‹ Exposition précise de la nouvelle doctrine médicale italienne, ou considérations pathologico-pratiques sur l'inflammation et la fièvre continueChapitre 12 sur 20 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Malgré ropinion contraire des auteurs classiques, la maxime de Brown relative à l’inflammation asthénique, dans le sens d’une diminution de stimulus, se soutint encore long-temps dans Une faveur presque générale. Motifs qui me mirent dans le cas de démontrer l’insuffisance de cette maxime.

§ 2 5* Tandis que V inflammation asthénique de Brown , qui, d’après le dire de ce réformateur, ne devait être traitée sans aucune exception que par la méthode excitante, était admise presque généralement , au moins en Italie et en Allemagne ; et que l’on condamnait à être soumis à une méthode stimulante quiconque était atteint du typhus encéphalite, d’angine, ou de pneumonite maligne, etc.; tandis que l’idée d’asthénie, ainsi que l’indication curative qui lui est relative , s’appliquait également à toutes les phlegmasies des viscères , des glandes 9 ou des membranes , et que Ton traitait la dyssenterie, la phthisie, la péritonite lente et la goutte , par l’éther , l’opium , l’ammoniaque et le vin généreux ; le génie de Rasori préparait à la pathologie et à la thérapeutique des changemens aussi grands qu’inattendus. Pendant l’épidémie des fièvres pétéchiales , qui se montrèrent à Gênes en 1800, il eut de fréquentes occasions de reconnaître, au moyen de comparaisons et d’une sévère induction , les mauvais effets de la médication ordinaire. Il put se convaincre et démontrer que ces fièvres, malgré la

malignité dont elles étaient revêtues, et malgré la prostration du système nerveux et des forces physiologiques, étaient d’une telle nature, que le traitement stimulant les aggravait, et qu’elles ne pouvaient être domptées, ou du moins rendues supportables, que p^ir la méthode anti-phlogistique. Il remarqua, que les phlegmasies qui se développent dans le cours de certaines fièvres, quoique jugées malignes, ou asthéniques par les médecins browniens, et malgré les phénomènes nerveux qui les accompagnent, n’étaient avantageusement traitées que par la méthode anti-phlogistique, applicable à toutes les autres inflammations. Il reconnut et vérifia l’action déprimante, anti-phlogistique ou contre -stimulante , qui avait déjà été prévue, et que possèdent une foule de remèdes à qui, jusqu’à une certaine époque, on attribuait une propriété stimulante. Il continua ensuite à traiter, dans deux grands hôpitaux de Milan, et dans sa pratique privée , par la méthode anti-phlogistique ou contre-stimulante, les inflammations non-seulement aiguës, qui avaient été jugées jusqu’à cette époque comme étant malignes , mais encore les chroniques ou anciennes , qui avaient été qualifiées d’asthéniques , par faiblesse indirecte ; quoiqu’elles fussent compliquées d’une très-grande diminution de la nutrition , et des forces naturelles. En outre l’action contre-stimulante de beaucoup de remèdes, ayant été confirmée par la guérison d’un grand nombre de maladies, qui réclament tout autre moyen que la méthode stimulante et corroborante, lui donna lieu de reconnaître la diathèse phlo*

gis tique dans beaucoup de cas ou, mal à propos , on" ne la présumait asthénique que par ignorance des propriétés réelles des remèdes qui réussissaient à les guérir.

§ 26. Mais, quoique les résultats de Inobservation et du traitement qui avait été suivi à Gênes , ainsi que les succès obtenus à Milan , aient été publiés; et quoique les nouvelles maximes, après un mur examen, aient été adoptées par un assez grand nombre de médecins de la Lombardie, et appliquées , pria eipaîernent à Parme, aux traitemens des maladies*, les idées de Brown sur la faiblesse indirecte de l'asthénie inflammatoire ne furent pas pour cela abandonnées par la multitude. L’action contre-stimulante de beaucoup de remèdes tarda à être reconnue; elle ne le fut même que d’on petit nombre, peutêtre aujourd’hui, ne l’est -elle de personne, si ce n’est par le fait des applications qui en sont faites aux traitemens des maladies , tout en repoussant l’idée de leurs propriétés réelles par diverses subtilités dignes de la chicane ; mais ce qui est le plus remarquable , c’est que beaucoup de savans praticiens , tout eu reconnaissant Faction dépressive de certaines substances, n’abandonnèrent cependant pas l’idée brownien ne de la phlogoso nerveuse, clans le sens asthénique, et curable par les slimulans. Les déclarations solennelles de Sydenham et de Dehaen contre la prétendue malignité de certaines fièvres, inflammations ou affections exan thématiques , relativement k leur traitement par les remèdes excitans ou alexipharaiaques , les dé-

sorti res produits par ce genre de traitement * d’après la confession même de ces grands praticiens, et les avantages obtenus au contraire par Femploi des anti-pîdogistiques ; les phlegmasies des viscères , produites par les efforts sympatiques (1e la goutte la plus chronique , traitées par Musgrave et par tous les praticiens par la saignée et les purgatifs , ainsi que sont traitées les affections inflammatoires les plus récentes et les plus pures; les belles observations et réflexions de Hunter sur le danger de traiter parles stimulaus les inflammations malignes 9 la méthode antiphlogistique , recommandée par Borsieri et par Stoll dans le cas d’inflammations qui surviennent dans les fièvres ", qui portent les caractères les pins manifestes de la prétendue asthénie, ainsi que dans la fièvre lente nerveuse; les observations de Géra, de Wienhold et de Frank; les oppositions de Borelli à l’idée contradictoire d’inflammation asthénique; celle de Villa, de Sacchi et de Beiflingliieri , relativement au traitement brownien delà goutte, pratiqué, sans exception, par la méthode excitante; et enfin les profondes et victorieuses oppositions de l’illustre Canavéri sur l’éticlogie brownienne de la prétendue inflammation asthénique, furent ou inconnus ou oubliés. C’est pourquoi il serait bien avantageux pour les progrès véritables de l’art et pour l’humanité qu’il existât , et que les médecins méditassent un relevé chronologique de toutes les déclarations importantes et des propositions faites par divers écrivains , appuyées de l’observation, de l’expérience et d’une induction

sévère des faits; qu’elles puissent être lues dans toute leur pureté , sans qu’il puisse y être introduit aucune modification, jusqu’à ce que, par un assez grand nombre de faits suffisamment discutés , il soit impossible au caprice de venir en démontrer l’insuffisance. Qu’en fi n il ne soit permis d’apporter de modifications, ou de produire des exceptions à un pareil code, qu’à des hommes consommés dans la pratique de l’art , et dans l’observation éclairée par une saine philosophie, et capables enfin de comparer les faits anciens et les anciennes propositions dans les relations diverses d’un langage différent; c’est alors que l’on 11e verrait plus l’observation ni la médecine des anciens invoquées par des hommes qui les connaissent si mal. Personne alors n’oserait plus proposer d’objections déjà faites ou réfutées depuis plusieurs siècles.

§ 27. D’une autre part la différence des langues dont se servirent les anciens dans leurs inductions : et dans l’exposition des maximes que l’observation avait pu. leur suggérer; la méthode curative, nécessairement mixte qu'ils durent employer dans beaucoup de cas à cause de la valeur, qu’à certaines époques on accordait principalement aux symptômes, par le défaut d’idées sur la diathèse, eu

le fond de la maladie, ce qui ne pouvait être que le fruit de l'application d’une saine philosophie ; la connaissance imparfaite de la manière d’agir de 1 beaucoup de remèdes , et surtout de quelques-uns dont on reconnut l’utilité dans le traitement des inflammations dites malignes , durent donner Lieu à

beaucoup J incertitudes , et fournir matière à quel» ques-uns, pour invoquer une partie des anciennes observations appuyées des principes de Brown. L’idée d’un défaut de stimulus et de faiblesse pathologique était trop facile à se confondre avec celle de la faiblesse physiologique, et avait trop de rapport avec l’effet primitif de certaines puissances morbides ; celle de la prostration où l’épuisement de la farce vitale se rapportait trop bien avec certaines vicissitudes de l’état de santé, et avait trop de rapport avec rabattement que nous observons pendant le cours des fièvres ou des ii flamations , quand le système nerveux est profondément affecté par le processus phlogistique ; elle était trop bien justifiée par le passage facile de certaines inflammations à la gangrène, par la nécessité où nous nous trouvons quelquefois de suspendre la méthode an ti-phlogis tique et déprimante dans le cas d’une inflammation locale, par le défaut de réaction de l’organisme, pour soutenir les déplétions et les moyens contre-stimulans , que l’analyse et une profonde observation nous ont démontrées devoir être utiles sur les parties affectées. C’eut été trop prétendre que les axiomes de Brown recommandés par la connexion la plus philosophique et la plus sévère, quoique manquant dans quelquesunes cle leurs parties de l’appui des faits, aient pu j si facilement être effacés de l’esprit de ceux qui i les avaient accueillis. Les observations opposées, I quoique déduites des expériences anciennes et modernes, bien qu’elles soient soutenues par une in-

duetion beaucoup plus lumineuse d’après les nouvelles découvertes , ne pouvaient pas si vite balancer les impressions de l’opinion. îl ne suffisait pas de soutenir que la diathèse, le fond ou le processus nerveux, provenait de Faction du stimulus dans les neuf dixièmes des cas , où selon la doctrine de Brown , elle était considérée comme asthénique , ou curable par la méthode stimulante. Ce n’était point assez de déclarer que la phîogose dans quelques circonstances qu’elle ait lieu, quelque soit l’appareil des symptômes qui l’accompagnent, ou quelle que soit son issue, est soujours un processus de stimulus, et exige toujours par cela même l’emploi de la méthode anti-phiîogistique. Il était nécessaire de démontrer et de prouver en rapprochant les faits qui semblent opposés, et en recherchant le véritable esprit des inductions pratiques , qui pouvaient ne différer que par la diversité de langage , que la cause immédiate et l’essence de l’inflammation, ne devaient être et n’étaient réellement qu’une seule et même chose; il fallait conduire les pathologistes et les praticiens au moyen d’une série de réflexions de faits et d’exceptions ( déduites précisément de l’observation des faits), à se pénétrer et à comprendre comment les causes débilitantes qui ont donné lieu à l’inflammation, comment la faiblesse même, ou l’atonie d’une partie, qui dans toute supposition possible l’auraient disposée à se charger d’un excès de fluides, ne peuvent pas pour cela détruire l’idée, que l’acte même de l’inflammation est une opération pathologique inclé p en -

cl an te , et un processus de stimulus. Il fallait enfui démontrer par les faits, comment ce processus de stimulas pouvait s’isoler au milieu d’une faiblesse pathologique générale ; comment la faiblesse physiologique ne devait être qu’un bien faible argument, propre à faire déclarer qu’une phlogose était asthénique; enfin comment la dégénéressence gangreneuse rapide qui succède à une inflammation n’était qu’un fait postérieur et différent, qui ne pouvait fournir aucune exception au genre phlogistique du processus, tant qu’il existe, et avec lequel cette terminaison n’a aucun rapport. C’est ce que j’ai tâché de prouver autant qu’il m’a été possible , en i8o5, dans la seconde partie de mes recherches sur la fièvre d’Amérique, et ce qif aujourd’hui je tâcherai de faire avec beaucoup plus d’extension , â l’aide de faits et d’inductions ultérieurs ; le principal motif de cet ouvrage étant de démontrer par quelle suite d’observations et de raisonnemens j’ai été forcé d’abandonner les maximes de Brown et d’admettre l’étiologie de la phlogose que j’ai déjà indiquée.

§ 28. Les inflammations chroniques et la méthode des traitemcns qui leur est avantageuse fu relit les premiers motifs qui me firent suspecter la doctrine et la classification de Brown. Ces plilogoses lentes qui, à l’exemple de celles des membranes articulaires dans la rhumataîgie , celle des yeux dans l’ophtalmie lente, ainsi que celle des glandes dans les affections d’origines différentes, telles que celles des testicules dans l’orchite chro-

nique , des poumons dans la phthisie' ; étaient près» que toujours, pour les browniens, le type de l’inflammation asthénique ; au tantparce que la longueur de ces maladies faisait supposer répuisement de de l’incitabilité, que parce que, se formant chez des individus d’une faible constitution, elles étaient accompagnées pendant tout leur cours, de faiblesse générale. Mais quel droit pouvait nous donner cette marche chronique, pour croire que le processus inflammatoire soit différent dans ce cas, qu’il ne l’est dans son état d’acuité, si les produits et les résultats de l’un et de l’autre processus sont tou» jours les mêmes, et si les symptômes, à l'exception de leur force et de leur violence, se ressemblent? N’est-ce pas le plus souvent, comme l’a remarqué le célèbre Biehat, par le mode particulier d’organisation , ou la texture d’une partie, que l'inflammation qui s’y forme est plutôt chronique qu’aiguë, qu’elle se désorganise d’une manière plus ou moins rapide ? Quelle différence n’y a-t -il pas entre la marche très-lente de Tostéotité, et la désorganisation rapide que produit l’inflammation dans les viscères parenchymateux, dont la texture lâche se compose de beaucoup de vaisseaux et d’une grande quantité de tissu cellulaire? L’ostéotite a aussi ses degrés de chronicité et d’acuité , quoique la marche de sa plus grande acuité dure un espace de temps f aussi long que celle des affections les plus chroniques des parties molles ou des viscères. D’une autre part, quels sont les remèdes qui ont été reconnus utiles et dont tous les praticiens se sont servis dans de

semblables inflammations chroniques ? n’est-ce pas les résolutifs, les apéritifs ainsi dénommés, comme Paconite, le mnriate de baryte, les antimoniaux, dont aujourd'hui on connaît suffisamment la valeur et surtout celle des purgatifs et des drastiques, qui dans le sens de Brown étaient aussi considérés comme remèdes déprimans. Aucune orchite lente, ni ophtalmie chronique n’ont jamais été plus avantageusement guéries que par l’usage des émétiques et des drastiques; et l’on ne vit jamais le vin ni l’opium être utiles dans la métrite chronique ou dans la phthisie; il n’est aucun praticien qui, dans les phlégmasies des glandes ou de la peau, ne prescrive un régime tempérant , l’abstinence des liqueurs alcooliques et du vin, ainsi que l’usage des boissons résolutives ou anti-phl ogistiques.

§ 29. En second lieu , réfléchissant , sur ce que j’ai déjà observé dans le principe, que le processus naturel de la conception, ainsi que le développement de l’utérus dans l’état de grossesse était un véritable processus phlogistique , comme les observations de Ruisch , de Hervey, de Hunter et d’Onofrio Seasso l’avaient confirmé; tandis que je récapitulais tout ce qui est relatif au pro» cessus inflammatoire, il m’arriva plusieurs fois d’assister à l’ouverture de femmes mortes à différentes époques de la gestation , dont quelques-unes assez faibles et de chétive constitution étaient consommées par tous les genres de privation, ainsi que par des affections morales, chez lesquelles j’observai le processus phlogistique naturel de l’uté-

rus présentant une turgescence et une végétation

extraordinaire de la partie , ainsi qu’une vie séparée et presque distincte de l’habitus et de l’état de pauvreté des autres parties du èorps; c’est alors qu’il me fut impossible de rester indifférent à 3a vue de ces aberrations , dont la remarque devenait si utile à mes recherches sur la nature de la phîogose. Je comparais cet état à celui d’un oeil qui s’enflamme chez un individu très-faible , dans l’état de caducité et qui , malgré la dépression des forces générales et de l’émaciation de toutes les parties, présente cependant les phénomènes de l’inflammation la plus aiguë, et réclame un traitement anti phlogistique, quoique l’ensemble de l’organisme semble s’y opposer. Je me souviendrai toujours d’une de mes domestiques qui mourut d’une consomption lente, caractérisée par une petite fièvre continue, un amaigrissement progressif, la sécheresse de la peau , sans aucun symptôme d’affection pulmonaire , ressentant seulement de temps à autre des élancemens douloureux dans l’abdomen , où , par l’exploration , on retrouva des duretés irrégulières. Cette femme était devenue d’une maigreur cadavérique quelques mois avant sa mort, et on pourrait difficilement se figurer un corps plus exté» nué plus pâle et plus privé de forces que ne Pétoit celui-ci. La doctrine de Brown était alors en faveur, et la malade avait été traitée par une foule de remèdes pris dans la classe des excitans, quoiqu’ils aient été mélangés avec d’autres, auxquels au jour* d’hui on attribue des propriétés différentes. Toutes

les parties de son cadavre étoient réduites au plus haut degré de l’exténuation , de la pâleur et de l’émaciation : le mesentère d’un volume extraordinaire présentait dans ses rapports avec les intestins les adhérences, la rougeur et l’injection de l’inflammation la plus vive; le péritoine rougeâtre, ainsi qu’on le retrouve ordinairement dans les inflammations plus récentes participait, à ce processus. Nous observâmes , il y a quelques années, dans notre clinique, le cas d’une femme morte d’une ascite, dont la faiblesse extrême des forces, ainsi que celle du pouls, nous avait empêché de pousser aussi loin que cela aurait pu être nécessaire, la méthode antiphlogistique ; chez laquelle toute la surface des viscères du bas-ventre et du péritoine étoit aussi rouge et enflammée que dans les inflammations aiguës. Nous eûmes encore lieu d’observer le même cas chez une femme morte par suite d’une tumeur de Pomentum ; tout le reste du corps était pâle et dans Pétât de relâchement, tandis que l’épiloon , augmenté de volume par une végétation inflammatoire, se distinguait de toutes les autres parties par les adhérences et les membranes de formation pathologique, rouges injectées, et tellement enflammées, que nous en restâmes tout surpris. Je citerai enfin le cas de Phémoptoique Giri; qui, entièrement vide de sang, par suite de vomissemens aussi grands que fréquens, pâle comme la cire, et n’ayant depuis longtemps qu’un très-léger souffle de vie, chez lequel cependant le poumon , retrouvé vivement enflammé, confirmait ce que j’ai avancé dans le premier vo-

lume du Journal de la nouvelle doctrine , page 182. Ainsi la pldogose, soit naturelle 1 ou morbide, par tout où elle s’établit, est un processus indépendant de la vigueur, plus ou moins grande du système; elle détermine une augmentation de végétation dans les parties où elle a lieu, malgré le dépérissement des autres.

§ 3o. J’ai vu , en troisième lieu , des cas assez fréquens de récidive de pleurésies sur des individus d’une très-faible constitution, chez lesquels la première fois, il avait été indispensable de tirer une telle quantité de sang , que l’on craignait qu’ils ne pussent pas supporter une méthode impérieuse» ment commandée parl’état de la maladie; cependant lors des rechutes , l’inflammation était aussi grave que la première fois, malgré les évacuations sanguines qui avaient eu lieu; ce qui rendait nécessaires de nouvelles déplétions, ainsi qu’un traitement purement anti-phlogistique, pour empêcher la désorganisation des viscères. Je ne puis, à cette occasion , me dispenser de rapporter le eas que j’ai déjà cité dans un autre ouvrage ; d’une femme qui, à la suite d’un accouchement laborieux, après avoir perdu une très - grande quantité de sang , réduite à une pâleur extrême, et à la chute totale des forces, qui, saisie par un courant d’air, et attaquée d’une pleurésie , eut tous les caractères d’une inflammation tellement violente, que ses jours furent menacés par des symptômes bien différens

1 II faut remarquer que Fauteur entend parler ici de la gros,-

sesse.

de ceux de la faiblesse pathologique; aussi ne puton -la sauver que par des saignées répétées. J ai observé un cas analogue , chez un jeune homme , mon compatriote ^ d’une assez faible constitution, i, à la suite d’une hématémèse et d’un méléna, i lui avaient fait rendre, dans l’espace de deux jours, plus de 16 livres de sang, fut cependant attaqué d’une inflammation du foie, accompagnée d’un pouls tellement fort et développé, que l’on dût le saigner plusieurs fois, et le mettre à l' usage d’une copieuse boisson d’eau de tamarins, ou autres liquides anti-phlogistiques, pour arrêter la maladie» Ainsi en considérant les inflammations qui ont lieu , même chez des sujets faibles, à la suite de blessures, d’opérations chirurgicales et de chutes, ainsi que la nécessité dans laquelle ouest de les traiter par une méthode déprimante, il nous reste une preuve indubitable du caractère unique de l’inflammation et de l’indépendance de ce processus, soit de la faiblesse générale qui l’a précédée, ou de celle qui Faccompagne x.

1 On doit lire à ce sujet ce qui a été écrit par Fillustre Thomson, dans ses leçons sur l’inflammation ( leçon troisième , état des ■vaisseaux sanguins dans l’inflammation) ; où il démontre , par une foule d’argumens, comment l’action des vaisseaux d’une partie enflammée est bien supérieure à celle du cœur et des vaisseaux des autres parties du corps ; d’où il déduit que Y inflammation consiste en une action augmentée dans les vaisseaux de la partie affectée. Telles sont aussi mes idées « sur les maladies procédant de la diffusion d’une augmentation partielle de l’excitation », que j’ai exposées dans mon ouvrage sur la fièvre

§ oi. Le processus inflammatoire peut donc s’établir par l'effet de causes externes et mécaniques dans une clés parties du corps, quoique les

d’Amérique ; ainsi que beaucoup d’autres qui ont servi , plus d’une fois, d’argument aux réflexions pathoîogico-pratiques de ma clinique , « relativement à l’influence des affections locales sur l’ensemble de l’organisme , en opposition aux maximes de Brown, relatives à l’influence de l’organisation sur l’état des parties ». Il résulte des faits exposés, ainsi que des idées auxquelles ils ont donné lieu , que c’est à tort que Brown a prétendu qu’une inflammation locale se modifiait sur l’état général , que sa nature était asthénique, défective , ou en défaut de stimulus, et curable seulement au moyen des remèdes irritans , par la seule raison que le système général était en défaut de stimulus. Mais comme la pathologie et la clinique philosophique doivent être constamment appuyées par les faits, que toutes les idées se lient entre elles, et que les unes deviennent conséquences ou préludes des autres , c’est ainsi , qu’appuyés par les memes faits et les mêmes principes, nous trouvons la réfutation de la maxime absurde , que l’action et l’effet des puissances stimulantes ou. irritantes doivent être différens , en raison de i’état sthénique ou asthénique du système général. Les puissances stimulantes ou irritantes propres à enflammer ne peuvent agir que d’une seule manière , quelle que soit la condition du corps sur lequel elles exercent leur action. Si elles sont aptes à produire l’inflammation, sur le corps en état de santé , elles produiront également une inflammation , plus ou moins forte , il est vrai , mais ce sera toujours une inflammation , qu’elle ait lieu dans un corps robuste ou faible, sthénique ou asthénique ; l’erreur sera toujours grave, quand on voudra définir la diathèse de l’inflammation ( qui , considérée en elle-même , ne peut être qu’une ) , par l’état précédent du corps où elle s’est formée. Voyez, à ce sujet, ma lettre à l’illustre professeur De Matheis, Opuscules scientifiques de Bologne , volume premier, page 898, ainsi que ma lettre deuxième, volume 2, des mêmes Opuscules ,

dispositions de l'organisme soient loin de se trouver en excès de stimulus, et ce n’est point une raison pour que l’inflammation grave ou légère soit d’une nature différente, ni que Ton ait à la traiter par d’autres moyens que par la méthode anti-phlogistique. Un œil s’enflamme par une violence externe chez une personne affaiblie, même au-dessous du degré moyen de l’état ordinaire du stimulus, cependant l’œil n’est pas moins enflammé, et ce n’est qu’avec peine qu’il supporte l’action de la chaleur ; il est très-susceptible à l’effet des remèdes s timulans, et réclame pour être guéri l’application de l’eau fraîche, des collyres acidulés, les sangsues, et fréquemment la saignée. Il en est de même d’une perte considérable de sang, occasionée par une grande blessure ou par d’autres ruptures accidentelles des vaisseaux ; quoiqu’elle mette la vie en danger par une aussi grande déperdition de son stimulus principal, elle n’imprime pourtant pas le caractère de l’asthénie aux inflammations qui surviennent accidentellement dans les viscères, puisque dans ce cas on a vu l’inflammation marcher comme à l’ordinaire, et exiger de nouvelles évacuations sanguines pour être guérie. Quand donc voit-on que l’inflammation est asthénique? Quand la diathèse de l’organisme, influe-t-elle à lui donner ce caractère? Et quand réclame-t-elle l’emploi des stimuîans? Ces considérations et ces faits , qui m’ont démontré jusqu’à l’évidence comment l’inflammation devait être un processus indépendant de l’état général, et possédait seul en soi la cause

de Fexcès de stimulus qui le constituait, m’ont 'conduit à considérer en quatrième lieu , et à expliquer avec avantage le fait très- important de la formation la plus violente de l'inflammation dans les parotites , par exemple , qui se développent même au milieu de cette hyposthénie, qui présente les caractères, et portent le nom de fièvre lente nerveuse de Huxham.

§52. Les premières réflexions que je fis sur ce fait pathologique, ainsi que sur la méthode curative employée avec avantage par les anciens praticiens, me furent suggérées dans l’hôpital de Parme, et dans le temps où la fièvre nerveuse était encore, à mes yeux, une maladie hyposthénique; il m’était alors bien difficile de comprendre la formation d’inflammation aussi grave, au milieu d’une si grande hyposthénie , ainsi que l’avantage ou plutôt la nécéssité de les traiter par la méthode antiphlogistique : de ce fait , je devais être conduit à conclure , que l’inflammation s’engendre d’elle même, et se conserve hyposthénique, au milieu de la prostration générale des forces. De nouvelles j lumières, conséquences d’observations plus éten- | dues, et d’un plus grand nombre d’ouvertures de ; cadavres, me firent faire des progrès plus rapides vers la nouvelle doctrine, et me fournirent la conviction que la fièvre nerveuse , quand elle est vraiment continue ^ provient toujours d’une affection phîegmasique ; pensant que ce n’était que trèsrarement que nous rencontrions des cas ou une , diathèse de contre-stimulus grave , sans fièvre et

sans aucune inflammation , pouvait prendre l’aspect de lente nerveuse. Il semble aussi que, dans les fièvres nerveuses, les pétéchiales , ainsi que dans beaucoup de typhus, soit que (comme je l’ai observé en parlant spécialement de cette maladie) le processus phlogistique caché n’attaque immédiatement que la partie du système nerveux qui influe sur les mouvemens du cœur, ce qui peut rendre les fortes déplétions sanguines dangereuses, si elles sont faites avec la même hardiesse que dans la pleurésie; ou bien parce que la diathèse est moins puissante , qu’elle ne l’est dans beaucoup de maladies pétéchiales ou autres maladies semblables à périodes nécessaires ; qu’il est de fait que les malades ne supportent que difficilement les fortes déplétions, et qu’il faut dans de pareilles maladies , serbar modo , et dar tempo : comme l a sagement exprimé l’illustre Rasori. Les anciens, en effet, observèrent la même prudence dans le traitement des fièvres dites nerveuses ou malignes; et quoique les meilleurs praticiens se soient attachés aux remèdes, qui pour la plupart étaient anli-phlogistiques, et aient repoussé comme pernicieuse la méthode échauffante ; ils étaient cependant trèsréservés sur l’emploi de la saignée; car, après l’avoir employée une ou deux lois au début de la maladie , ils ne se permettaient plus pour obtenir des déplétions ultérieures, que l’application de sangsues, quand dans les progrès de la maladie, quelques symptômes l’exigeaient. Mais au milieu de cet état de choses, que faisaient-ils, si une parotide s’eu-

flammait? s’il se développait dans quelques organes glanduleux, dans les amygdales ou ailleurs, une inflammation décidée ? ils avaient recours , sans hésiter, à l’usage de la saignée, ainsi qu’à tous les autres moyens de déplétions ou remèdes anti - phlogis tiques; cette conduite, commandée par l’expérience et justifiée par ses effets, démontre bien que l’idée pathologique si importante, que l’inflammation dans quelques circonstances qu’elle se forme, constitue un processus de génie toujours identique , et tellement uniforme, qu’il ne peut être traité que par la méthode anti-phlogistique, est aussi ancienne que peut l’être l’observation médicale.

§ 53. Chaque fois que je lis le traité de l’immortel Borsiéri, sur la fièvre lente nerveuse de Huxbam, et que je médite les paroles suivantes du § 85 : « neque sanguinis missionem, neque purgationemhic morbus perse postulat.... Et ubi plethora adsit et vitæ vires non omnino defieiant, et corporis habitus, ætas, anni tempus, et pulsuum magnitudo consentiant , incidi vena pote rit, sed id ineunte solurn morbo ( notez bien ) et parca manu fiat. Nam sæpe i altéra sanguinis missio, aut justo amplior prima r vires dejicit etc. ». Combien de fois n’ai-je pas com fronté avec celui-ci le § 3o8 où , en parlant des parotides, il s’exprime ainsi : Sianodyna et emollientia [ nihil profieiaut , tumorque nirnis increscat et vehej menter doleat, et multo magis si etiam rubeat ,

! sanguis illico mittatur , ( et notez bien que l’époque il de la maladie est déjà très-avancée, et que les parotidevS font exception à V ineunte solurn morbo incidi

venapoteril du paragraphe déjà cité) ; «Necplethoræ signa hic requiruntur ad sanguinis missionem quemadmodum Galeno necessaria visa sunt , sed sufïicit partis affectæ magna tensio , irritatio , et spasmus. Neque sanguinis missionem prohibent pulsuum parvitas , aut imbecillitas ; nam sæpe , post paucas sanguinis uneias emissas , pulsus attollitur, elevatur, et validiüs micat. Vires quippe oppressæ tune potius qukm exsolutæ et déficientes videntur ». Quand je lis qu’une telle pratique a été couronnée par les plus brillans succès, d’après le témoignage de Borsiéri même, qui cite les praticiens les plus experts, tels que Trallien, Rivière, Traversari, Lancisi, Pujati, Azzoguidi, je suis forcé de répéter, et de me dire, que cette pralique renferme entièrement l'esprit de la doctrine moderne sur le typhus, et lève entièrement le masque de la phlogose nerveuse ou asthénique. L’inflammation ne serait donc curable par la saignée, elle ne serait donc une maladie par excès de stimulus, que quand elle serait externe, ou qu’elle se manifesterait par les caractères propres, selon la situation et la structure des parties? Seraitelle une affection opposée , une maladie asthénique curable par les stimulans, parce qu’elle occuperait telle partie, le cerveau par exemple , quelques nerfs importans , ou la moelle épinière ; enfin parce que ses phénomènes ne seraient pas bien manifestes? Estil raisonnable de le penser, et pourrait-on croire qu’un processus morbide changerait de nature, parce qu’il changerait de siège, que par la seule variété des phénomènes de la partie affectée, le trai-

fcement devrait être différent; qu’enfinles parotides nécessiteraient la saignée , et qu’au contraire il faudrait employer l’éther et le musc, quand ce serait les névrilèmes, ou des portions importantes internes du système nerveux qui seraient affectées d’inflammation ? Il convient plutôt de déclarer qu’une pareille pathologie est mal affermie, que de supposer qu’il y ait des inflammations de diverses natures,, qui puissent être soumises à une méthode de traitement différente, en raison de la différence des phénomènes et de l’aspect des parties qui en sont affectées; mais si ce n’est qu’une seule maladie, elle doit confesser le tort qu’elle a de recourir, sans exception, à la saignée dans le cas de parotide, après avoir traité la même affection , parce qu’elle était interne et moins visible , par la méthode stimulante. Et quand, par une de ces suppositions auxquelles tant de faits s’opposent, on voudrait reconnaître pour un instant la prétendue transmutation de la diathèse, de manière à ce qu’elle fût curable par une méthode de traitement opposée les premiers et les sept derniers jours , on pourrait bien convenir, d’après le dire de Brown et d’après certaines vicissitudes de l’incitation, qu’une maladie produite et entretenue, dès son principe, par un excès de stimulus, peut, par l’effet de l’épuisement, devenir asthénique; mais personne ne conviendra, et Brown lui même ne le prétendrait pas, qu’une maladie asthénique dans son origine et telle pendant presque tout son cours , puisse devenir hypersthénique vers sa fin, et donner naissance k un processus de sti-

mulus excessif et curable par la saignée. Les pa-* rotides qui se développent sur la fin d’une fièvre nerveuse devraient être asthéniques, si aucune inflammation pouvait jamais recevoir ce nom; cependant le traitement anti-pliîogistique d’une telle maladie, recommandé par l’expérience générale, et un srgrand nombre de succès, suffisent pour démontrer d’une manière positive la nullité de l’inflammation asthénique.

§ 54* Quant à vous, jeunesse estimable ; vous aurez lieu de vous convaincre par l’analvse que nous entreprendrons de la fièvre continue et du typhus, d’après les observations multipliées de l’anatomie pathologique, que la fièvre continue est toujours entretenue par un processus pblogistique, et que le typhus n’est rien au ire chose que le même processus plus ou moins profond et répandu dans les méninges ou dans le système nerveux; il ne vous sera pas difficile de comprendre comment l’apparition d’une parotide dans une fièvre nerveuse peut être traitée par la saignée, puisque la même fièvre devait être traitée par la méthode anti-phlogistique, quelques modifications que les circonstances aient pu y apporter. Mais pour ceux qui considèrent les fièvres nerveuses comme étant éminemment asthéniques; pour ceux qui, avec Brown, admettent l’inflammation asthénique, et qui surtout comptent comme asthénique et curable par les stimulans, l’inflammation qui se développe au milieu d’une diathèse aussi asthénique, le fait de la parotide n admet aucune explication. Ou ils voudront accor-

der que la fièvre lente nerveuse est une maladie non seulement phlogistique, mais phlogistique dans le sens sthénique de Brown , c’est-à-dire qu'elle doit être traitée par la méthode déprimante, et alors ils porteront le coup le plus funeste à la doctrine de Brown, ils se trouveront en contradiction avec leur propre manière de médicamenter, ainsi qu'avec les maximes de ceux qui ignorent ou ne sont pas com vaincus des vérités sur lesquelles est fondée la nam velle doctrine; on bien ils considéreront la fièvre nerveuse comme étant asthénique, et seront contraints d’avouer que l’inflammation des parotides présente un caractère morbide d’un genre différent que celui de la diathèse générale ; ce qui signifie que l’inflammation est toujours un processus de stimulus, quel que soit le fond oii eîle s’établit. Je nepense pas qu’aucun médecin de bonne foi veuille aujourd'hui déprécier les observations d’un si grand ^nombre d’anciens praticiens, en supposant que l’on puisse traiter les parotides qui se développent dans le cours du typhus, par une autre méthode que la médication anti - phlogistique; ce serait soutenir une chose contraire à l’expérience générale, et vouloir soumettre les faits à la théorie. Dans le temps du plus grand enthousiasme de la doctrine de Brown, on n’avait que trop oublié les bonnes observations; les parotides et les inflammations dites par de cubitus, que l’abus des stimulans rendaitbeauœup

j traitées qu’avec le plus funeste succès par la me* [ thode stimulante. Mais aujourd’hui on a obtenu cet

avantage ? que les inflammations externes manifestes, accompagnées de symptômes communs, quoi» qu’elles se développent dans le cours des maladies supposées asthéniques, comme la fièvre nerveuse et le typhus, sont traitées partons les médecins par une méthode qui , si elle n’est pas entièrement antiphlogistique, n’est pas du moins excitante. Reste donc à expliquer de la part des défenseurs de la phîogose asthénique, comment il arrive qu’une inflammation n’en a pas le caractère, quand elle se développe au milieu d’une diathèse si éminemment asthénique f ainsi que l’on suppose que soit la fièvre lente nerveuse. Comme il me semble qu’une pareille proposition est difficile à résoudre, puisque je n’ai pas reçu de réponse à la provocation que j’en avais solennellement faite depuis i8o5, dans la vingt-huitième note de mes Recherches sur la fièvre d’Amérique, nous ne pouvons donc pas nous former une autre idée, même dans le cas de suppositions les moins fondées, que celle qui consiste à penser que l’inflammation conserve un caractère identique, sans autre indication curative que celle de la méthode anti-phlogistique, quelles que soient les circonstances qui l’accompagnent , ainsi que l’état des forces du système général.

§ 35. Les conséquences que je tirai en cinquième lieu de ce que tant de praticiens écrivirent sur les complications morbides , furent analogues à celles qui m’avaient confirmé dans l’opinion de l’identité inflammatoire. Toutes les idées de complications morbides dans les maladies dynamiques furent bien

rejetées par Brown, parce que selon lui dans les maladies par excitation les affections partielles dépendant de l’état général, et toute maladie diathésique d’une partie n’étant qu’une émanation de la diathèse universelle, elles devaient nécessairement être indentiques non-seulement par leur génie, mais encore par le degré de l’affection partielle qui devait être en rapport avec celui de l’état général; d’où il devenoit absurde de penser que deux diathèses opposées aient pu coexister en même temps. J’ai également l’idée, quand il s’agit de maladies vraiment uuiverselles dans toute la rigueur de cette acception, c’est-à-dire telles que l’affection morbide de l’excitation soit également diffuse dans tous les systèmes, tous les organes , ainsi que dans toutes les parties , que deux affections contraires ne peuventpas coéxister ensemble, puis qu’une telle quantité de l’excès de stimulus doit se répartir de manière à ce que toutes les parties soient mises en rapport avec le degré de l’affection accidentelle de nature opposée; en sorte qu’il ne reste ainsi qu’une seule affection, qui est équivalente à l’excès de stimulus de celle qui la dominait. Mais est-il bien vrai que l’organisme général puisse dominer ainsi toutes les affections locales par l’excitation, et n’arrive- t-il pas souvent que les affections partielles exercent une influence sur l’ensemble, et que le trouble général ne soit que l’effet de leur diffusion? Ne voyons -nous pas dans une foule de circonstances l’excitation universelle être dans un état régulier et même au-dessous du terme moyen , et cependant une partie affectée locale-

ment (par l’effet d’une blessure, d’une piqûre ou une distorsion) s’enflammer, et enfin l’excitation morbide se propager par tout l’organisme , occasioner la fièvre, et la maladie locale être guérie au moyen de l’administration des remèdes généraux anti-phlogistiques 5 ce qui caractérise les maladies par excitation? Combien de fois n’arrive- t-il pas que le système ne se ressent que peu ou pas du tout des effets du sti» mulus augmenté dans une partie, quoiqu’elle soit continuellement dans les limites d’une maladie dynamique, et qu’elle soit toujours curable par le moyen des remèdes anti-phlogistiques généraux ? Combien de fois n’arrive-t-il pas de soustraire par ces moyens l’organisme à la propagation de l’excès d’une partie enflammée, à laquelle la méthode anti-phlogistique et toujours nécessaire, et dont les effets ne seraient pas impunément supportés par les viscères ou le système nerveux? Ces faits * auxquels viennent se rallier mes idées sur la diffusion de l’excitation morbide et des processus morbides locaux dans lesquels l’excès de stimulus prévaut obstinément même dans les maladies diathésiques ; ces faits, dis-je, ne peuvent point justifier l’idée ab» surde de la complication de deux affections universelles , affectionnée par les anciens pathologistes et reproduite d’une autre manière dans ces derniers temps par un Italien illustre (Gianini) dans l’hypothèse de la r\évro sthénie. Ce qui se produit ou se propage d’une manière générale soit par excès ou défaut de stimulus se confond nécessairement avec ce qui existait de contraire; d’où résulte mie affec»

tion universelle d’une seule et unique couleur. Mais les faits ci-dessus mentionnés prouvent bien que le degré d’excitation morbide ou de stimulus peut être quelquefois, dans une partie, porté à un degré bien supérieur à celui de l’organisme; et qu’il peut arriver des cas où leprocessus phlogistique entretienne dans une partie un stimulus excessif, quoique l’organisme général soit dans des conditions opposées.

§ 56. C’est, je crois, à de semblables faits, qui ne pouvaient pas être assujettis à l’analyse avant la doctrine de l’excitation et de la diathèse, qu’a pu être appuyée l’idée de la complication morbide, favorisée par la doctrine de Facrimonie et des diverses diacrasis humorales. Dans une grande quantité d’ouvrages de praticiens , cependant très-distingués, vous trouverez cette complication accusée d’être de nature opposée, un obstacle au traitement, et devenir en outre un titre pour justifier un traitement contradictoire. Yous y lirez comment, au milieu d’affections nerveuses qui réclamaient l’usage des excitans, qui semblaient leur être utiles, on dut avoir recours aux saignées par la complication d’une diathèse inflammatoire ; comment dans le cours d’une fièvre, soi disant putride ou maligne, qui, caractérisée par la prostration des forces , aurait contre-indiqué la saignée, on dut cependant y avoir recours, quoiqu’avec répugnance, à cause de l’inflammatiôn de certains viscères, qui venait compliquer la maladie. Vous lirez même dans Borsiéri, et vous y verrez proposer uné méthode curative corroborante, en rejetant toute espèce d’évacüa-*

tion et surtout les déplétions sanguines dans diverses maladies putrides , nerveuses ou scorbutiques, avec avis cependant, répété à chaque instant , de devoir déroger à cette règle chaque fois que la complication d’une diathèse phlogistique, ou quelqne inflammation obligerait de diminuer l’impétuosité de la circulation. En lisant la nosographie du célèbre Pinel, à l’article relatif à la complication de la fièvre inflammatoire avec la putride, vous serez convaincu qu’une telle incohérence en étiologie, une telle contradiction de méthode, fut dans tous les temps une conséquence de ce que finflammation, réunie à des maladies que l’on supposait d’un génie opposé, a toujours été l’objet principal, et a constamment contraint les praticiens expérimentés à les traiter par des déplétions sanguines et la méthode anti-plilogistique, afin qu’elle ne produisît pas de résultats fâcheux. Ces complications d’inflammations putrides, de phlegmasies nerveuses ( dont la pathologie de beaucoup de médecins n’est pas encore bien purgée), exprimaient l’effort des anciens pathologistes pour concilier deux choses ; l’une déduite des faits et de l’expérience, c’est-àdire la nécessité de diminuer l’excès de stimulus dans toutes les inflammations ; l’autre dans beaucoup de cas, au moins supposés, que certains symptômes ou certaines apparences morbides indiquaient un état diamétralement opposé à l’état phlegmasique, et par conséquent une médication différente. De meilleures idées sur les affections putrides et nerveuses ont enfin délivré les prati-

ciens du poids de tant de complications , ainsi que des contradictions qui les embarrassaient. Mais au milieu de toutes ces discordances , ils durent toujours obéir à l’inflammation , en ayant recours à la saignée quelle qu’ait été la complication dans laquelle la maladie se soit rencontrée. Ce qui démontre ( à l’appui des maximes que j’ai soutenues et déduites précisément des faits observés en différons temps ) qu’aucun praticien ne pourra jamais séparer l’inflammation de l’idée d’un excès de stimulus.

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