un pas lent, et se montre toujours en arrière du déveloj^ment des idées; elle est cependant un fait incontestable^ qui s'accomplit d'après des lois, analogues à celles qui régissent le développe-
La société, comme agrégation d'hommes, ne peut avoir d'autre but que celui qui est fondé dans la nature humaine en général. Or, nous avons vu que l*homme est par sa nature destiné à se déve* lopper, successivement et de plus en plus harmoniquement, dans toutes ses facultés intérieures et dans les rapports toujours mieux compris avec ses semblables, avec la Nature et avec l'Etre suprême. Pour atteindre ce but , il doit le diviser dans les principaux buts particuliers, et créer pour chacun d'eux une sphère d'activité réunissant dans un centre d'association tous ceux qui en font la vocation de leur vie. Cest ainsi que la société humaine doit se diviser et s'organiser en société politique , religieuse , scientifique , industrielle , et poursuivre dans des domaines différents et dans des organismes particuliers les buts généraux de l'homme et de l'Humanité. Le but de la société ne diffère donc de celui de rhonune qu'en ce qu'il se réalise sur une plus vaste échelle et en plus gi'ande perfection par les hommes réunis.
On a souvent dit que le but de la société consistait dans le bien ou le bonheur général, dans l'utilité commune ou dans l'intérêt de tous. Ces définitions, outre qu'elles sont trop vagues, ont le malheur de toutes les notions abstraites, celui de se prêter aux interprétations les plus diverses, et de conduire dans l'application aux conséquences les plus funestes pour la liberté et la moralité des hommes. Le vrai bien, le véritable bonheur réside pour tous dans le développement de leur nature humaine, dans la variété et l'harmonie de toutes les facultés qui y sont contenueis. C'est ce dévelop-
pement qui est Tintérêt général , parce que le pro- (près de Tindividu influe sur le perfectionnement i|pcia] comme à son tour celui-ci entraine le perfec- 4ioiinement de l'individu. • Enfin une question non moins importante que les précédentes est celle de savoir en quoi consiste le meilleur mode à adopter pour la réalisation du but de rhomme et de la société. Deux systèmes opposés se disputent la mission de diriger la vie sociale.
Le plus ancien y celui qui, avec quelques varianteSy a été jusqu'à présent généralement prédominant, est le système qui se fonde plus ou moins sur la contrainte physique ou morale exercée par les différentes autorités sociales. Ce système n'a pas été adopté seulement dans Tordre civil et politique, mais il a été même employé dans l'ordre religieux, moral et intellectuel. Il est le plus vicieux, parce qu'il est le plus contraire à la nature morale de Thomme, et qu'il a sans cesse arrêté le développement social. Examinez en effet l'histoire des institutions civiles, politiques ou religieuses, partout vous trouverez que le progrès, opéré dans ces sphères, s'est fait à travers mille obstacles, et que les entraves étaient suscitées par l'autorité qui s'attribuait la mission de diriger la vie sociale. Loin d'être la tutrice d'un progrès paisible, l'autorité n'a fait qu'allumer la discorde, les guerres intestines et extérieures par la contrainte qu'elle exerçait sur les sujets, et par laquelle elle chercha à les retenir dans la servitude intellectuelle et ^ysiqpe.
Le système par lequel on a tenté depuis trois sièdes à remplacer le précédent est celui qui se
foDde sar la liberté : c'est le système libéral pro* prement dit ; conçu par la philosophie , appliqué ensuite à la réforme de TËglise et de l'Ëtat » il a été étendu de nos jours à presque toutes les sphèras de Tactivité sociale. L'effet salutaire qu'il a pro* duit jusqu'à pr^nt consiste dans le développement libre qu'il a assuré à toutes les facultés ho* maines; il a éveillé les unes, fortifié et aggrandi les autres. Des vues nouvelles, de grandes découvertes ont élargi la sphère de Fintelligence et de l'activité humaine. L'homme, se sentant libre, a tiré de son esprit un monde d'idées dont Texistence n'était pas même soupçonnée à Tépoque de sa servitude. Mais ce système de liberté pvéscaite d'un autre côté des inconvénients graves, auxquels il est urgent de chercher un remède. En abandonnant chacun à son intelligence et à ses efforts propres, il a provoqué non-seulement la concurrohee, mais la lutte de tous les intérêts, lutte dans laquelle les forces les plus faibles sont obligées de succomber et doivent se laisser exploiter par les forces plus puissantes. Encore dans cette lutte ne sont-ce pas les plus forts en intelligence et esù mo» ralité qui dominent les autres. Ce sont les passions vicieuses qui ont triomphé des facultés plus nobles, à tel point qu'on serait tenté de perdre toute confiance dans la nature de l'homme. Il en est de la société comme de l'individu. Une fois que le lien et l'harmonie entre les facultés se trouvent brisés, et que l'individu s'abandonne à ses passions sans les retenir chacune dans sa juste limite et sans les diriger toutes par la faculté suprême de la raison, les passions inférieures prennent bient(yt le dessus sur les dispositions génèrent» ;
rhomme s'abrutit, et cesse d'être marqué de ce caractère moral que lui donne remploi rationnel de sa liberté. L'absence de lien et de coordination entre les forces sociales devait donc produire un désordre analogue dans la société^ et l'Individualisme, avec toutes ses conséquences, remporter sur les intérêts généraux de Thomme et de la société. Il en est résulté que les meilleures réformes, que les idées les plus utiles n'ont pas pu trouver d'application, dans un milieu social vicié jusque dans ses éléments fondamentaux. Mais si le mal vient du principe exclusif de liberté individuelle, le remède doit se trouver dans un autre principe qui , sans détruire le premier, établisse plus ou moins une communauté de vues, d'intérêts entre les hommes, et rende ainsi possible une direction et une coordination des efforts de tous.
Or , ce principe est celui de Vfusociatiùn , modo vrai et complet pour la réalisation de tous les buts importants de la société. C'est l'association gui doit devenir le levier nouveau de l'activité finmaine, le lien destiné à réupiret à coordonner tous les efforts individuels , le mot de ralliement de toutes les forces tendant au progrès, le remède pour faire rentrer tous les éléments égarés dans la véritable sphère qui leur est assignée par l'équilibre social. L'association est le mode d'activité humaine qui réunit et concilie la liberté avec une raison et une volonté commune, sans lesquelles il ne peut y avoir ni direction ni but commun. C'est la raison qui associe les hommes , parce que c'est cette faculté, commune à tous, qui conçoit les vérités générales auxquelles se rendent les Intelli-
gences. L'assoeiatioD est le signe de l'harmonie des esprits et des volontés. Cela explique la puissance qu'acquièrent par die toutes les idées qu'on cherche à réaliser. Les hommes sentent instinctivement que là, où une Idée est parvenue à rallier plusieurs intelligences , il faut qu*il existe quelque vérité , parce que la vérité , reflet de la raison , n'est pas individuelle, mais générale et commune, et qu'elle a seule par conséquent la puissance d'associer. Toute association commande par cette raison le respect, inspire la conliance , éveille les sympathies , les répand et les fortifie quand elles sont faibles.
V association libre pour tous les buts rationnels, physiques, intirilectuels et moraux de la vie, tel doit être le nouveau symbole politique et social destiné à rallier tous les amis du progrès et de la liberté ratfônn^. La puissance de l'association et ses heureux résatfcats dans l'ordre matériel ou induatridg eMimenoent à être justement appréciés ^. Topiiitoa i^Uque, malgré les vices qui sont eti»9re inhérentii à la constitution de la plupart de Cffl^ioçiétés. Mids rassociation n'a été que très-imj>ffwiemeQt adoptée pour les intérêts intellectuels et* moraux. Or , c'est dans ces sphères qu'il est urgent de sortir de l'isolement et d'associer les forces si l'on veut conserver les réformes déjà conquises sur les vieilles traditions et en poursuivre le développement rationnel. C'est l'association qui, appliquée surtout au domaine de la Morale , doit rétablir l'harmonie, l'équilibre entre les facultés et les fonctions sociales , les soumettre à une surveillance et à une direction communes , et étendre sur les différentes parties de la société ses rayons bien-
faisants. CTest l'association qui est le sein qui peut faire éclore et nourrir tous les germes du bien. C'est elle qui est l*appui des faibles, la source d'inspirations nouyeiies pour les forts, Texerople et l'encouragement pour tous.