‹ Exposition national, Salon de 1850Chapitre 9 sur 11 · PAYSAGE · texte numérisé non relu

PAYSAGE

Destinées du paysage. — Son influence sur la grande peinture. — Les trois écoles. — Le paysage historique et l'Académie. — Le paysage poétique. — M. Corot. — Les réalistes. — MM. Rousseau, Jeanron, Diaz, Troyon, etc. — Les peintres d'animaux, — Mlle Rosa Bonheur, M. Troyon, etc. — La suite des réalistes.

Nous approchons du terme de notre travail ; jusqu'ici nous avons examiné les genres où la nature du sujet aussi bien que l'ambition de l'idée commandent la sévérité au peintre qui exécute et au critique qui juge. Nous avons fait la part de l'éloge, nous avons indiqué des tendances sérieuses, mais nous n'avons pas hésité devant l'obligation de blâmer ce qui nous a paru sortir des voies rigoureuses de l'art, même chez les artistes dont le talent nous est le plus sympathique. Aujourd'hui notre tâche devient plus facile. En abordant le paysage, de douces émotions nous reviennent au cœur ; toutes les richesses du Salon repassent devant nos ytux et forment un ensemble splendide et varié d'où ressortefit de radieux souvenirs de poésie. Le sentiment puo^ic, d'accord avec l'opinion des connaisseurs, vient d'ailleurs donner raison à nos remarques toutes personnelles. Les hoimeurs de l'exposition appartiennent au paysage.

Toutes les fois que, dans l'histoire de l'art, on voit la peinture subir une transformation nouvelle, dans le sens du progrès, on remarque en même temps; que le paysage s'améiiore d'une façon notable, et surtout qu'il devient l'objet des préoccupa -

lions habituelles des peintres d'iiisloire. Il eA presque inutile de rappeler les noms de Poussin, de Titien, de Claude Gellée, de Kubens, de Huismans i-t de Ruisdael pour rapprocher le fait du précepte. Cette observation ne peut échappf^r à quiconque a parcouru d'uti regard attentif les chefs d'œuvre de nos collections et l'enchaînement des productions des quatre grandes écoles. On pourrait conclure de là à priori que le retour spontané des artistes aux bonnes traditions du paysage est un indice certain que la peinture est sur le point d'entrer dans une nouvelle phase de renaissance.

Quelle que soit l'idée que le peintre poursuive, la nature est le guide obligé de tous ses efforts. La peinture est l'instrument que l'artiste emploie pour parler aux yeux par une expression subite et complexe. Moins favorisée que la poésie et la musique qui peuvent disposer d'une succession de tableaux, la peinture est limitée dans une page unique ; elle doit donc, pour être comprise, se renfermer dans les bornes d'une imitation rigoureuse. Il est bon, je dis ai même plus, il est nécessaire qu'elle fasse unchoix ;mais, ce choix friit, elle ne peut sans risquer d'être incompréhensible s'écarter des principes qu'il lui impose. A mesure que le peiutre pénètre plus avant dans le do maine de l'idéal, il se crée des habitudes qui l'éloig.ient de la nature, et voilà comment après les grandes phases dy l'art on voit régner une convention qui conduit directement à la décadence. L'etu le du paysage est le contre-poids qui retient la peinture iiistorique à une égale di^tance de la nature qui est son frein et de l'idéal qui l'eritraïue sans cesse vers les régions dangereuses de la fantaisie. Eu efïet, la peinture de paysage est, à la nature prise dans son eiîSembU^ ce que le portrait est à l'individualité humaine. Elle habitue l'artiste à voir juste. Elle place incessamment devant ses yeux des groupes d'obj<its variés, éclairés par une lumière unique et déterminant dans un ensemble parfait les rapports de formes, détendue et de tons, d'où naissent toutes les harmonies dont l'imitation, même incomplète, tait le charme de l'ait.

Le paysage est l'école spéciale des effets. Il n'en est pas, pour si compliqués qu'ils soient, dont il ne puisse déterminer la valeur par des exemples incontestables. Eu présence de ces préceptes écvU à chaque pas, dans la création tout entière, l'artiste n'a plus qu'à hre et à répéter ce qu'il a lu. Quand il s'est rendu maître des secrets de l'art par une longue étude ; quand il a poussé l'éducation de ses yeux jusqu'à leur faire apprécier les moindres nuances de tous les rapports et de toutes les valeurs, et celle de ses mains jusqu'à reproduire tout ce que les yeux distinguent, il peut quitter les champs et rentrer dans l'atelier, son esprit ne combinera plus de formes qu'elles ne s'unissent immédiatement dans son souvenir à ses études premières pour se traduire par une expression toujours conforme aux lois du naturel.

Il est beaucoup moins rare de voir un paysagiste faire un bon tableau, qu'un peintre d'histoire un bon paysage; mais un artiste vraiment sincère et qui comprend l'importance de sa mission ne saurait négliger une étude qui doit devenir entre ses mains la clet de tous les mystères de l'art.

Si j'insiste ainsi sur le rôle que peut jouer le paysage dans le développement de la peinture, c'est qu'il n'est guère de taDleaux de ce genre à l'exp )sitijn qui ne révèlent au spectateur attentif les qualités fondamentales qui constituent le peintre. L'expression du pay- a^^e est, à la vérité, restreinte, et on ne sera jamais tenté d'y chercher les grandes idées philosophiques qui sont plus directement du ressort de la peinture historique ; mais il n'en est pas moins vrai qu'elle compren 1 tout ce qui se rattache à la poésie extérieure. C'est à ce point de vue, comme à celui de l'imitation proprement dite, que le paysage, conçu dans les données du vrai, est et sera toujours intéressant.

Nous voyons dans le ro^rès remarquable du paysage autre chose encore qu'une bonne et utile leçon pour tous les peintres en général ; nous croyons aussi qu'il aura une influence heureuse sur le goût artistique du public. La nature est à la portée de tout le monde. Il est certainement plus facile d'apprécier

la vérité d'un coin de forêt ou d'une longue perspec • tive que de saisir à prem ère vue la pensôe morale ou l'intention poétique d'une composition abstraite. Estil un homme qui n'ait pas senti s ui cœur palpiter d'aise et s'ouvrir aux plus ineffables émotions, lorsque, seul et silencieux, le calme de la nature a gagné ses seris, et qu'oubliant pour un instant les inquiétudes tt les tumultes de la vie, il s'est laissé bercer mollement au murmure de cette poésie qu'exhalent comme une harmonie divine les splendeurs de la création? Qui donc pourrait se soustraire alors à l'attrait irrésistible des souvenirs? Quelle âme se refuserait à comprendre un tableau dont chaque détail semb'e être un écho lointain des hymnes d'allégresse qu'elle a modulés, comme à son insu, dans le concert des eaux et des bois !

Nous avons dit ce que le paysage peut produire ; examinons maintenant de quelle manière nos paysagistes l'ont conçu et exécuté.

S'il est un genre où la variété des impressions permet ou motive des expressions toujours nouvelles, c'est sans coîitredit le paysage ; il n'y a pas un site qui n'inspire différemment un artiste, selon l'heure, le temps, ou même la seule disposition éventuelle de son esprit.

On pourrait croire que la nature étant invariable dans ses formes et ses développeraens successifs, il n'y a qu'une manière de là rendre pour être vrai. Cent paysages également bans, également sincères, nous prouvent que ses aspects changent à l'inSni et qu'd ne s'agit que de s'entendre sur les diverses façons de sentir.

Quelques-uns s'éprennent de la ligne et en poursuivent la recherche avec une sévérité d'attenlion qui fait découvrir les silhouettes élégantes et harmonieuse s et engendre le paysage de style : c'est là ce qu'on peut appeler l'architecture du paysage. L'Académie donne à ce genre le titre iVhisorique, parce qu'il ennoblit un sujet et p:;ut servir de milieu pour l'ordonnance d'une action imposante. Les peintres qui s'y adonnent oublient trop souvent, dans cette préoccupation presque exclusive, qu'il y a autre chose

dans la nature qu'un agencement de lignes symétriques. ^

Parmi les artistes de cette école, neus remarquons MM. Aligny, Renouville, Buttura, Desgoffe P Flandrin, Gourlier, Lanoue, Lessieux, Malathier, Prieur et leytaud. Les uns suivent un système qui leur appartient et qui les distingue : M. Aligny est, entre eux tous le plus étrange, sinon le plus illustre. Il a porte SI lom I affectation du style, que, ne trouvant plus la nature digne de lui servir de modèle , il s'en est tait une à son a^age, qui ne vaut pas, il faut bien e dire, celle que nous connaissons. M. P. Flandrin tait plus de cas du naturel. A défaut d'une vérité incontestable, il rencontre u:ie éléganc- d'arrangement qui charme et fait passer sn.r la froideur de sa peinture. MM. Gourlier, Teytaud et Walaihier, sans rien sacrifier de la sévérité des lignes, obéissent davantage au Fentiment des masses. La fraîcheur du site, la magie de la lunvère et du coloris comptent pour beaucoup dans leurs compositions distinguées MM. BenouviUe, Buttura, Lanoue et PiSeur n'ont r:en qui soit précisément à eux. Ils sont avant tout des lauréats de 1 Académie, et, en cette qualité, ils s inquiètent beaucoup moins de peindre selon leur cœur que d observer rigoureusement un système préconçu, invariable, inventé par l'académie des Beaux- Arts qui n a rien de mieux à faire. On écrirait le nom de M. Buttura sur le tableau de M. Prieur, et celui de M. Lanoue sur la toile de M. BenouviUe, que m 1 un m l'autre ne s'apercevrait, sans doute, de ce changement, tant ih sont restés fidèles au patron taille par 1 oracle inconnu de la villa Médicis

Il faut rendre justice aux efforts de tous les artistes quand leur penjjée sérieuse tend vers un t)uteleve; mais nous n'en sommes pas moins convaincu de la vanité de ces recherches qui ne peuvent avoir d autre résultat qu'une interprétation stérile de ce qu il y a de plus ingrat dans la nature. La poésie ne git pas dans la sécheresse du trait, en peinture non p us que dans la correction prétentieuse d'un vers classique. Elle est tout entière dans les trésors de la végétation, dans la fraîcheur des ombrages

dans les suaves moiteurs d'une atmosphère embaumée, dans les épanouissemcns de la lumière, dans cet ensemb'e hai morieux, enfin, dans ce calme, dans ce mystère, dans cette immensité où l'homme aspire toutes les joies, où l'àme semb'e défaillir sous le poids des richesses infinies dont la création l'a faite souveraine.

Celui-là seul (st peintre qui jouit de la moindre partie de ce trésor et qui nous fait participer h sa jouissance par une expression partie du cœur. Le paysagiste doit moins chercher, je crois, le fini dans la peinture que l'infini dans la poésie. Non pas qu'il faille rejeter toute précision dans le travail ; mais je pense qu'il vaut mieux sacrifier une finesse de détail que de sortir, pour la faire valoir, de la plénitude de l'impression.

ïl est plus probable qu'on trouvera la véritable poésie chez les peintres que M. Théophile Gautier appelle réalistes que chez ceux de l'école historique. La réalité n'est pas la poésie, mais elle engendre la poésie ; car le sentiment poétique réside au cœur de l'homme, et ce n'est que par une disposition étrangère à la nature même que ce sentiment se développe à l'aspect de la nature. C'est donc en reproduisant la réalité qui l'a ému que le eintœ pourr a nous émouvoir à gon tour, et non en rapportant des formes qui sont plutôt inhérentes à son esprit même qu'au caractère de la nature.

Je crois, par exemple, que si l'on pouvait inculquer à priori les procédés de la peinture pratique à telle personne ignorant les premiers élémensde l'art, il ne serait pas impossible de trouver un jeune amant vivement épris qui reproduirait l'aspect des ombrages où, pour la première fuis, son cœur s'est ouvert aux illusions de l'amour, et cela avec un charme bien plus touchant que ne saurait le faire le plus illustre lauréat de Rome.

Toute la différence qu'il y a entre les écoles de paysage peut être appréciée en prenant la supposition qui précède pour point de départ.

Les paysagistes historiques sont la plupart du temps les adeptes trop exclusifs d'un système, tan-

dis que ceux qu'on a rf^cemment désignés sous le no.n commun de réalistes sont les vrais et sincères amoureux de la nature, qu'ils voient avec un cœur ému et sous l'influence d'un sentiment plutôt que d'un raisonnement.

Les peintres de cette école se divisent encore en deux catégories qui ne se distinguent entre elles que par la part plus large que l'une sait faire h tout ce qui dérive d'une idée que je s rais presque tente d'appeler littéraire. Ainsi, ellr; exprime dans sa peinture, outre l'impression individuelle de l'artiste, que'que chose d'une poésie de souvenirs ou de traditions. Les tableaux de M. Corot sont à l'exposition les plus importans et les plus remarquables du genre. La nature s'y épanouit dans son expression la plus pure, tandis qu'elle revêt en même temps le caractère de grandeur, le charme d'idéalisition qui conviennent à la poétique grerqje dont M. Corot s'est inspiré.

Dans la même voie, et soutenus par des qualités dignes de remarque, nous trouvons une réunion brilhnte d'artistes d'un ordre élevé.

M. Cabat est peut-êtie un peu lourd dans son exécution; il n'a pas, tant s'eti faut, la transparence de lumière, la profondeur de plans, l'air et l'espace qu'on a.lmire cluz M. Corot, mais il sait cerner ses masses par un trait d'une élégance excessive, et il y a toujours dans le parti pris de ses eftets une vigueur de peinture, une certitude de science qui le placent très haut dans l'estime des connaisseurs.

M. Jules Aîidré possède l'entente des masses, l'abondance de la composition; ses tableaux ont touj;)urs un bel aspect décoratif et un grand charme de coloris. M. Français cherche l'élégance, et il en trouve le secret; il n'a pas à un aussi haut degré celui de la simplicité. Chrz lui, la sérénité de la masse est quelquefois troublée par le tumulte des détails. Ses dessins ne laissent lien à désirer : ils sont étudié-, vrais et d'un effet puissant ; mais, dans sa Vue des bords du Teverone, comme dans sa Prairie, je remarque une prodigalité de petites touches qui me semblent détruire l'harmonie de l'ensemble et qui

forment, par la finisse extraordinaire de chaque détail, vingt tableaux charmans dans un seul. M. Daubigny est pins simple; sa peinture est tranquille et suave comme un soir de printemps ; mais il tra^luit souvent la nature avec trop de fidélité au lieu de l'interpréter, et, pour vouloir dépasser le but, il arrive qu'il ne l'atteint pas toujours. Sa Vue priae sur la rivièrs dOulin est un petit chef-d'œavre où la nature se montre dans toute sa fraîcheur naïve et radieuse, sans charlatanisme de brosse, sans exagération d'effet et par la s ule et sincère étude du pays qu'd avait sous les yeux.

M. Lambinet nous rappelle le jeune amant dont roiis parlions plus haut. Cet artiste semble peindre avec ivresse. On comprend , en voyant ses paysages si frais, si animés, si fleuris , qu'il aime à poser sa palette pour se rouh r dans l'herbe émaillée de bluets, pour courir se plongrr avec délices dans ces taches d'ombre bleues et humides qu'un arbre touffu jeKe sur les prés perlés de rosée. On en peut dire autant de M. L^aujol de Laf^ge, qui unit aussi à une exécution pleine de largeur et d'imprévu un sentim- nt très vif de la nature. M. Chintreuil comprend le paysage sous son côté mélancolique ; on sent courir comme des mélodies indécises dans ses compositions expressives mais un peu ternes. Je voudrais voir la forme jaillir avec plus d'ampleur de sa brosse trop timide. M. Desbro-ses a les mêmes qualités que M. Chintreuil, mais il les assure par une entente plus mlàre de l'elfet.

MM. Gaspard Lacroix et Desjobert ont une poésie plus abondante et qui s'exprime par des couleurs plus vives; on peut leur reprocher un défaut qu'ils partagent, comme ils partagent aussi d- s qualités qui ne sont pas sans analogie entre elles : ils usent la meilleure partie de leur vigueur à monter leur coloris dans les gammes élevées, de sorte qu'ils en manquent parfois pour écrire leur effet avec une précision puissante.

11 nous r» sle maintenant à parler des réalistes parfaits, de ceux qui prennent la nature pour ce qu'elle vau^, Fans la transformer par des modiiicatiors issues

d'une poésie plus littéraire que spontanée. A la tête de celte école nouvelle et déjà riche, marchent d'un pas presque égal MM. Rousseau, Diaz, Jeanron et Troyon. Leur science se résume en ceci : prendre la nature dans sa plus vaste, dans sa plus puissante expression ; rechercher tout ce qu'elle peut dire d'ellemême, par les effets qu'elle produit sous l'influence des différentes modifications de la lumière, par ses harmonies, par sescontraste>, elextraire de cotte étude la formule directe de l'art théorique et pratique. Pris à ce point de vue, ces artistes sont sojverains. Ils voient, ils comparent et ils expriment.

Voyons d'abord M. Rousseau et examinons un instant s; s deux œuvres importantes : V Effet du matin et le Plateau de Bellecroix, A première vue et h distance on sent devant ces tableaux l'impression de la nature. Chaque objet est à son plan , "avec sa valeur propre, avec la puissmce de modelé qui ressort d'une lumière unique, et pourtant il se fond, par des sacrifices habilement ménagés, dans l'harmonie générale du tableau. Les silhonettes sont d'une fermeté qui détermine avec art la forme des arbres et les plans des terrains ; mais elles se modèlent en même temps en masses saillantes qui sortent du cadre, et vont en se perdar t jusqu'aux lointains, sans dureté, sans sécheresses, et baignés dans une atmosphère si profonde qu'on dirait pouvoir y entrer de plain-pied. Ces peintures si larges, si belles aux yeux des connaisseurs, n'ont pas néanmoins la faveur unanime du public, qui comprend mieux celles de M. Corot. La raison n'en est pas difficile à saisir. M. Rousseau , qui est sans égal pour l'éclat du coloris, pour 1 harmonie des tons, pour la pénétrabilité de l'air humide, clair et lumineux, M. Rouss^^au pousse l'étude de la masse aussi loin qu'il est possible, mais il ne sait pas toujours franchir ce terme au delà duquel l'ébauche devient tableau. Il indique en maître, mais il ne termine pas. M. Corot, au contraire, a des tons moins brillans, moins de saillie, moins de précision dans la forme, mais il sait faire un tableau. Son effet est circonscrit dans ses justes limites, il laisse indécis tout ce qui n'est pas le sujet même,

pour donner à ce qu'il vrut ïâivà ressortir toute la force dont sa peinture fraîche et luminc use , quand il faut, peut disposer par d'abondantf s ressources. Voilà pourquoi M. Corot rst le premier paysagi^te du Salon, même à côté de M. Rous eau, de M. Diaz, de M. Jeauron et de M. Troyon. Ces trois derniers, avec quelques-unes des qualités qui font la force des deux autres et quoiqu'ils n'aient pas leurs défauts, ne leur sont pas cependant supérieurs parce qu'ils ne possèdent ni l'éclat scintillant du premier, ni la limpidité poétique du second ; mais a cela près ils se, placent au rang des meilleurs paysagistes, et complètent par des nuances précieuses l'ensemble de celte belle et féconde école.

Ces maîtres du paysage sont suivis par une brillante et nombreuse phalange de jeunes talens qui aspirent à les rejoindre bientôt Voici d'abord les peintures de M. Martin, amples et vigoureuses; celles de M. Coignard, pleines d'éclat mais un peu molles d'exécution ; V Intérieur de forêf, de M. Bodmer où le dessin le plus correct s'allie, fort heureusement, à un sôtUiment profond de la nature ; les Moutons et les Vaches de Mlle Rosa Bonheur, qui n'auraient pas d'égaux si celte artiste distinguée savait fair*; quelques sacrifices de détails pour assurer l'harmonie de l'ensembl -, si elle se débarrassait de quelques petitesses de touche qui laissent de la crudité à sa Deinture et si nous ne voyions pas enfin près d'elle ceux de M. Troyon qui donnent une si belle idée de la science unie au sentiment.

M. Palizzi, lM. Salmon et M. Lalaisse se distinguent aussi dans ce genre illustré par Paul PoUer. L'^s tableaux de M. Palizzi montrent uue habileté extraordinaire, mais qui ne suffit pas à tempérer la sécheresse de l'exécution. Ceux de M. Salmon ont un beau caractère dans les lignes, et ne laisseraient rien à désirer s'ils étaient traités sous l'influence d'une lumière moins sourde. Les chevaux de M. La- Ini-se et les scènes aquatiques de M. Chère! le sont d'une peinture excellente et vraie.

Il faut rattacher à l'école qui vient de nous occu- ])cr plusieurs artistes dont nous regrettons de ne pou-

voir dire que le nom, car la place nous manque pour leur rendre la justice qu'ils mériterU. MM. Ballue, Chandelier, Cliaplii), Chardin, Cicéri, Th Frère, Fromentin, Girardj Girardet, Giroux, Haffner, Hervier, Lapierre, Lavielle, Legentille, Lafitte, Leleux, Leroux , Loire , Lottier , Loubon , Nazon , Pascal, Léon Pellenc, Pequegnot, Pron, de Tournemine, Toudouze et Tliierrée, oTit exposé des ouvrages conçus selon cette donnée de r«rt qui porte l'artiste à rechercher dans une interprétation sincère de la nature la vérité qui p-aît, la poésie qui charme et cette science d'ob. ervation qui prépare les voies nouvelles où l'avenir de la peinture nous apparaît brillant et régénéré.

marine;- fleurs et fruits. - animaux,

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