TABLEAUX DE CHEVALET
\t\ dernier mol sur les t^rands labicoux. — 3!^i. Alovandi?- cl Augiisle Hossp, l'Iiilippo-oanx el Bruno. — M. Courijot. — L'art dans ses rapports aver la morale, — Tranoois ie Cliampi cl Claudio au Salon.— I.fi (rivialité el l'idéal en peiniure. M. Ai'.ligna. — L'expression et la ro:iucltorie. — 1/éliquetle académique el le sentiment, — La Malaria de M, Hébert. — Los romantiques, le progrès et M. Gi^oux. — La monde Cléopâtre.-- Le Christ de M. Dumaresc-Armand.— M.Lafon. •—M. Genlis,— Eschyle el M. Henri LeLmann. — Paganisme el christianisnio. — L'allégorie en pcinlure. — y\M. Lazeigesel Loullicr.
Nous arrivons h rclte pai lin de FexposUioii que nous avons déjà sij^nalée, et qui partage avec le paysage l'inJérèt et les éloges de la critique. Nous n'êulendcns ludleinent faire le procès aux artistes modernes en discutant cette opinion que If s tableaux d'histoire sont de beaucoup inférieurs aux tableaux de clievalet ; ceites, les Oiroiidins^ de M. Philippoteaux, la Lutle de Jacob et lieVange, de M. Auguste Wc^iSC.Và Frocesnonde la i.igue, de. M. Alexandre liesse, ia Vision de Zachane, de M. Lacmlein, le Saint -Lanrcni , d^^^ M Voidier, el le i}!ariyre de Sainte- Cathenne, de M. Brune, sont des oeuvres très estimables ; le talent du peintre, l'expérience qui résulte des études sérieuses s'y montrent avec assez d'éclat pour qu'on doive en tenir compte , mais ces ouvrages n'ont pas, malgré tant de qualités, l'importance magistrale qui fait la grande peinture. Pour en Unir, et résumer en quelques mots tout ce qui pré-
cède, les tableaux d histoire du salon de ! 8o0 ne sotU tableaux d'histoiro que par la taille. A qu »i sert d'être un géante si la télé ne sut'tit pas h régler et à uti- User les mouveraens et les forces d'une grande stature?
La Résurrection de Lazare^ de M. Delacroix, nous a montré comment une petite toile peut renfermer et contenir un va^te développement de pensée ; Y Enterrement à Ornant, de M. Courbet, va nous servir à comprendre qu'un sujet épisodique peut ambitioiner les plus vastes proportions, s'il est concentré dans les exigences d'une conception une et simple.
îl y aurait un beau chapitre à éciire sur l'art dans ses rapports avec la morale tt la reli<j,ion, en prenant pour texte V Ert rremeni à Ortians, de M. Courbet. N'est ce pas, en cfft^t, un spectacle qui élève l'tàme et dispose l'esprit aux rvllexions les plus salutaires, que ce dernier hommage rendu par ces natures inculte^ au compopnon de travail qui a partagé leurs luttes iiicessanles. au courageux laboureur qui n'a su de la vie que ce qu'en fa't connaître l'expérience des rudes labeurs et qui ne laisse après lui, peut-être, qu'une bruyère défrichée avec le souvenir d'un cnar ferme et d'une main loyale?
Vous ne trouverez pas dans cette composition l'appareil théâtral d'un tableau final de mélodrame ou d'un dernier appel des victimes de la Terreur. Elle est d'un dramatique plus calme et par conséquent d'un effet plus sûr. Toute la population d'an village entoure une fosse qui va se fermer. Le prêtre, les chantres, les enfans de chœur, le bedeau, le sacristain achèvent les oraisons d'usage ; les hommes attroupés, sans tumulte, autour de la tombe, s'unissent de maintien et de pensée aux prières suprêmes; les femni' s, un peu à l'écart, pleurent avec une dignité touchante; celle qu'un lien plus étroit unissait au défunt est agenouillée dans l'attitude de la plus vive angoisse ei cache sa tête dans un mouchoir humecté de larmes; des gonflemens douloureux, une sorte de tremblement convulsif se devinent dans l'affaissement de sa pose. Il n'y a rien de plus, il n'y a rien de moins dans celte composition. Pour tout épisode, un chien
s'approche instinctivement de la fosse : c'est peutêtre une preuve de plus que l'homme qu'on enterre avait le cœur bon et affectueux. Vous avez vu le Champi et daudie de George Sand? Vous avez aimé la tendresse naïve, l'âme pitoyable de François, la sainte paternité du père Remy? Supposez que c'est l'un des deux qui descend dans ce tombeau ; vous comprendrez, tout d'un coup, le caractère qu'exhale, comme un parfum des champs, cette élégie villageoise. La teinte générale du tableau est dans le sentiment mélancolique du sujet, mais sans exclure pour cela une énergie de couleur soutenue avec art par des tons vigoureux.
Tout ceci forme les élcmens d'un bon tableau ; mais il ne faut pas qu'en se laissant aller à l'impression qu'il cause forcément, on ferme les yeux sur des défauts qui sont d'autant plus frappans que l'artistea jugé à propos, comme je le disais tout à l'heure, de développer ce sujet sur une toile de quatre à cinq mètres.
Les paysans peuvent avoir une tournure lourde, des traits déformés par les alternatives d'une température contre laquelle ils n'ont pas de défense, des membres épaissis par des habitudes laborieuses ; mais ces circonstances, toutes fortuites, ne suffisent pas pour autoriser l'artiste à tomber dans le trivial, et l'art a des exigences qui doivent l'emporter sur le désir de prendre, pour amsi dire, la nature sur le fait. Une douieur vivem^nt sentie, et qui a sa source dans les épanchemens d'un sentiment généreux, ennoblit d'ailleurs les traits les plus abruptes et donne un caractère de grandeur que l'artiste ne doit jamais repousser, qu'il doit même rechercher, au risque d'effleurer l'idéal. Il faut se garder, en peinture surtout où l'expression est tellement concise et formelle qu'il suffit d'un regard pour la percevoir sans retour, d'accepter comme un principe sérieux celte antithèse railleuse : le laid c'est le beau. Elle a précisément été formulée par la critique qui l'a déduite de cette propension d'une littérature novatrice qui voulait arriver au beau absolu par le vrai brutal.
— 2îi —
Le tableau des Casseurs de pierres, du même artiste, a toutes les qualités de peinture du précédent, plus solides encore, si c'est possible, ou du moins plus brillantes, car le soleil y joue un rôle splendide; mais la même trivialité exagérée y offusque la majesté de Tart. Il est utile d'insister sur ce point, parce qu'il serait pénible de voir un talent de la meilleure trempe s'égarer dans une voie qui, s'il y persistait, le ferait infailliblement tomber dans la manière, et dans la plus mauvaise.
De M. Courbet nous arrivons, par une transition toute naturelle, à M. Antigna. Geiui-ci, comme l'autre, a peint les drames delà vie du pauvre. Les Casseurs de pierres du premier usent leur vie dans un travail meurtrier qui suffit à peine aux besoins impérieux. Calcinés par le soleil, sur une pente rocailleuse aux aspérités de laquelle ils se cramponnent des pieds et des genoux, ils soulèvent, par un effort désespéré, un outil qui retombe avant qu'ils aient pu diriger sa chute. C'est la lutte de la vie sans secours contre la nature armée. L'Incendie, du second, nous montre l'homme aux prises avec les calamités accidentelles, disputant au fléau le trésor de ses affections et le fruit de ses sueurs. Ce tableau est saisissant, parce que la composition en est bien sentie et résumée dans une action à la fois simple et poignante. Après une journée de travail, à Iheure où le sommeil va tromper un instant leurs douleurs, de pauvres gens, un mari, sa femme et trois enfans, se redressent, haletans, à ce cri : Au feu ! La mère a saisi son plus jeune enfant qui dort encore dans ses bras; une petite fille, plus grande, se réfugie contre elle par un indicible mouvement d'effroi ; elle ouvre la porte, une bouffée de flamme et de fumée jaillit dans la mansarde. La mère éperdue ne dit qu'un mot; elle est comprise. Son mari s'élance à la fenêtre et montre aux sauveurs, s'il y en a, l'unique chemin qui soit encore ouvert au secours. Pendant ce moment, prompt comme une lueur d'espoir, le fils aiué, qui sait déjà le prix d'une misérable propriété, a ramassé quelques ha ides indispensables, un matelas, une mauvaise couverture, qu'il achevée d'empaque-
ter, tout en jetant à sa mère un regard d'amoUr et un mot (l'espérance.
Que vous dirai -je de plus? Le sujet parle de luimême, et j'ajouterai qu'il est bien nndu.
M. Anligna n'a pasciierché à intéresser le spectateur par autre chose que l'intérêt même de la composition. Il a compris que cet intérêt s'amoindrirait en s'éparpiilant sur des détails ou sur des subtilités de métier et d'adresse. Il a pensé avec raison, — sa peinture semble du moins i'uidiquer, — que tout ce ()ui, dans l'exécution, flatterait l'œil par des afféteries de pinceau, — ({ue ceci soit un ens'ignement pour l'auteur des Dernières victimes de la terreur, — n'aurait d'autre résultat que de fourvoyer l'attention en la divisant, et détruirait par conséquent l'impression qu'il avait pour but de produire.
Les élèves de l'école de Uome ne nous ont pas habitués à une peinture dans laquelle le sentiment est assez vif pour leur faire oublier ce pédantisme qui semble être le lot de toutes les académies. On dirait que le séjour qu'ils font à la cour des traditions magistrales leur impose une étiquette guin iée, toujours sur le qui vive, et tellement sévère qu'elle ne saurait autoriser le rire ou les larmes quand l'occasioH le veut. Aussi avons-nous vu avec un véritable plaisir M. Hébert jeter son bonnet par-dessus les moulins et nous dire sans ré.icences ce qu'il avait au cœur. Il a été à Rome, il y a étudié bel et bien comme on fait quand on a vingt ans et l'amour de l'art ; mais le culte des traditions no lui a pas fait oublier, Dieu merci, que l'Ùme est le premier maître, le grand instituteur des artistes. Il ne s'est pas enterré dans la Kome des souvenirs, il a vécu aussi dans l'Italie vivante, malade et poétique. Il en a rapporté quelque chose qui n'est pas une ingrate copie des inimitables morts, et il a trouvé un peu mieux qu'une fade réminiscence ; il a fdit une œuvre originale et sincère. Voyez cette barque qui glisse péniblement sur l'eau, si lourde qu'on croirait qu'elle n'atteindra pas la rive prochaine. Hélas! ce n'est pas In gondole qui effleure, en se jouant, h s canaux de Venise, ou la l)a]ancellc qui berce volnplu^ UM-îtîcnt (icux ;iinans sur les flots
— ri —
le l'Arno que le printemps embaume. Cette eau, limpide en appareiicp, est empoisonnée. Le batelier qui conduit cette barque est pâle et décharné. La fièvre a miné ces femmes el ces enfans dont les yeux grands ouverts semblent ne plus avoir de regards. Ils fuient la malaria qui pèse comme une atmosphère de plomb sur ces plaines désolées.
Ce tableau fait mal à voir, et pourtant on se prend à le regarder avec avidité : on y lit, comnie sur un feuillet arraché au livre désespérant de l'hislou'e, les malheurs de l'Italie.
La peinture est comme la poésie : sous une torme matérielle et palpable, elle cache un sens profond et mystérieux. Peut-être le tableau de M. Hébert a- t-il un but plus élevé que celui de nous apitoyer sur les souffrances corporelles dts bergers des Marais-Pontins. C'est peut-être aussi pour cela qu'il nous intéresse pi u s V i vemen t ,
L'exposition est pleine de surprises. Non-seulement il y a un progrès marqué dans la génération d'artistes" qui se partagent aujourd'hui la faveur du public ; mais encore ceux qui leur ont ouvert la voie nouvelle commencent à comprendre qu'il ne faut pas rester dans le vieil édifice dont on a si virilement brisé la porte. M. Gigoux, qui avait l'un des premiers pris l'initiative du mouvement que nous voyons s'opérer d'année en année, était resté quelque temps comme entravé dans un système résultant évidemment d'une préoccupation sérieuse, mais exclusif, et par conséquent stalionnaire comme tous les systèmes invétérés. Après être resté f)lusieuis années éloigné delà lutte publique des arts, il reparait avec des œuvres capitales d'un grand caractère.
Son tableau de la Mort de Cléopâtre rappelle la peinture énergique et savante des Garrache et de Guido Reni. La Cléopâtre est peinte avec une science de dessin et un charme de coloris que la peinture moderne réunit rarement à ce degré.
Son Christ mort (st d'un grand caractère La torme humaine qu'il a donnée à cette pensée du Sauveur mourant pour le sakit de rhumanhé est d'une recherche excessivement élevée. Je ne crois pas me
tromper en disant que le chœur des anges, qui reçoit l'âme divine pour accompagner son triomphe vers le ciel, est loin de présenter un dessin aussi ferme, une correction aussi précise que la figure principale, dont la beauté «'î de quoi rendre plus exigeant.
Le Cliristmort, de M. Dumaresc-Armand, n'est autre chose qu'une simple figure étendue sur un linceul; mais le caractère de ce tableau est profondément reh'gieux et la peinture en est soutenue dans des tons tellement fins et harmonieux, dans un modelé si souple, que nous n'hésitons pas à ranger cet ouvrage d'un inconnu parmi les meilleurs de l'exposition Puisque nous en sommes aux sujets religieux, citons encore le Fortement de Croix, de M. Emile Laton. L'artiste s'est inspiré de ces paroles : « Chruius di- Uxit nos et tradidtt semetipsum pro nabis. » Poui' exprimer cette idée dans la forme la plus favorable pour rendre évidente à tous les yeux l'immensité du sacrifice, il a choisi l'instant où le fils de Dieu, encore revêtu de celte enveloppe terrestre qui comporte tant de misérables faiblesses, tombe accablé parle poids des souffrances physiques. Il est affaissé, embras.^ant la croix qui repose sur un pilier au milieu duquel on voit un anneau scellé à un chaîne brisée. Les instrumens de la passion sont épars sur le sol teint de sang. Son regard calme et serein, malgré îa souffrance dont il est dévoré, st^mble lire dans ces vestiges stigmatiqnes la régénérescence de l'humanité. Ce tableau, aussi simplement exécuté qu'il est bien conçu, est sans contredit un des bons ouvrages du salon.
N'oublions pas, avant de quitter les sujets religieux, de faire remarquer le Samt Paul dans le désert, de M. Genlis, qui montre, parmi des défauts, qui naissent sans doute de l'inexpérience, des qualités soavent trop rares chez les pemtres. Il y a, dans cette toile, une énergede couleur, et, si je puis dire ainsi, une rage de brosse tout espagnole, qui font bien augurer de celui qui ii le bonheur de les posséder.
il y a loin de la religion aux f^ibies du paganisme, et pourtant l'artiste ne déserte pas sa mission provivîdontielle en nous retraçant, tous une forme chaste
comme l'art antique, les rêveries de cette philosophie imagée qui donnait un corps à toute pensée, qui personnifiait toute doctrine; car, ainsi que l'écrivait tout à l'heure un de nos plus brillans penseurs : « Toute œuvre belle est véritablement morale, parce qu'elle exprime l'iiarmonie du monde et de son auteur. Elle est dans l'équilibre des choses, dans le plan de la Providence, dans les conditions de la justice éternelle, ou plutôt elle est un abrégé de l'ordre générai (I). »
M. Lehmann a pris pour sujet la désolation des Océanides au pied du roc de Prométhée, dans la tragédie d'Eschyle.
La sévérité du style de M. Lehmaun, le sentiment de haute poé ie qui*^ règne dans son œuvre donnent à sa composition la chasteté que caractérise toujours une ligne correcte. Au point de vue poétique, nous n'avons rien à y réprendre ; aupuint de vue de l'art, M. Lehmann nous semble avoir fait un anachronisme.
Ses ligures ont le galbe élégant de la Renaissance; mais elles n'ont ni la grandeur imposante, ni la simplicité magistrale de la statuaire antique.
Elles conviendraient merveilleusement au fantastique du Dante ou du Tasse; elles sont au-dessous de la philosophie géante d'Eschyle.
Telle qu'elle se montre dans ce tableau, la peinture de M. Lehmann me semble être l'idéal du genre maniéré. Cette désolation qui s'arrange pour s'exhiber avec grâce ne saura jamais traduire l'imposante majesté dt s douleurs sublimes racontées par le poète. N'est-ce pas le cas de dire ici qu'Eschyle, des hauteurs du paganisme, avait entrevu la lueur du christianisme? Vous vuyez bien que M. Lehmann avec les afféteries, fort gracieuses du reste, de sa petite peinture correcte, mais plate, distinguée, mais mesquine, est bien loin du grand art des Phidias et des Piaxitèle. C'est pourtant là qu'il faut s'inspirer quand on entreprend la traduction du Prométhée d'Eschyle.
De la mythologie à l'aHégorie il n'y a qirun pas.
(1) Edgar Q liiiCl, Génie d(s religiont.
- 'dû -
L'allégorie, ou p(i\sonmfication par l'Idéal des (ormes abstraites, est de la mythologie philosopliique. Seulement l'aliégniie, pouvant s'appliquer également à toutes les époques et à tous les ordres d'idées, n'exige pas impérieusement le slyle antique. Elle accepte volontiers la fantaisie et admet toutes sortes de types et d'ajustemens.
Deux tableaux nous ont particulièrement irappé dans ce genre de peinture , celui d>^ M. Lazerges et celui de M. Leullier.
M. Lazerges a pris pour sujet cette idée : le génie sé'eint dans faftus des plaisirs. L'o "gie conmience à peine à sommeiller et l'aube blanchit déjà les vitres du palais. Uîj jeune homme, un poète brisé par la débauche et l'insomnie, n'a plus même la force de supporter le plaisir. Vne belle jeune lille, celle-là dont l'amour lui coûta sa sub'ime auréole de poésie, approche en vain de ses lèvres la coupe de la volupté : son regard n'a plus d'éclat, son front n'a pli^s de vo'onté. 11 ne voit rien, n'entend rien, lame est enchaînée dans la matière qui l'opprime, la lyre brisée n'a plus d'harmonie.
Ce sujet otïrait un beau développement à l'imagination de l'artiste; M. Lazerges s'en est bien tiré. Sa peinture soignée et coquette est agréable ; plusieurs parties du tableau sont peintes avec beaucoup d'art et le dessin est irréprochable. Seulement voit-on bien sur le front du poète les ruines du génie? je ne le pense pas. La conformation de la tête nous montre un beau jeune homme et non un grand homme. Et puis faut-il dire le défaut capital de cette œuvre? Elle ne porte pas l'empreinte de cette fièvre qui anime la toile quand l'artiste est inspiré. L'étude, la réflexion, la science ont eu plus de part à cette production que l'imagination et le sentiment ; ce n'est pas tout à fait un mal, mais ce n'est jamais un bien.
M. Leuliier a poursuivi une idée analogue. Il intitule son tableau : V iîomme entre te vice et la vertu. Un jeune seigneur, richement vêiu, partage avec une belle temme les splendeurs d'un riche appartement. Des flacons vides, vm jeu de cartes, des lleurs eifeuillées, témoignent qu->. lu nuit a été tout entière au
— ai —
plaisir. Un guerrier, couvert d'une armure, présente une épée au jeune sybarite et semble lui dire , par son geste plein d'énergie, que la patrie rst en danger. C'est plutôt, comme on le voit d'après l'exposé (lu suj<t, 1 homme entre le plaisir et le devoir, que riiomme entre le vire et la verlu. Car i^i le vice peut être représenté par les amours légères, le jeu et ]o. vin, une épéo ne peut symboliser la verlu. Quoiqu'il en soit, le labeau d ; M. LeuUier e>t d'une composition intéressante et d'une belle et bonne peinture, vigoureuse par le coloris, ferme par le dessin.