CHAPITRE VI
Examen des principales objections dirigées contre l’identité de laphlogose, pour soutenir l’asthénie inflammatoire.
§ 37. En déclarant, mes chers élèves, le processus inflammatoire indépendant du degré d’excitation dans lequel se trouve l’organisme, je ne prétends pas dire que l’organisme n’influe pas sur la partie enflammée, et enfin sur la force de l’inflammation locale. Il est trop manifeste que le stimulus universel étant augmenté, que le stimulus de la partie s’accroît par les lois memes de la diffusion ou de la sympathie, et que l’inflammation augmente comme à l’opposé; le premier venant à diminuer, le second diminue aussi. J’entends dire seulement, et je soutiens, que le processus inflammatoire n’a pas de raison particulière pour s’établir de préférence dans telle partie du corps ; qu’une fois établi , il n’y a pas de nécessité pour qu’il suive telle marche , que l’organisme soit dans les memes conditions; qu’il n’est pas nécessaire pour le constituer processus phlogistique, que la diathèse phlogistique se soit emparée du système général, comme il n’est pas non plus nécessaire, pour que !a phlegmasie soit au 20e degré, que le stimulus général soit de la meme force. Les faits déjà exposés et cent fois observés dans la pratique se rapportent à l’opinion que j’ai conçue, et que les faits memes m’ont inspirée. Un œil, un testicule enflammés par
des causes violentes externes présentent de meme une inflammation qui est guérie par la saignée et les drastiques, soit que cette inflammation du testicule ou de l’œil se forme chez, un sujet dont le système serait monté à un degré de stimulus morbide extraordinaire , comme chez celui où le stimulus du système serait au-dessous meme de la médiocrité; avec cette différence que, dans le premier cas, le système général présente une telle extension d’excitement ou de stimulus qu’il peut être déprimé par l’action des remèdes, sans aucun inconvénient, jusqu’au degré propre à corriger l’inflammation de l’œil ou du testicule, tandis que dans le second cas, le système ne réagit pas, ou réagit trop mal pour établir la soustraction ou la dépression nécessaire à la guérison de la partie enflammée. Les praticiens antérieurs à Brown sont , à mon idée , ceux qui ne crurent pas cpie les affections locales dépendaient de la diathèse, de l organisme général, pas plus qu’ils ne crurent que l’organisme ait pu être nécessairement influencé par l’état particulier des parties affectées. Sans décliner toute la série des observateurs consommés , il suffira de nommer Borsiéri, que j’ai déjà cité tant de fois, lequel en parlant de la diathèse inflammatoire s’exprime ainsi : « Sæpe inflammationem partis alieujus « nulla antecedit inflammatoria diathesis sanguinis, « sed tantum modo consequitur : De inflammatione « Commentai’. § XVI ». D’après mon assertion, les observations de Traies , de Rivière , de Borsiéri, déjà citées sont relatives au nouveau degré de diathèse phlogistique introduit dans le système et dans le
sang par une inflammation spontanée des parotides pendantle cours et sur la fin d’une fièvre nerveuse : de laquelle inflammation des parotides, le sang qui n’était pas couenneux pendant le cours de la maladie à cause d’un degré moindre , d’une plus petite extension, ou par le siège différent du processus phlogistique ; ou qui déjà ne l’était plus par l’amendement de l’affection générale , le devient nouvellement ou à un plus haut degré, au fur et à mesure que les parotides se gonflent ou s’enflamment. « Sæpe parotides istæ a phlogistica diathesi cum qua » crebro malignæ febres complicanturoriginem du- » cunt, et huic suspicioni favet sanguinis missi con- » sideratio : is enim , ut Riverius ipse testatur , esse » solet inflammatorius , pleuriticus albo et duro )> corio contectus : Borsiéri de febribus , § 3o8 ». Remarquez ce sang qui, dans le cours de la meme fièvre nerveuse , « aut naturalis invenitur aut tenui pellicula tectus, sed crassamento laxo, nigro parum cohærenti : idem op. cit. § 273 ». Quant à moi, je crois que si le sang tiré dans le cours d’une synoque ne présente pas , ou au moins ne présente que très-peu les caractères de la diathèse phlogistique, que cela ne provient que de la bénignité de la fièvre, ou parce qu’il 11’existe aucune inflammation partielle ; au lieu que si une partie par une diposition qui lui serait restée dans les affections précédentes vient à s’enflammer , elle devient comme le centre d’une nouvelle maladie, elle commence à influencer l’organisme général , à le dominer et à rallumer la fièvre qui déjà tirait à sa fin , et lui imprime ce ca-
ractère de redoublement journalier, de rémittence qui n’est pas le propre de la synoque, mais bien celui d’une inflammation locale , qui donne au sang la consistence couenneuse et pleurétique.
§ 38. D’après ces considérations , il vous est facile de remarquer les relations diverses que peut avoir une partie enflammée avec l’organisme. L’excitation générale peut être morbidement élevée ou devenir telle par l’effet d’une méthode de traitement vicieuse; et dans ce cas le stimulus excessif universel continuera à accroître le degré de force de l’inflammation locale , comme celle-ci peut contribuer à l’augmentation de l’autre. Le stimulus général peut être médiocre, et alors la partie enflammée , qui se trouve en excès , sera la cause de ] l’accroissement de l’excitation générale; tandis que l’organisation étant en moins ne contribuera jamais à accroître le stimulus local. Enfin le stimulus du système général peut être en moins et au-dessous de la médiocrité ; dans ce cas il pourra contribuer à déprimer le stimulus de la partie enflammée. C’est en effet le moyen par lequel les déprimans généraux , quoiqu’ils agissent plutôt sur l’ensemble de l’individu que sur la partie , contribuent cependant à modérer les inflammations locales. Ils sont d’autant mieux tolérés par le système général , que
I celui-ci est moins éloigné de la condition de la partie enflammée. Mais autre chose est que l’organisme en excès puisse accroître le feu partiel , et vice versa, que la dépression universelle puisse influer à le diminuer ; autre ch®se est que ce feu partiel soit , »
comme Brown le prétendait, l’unique aliment, le seul régent de l’économie générale, et qu’une maladie locale, engendrée et alimentée par un processus partiel, comme il en est de l’inflammation, dépende' entièrement du degré de stimulus dans lequel se trouve le tout. Il n’en dépend pas entièrement si la cause plegmasique est externe : c’est au contraire dans ce cas, l’affection partielle qui rayonne de toutes parts et influe sur l’accroissement du stimulus universel. Il n’en dépend pas davantage , meme quand l’origine de l’affection locale dériverait d’une augmentation du stimulus général; parce qu’aussitôt qu’un processus phlogistique local s’est formé , il devient centre principal , et presque indépendant du stimulus et de l’excitation morbide, de manière que l’excitation générale peut être calmée, et l’affection locale persister. L’inflammation locale peut même s’isoler entièrement de l’état général , être très-obstinée et durer un temps plus ou moins long. La pratique journalière nous fournit une foule d’exemples de ces cas pathologiques, et mille autres preuves dans les végétations morbides très - vives de certaines parties , et même dans les progrès les plus extraordinaires de l’inflammation , au milieu du dépérissement ^universel , comme l’attestent les ouvertures de cadavres. Je ne me suis sans doute pas écarté (Je ce raisonnement, quand, depuis le commencement de ces considérations, j’ai déclaré l’inflammation être, en quelques manières , dans beaucoup de circonstances qui tiennent à l’état morbide, toujours vive et croissante dans une partie
déjà presque éloignée du stimulus , comme l’est dans l’état physiologique , la végétation féconde de Futérus dans l’état de grossesse chez une femme languissante , ayant toutes les autres parties du corps émaciées par l’appauvrissement du stimulusuniversel;
§ 3q. Reprenant enfin la prétendue inflammation asthénique , et ayant reconnu l’insuffisance des fon~ demens que lui fournissait , dans l’esprit des browniens, la dépendance supposée entière et constante des affections dynamiques partielles du degré d’excitation, ou de stimulus du système, il reste, pour compléter ce que je me suis proposé , à examiner les motifs auxquels l’inflammation asthénique a été ] et est encore appuyée par quelques-uns , ainsi que ! les objections qui ont été émises contre la nature toujours identique, et la diathèse toujours unique I de ce processus , ainsi que je le prétends.
En premier lieu, l’inflammation asthénique se défi duisait des causes débilitantes contre-stimulantes, c ou déprimantes auxquelles souvent l’inflammation i succède, et par lesquelles il n’est point à croire qu’une affection par excès de stimulus soit engendrée. Tels sont le froid, l’humidité, les passions i tristes et même les substances fortement contre-stii mulantes auxquelles souvent on voit succéder cerj5 tains processus phlogistiques. Cette objection cependant, qui pouvait avoir toute valeur dans la sté- Iti riie pathologie de Brown , soumise trop souvent à d certaines lois générales, et si peu rectifiée par les il observations pratiques et par les faits particuliers,
perd précisément toute sa force quand elle est soumise à la comparaison des faits et des observations, puisqu’il arrive fréquemment qu’après Faction des causes déprimantes sus-énoncées, il résulte des processus phlogistiques , comme la pleurésie ou l'angine, parle froid, l'humidité, ainsi qu’ne hépatite lente par suite d’affections tristes, l’angioïte par l’effet de la peur : il résulte également de l’observation ordinaire, que de pareilles inflammations, pour être traitées ne réclament aucun autre moyen que ceux que l’on emploie pour traiter celles qui sont occasionées par la chaleur ou le vin, et chez lesquelles l’usage des remèdes évacuans ou déprimans est indiqué. Et soit qu’au premier relâchement de la fibre, occasioné principalement par la force de la puissance contrestimulante, il succède, par des lois qui jusque aujourd’hui nous sont inconnues, ce que, au défaut de meilleure expression, nous appelons mouvement de réaction , soit que les privations aient porté une telle atteinte à l’organisme que sa susceptibilité augmentée fasse ressentir avec trop de force l’action subséquente delà puissance stimulante même ordinaire, le fait n’en est pas moins exact; et c’est sur les faits que l’on doit établir une prudente étiologie. Les cas d’inflammations aux extrémités occasionées par le froid dans les régions septentrionales sont les plus propres à exprimer cette idée pathologique. Dans ces cas, le froid seul est la cause du premier engourdissement, des profondes douleurs qui alors se font ressentir momentanément par l'inflammation successive et souvent instantanée, ainsi que la gangrène ra-
pi.de qui lui succède. Le premier léger degré d’en*» gourdissement est certainement curable par la chaleur et le vin, administrés graduellement et avec toute la prudence possible; mais il n’en est pas de même si le processus phlogistique, précédé p^r des douleurs vives, instantanées, s’établit à la première dépression de l’excitation, ce qui n’arrive que trop souvent dans beaucoup de cas et avec une rapidité surprenante; alors la chaleur et le vin, loin d’être utiles, déterminent rapidement la gangrène dans les parties affectées. C’est dans ce dernier cas que l'application delà neige sur les parties douloureuses est le seul moyen avantageux. Et il est à remarquer de plus, que l’application de la neige et de la glace sur les extrémités ou sur le nez déjà livide est un trèsbon moyen pour prévenir la gangrène. Il est bien clair que le froid ne peut être aucunement utile , ni nuire aux parties qui sontdéjà frappées de gangrène i ou de mort; car s’il se rend utile, ce n’est qu’en dimii nuant ou en réprimant l’inflammation interne, et en limitant ses progrès.
§ 4o. En second lieu, l’atonie d’une partie, le relâchement des fibres, celui des vaisseaux, en un i mot , l’asthénie ou le défaut de stimulus , sont attri- I bués comme cause raisonnablement présumable de
Itel engorgement, de telle accumulation ou surcharge de sang, qui constitue une tumeur douloureuse, il est vrai, par l’effet de la distention des membranes || et des nerfs, ayant une couleur foncée par la turgescence des veines, mais qui est de nature asthénique et 1 curable par les remèdes stimulans. Dans cette objec-
tion, la plus ingénieuse peut-être pour soutenir, s’il se peut, la défense de l’inflammation asthénique, il me semble que les conditions préparatoires ou prédisposantes de l’inflammation sont confondues avec l’inflammation même. Le professeur Canaveri, que j’ai cité plus haut, avait déjà répondu à cette objection, en démontrant que l’atonie ou le relâchement, étant plus grand dans une telle partie ou dans ses vaisseaux, qu’il existait bien une raison pour qu’ils se remplissent de sang ou autres liquides, sans qu’il en existât une pour y établir la pulsation , et la faire enflammer. Déjà bien avant l’illustre professeur de Turin , Jean-Baptiste Senac avait dit : « Obstructionem per se non mutare actionem cor- « dis , nisi quatenùs irritare simul partem valeat ». De Garther avait aussi remarqué que : « Yasa comte pressa et obstructa nul la m inflammationem infect runt, contra vero merum stimulum sine obstruc- « tione inflammationem inducere. » D’après ces précieuses réflexions , il est clair qu’une collection sanguine, un engorgement peut avoir lieu , quelque douloureux qu’il soit, sans que, pour cela, il puisse être confondu avec le processus inflammatoire, qui a un caractère qui lui est propre, et que l’on ne peut confondre avec aucune autre condition pathologique. Un engorgement sanguin , par relâchement des vaisseaux, n’augmente pas la chaleur de la partie, il n’altère pas la peau par une turgescence phlogistique , il n’a pas de pulsations profondes, il conserve le même état pendant longtemps, ne végète pas, et n’a pas de maturité; enfin
il ne se fait aucun effort poqr une terminaison quelconque ,, qui tendrait à faire naître de nouveaux produits dans un certain espace de temps. L’inflammation, au contraire, tanche ou cachée, ayant une marche ordinaire ou insidieuse, augmente plus ou moins la chaleur, et dans ses premiers momens,, elle manifeste une ardeur profonde et une distension douloureuse; elle colore en rouge, d’une manière plus ou moins apparente le tissu cutané; sa marche est plus ou moins hardie, et quand la résolution n’a pas lieu dans une certaine espace de temps, elle dégénère bientôt en gangrène, ou passe à la suppuration ou en toute autre désorganisation de la partie. Ainsi le sang accumulé dans des vaisseaux trop lâches, ne nous fournit point encore l’idée du processus inflammatoire . Mais si au contraire la distension est exercée par l’action d’un stimulus , ou par les qualités irritantes que peuvent acquérir les humeurs , ou par quelque autre cause qui puisse susciter l’inflammation, ceci n’est plus l’effet du relâchement ou de l’atonie des fibres , mais bien celui du stimulus produit par le tiraillement. C’est enfin un processus de stimulus comme celui de toute autre inflammation. A quoi servirait que l’atonie ait prédisposé une partie à des collections de liquides? A quoi servirait-il que le froid ait prédisposé les extrémités à ressentir avec plus de force l’action de quelque stimulus que ce soit, et à l’enflammer ? A quoi servirait-il qu’une longue immersion dans l’eau tiède ait diminué la tonicité des tuniques vasculaires, et ait produit les varices? Tant
que le sang ne sera qu’accumulé, tant que les extrémités ne seront qu’engourdies, tant que les veines ne seront que variqueuses, il n’existera pas de processus phlogistique ; alors les frictioci , la chaleur, la compression , la ligature et les remedes stimulans seront utiles. Mais, aussitôt que la partie se gonfle, que les extrémités s’engourdissent, et que les veines variqueuses s’enflamment, un nouvel état de chose commence, la condition pathologique est changée, le processus procède du stimulus ; alors il faudra se désister des frictions, de la chaleur, de la compression et des remèdes stimulans, et leur substituer les antiphlogistiques indiqués par l’expérience.
§. 4 1 • L’aspect de certaines phlogoses chroniques, considérées d’après la lenteur de leur marche, et meme par leur nature presque stationnaire, fut également, en troisième lieu, un motif pour que quelques-uns regardassent de telles conditions morbides comme étant de nature asthénique , ou autrement d’un caractère opposé à celles chez lesquelles l’excès de stimulus est manifeste, et porte des caractères non équivoques. Une ophtalmie ancienne, par exemple, que l’on en excepte un peu de rougeur, d’engorgementdespaupières,unesécrétionmorbide, ne fournit pas les symptômes de l’action augmentée ; une dartre ancienne , indolente , qui pendant longtemps reste dans lemème état, peuvent l’une et l’autre être placées au nombre des phlegmasies chroniques , sans qu’elles soientaccompagnées des symptômes de l’excès de stimulus ; et il n’est pourtant pas rare de les voir heureusement traités par une méthode et un
régime stimulant. Un engorgement cellulaire r une glande inguinale, dure, indolente, qui pendant des mois, des années, se maintiennent dans le même état, présentent-ils Fidée de maladies par accroissement de stimulus ou d’excitation? Puisqu’il faut appliquer sur les parties affectées de forts stimulans, et réveiller l’excitation par les frictions, pour en favoriser la guérison. Un ulcère calleux , rougeâtre* à peine dans son contour; une plaie qui, au lieu de se cicatriser, se recouvre d’une substance lardacée, ou d’un tissu cellulaire lâche et inerte; qui enfin ne parait pas'disposée à changer de nature ni à se cicatriser, ne guérira jamais, si on ne lui rend pas l’activité inflammatoire au moyen des caustiques. Et pourquoi des affections semblables n’auraient-elles pas lieu dans les parties internes de la machine animale P’Pourquoi tous les engorgemens du poumon , du mésentère, de la rate, du foie, de l’utérus, seraient-ilsregardés comme étant d’une même nature, et pourquoi ne peuvent-ils pas être traités par une méthode stimulante ?
§. 4 2. Pour lever de pareilles difficultés, et pour répondre aux objections souvent répétées sur de pareils faits, il faut nécessairement distinguer l’inflammation par ce qu’elle est en elle-même, par ses produits ou par son issue, attendu que c’est seulement à la véritable phlogose, qu’elle soit aiguë ou chronique, à laquelle nous prétendons attacher l’idée de processus de stimulus. Une ophtalmite chronique, si elle est vraiment telle, sera accompagnée au moins d’un prurit, d’une sensation pénible, de tension de la conjonctive, d’un degré, quoique
léger, de stimulus insolite , qui précisément sera ie motif d’une sécrétion extraordinaire. A la vérité, si l’on examine bien une pareille phlegmasie, elle n’est pas tellement stationnaire quelle n’ait différens petits accès qui occasionnent une plus grande sécheresse à la superficie. Ces accès seront reconnaissables par une augmentation de prurit, ou un sentiment de tension ou d’élancement, comme son décroissement sera caractérisé par le flux des paupières devenu plus abondant. L’action de la chaleur, l’usage enfin des stimulans, exacerbent en général de pareilles phlogoses; ce fait est si vrai et si avéré, qu’il n’y a pas un partisan de la pblogose passive ou asthénique qui ne recommande, dans un pareil cas, de s’abstenir des aromates, des liqueurs, et de se garantir de l’action du feu. Mais j’ai vu aussi diverses consultations de célèbres professeurs qui, dans de telles ophtalmies chroniques, ordonnaient les amers, le quinquina, défendant cependant l’usage de tous stimulans trop actifs. Je n’ignore pas que quelquesuns de ceux qui se sont le plus occupés des phlegmasies chroniques ont proposé dans ce cas l’usage de l’opium, surtout si elles étaient accompagnées d’un prurit insupportable ou d’élan cemens douloureux. Je respecte infiniment les observations des autres, mais je ne serais pas très-embarrassé cependant pour expliquer comment le processus phlogistique, circonscrit en pareil cas sur une petite surface, et étant par sa nature si lent, que ses développemens doivent à peine être manifestés; le prurit, par le tiraillement de quelques filets nerveux, étant vif et in-*
supportable chez un sujet d’un tempérament mobile et sensible à l’excès, il peut se faire que l’usage de l’opium, dans quelques cas, ait été utile en occasionantune torpeur et un sommeil à un degré de force supérieur à celui du stimulus des petites parties enflammées. Aussi, quand l’usage de l’opium ne produirait pas un grave dommage (ce dont il serait difficile de répondre ) , j’ai démontré ailleurs comment il pouvait en résulter un avantage indirect, par le calme qu’il peut apporter aux sens, par la transpiration qu’il tend à accroître, quand le développement de la période de stimulus a terminé sa parabole. Mais, malgré tout, je puis bien dire que j’ai vu traiter de ces ophtalmites chroniques avec l’opium, et que, quelque calme que les malades en aient éprouvé , l’affection lente n’en a pas été pour cela vaincue. Dans d’autres cas , j’ai vu au contraire des nuits incommodes succéder à l’usage de ce remède. Dans d’autres circonstances, il est également arrivé que la phiegmasie, de légère et lente qu’elle était, devenait, après de pareilles tentatives, violente au point que l’on devait avoir recours aux plus puissans anti-phlogistiques. J’ai également observé ce changement de scène pendant l’usage des collyres spiritueux et stimulans, comme ceux qui se composent avec des solutions salines et métalliques trop concentrées, qui exercent sur l’œil une action âpre, irritante ou meme chimique. En Dit de collyres, je n’ai vraiment vu ctre utiles que ceux à qui on ne peut contester une vertu rafraîchissante, anti-phlogiste ou contre-stimulante; enfin, ceux qui n'ont
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aucune propriété qui puisse accroître îe stimulus. On peut également regarder comme contre-stimulans ces remèdes styptiques, qui n’ont rien d’âcre ni d’irritant, qui étant réputés toniques par quelques médecins, ont fait supposer que quelques fluctions palpébrales, qui se guérissaient très-bien par leur usage, étaient passives ou asthéniques.
§ 43. Il ne faut pas non plus oublier les préceptes des médecins de l’antiquité , ni ceux qui ont précédé l’époque du Brownianisme, qui , dans les ophtalmies chroniques, et dans les affections herpétiques, ou autres conditions phlegmasiques rebelles, répugnèrent toujours à l’usage des stimulans, ainsi qu’à tout ce qui pouvait accroître l’excitation. Guidés par une pathologie humorale, par l’idée de corriger l’acrimonie, et d’évincer du corps la matière morbifique , ils employèrent les remèdes qu’ils appelaient adoucis s ans , délayons , a n ti- ph l o gis tiques , d iaph orétiq u e , tirés de la classe des antimoniaux ; et surtout d’après les résultats heureux de l’expérience, ils recommandèrent les purgatifs. Dans des temps moins éloignés, les émétiques épicratiquement administrés furent reconnus très -utiles dans de pareilles maladies; l’ipécacuanha à doses réfractées, a guéri un plus grand nombre d’ophtalmies chroniques qu’aucun autre remède : j’ai bien vu aussi beaucoup de ceux qui regardaient les phlogoses lentes des paupières comme étant asthéniques ou passives, avoir recours à ce moyen. Si l’on fait attention au grandnombre d’inflammations chroniques internes qui dans nos contrées sont malheureuse-
ment trop fréquentes, quelles sont celles qui dans ce sens se sont montrées asthéniques, c’est-à-dire dépendantes d’un défaut de stimulans? Quelles sont celles desquelles l’art ne triomphe pas par l’usage des remèdes résolutifs ou contre-stimulans , comme on peut les appeler ? Quelles sont celles que l’on a pu guérir par l’usage des excitans, du vin, de l’opium, puisque ce dernier remède, par les motifs que nous en avons donnés , n’occasionne qu’un calme trompeur, à l’ombre duquel le processus inflammatoire se confirme et s’accroît, comme un feu qui se ranime, couvert sous la cendre? Cette phthisie pulmonaire , dont les progrès sont marqués par de fréquentes récidives d’irritation , "Suivies d’une insidieuse rémission , qui soutient l’espérance des malheureux qui en sont affectés , ne guérit pas, il est vrai, par l’usagedes contre-stimulans; mais au moins l’augmentation du stimulus morbide , qui, à chaque récidive , devient plus manifeste et plus violent , est dompté, autant qu’il est possible de le prétendre, au moyen des saignées , des remèdes antimoniaux, de l’eau de laurier-cerise ou de la digitale pourprée* Dans les phlegmasies chroniques de la vessie , les excitans et les toniques furent-ils jamais utiles? Et au contraire, les boissons aqueuses , la casse, le tamarin, les sangsues au périné, ainsi que les purga* tifs, ne furent-ils pas toujours avantageux? Dans le cancer, quand l’indomptable processus phîogistique se rallume , quel avantage retire-t-on de l’opium , si ce n’est d’étouffer, sous un sommeil forcé , les douleurs sans cesse renaissantes ? Combien de fois n’est-
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on pas obligé de recourir à la saignée, pour rctarder les progrès de cette affection phlogistique, d’un génie spécifique , qui marche progressivement , et dénature la texture des viscères ? Dans les phlogoses lentes des intestins, du mésentère, du péritoine ( que sans les lumières de la doctrine du jour, nous serions portés à taxer d’hyposthénie , par la longueur de la maladie et la détérioration universelle des forces physiologiques et de la nutrition), dans ce phlogose, dis -je, je n’ai jamais vu les excitans avantageux; au contraire, ils ont toujours été nuisibles. Dans la péritonite chronique , ainsi que dans l’entérite et dans la tympanite qui souvent s’y associe, je ne me rappelle qu’avec peine l’audace avec laquelle on procédait à l’usage des frictions , avec la solution de carbonate de potasse , l’éther , l’opium; je me rappelle l’usage des pilules et des clystères excitans dans la dysenterie chronique, et je puis bien assurer qu’une pareille méthode a toujours été suivie de la mort des malades; et de quelle condition pathologique sont-ils morts? Les processus inflammatoires souvent encore très-vifs, que l’on retrouve dans les cadavres, quoique quelques parties soient déjà passées à la suppuration et à la gangrène, l’indiquent assez. Considérant enfin, depuis ia première jusqu’à la dernière de ces inflammations chroniques que l’on a prétendu être asthéniques, il me reste avons communiquer une réflexion que j’ai faite plusieurs fois, depuis que le processus inflammatoire, qui occupe une si grandeplace dans la pathologie, a fixé mon attention. Quoique l’oph-
ialmie, le squirrhe, la sciatique ou l’hépatite chronique, soient considérés comme asthéniques par certains auteurs, et non accompagnés des phénomènes vitaux du stimulus augmenté, cependant quand il arrive qu’à cette marche sourde survient une exacerbation de douleur vive , avec une plus grande 1 tension et de la fièvre , les médecins les plus en opposition abandonnent pourtant tous les remèdes excitans, et recommandent une diète sévère ; ils ont recours à la saignée, aux sangsues et aux purgatifs antiphlogistiques. IN’est-ce pas avouer indirectement, qu’à une pareille époque , la diathèse est changée , et que les symptômes actuels dépendent d’une augmentation de stimulus morbide. Mais quelle est donc cette asthénie ou atonie inflammatoire, qui, en s’aggravant, change de nature et de génie? Gomment arrive-t-il, et comment peut-on comprendre que, d’une même source , elle devient spontanément et par des lois de succession si fréquentes et propres aux phlegmasies chroniques; que d’une même source, dis-je, il survienne une diathèse si opposée à ce qu’elle était peu d’instans avant? Et quel droit a-t-on de la croire asthénique , parce qu’elle est légère , sourde ou cachée, comme on a l’usage de le dire, si par la suite les symptômes et les remèdes que l’on est forcé d’employer, et auxquels on a recours avec avantage, lorsqu’elle s’aggrave, la font déclarer hypersthénique, et dépendant du processus de stimulus.
§ 44* Tout ceci ne se rapporte donc qu’à la phiogose réelle , accompagnée de tous les caractères qui
en dépendent, tant quelle existe. L’idée pathologique qui lui est propre se trouve circonscrite, comme je Fai déclaré et comme je le soutiens fermement dans ces expressions : qu’elle dépend toujours d’un processus identique de stimulus excédant ; et que ce qui n’est plus phlegmasie ne doit plus être compris dans cette idée. Les terminaisons de diverses manières, les conditions locales, les coagulations, les endurcissemens et les diverses productions pathalogiques, peuvent bien exiger d’autres tentatives que celles qui conviennent au processus phlogistique, sans que pour cela on puisse apporter aucune exception au principe déjà établi. Il peut bien se faire, comme cela arrive souvent, qu’après une pneumonite il se forme une fausse membrane, des concrétionsou coagulations de fibrine, ainsi qu’un épaississement du tissu-cellulaire, qui avec le temps détruit l’action absorbante des vaisseaux lymphatiques ; comme il arrive dans le voisinage où les interstices d’une glande inguinale, par exemple, où il reste un empâtement, un endurcissement du tissu-cellulaire, après la cessation de l’inflammation, qui nécessite des frictions et des remèdes stimulans, pour déterminer l’absorbtion. C’est ainsi que la gymnastique , l’exercice enfin si funestes aux parties enflammées, sont utiles pour détruire les produits de l’inflammation. L’ulcère calleux, la plaie lardacée , présentent également des produits de l’inflammation , qui ne sont autre chose qu’un mode de désorganisation et de localité. Il n’y a pas d’autre moyen pour procurer la cicatrisation que celui de soustraire la por-
lion qui est dénaturée. La suppuration peut détacher cette portion de la partie saine qui Fenvironne : Fabsorbtion peut aussi la faire disparaître, puisque par cette absorbtion , nous voyons beaucoup de portions de substance plus étendues et plus dures se dissiper. De plus , il est faux de dire que l’on traite une inflammation quand on applique un caustique qui enflamme les tissus ; on cherche au contraire, par ce moyen, à l’établir ou à la ranimer si, elle est languissante, afin de déterminer autour de la partie la suppuration qui détache la portion pathologique, et enlever ainsi l’obstacle à la régénération naturelle ; on détruit par les corrosifs une partie qui est chroniquement enflammée, et qui par elle-même déjà lésée d’une manière organique , n’est pas susceptible de guérison , ou bien on cherche à réduire par la compression la portion morbide, de manière que Fabsorbtion des vaisseaux lymphatiques puisse la faire disparaître; ou bien on essaie d’activer par les frictions stimulantes les : injections spiritueuses , Faction des vaisseaux lymphatiques, afin de pouvoir réussir à détruire, au ( moyen d’une forte absorbtion, une tumeur lente,
* qui a été rebelle aux autres moyens de Fart. Parmi les derniers résultat de l’inflammation , il peut bien aussi arriver qu’il y ait atonie ou relâchement des membranes, ou des vaisseaux qui se trouvent dans le r voisinage de la partie où le processus phlogistique \ s’était établi. Dans une partie enflammée, le processus vraiment idiopathique de la phlogose n’attaque pas , à mon avis , tous les points et toutes les
fibres qui sont comprises clans la tumeur. Dans les environs du centre où le processus s’est établi, il y a bien des vaisseaux, des portions de tissu-cellulaire, qui sans participer à l’inflammation , deviennent pourtant douloureux par le seul fait de la distension , tandis que les fibres idiopatbiquement enflammées se désorganisent ; ou, si, elles guérissent, elles conservent pendant long-temps une susceptibilité plus grande pour Faction des stimulus ; les parties cellulaires circonvoisines , surtout dans certains tempéramens, après la cessation de la distension , peuvent par suite de l’épuisement de leur vitalité être devenues plus faciles à s’engorger ou à rester engorgées, mais par tout autre motif que par la présence du processus phlogistiques. Aussi ces engorgemens sont-ils avantageusement traités par l’application des stimulans : mais un tel engorgement est tout autre chose qu’une inflammation , et l’avantage des stimulans dans ce cas est bien loin de prouver l’existence de la phlogose asthénique.
, i § 45- Si la lenteur des phlegmasies chroniques était un motif pour supposer ce processus asthénique , le passage rapide de certaines inflammations à une fin mortelle fournirait bientôt un autre motif à l’inflammation asthénique, comme l’on prétend que soient en quatrième lieu les inflammations qui dégénèrent facilement et précipitamment en gangrène. La gangrène en effet est un état de mort , mais elle est aussi plus qu’une simple privation de vie de la partie même. La gangrène partielle est un produit terrible de l’inflammation , qui souvent
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contribue à empoisonner et à frapper également de mort tout le reste du corps. Aussi l’esprit des pathologistes, préoccupé de cette terminaison , n’a pu se soustraire à la supposition que les sources de la vie avaient été précédemment atteintes par ce venin, en distinguant par des caractères divers et une diathèse opposée cette inflammation qui facilement a dégénéré en gangrène. Ce genre d’objection peut être démenti facilement par la seule réplique, qu’une inflammation pure, chez les individus les plus sains , chez l’Athlète le plus robuste, provenant d’une cause simple, comme la chaleur ou un froid rigide , pourvu qu’elle soit violente , peut dégénérer facilement en gangrène. C’est ainsi que par la transmutation rapide qui amène cette terminaison, on n’a aucun droit de conclure contre le génie primitif de la maladie. La texture des parties, I la nature des sécrétions qui s’y forment, influent particulièrement sur le passage féroce de l’inflammation à la gangrène. Combien malheureusement cette dégénérescence n’est-elle pas facile dans l’en- \ térite la plus pure, pour peu qu’elle soit violente ? ) Cependant la saignée et le froid sont les moyens qui
I préviennent cette fin cruelle, en guérissant cette inflammation, qui, si elle est négligée, dégénère en peu de temps en un état gangréneux. Et qui oserait nier d’après cela que l’entérite soit une inflammation sthénique semblable aux autres, et curable uniquement par les antiphlogistiques? Mais il existe en outre des conditions profondes et peu connues, ou des solides , ou des fluides , ou de l’un et l’autre | * 8
à la fois, qui font que l’inflammation passe à la gangrène plus facilement chez un sujet que chez un autre. On ne doit pas pour cela confondre l’issue funeste de l’inflammation avecl’inflammationmème. Cette mort rapide , cette prompte corruption n’en est cependant pas moins précédée d’un feu morbide tellement ardent, que la partie enflammée se détruit bientôt. L’inflammation dès son début indique toujours une augmentation de stimulus; si elle est curable, c’est dans le peu d’instans que le processus phlogistique domine; et elle ne peut l’ètre que par les moyens antiphlogistiques; enfin malgré que l’inflammation soit rapidement suivie de la gangrène , tant qu’elle est telle on ne doit considérer que l’inflammation. A ce propos je crois utile, jeunesse studieuse, à vous surtout qui faites les premiers pas dans l’art le plus difficile, de vous faire remarquer cette première et souvent trop courte période, dans laquelle l’inflammation est encore telle, et doit être traitée d’après sa nature. On ne juge qu’imparfaitement ce qu’à pu être une maladie, ce que l’on aurait dû faire pour la traiter, ou même l’impossibilité de la guérir, par les désordres que l’on découvre après la mort. Il fut un temps où la méthode excitante semblait être justifiée quand on y avait eu recours dans une entérite ou une métrite puerpérale, par les dégénérescences gangréneuses que l’on retrouvait dans les nécropsies. Quelques médecins se tranquillisaient d’après de pareils résultats, en se flattant, ou que la maladie était dès son principe supérieure aux moyens de
Fart, ou bien que contre cette diathèse gangreneuse aucune méthode ne convenait mieux que celle qui était corroborante. Mais ce n’est pas sur ces derniers produits que Ton doit mesurer son jugement, ce n’est pas d’après cela que l’on doit tirer la conséquence de ce qu’il convenait de faire ou de ce qu’il fallait éviter. Sévères avec nous-mêmes, nous devons porter un regard rétrograde sur ce qu’était, et sur ce qu’a dû probablement être le processus morbide à son début, pour en déduire le génie , les indications , la curabilité de la maladie , de ce qu’elle a été , ou a dû être à son premier déi veloppement, ayant égard à la marche plus ou i moins rapide, et d’ailleurs connue de l’inflamma- , tion. Il faut ensuite s’habituer à prévenir avec fi promptitude ses progrès ultérieurs ; à agir avec : célérité quand il s’agit de maladies violentes , dont i les premiers momens seuls fournissent le fil du diai gnostic, momens précieux , qui à mon avis doivent Il être considérés comme les plus kn port ans pour Fart ; et l’humanité.