CHAPITRE II
Bats divers de Faclivité hamaiue.
Être d'union et d'harmonie, l'homme doit se développer dans tous les sens et diriger ses facultés ver$ toutes les sphères de la vie. C'est là ce qui constitue le bien particulier de l'homme, ce qui forme son but, sa destination. Pour tout homme, la loi de l'Humanité forme la loi générale de sa vie, c'est-à-dire chaque homme doit manifester complètement l'Humanité, l'essence humaine. Mais comme cette manifestation complète de la nature humaine qui est infinie, ne peut être opérée par un homme seul, il faut que tous les hommes se chargent de représenter, chacun dans leur sphère propre, une des faces de l'Humanité. Cette impossibilité, pour tout homme pris isolément, de réaliser complètement, dans sa vie actuelle, le but général de l'Humanité, a donné lieu à diviser ce but en différentes sphères répondant aux divers rapports que l'homme soutient, soit avec lui-même, soit avec les différents êtres de l'univers. H y a ainsi plusieurs buts particuliers contenus dans le but général de l'Humanité. De l'un de ces buts chaque homme fait l'occupation de sa vie entière ; mais ce n'est que d'une manière prédominante, aucun d'eux ne doit l'absorber entièrement. D'après l'i-
déal du vrai perfectionnement de la nature humaine, chaque individu doit cultiver toutes les faces de son être spirituel et physique, sinon d'une manière égale au moins d'une façon proportionnelle-. La branche spéciale à la culture de laquelle il a voué sa vie ne doit être qu'un centre qui lui permette d'embrasser toutes les autres branches de Factivité humaine. C'est à ce titre seul qu'il est et demeure un membre de l'Humanité.
I. Le premier but de l'homme compris dans le but général de l'Humanité consiste à se développer dans son rapport avec l'Etre suprême comme être religieux. Ce n'est point par une de ses facultés que l'homme doit se rapporter à Dieu, il doit y tendre de tout soxi être et de toute son énergie. La Religion n'est donc, ni un pur sentiment, ni une pure contemplation, ni une simple adoration, ni une simple pratique extérieure. Elle est l'expression de l'union entière et harmonique de l'être fini avec Dieu ; elle est, si l'on peut s'exprimer ainsi, une divinisatioff de l'être fini. H faut que l'homme s'unisse à ])îeu par tout son être. Tout système religieux qui ne s'adresse qu'à l'une des facultés de l'homme est nécessairement faux et stérile. « U faut, dit Krause, que l'homme ^rassemble ou recueille en lui-même dans le sein même de Dieu tous les éléments de sa vie, qu'il se souvienne constamment de lui et de Dieu, qu'il devienne Dieu dans le fini. »
Envisagé dans les éléments de sa nature, l'homme se présente sous la triple notion de pensée, de sentiment, de volonté. C'est par ces trois facultés qu'il se mêlera à la vie divine et qu'il formera avec elle une harmonie complète, une profonde intimité.
Dans la pensée, Thomme acquiert Tintimité religiense en s'élevant à ia connaissance de Dieu, en le reconnaissant comme la source du vrai, et en construisant sur son type étemel Forganisme entier de la science. L'activité, dirigée vers la science et conçue dans un but religieux, est une partie de Tintimité de Dieu ; le désir de posséder la vérité est un désir pieux ; élever Tédifice de la science est une action religieuse, parce qu'elle exprime une direction fondamentale de l'esprit vers la possession intime de Dieu, et que la connaissance de Dieu est elle-même la sauve-garde de la moralité et de la foi. L'homme s'unira à Dieu dans le «entim^nt, et cherchera à acquérir ainsi l'amour divin, l'amour absolu. Dans cet amour Fhomme aime tous les êtres de la création selon leur degré de participation à la vie divine; il aime tous ses semblables comme ses frères en Dieu ; il calme leurs peines; il efface leurs malheurs; il est solidaire de leurs fautes et cherche à les ramener au bien, à les élever à l'intimité religieuse ; il s'estime et se respecte lui-même; il cherche à entrer dans une intimité avec tous les êtres finis qui pénètrent dans la sphère de sa vie, et à les unir avec lui dans la Religion. Tout amour particulier conçu dans sa pureté est une partie de l'amour un et infini de Dieu. — L'homme doit encore acquérir l'intimité de Dieu dans la pratique de la vie. La volonté est dirigée vers le bien comme vers ce qui est divin dans la vie. Car Dieu est le bien absolu, et tout ce qui vient de Dieu est bien ; toute essence, toute chose considérée en elle-même est bonne, parce qu'elle est une détermination de l'essence une et absolue de Diei' • '" •"»! n'existe que dans tes ftoix rapports
qui peuvent être établis entre les choses par les êtres individuels. Faire le bien, c'est donc diriger sa volonté vers Dieu, en tant que Dieu vit en nous et dans le inonde. L'homme religieux s'efforce d'imiter Dieu, et en quelque sorte de vivre Dieu dans son existence finie. Vouloir l'intimité rdigieuse dans la pratique de la vie, c'est vouloir tout ce qui est divin dans le monde, c'est subordonner son propre intérêt à l'intérêt de tous pour le plus grand bien du plan de Dieu ;* c'est se développer, dans son intérieur et dans tous ses rapports, conformément à l'ordre absolu et réprimer, dans cette harmonie interne, toutes les passions exclusives, en établissant entre elles un juste équilibre.
Au-dessus de l'homme individuel, chaque société humaine et l'Humanité tout entière sont appelées à se développer dans l'intimité de Dieu. GbÂ* que société humaine fondamentale, chaque famille, chaque tribu, chaque peuple, chaque fédération de peuples, chaque humanité partielle dans l'Humanité totale doit réaliser comme un seul homme la destination religieuse avec des forces progressives, avec une plénitude de vie de plus en plus abondante, et chacune de ces sociétés particulières doit aider l'homme à s'élever comme être individuel dans l'union supérieure, afin qu'il puisse se développer dans l'Humanité entière et dans ses rapports avec elle. Le devoir religieux de l'homme se transforme ainsi en un devoir social pour chacune des associations humaines dans l'Humanité, et pour chacune des sphères sociales qui se propose pour but le développement de l'un ou l'autre des buts partiels compris dans le but général de l'Humanité. — La Religion est ainsi une fonction su-
périeure d'harmonie dans Thomme et dans l'Humanité. Toutes les facultés de l'esprit sont harmonisées entre elles par la pensée et par l'amour divin ; tous les hommes, tous les peuples de la terre sont frères en Dieu ; toutes les institutions sociales sont pénétrées d'un même but religieux et fonctionnent en unité sous l'inspiration d'une pensée commune et d'un besoin commun. L'Humanité se rapproche incessamment de Dieu, et à chaque moment de ce rapprochement éternel la miséricorde divine efface un nombre infini de maux dans tout l'univers. — La Religion s'associe à tout ce qui est humain, elle n'est indifférente à aucune manifestation de l'activité individuelle et sociale; elle plane au-dessus de toutes les institutions; elle lès considère sous leur aspect le plus élevé dans leurs rapports avec Dieu, et leur laissant leurs mouvements spontanés et leurs caractères propres, elle les élève dans une sphère plus auguste et les pénètre du sentiment absolu et infini. Elle est ainsi, à tous les degrés de l'existence humaine, dans la vie individueUe, dans la vie sociale, dans la vie entière de l'Humanité, la médiatrice de l'homme à Dieu, et le lien de l'harmonie universelle.
Mais j'ai hâte de dire que par Religion, je n'entends ici ni le Christianisme ni aucune religion positive existante. Il s'agit d'une religion supérieure, dont toutes les religions du passé et le Christianisme lui-même n'est qu'un reflet excessivement pâle. H s'agit d'une religion qui déjà vient et qui sera la dernière, et que, par rapport à l'être dont elle manifestera l'intimité divine, j'appellerai bien volontiers Religion de l'Humanité,