‹ Exposition précise de la nouvelle doctrine médicale italienne, ou considérations pathologico-pratiques sur l'inflammation et la fièvre continueChapitre 11 sur 20 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L’inflammation maligne ou gangréneuse, ainsi nommée par les anciens , ne renfermait pas l’idée d’une diminution d’action dans les parties enflammées. Brown seulement, tirant des conjectures de la faiblesse physiologique du système ou des résultats de l’inflammation , admit l’inflammation asthénique comme affection produite par défaut d’excitation. Beaucoup de savans praticiens s’opposèrent à l’introduction de cette maxime.

§ 19, Avant l’apparition de Brown, comme je l’ai déjà dit, aucun des plus célèbres parmi les pathologistes n’eut l’idée de croire que l’inflammation, considérée en elle-même , puisse dépendre d’une diminution du stimulus, d’une inertie de mou vement ou de l’action languissante des fibres vasrulaires , des viscères affectés d’inflammation. La contradiction était trop grande, entre la rougeur, la chaleur, la turgescence, ou la vibration des vaisseaux, plus ou moins augmentées dans une partie enflammée , et la diminution du stimulus, du mouvement ou de Vimpetus vitæy dans la même partie. Aussi aucune pathologie n’arriva- t-elle jamais à un degré tel d’incohérence que forcée par les faits même, de considérer dans l’inflammation, d’une part, l’expression de mouvemens vasculaires, plus actifs que dans l’état de santé , elle ait pu , de l’autre , déduire d’une pareille augmentation de mouvemens, une diminution d’action. Cependant, comme je l’ai déjà dit, l’idée d’un ralentissement ou d’une stagnation du sang

dans les vaisseaux capillaires, comme cause de l’inflammation , avait trouvé des partisans ; soit que cette obstruction dans les vaisseaux capillaires provînt d’un épaississement des liquides, ou bien de quelques particules de sang introduites dans des canaux qui leur étaient étrangers , ou d’uns pasme des fibres ou des vaisseaux mêmes, qui aurait pu en diminuer la capacité. Mais une pareille obstruction, un îelépaississement, ralentissement, etc. des liquides, n’étaient pas considérés comme constituantrinflammation : on considérait seulement toutes ces circonstances comme signe précurseur ou cause occasioneile ; alors l’action des gros vaisseaux et du cœur , provoquée et accélérée par ces obstacles , faisait naître cette augmentation dans la circulation qui succédait au spasme des vaisseaux capillaires et au ralentissement de leur circulation. C’était l’accroissement de l'impetas vitale , ou l’action conservatrice qui, cherchant à vaincre les obstacles, donnait naissance à l’inflammation. L’obstruction ou le spasme étaient l’épine de Van-Hehnont ,1e s timulus d’Haller, de Fiorani et de Borsieri, par laquelle le mouvement des libres et des vaisseaux était augmenté , d’où résultait le développement des phénomènes de la phlogose.

§ 20. Les anciens ne manquèrent pas de signaler, comme étant digne de considérations particulières, et comme plus périlleuse , cette inflammation (dont nous ferons mention en son lieu) qui ne se manifeste pas franchement ni avec les caractères qui sont propres à l’inflammation, c’est-à-dire celle qui

se forme d’une manière occulte, sans occasioner une douleur remarquable , comme s’il existait une insensibilité ou semi - paralysie clandestine ou maligne des nerfs : ou bien celle dans laquelle l’excitation générale est au-dessous de l’excitation locale : ou bien celle encore qui est accompagnée de phénomènes d'abolition nerveuse, ce qui lui a fait donner le nom de nerveuse : ou celle qui précipitamment , et d’une manière irréparable, dégénéré en gangrène , soit par l’effet d’une lésion profonde dans Faction nerveuse, soit par la nature du sang , qui la dispose à certaines dégénérescences qui ont reçu le nom de putride ou scorbutique . Mais ce n’est pas une raison pour croire que les anciens se soient imaginés que l’inflammation, considérée dans les parties cii elle s’est établie, ait jamais été produite par un défaut de stimulus ou d’action vitale, et que cette action soit précisément plus languissante dans la partie enflammée qu’ailleurs. En considérant attentivement le sens de leurs expressions et de leur pathologie, il me semble plutôt qu’ils croyaient que, dans les inflammations dites putrides ou malignes l’accroissement phlogistique de l’action vasculaire avait mis en mouvement telle espèce de sang ou cer^ tains liquides qui étaient disposés à la fermentation putride ou à la dissolution; il me semble encore possible qu’ils aient pu considérer ce mouvement morbide (grand ou petit, obscur ou manifeste) comme étant provoqué malheureusement par l'épine ou V acrimonie , C obstruction ou le spasme dans une fibre facile à dégénérez^ ou k se rompre ; sans que pour

cela le mouvement phlogis tique soit produit ou entretenu par une diminution d’action. Us distinguèrent dans quelques uns de ces cas , l’état de la partie enflammée , d’avec celle de l’économie , c’est-à-dire la prostration des forces de l’organisme , de l’excitation partielle sans établir pour cela aucun doute sur la nature phlogis tique des caractères apparens ou cachés qui sont propres à l’inflammation. Un grand nombre considérèrent l’acrimonie et la dissolution du sang, comme pouvant influencer et faire en très-peu de temps dégénérer en gangrène la plus simple inflammation ; mais l’inflammation en elle-même n’exprimait pas à leurs yeux une diminution de mouvement ; enfin ils mêlèrent à la méthode anti-phlogistique l’usage de prétendus remèdes antiseptiques , dont il était réservé à notre époque de déterminer précisément la valeur. Us se virent cependant forcés pour balancer les forces universelles , d’être modérés sur l’usage des remèdes anti-phlogistiques , et surtout sur les déplétions sanguines générales ;maisils n’abandonnèrent pas pour cela l’usage des remèdes anti-phlogistiqnes particulièrement sur la partie malade ; et les moins cîairvoyans parmi eux ne furent pas sans remarquer les accidens qui survenaient par suite de la méthode échauffante ou alexipharmaque ; aucun d’eux ne s’attacha exclusivement aux toniques ; quelques-uns mêmes n’épargnèrent pas , comme nous le verrons plus loin , l’usage des remèdes reconnus décidément aujourd’hui être contrestimulans. Les médecins anciens hésitaient et se

contredisaient encore dans certains cas, et dans des circonstances où des dégénérescences indomptables et précipitées, malgré toutes les méthodes de traitement, frappent de mort les parties enflammées, et enfin le reste de l’individu. Mais qui ne vacillerait pas en de pareils momens? Et quel avantage obtient-on dans certain cas très-grave de l’une où l’autre méthode? Cependant ils ne négligèrent pas de chercher à calmer l’inflammation par l’usage de remèdes émolîieus et sédatifs, au moins locaux ; et ce qui enfin est digned’une attention particulière, c’est que les anciens médecins n’ont jamais différencié par rapport à la nature ni au traitement, comme cela a eu lieu naguère ,,les inflammations chroniques des aiguës; ils les traitaient toutes, comme nous l’observerons en son lieu, parles remèdes les plus contre-stimulans. C’est par cette raison qu’il me semble prouvé que selon l’ancienne doctrine l’idée pathologique de l’inflammation était une et n’a jamais été en contradiction avec les phénomènes qui caractérisent une inflammation quelconque tant que réellement elle existe, à quelque degré que ce soit. L’inflammation maligne , la putride , la scorbutique , la gangreneuse , indiquaient, comme nous le verrons par la suite, la mauvaise disposition du sujet chez lequel elle se formait ; cette mauvaise disposition ou la nature particulière des fluides présageaient les fatales dégénérescences de l’inflammation , mais elles n’indiquaient aucune différence dans sa nature, qu’elle ait été produite ou entretenue par des élémens d’une activité diamétralement opposée.

§ 2 1 J. Brown n’était pas fait pour aucun genre de transaction; en général, les maladies qui n’ont pas le caractère inflammatoire peuvent dépendre d’un excès comme d’un défaut de stimulus ou d’action vitale : ainsi , selon lui , l’inflammation devait appartenir également à l’une ou l’autre diathèse. Peu importait à Brown que l’idée d’ inflammation par défaut de stimulus impliquât contradiction. Il évita d’entrer dans aucun détail d’explication pathologique ; il dédaigna de se rendre compte à lui-même du comment ; et, caressant l’idée que les affections locales dépendaient de l’état général, il prétendit que, l’organisme se trouvant en défaut de stimulus, l’inflammation qui survenait dans cette circonstance était produite et entretenue par le même défaut, qu’enfin elle devait être curable sans aucune restriction parles mêmes moyens excitans qui sont propres à ranimer le stimulus. Il eut cependant lieu de remarquer que « inflammationis astenicæ causa « est sanguis quoque in inflammatis vasculis similes a acinphlogistica effectus trahens.. ea distendens et « propria cujusvis inflammationis excitans ». Il vit bien que (( inflammatiogutturis , quæ in putridam, « ut aiunt, desinit, primis diebus a cynanche tonte sillari specie parum distat ». Mais il importait peu au médecin écossais que les symptômes et les changemensde la partie enflammée exprimassent plutôt excès que défaut de stimulus, aussi déclara-t-il sans réserve asthénique par défaut; et curable par les stimuians , toute inflammation qui survenait à un individu qui se trouvait dans une diathèse asthénique.

Dans le traitement de l’inflammation qu’il supposait asthénique , il ne s’arrêtait pas à cette prudente économie de moyens anti-phlogistiques que conseillaient précisément les anciens dans certains momens périlleux d’inflammation dite maligne , sans s’en laisser imposer par Fêtai de dépression du système nerveux, ainsi que des viscères, qui ne participait pas à l’inflammation. Sa thérapeutique n’admettait pas de modification. La méthode curative dans les maladies par excitation devait être ou excitante ou débilitante. Une partie affectée dynamiquement devait être à l’unisson avec le reste de l’organisme, parce que dépendant d’une propriété générale, elle devait être indivisible. Enfin, les dispositions générales étant asthéniques, l’inflammation devait être traitée par les excitans; cette théorie n’aurait pas produit autant de mal , si Brown s’était contenté de penser que l’inflammation était entretenue par un défaut de stimulus , seulement quand elle avait lieu chez des sujets dont l'organisme était généralement appauvri ; mais comme la faiblesse physiologique, ou la diminution des forces naturelles suffisait a Brown , pour établir une méthode de traitement excitante; comme l’excès même du stimulus arrivé à un certain degré épuisant trop l’excitabilité créait la faiblesse indirecte, comme une inflammation, même chez un sujet robuste, pourvu qu’elle ait été d’une longue durée , changeait de genre en transformant par épuisement la diathèse sthénique en asthénique; comme d’après les causes débilitantes qui l’avaient

précédée , il était de règle de déclarer la maladie asthénique quels qu’aient pu être les caractères qui raccompagnaient, que finalement la dégénérescence facile de l’inflammation à la gangrène faisait qu’elle était considérée au fond, dès son principe , comme étant de nature asthénique par faiblesse directe ou indirecte, il résulte que, d’après la classification brownienne , les inflammations véritablement entretenues par un excès de stimulus, et pour lesquelles les évacuations sanguines auraient pu être avantageuses, se réduisaient à un très -petit nombre, tandis qu’au contraire la série de celles qui , selon lui , étaient curables par les stimulans, était immense. Telle fut la doctrine que Brown proclama , et dont successivement nous examinerons les motifs pathologiques, ainsi que les faits les plus connus qui pouvaient lui être mis en opposition.

§ 22. À la même époque où Brown proclamait et soutenait sa doctrine à Édimbourg, plusieurs savans, beaucoup plus versés que lui dans la pratique de l’art, ne manquèrent pas (Je désigner dans leurs ouvrages les graves exceptions à faire à la doctrine du réformateur, ainsi que pour le traitement exclusivement excitant de l'inflammation maligne ou asthénique . Déjà Culîen, dans ses élémens de médecine pratique publiés à Edimbourg en 1788, postérieurement à la publication des élémens de Brown , et aux interprétations de Boberl-Jones 1 , Cullen

* Cullen publia ses élémens en 1783. Brown publia les siens

dis- je , quoiqu’il se soit montré étranger à l’usage de la saignée et des purgatifs dans le traitement de l’angine maligne ( tout en recommandant , notes bien , l’usage des émétiques ) , déclarait cependant au § 3 1 7 que les purgatifs ou la saignée pouvaient être aussi mis en usage dans cette maladie, où les symptômes inflammatoires sont très-manifestes : ce qui voulait dire que, lorsqu’il existait une inflammation malgré la malignité de l’asthénie de Brown , ainsi que la dépression des forces universelles déterminée par un excès de stimulus local, il convenait, pour la traiter et prévenir son passage à la gangrène, de mettre en usage les moyens a nti-p h logistiques. J. Hunter, dans l’introduction de son traité sur les maladies vénériennes, publié en 1786 % après avoir exposé ses idées, quoique mystérieuses, mais susceptibles de quelque interprétation, sur la nature de l’inflammation, après avoir déclaré que dans rinflammation gangreneuse , s'il existe une diminution des forces vitales , il existe aussi une augmentation d'action dans la partie enflammée $ il déclara pernicieuse cette pratique ordinaire du traitement de l’inflammation qui, n’ayant égard qu’à la faiblesse générale , et tenant peu compte de l’accroissement d’action des vaisseaux, n’avait recours qu’à des remèdes excitans, alexipharmaques ou échauflans, administres intérieurement ou ap~

avant 1781, puisque Jones adressa à Brown même, en 1781, ses recherches, comme on le voit par la dédicace qu’il lui en fie

1 Voyez sa dédicace au chevalier Bated.

pliqués extérieurement. « La chaleur, disait-il claî- <c rement, augmente toujours l’action, et les remèdes « stimulans ne conviennent jamais où l’action est « déjà par elle-même trop violente » r. Erasme Darwin essaya presque d’imiter à sa manière la combinaison d’élémens opposés indiquée par Hunier dans 3a théorie de Pinflammation maligne , attendu que dans la fièvre et dans Pinflammation sensitive inïrrltative , appelée ainsi par lui ( expression qui indiquait suffisamment les fièvres et inflammations malignes ou nerveuses), il prétendait qu’il existait une augmentation de la puissance sensitive en même temps qu'une diminution de celle irritative , manière de s’exprimer, de laquelle on pourrait conclure, si plus loin il ne l’avait pas déclaré, «que cette sorte de fièvre maligne inirrita- « tive est souvent accompagnée d’inflammation locale ». Ce qui justement semble établir un contraste frappant entre l’organisme constitué à l’état de soustraction de stimulus et l’augmentation de sensation et de mouvement dans la partie enflammée. Cet ingénieux, mais souvent obscur, pathologiste Pavait déjà bien déclaré dans la trente-troisième section de sa zoonomie Jorsqu’en parlant des mouvemens qui constituentPinflammation,ilsoutient qu’ils sont les mêmes, soit qu’ils proviennent d’un stimulus excessif, de blessures , de matières acrimonieuses , d’augmentation douloureuse des stimulus ordinaires , mais jamais de cette douleur qui est le

1 Trailé des maladies Yéxiériennes.

résultat (T un défaut de stimulus. Ainsi le processus inflammatoire devait être le produit de ces sensations, qui sont les conséquences d’un excès et non de celles qui proviennent du défaut d’action. Description très-imparfaite des faits et dépourvue de tout ce que l’étude de la réaction vitale a pu mettre sous les yeux des praticiens, et en vertu de laquelle, par suite de fortes sensations douloureuses et d’un manque subit de stimulus, peut naître une inflammation pl us vive; néanmoins les expressions de Darwin sont suffisantes pour démontrer qu’au milieu de cet état de non irritation ou d’action languissante de l’organisme général par laquelle il indiquait l’asthénie de Brown , il ne s’éloignait pas de l’idée d’un excès d’action sensitive dans la partie enflammée.

§ 23. Il serait trop long et même inutile de par* courir la série des écrivains qui démontrèrent l’impossibilité d’admettre ou de comprendre la contradiction renfermée dans l’idée pathologique de Brown sur l’asthénie inflammatoire produite par une augmentation de mouvement et entretenue par un défaut de stimulus. Il serait superflu de faire l’histoire des ouvrages de médecine pratique ou de pathologie, dans lesquels une pareille maxime reçut de nombreuses exceptions , et fut contredite par les faits et par l’usage avantageux des anti-phlogis tiques et de la saignée dans beaucoup d’inflammations déclarées par Brown être î liyposthéniques ; il nous suffira de citer quel- | ques noms ou quelques ouvrages; l’illustre Pinel

en démontrant dans la Nosographie philosophique les complications de l’inflammation véritable, avec un état général d’adynamie , ou la fièvre nerveuse pour laquelle la saignée est avantageuse, avoua dans les expressions qui lui sont propres , les maximes que nous soutenons, c’est-à-dire que finflammatioft en quelquelieu , et dans quelques circonstances qu’elle se présente est tou jours le produit d’un excès de stimulus , au moins dans les parties qui en sont affectées. Richerand considéra celle qu’il appelle inflammation nécessairement gangreneuse, comme étant caractérisée par la coexistence de l’adynamie ou atonie générale, avec une augmentation d’excitation dans la partie affectée. Latrobe, dans sa cri tique sur les élémens de Brown publiée à Jéna, pensa faire ressortir la réfutation de ce principe par la seule définition brownienne de l’une et l’autre inflammations. ïmmerman et Eisfeld , dans leurs recherches sur le typhus et sur les fièvres malignes, présentèrent des observations qui démontraient positivement la nature phlogistique des congestions sanguines dans les différens viscères , et principalement celle des méninges dans la fièvre nerveuse, la nécessité de les traiter aux moyens des déplétions, ainsi que le danger, que le masque nerveux, malinet asthénique pouvait produire dans le traitement de semblables affections. L’idée d’inflammation p^r défaut de stimulus ne convint pas davantage à f illustre Semantini de Naples; et, quoique le célèbre Borelli ait exposé une longue série de propositions physiologiques et pathologiques clans le sens

du système de Brown, il ne put pourtant pas s’empêcher d’indiquer ingénieusement comment un engorgement sanguin provenant de l’atonie d’une partie ou de l’asthénie des vaisseaux ou des membranes , devait devenir son propre remède, dissiper la maladie ou en produire une opposée aussitôt qu’il existait une distension qui faisait naître le stimulus et produisait l’inflammation. Dans l’Italie supérieure, Brown eut beaucoup d’antagonistes qui émirent différentes opinions contre sa pathologie et sa pratique; mais ce fut particulièrement l’inflammation asthénique que l’on combattit à l’aide du raisonnement et de l’observation. Les faits précieux rapportés par un des meilleurs praticiens de la Lombardie 9 le docteur Sébastiano Cera , étaient en opposition avec la doctrine de B rown, puisque, dans son mémoire sur la fièvre d’hôpital , il chercha à prouver que les engorgemens et les inflammations survenus dans l’état même le plus avancé de la fièvre nerveuse avaient été combattus victorieusement par lui , au moyen de la méthode anti-phlogistique Gemello Villa opposa encore à ce point de doctrine les douleurs de côté, ainsi que les pleurésies, qui se développent dans le cours du typhus le plus grave, avec tous les caractères de la diathèse phîogistique, et qui sont avantageusement traitées par les saignées répétées. Le même écrivain va jusqu’à lui opposer encore l’hydrothorax résultantde l’inflammation du poumon et de la plèvre, que Brown considère comme étant asthénique , par la seule raison que ce n’est que sur la fin de la maladie qu’il se forme, et qu’alors

selon lui la diatlièse phlogistique a déjà fait place à la faiblesse indirecte; quoique nous sachions par les observations de Stoll que ce grand praticien traitaitde semblables bydrotborax, au moyen de la saignée et des évacuans; démontrant ainsi que l’inflammation , tant qu’elle existe , ne peut appartenir qu’à une seule diatbèse. Dans les remarques contre la doctrine de Brown , qui parurent sous le nom de Jacob Sacchi, il y est démontré , d’après les observations anciennes et modernes, que dans la goutte que Brown a déclarée être éminemment asthénique, et devoir toujours être traitée par l’opium et le vin, que la phlogose articulaire violente, ainsi que les affections de la plèvre, du poumon, des méninges qui surviennent quelquefois, et qui ont été si exactement décrites par l’illustre Mu s g rave , avaient toujours été traitées et heureusement guéries par l’emploi de la saignée. Le célèbre Vacca Berlinghieri , dont le nom devient de plus en plus cher à la Toscane ainsi qu’à toute l’Italie, releva également, de sa pratique ordinaire , une foule d’objections contre la doctrine de Brown; et, en parlant précisément de la goutte considérée par le médecin écossais*comme étant une phlogose asthénique, il démontra, au moyen de sa propre expérience , ainsi que de celle des anciens praticiens, qu’elle cède assez souvent, ou du moins se mitige par l’effet d’un régime modéré anti-phlogistique ainsi que par l’usage d’une nourriture légère et végétale. Mais celui qui, parmi les médecins italiens , soumit la doctrine de Brown à Fanalyse la plus rigoureuse, qui, par le raisonnement

et les faits , combattit avec le plus d'avantage les maximes relatives à l’inflammation , fut le célèbre professeur Canaveri de l’université de Turin , dans son ouvrage, Analyse et réfutation des élémens de Brown , imprimé en i8o4- Si dans l'inflammation prétendue asthénique, précisément par défaut de stimulus , selon la théorie de Brown , ou par la grande laxité ou atonie de quelques parties que ee soit, le sang s’y accumule en plus grande quantité. « Cette partie, observe Canaveri , ne devra ressentir c c ni pulsation ni chaleur plus grande que celle que « ressentent les autres parties du corps, parce que, ce l’atonie ou la laxité de ses vaisseaux étant plus « grande, il existe une cause positive qui peut favo- « riser leur réplétion sanguine , tandis qu’il n’en « existe aucune pour y déterminer la pulsation ni « l’inflammation. D’oii peut donc provenir , si ce « n’est du stimulus déterminé et augmenté, que le « sang » phenornena cujusvis inflammationis pro~ pria ibi excitet? Et pourquoi, poursuit l’adroit critique de Turin, Brown a-t il ailleurs expliqué les causes de la pâleur de la peau dans les affections asthéniques, en les faisant dériver de l’atonie du système qui empêche le sang d’arriver en aussi grande quantité , et qu’il soit lancé avec assez de force dans les vaisseaux capillaires de sa surface ? Pourquoi l’atonie et la plus grande laxité ne sont-ils point cause d’engorgement; et pourquoi, dans toutes les affections asthéniques, la peau n’est-elle pas constamment enflammée? On est donc forcé d’avouer que l’inflammation ne se réveille jamais sans une

augmentation de stimulus; qu’enfin l’inflammation , dite asténique, ne diffère en aucune manière de 3a sthénique, si ce n’est par son degré; et que son traitement doit être réglé en raison composée de la force de l’inflammation locale , et de la faiblesse de l’organisme.

§ 2/j. Telle fut la sévérité du jugement auquel fut soumise l’inflammation asthénique de Brown , et d’après lequel elle fut rejetée par un certain nombre de médecins ; cependant jusqu’à notre époque toutes ces contestations n’enlevèrent pas un très -grand nombre de partisans à la doctrine séduisante du Réformateur écossais. S’il n’en eut pas beaucoup en Angleterre, la doctrine de Cullen, quoiqu’appuyée dans beaucoup de ses parties par l’observation , n’en trouva pas davantage auprès des savans de cette contrée; et l’on doit croire qu’aucune science pathologique n’en retrouvera jamais beaucoup dans un pays , où les observations détachées, les faits extraordinaires, les guérisons isolées sans aucune déduc lion qui puisse les réunir et les comparer, ont tenu lieu, jusque aujourd’hui, de doctrine. Si la médecine de Brown n’eut pas beaucoup de partisans en France, c’est que cette nation activent entreprenante, autant dans les recherches chimiques et les tentatives chirurgicales , que dans les autres branches importantes des sciences physiques , est au contraire toute disposée, pour ce qui tient à la médecine interne, à respecter les mouvemens de la nature , à en attendre les ressources spontanées, et à se borner aux moyens delà thérapeutique expectatrice. En Allemagne , où

îa médecine fut pendant long - temps peut - être beaucoup plus active qu’elle n’aurait dû l’être , Brown eut un assez grand nombre de chauds partisans dont les ouvrages contribuèrent beaucoup à répandre et à accréditer sa doctrine chez les autres nations. En Italie, ou au moins dans sa partie occidentale, le choc des opinions augmenta le nombre de ses sectateurs, ce qui depuis quelques années a peut-être fait naître dans cette partie une espèce d’opposition. La simplicité des principes, la facilité de les apprendre séduisit beaucoup de personnes , les détourna de l’examen sévère, de banalise des faits, et delà laborieuse méditation d’une profonde pathologie. La division de l’inflammation en sllié-* nique et asthénique fut adoptée presque comme règle . Elle fut répétée dans les livres, dans les leçons, dans les prospectus nosographiques , dans les tableaux des hôpitaux, et une espèce de tradition vint alors tenir lieu d’examen. L’erreur s’enracina à un tel point, qu’elle s’empara même des esprits qui jusque-là avaient été les plus rétifs aux préceptes du médecin écossais ; et c’est précisément peut-être ceux qui appartiennent à une conquête plus récente, qui aujourd’hui sont les plus réfractaires aux effets de la lumière qui doit dissiper les ténèbres browniennes. Un grand nombre de victimes de la méthode excitante', par laquelle les pré» tendues inflammations asthéniques furent traitées, ont été attribuées sans examen, et par une espèce d’idolâtrie à rinsuffisance de 3a méthode ; et beaucoup de guérisons dues aux remèdes contre-s tirnu-

lans , furent également attribuées à la méthode excitante supposée, parce que la vertu excitante accordée à beaucoup de remèdes que Ton reconnaît aujourd’hui être doués d’action opposée, contribuait à perpétuer l’erreur, de cette manière la supposition d’inflammation asthénique confirmait les erremens de lamatière médicale, comme les inexactitudes de celle-ci perpétuaient l’obscurité de la pathologie. C’est ainsi que l’empirisme n’ayant aucune connexion dans ses parties peut seul jouir du droit de supporter des changemens isolés dans quelques-unes d’elles ; tandis que , dans les arts et toutes les opérations humaines qui ont un motif et une doctrine , les les principes sont tellement liés entre eux, que du changement de quelques-uns, doit nécessairement résulter le renversement de toute la doctrine ou de la science.

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