CHAPITRE IX
Examen des argumens du célèbre profeseur Scavini, de Turin, pour soutenir la défense de l’inflammation asthénique.
§ 62, Les faits que j’ai produits, examinés de tous les côtés et dans toutes leurs relations; les argumens que j’ai développés pour soutenir une thèse d’une aussi grande, importance pour la pratique comme celle de l’identité de l’inflammation, renferment peut-être la solution de certaines difficultés qui m’ont été opposées dans ces dernières années. L’illustre professeur Scavini de Turin (qui a suffisamment mérité de la pathologie par ses Recherches sur les parotides , ainsi que par son Essai sur V inflammation et celui de la goutte), avait droit à ce chapitre; et je sentais depuis long-temps le besoin de répondre aux objections faites par lui avec tant d’urbanité, dans Fessai qu’il publia sur l’inflammation (dernière édition) contre le principe que je soutiens, que la phlogose exprime toujours un excès de stimulus. Peut-être aujourd’hui mon savant correspondant aura-t-il apprécié comment, dans les chapitres précédens, se trouve préparée la solution de ses doutes ingénieux, par l’analyse, précisément, des argumens sur lesquels 011 a cherché à fonder l’idée de la phlogose asthénique. Il me semble, au moins, que les principales difficultés, et les observations auxquelles elles se rattachent ont un grand rapport
avec celles qui jusqu’à présent ont été l’objet d’un patient examen; je me flatte, par cette raison, que la distinction de ce que l’inflammation est en ellemême , avec les résultats auxquels elle peut donner lieu, provenant de la même source, pourra fournir un motif de persuasion, même au professeur de Turin.
§. 63. « Inflammatio asthenica primitiva » (ainsi s’exprime Scavini dans unouvrage qu’il cite dans son Précis historique de la doctrine de V inflammation ). « Inflammatio asthenica primitiva nec rationi, nec ob- « servationi répugnât .Captu enim facile est sub datis « quibusdam circumstantiis capillarium arteriarum « partis cujuspiam vires vitales ita imminutas iri, « ut sanguis quem illæ paullo ante (jam docente « Galeno) alliciebant, et activo quodam modo ex- « surgebant in ilium reacturæ majori nunc copia « in illas confluât, et intrudatur, easque citrà « tunicarum perfectam atoniam aut paralysim, aut « tèxtus alterationem, repleat et distindat partante que in tumorem attollat. Caloris bine sensus a aliquis dolorisque producitur quidem , sed nec « câlor belle purpureus, nec calor naturali multo « major est, nec pulsatilis dolor, nec hum or tactui « adeo dolens , renitensque habentur, ita ut al> at- « tento clinico discerni facile queat, statüm hune « longe distare ab illo sthenicæ inflammationis, ut « jam ab rllustri Quesnaejo notatum fuit... Et asthe- « nicas révéra hujusmodi inflammation es, ùt alio note mine insignitas, et viderunt, et tractarunt clinici « cordatissimi et ipsemet vidi ( cum vel sine febri )
« excitanti apposita methodo féliciter sanatas. » Mais cet état passif 'présente à mes sens une toute autre idée que celle des caractères, ou les extrêmes de l’inflammation. Une surcharge de sang, ou autre fluide accumulé dans une partie , soit par atonie ou relâchement des vaisseaux ou des membranes, pourra bien ( quand elle est au point d’occasioner une violente distension) engendrer le stimulus, et être cause indirecte de l’inflammation. Mais cette surcharge n’est pas encore l’inflammation; on ne peut la considérer comme telle, à moins que de vouloir appliquer le nom d’inflammation à toute autre chose qu’à celle à qui il appartient. Donneraiton le nom d’inflammation à un œdème, ou collection de lymphe dans le tissu cellulaire, qui proviendrait d’une compression mécanique qui empêcherait son retour dans les vaisseaux lymphatiques? Il pourra cependant bien arriver qu’à la longue , et par la distension excessive du tissu cellulaire et de la peau , il survienne une inflammation, un érysipèle. Mais la collection et le gonflement œdémateux ne sont pas encore l’inflammation; et si, ayant enlevé l’obstacle mécanique, il reste encore du relâchement dans le tissu cellulaire par une distension longuement soutenue, il deviendra utile de lui rendre sa vigueur par l’application de remèdes stimulans; la scène sera bien différente si, par le tiraillement des fibres, il est résulté une inflammation, puisqu’il faudra alors avoir recours à tout autre moyen curatif. La différence qui existe entre le gonflement d’une collection de liquides non phlogistique, et la phlogose qui succède à la dis-
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tension est assez remarquable. Les symptômes phlogistiques (chaleur, rougeur, douleur, pulsations, etc.) que le professeur Scavini indique comme manquant dans le premier état, se développent très-bien dans le second, s’ils ne s’y montrent pas, nous n’avons aucun motif de croire que la partie soit enflammée. La distension étant légère, le sujet peu excitable, et la phlogose étant peu intense, par l’un et l’autre motif, les phénomènes phlogistiques seront également de peu d’importance : il n’y aura pas de fièvre, ou elle sera légère; alors il pourra se faire que les excitans appliqués sur la partie soient plus utiles au tissu celluîaire qui n’est point encore enflammé, que nuisibles dans le cas ou l’inflammation ne serait que commençante. Voici, je crois, l’explication d’autant de contradictions sur la valeur des méthodes employées sans inconvénient dans beaucoup de maladies légères. Mais si l’inflammation qui a lieu par suite de la distension d’une tumeur froide, arrive cependant au plus haut degré ( comme nous le voyons souvent survenir aux extrémités œdémateuses chez les hydropiques ), si l’ardeur de la phlogose, quoique provenant d’une distension cC origine passive , s’y établit avec force , ne sommes-nous pas contraints de la calmer, et d’avoir recours aux applications antiphlogistiques , au froid et au mélange d’eau et de vinaigre? Dans cet état de chose, ne se développet-il pas le plus violent phlegmon? et pouvons-nous croire qu’une légère phlogose, produite par la distension, soit asthénique par cela seul qu’elle est légère? Pouvons-nous la croire d’un génie différent
de ce qu’elle sérail si elle était à un plus haut degré de force? Au reste, si cet état d’atonie, de relâchement et d’engorgement, auquel on appliquerait à tort l’idée et le nom d’inflammation, peut persister sur une partie qui a été enflammée; et s’il peut être traité avantageusement par les excitans, cela peut, selon moi, s’appliquer au tissu cellulaire, aux memhi ’anes qui ont souffert une longue distension, sans que pour cela ils aient été enflammés, puisque le processus vraiment inflammatoire n’attaque pas toujours idiopathiquement toute l’étendue d’une partie que nous voyons gonflée. Il reste enfin prouvé que les parties, les fibres, les vaisseaux, qui furent euxmêmes enflammés, loin de rester dans un état d’atonie ou de moindre sensibilité, conservent au contraire, comme un résultat inévitable de l’inflammation, pendant long-temps au moins, un degré plus grand de sensibilité et d’irritabilité.
§ 64- L’autre genre d’objections qu’a élevé contre mes principes le professeur de Turin, se rapportait aux inflammations accompagnées d’une légère manifestation des symptômes phlogistiques , marquées par une couleur rouge foncé, de la partie affectée , passant en très-peu de temps à l’état de gangrène, et si bien décrites par le célèbre Quesnay. Il a déjà été suffisamment question de ces inflammations dans les chapitres précédons, et je crois y avoir assez démontré que le passage à la gangrène 11e prouvait pas une diminution dans l’action morbide qui l’avait précédée. Je me flatte d’avoir démontré comment il se fait que, quelle que soit la condition ou
des solides ou des fluides, qui fait passer rapidement la phlogose à l’état de gangrène, cette phlogose cependant, dans le peu dmstans qu’elle a existé (seuls momens qui soient utiles à la thérapeutique) est toujours un processus de stimulus, c’est toujours un trait d’inflammation, dont on ne peut espérer prévenir les fâcheux résultats que par les moyens antiphlogistiques, employés avec promptitude. Il me semble enfin avoir démontré suffisamment, que quels que soient les obstacles qui s’opposent , dans de telles maladies, à la manifestation des symptômes phlogistiques, ce n’est pas une raison pour croire que le processus phlogistique, considéré dans sa nature, soit autre chose que lui-mëme. Les judicieuses réflexions de Dangers, contenues dans la dissertation déjà citée sur l’angine maligne ou grangréneuse 1 , méritent, à cette occasion, d’être rapportées. Après avoir démontré que l’angine maligne et la scarlatine grave sont d’une nature commune, et ont en commun les principaux symptôm es, le péril et les indications, quelle preuve peut-on produire, dit-il, pour soutenir que cette espèce d’angine dépend de la nature putride du sang? Pour rapprocher le langage du temps où il vivait du nôtre , n’est-ce pas dire , par quel moyen prouvera-t-on que le processus de l’inflammation maligne de la go^ge, provient plutôt de défaut que d’excès de stimulus? « Virium ne summa prostratio
1 Christian Wihelm Danger», Dissertatio meclica in angine? m aligne? cètiàlogiam .
u pntredlnem notât?.... Secl hoc contagia quælibet, a fatente Huxhamo, sibi proprium habent, ut ner- (c vos imprimis afficiant, et vim nervosam prosterne nant : » parce que le système nerveux est profondément attaqué d’une maladie, et parce qu’il jse développe des phénomènes convulsifs ou un état de prostration, ce n’est pas une raison pour que l’on puisse en conclure que le processus morbide est différent de ce qu’il serait, s’il était borné à une partie externe. « Nonne ipse Grant debilitatem spu- « riam ad ipsa plethora et à primarum viarum col- « luvio , derivare posse notavit? Nonne declaravit « Stoll pulsuum exilissimorum causam sæpe esse c< materiam circà præcordia turgentem, et opti- « mura in hisce casibus cardiacum esse emeto-ca- « tharticum, quod pulsibus’vigorem restituit; stimu* « lantia vero fictitiam banc debilitatem augere? ante delirium habere liceat pro putredinis indice, dùnn « Tissot et Stoll frequentissimè à gastrica adfectione « pendere observarunt? An meteorismus putridam t< indicabit dissolutionem, qui sæpissimè à spastica* « et vivissima intestinorun reactione originem dui( cit1 ? Nec gangrena ipsa putredinem notât. Gante grena enim nisi ab intercepta nutritione oriatur,
1 Que les apparences de défaut de stimulus sont perfides»' flans les inflammations de l’abdomen , quand elles sont déduites de l’accablement des forces et du pouls, du météorisme , du vomissement, du froid , des extrémités, etc. ! J’ai eu l’occasion d’en fournir la preuve dans l’histoire de l’entérite grave , qui mit ma fille chérie dans un péril extrême, auquel elle ne put échapper que par la méthode anti-phlogistiquc. Ace sujet, et pour for-
« semper est vis vitalis alicujus part h, progrès s a în~ « flammatione , ultrà sui extendendi facultatem in- « tensa . Hinc toties venæ sectione , etvariis irrita¬
it mentum hæbetantibus remediis, ad gangrænam « coercendam et sanandam opns est b... Quid igi- « tur medici, quotiesfaucium gangrenam inspiciuïït5 % uno ore putredinem clamant? Undè tanta alia- « rum febris modificationum negligentia, nt ma-
tîfier l’âme de mes disciples contre les épouvantables formes de l’hyposthénie , dans les inflammations intestinales , je ne saurais trop leur recommander la lecture des ouvrages de Pierre Frank, ainsi que la Dissertation de Gattenhost, de infiammationum fal~ laciis , ainsi que celle de Wienholt , de occultis viscerum infidm > matioriibus .
1 Jrritamentum hæbetantibus remediis. Tl esf facile de reconnaître l’idée de contre-stimulus dans cette expression. Les fomentations tièdes, les décoctions émollientes, les cataplasmes avec le lait, la mauve, la guimauve, etc., étaient, dans un temps, les seuls remèdes crus propres à calmer l’irritation et le stimulus. Si on avait recours à l’opium , comme aujourd’hui, on emploierait la jusquiame et la ciguë ; ce n’était que dans l’intention de calmer ou assoupir la douleur, ce que l’opium seul employé intérieurement produirait : c’est qu’on ne savait point alors à quel prix, dans les maladies inflammatoires , on voulait obtenir un pareil effet, on ne savait pas qu’avant de calmer on augmentait le stimulus, on embrasait le système. Ayant mieux considéré l'action excitante de l’opium , ayant mis ce remède dans la classe qui lui appartient, comme alexipharmaque ou excitant, on ne peut plus le regarder comme étant propre à calmer l’irritation et le stimulus dans les inflammations. Enfin quand il est nécessaire d’arrêter la dégénérescence phlogistique gangréneuse , incitamentum hæbetantibus remediis , 'on n’a rien autre chose à faire que d’employer des remèdes propres à déprimer sans enflammer, tels sont les conire-slimulans .
(t trônas ipsas et sacerdotes cortice pernviano et « antisepticis morbo mederi doceant? . Falsa hâ¬
te b end a est medicorum de morbi putredine opinio : « et falsa proindè huic superstructa antiseptica me- « fhodus. Undè enim nisi à theoriæ et indicationum « fallacia tristissimus ille antisep ticorum omnium « snccessus in anginæ malignæ curatione \ Si vera « esset theoria, superstructa ei medela conduceret. a Nom docuit Sydenhamus præcipuum medicinæ te defectum non in eo verti, quod nesciamus quo « pacto intensionibus satisfacere debeamus, sed « quod non satis sciamus quænam sit ilia intentio <t cui satisfaciendum est ».
§ 65. Par ces réflexions qui peuvent facilement aussi s’appliquer à la pneumonite maligne, ainsi qu’aux parotides malignes, à l’hépatite, à la gas-
1 J’ai bien eu lieu de voir dans îe cours de ma pratique, des angines à couleur livide, des scarlatines malignes et autres, je les ai vu traiter et je les ai traitées moi-même par les remèdes exeitans. Mais je puis bien aussi assurer, sur mon honneur, que je n’en ai jamais vu guérie une seule , et que la dégénérescence gangréneuse, soit qu’elle n’ait fait que menacer, ou qu’elle ait été commençante, n’a jamais été arrêtée par l’usage du musc, de î’étîier, ni du vin. Ceux qui étaient affectés de ces maladies seraient peut-être également morts s’ils avaient été soumis à la méthode antiphlogistique ; puisque des affections aussi fougueuses sont dans le plus grand nombre des cas incurrables, lorsque les caractères de la malignité se montrent. Mais il est toujours certain que je n’en ai pas vu guérir par la méthode excitante ; c’est* ce qui fait que je ne suis pas surpris que Dangers ait déclaré : tristissimum antisep ticorum omnium succession in anginæ malignes curatione .
trite, etc. , il me semble que l’on peut conclure ( ce* que déjà j’ai longuement démontré dans les chapitres précédées) que les phénomènes de malignité peuvent dépendre de ce que la condition phlogistique des organes externes (dans lesquels elle se montre habituellement d’une manière complète) se soit propagée aux parties internes profondes, ou bien ait commencé à bonne heure à se développer sur les parties profondes du systèmes nerveux; sans que, pour cela, cette condition soit moins phlogistique. Il me semble cependant prouvé, par ce que j’en ai dit, il y a déjà quinze ans , dans mes recherches sur le typhus d’Amérique, que la facile transformation de l’inflammation. en gangrène, la facilité de la tumeur à se revêtir d’une couleur rouge foncée ou violette (indices d’un commencement de dégénérescence) peuvent bien dépendre, ou de la violence, de l’inflammation, ou de sa formation au milieu d’un tissu organique d’une facile dégénérescence, ou bien de ce que la substance médullaire même en a été atteinte , sans que pour cela le début en ait été moins phlogistique. C’est aussi un motif pour que mon savant correspondant et ami me concède sans difficulté que les premiers momens utiles de l’inflammation maligne sont phlogistiques, ou s’expriment toujours avec des caractères d’augmentation de stimulus, et que si tous les genres detraitemens ont été inefficaces contre la gangrène développée, le traitement antiphlogistique doit être la méthode curative principale dans les premiers instans où la maladie est encore capable d’étre domptée. En consÇ
dérant bien la nature des remèdes employés, on observe que les plus profonds praticiens se trouvèrent forcés de recourir aux remèdes anti-phlogistiques , èmolliens , déprimans , ou à les alterner avec ceux qui possèdent des propriétés inverses. Trompés par la prostration des forces (qui physiologiquement considérée dans cette maladie est réelle, quoique îa condition morbide de laquelle elle dépend soit de condition de stimulus) quelques-uns prônèrent la méthode alexiphannaque , excitante: Brown voulait meme qu’elle fût prompte et exclusive. Aussi ceux qui étaient affectés d’angine, de parotides, de pneumonites, ou d’érysipèle ayant les caractères de la malignité, mouraient ils généralement sous l’influence de la méthode incendiaire de Brown; et avec tout l’appareil de la médication excitante. Ce fut cette grande vérité qui conduisit le célèbre Dangers, il y a trente ans, à se défier de cette méthode; et, c’est aussi une des fortes raisons qui m’ont mis dans le cas d essayer une étiologie différente de l’inflammation maligne.
§ 66. Mais que dirai-je donc de ces inflammations à couleur livide qui surviennent aux plaies d’armes à feu , et pour lesquelles mon docte correspondant cite les opérations du professeur Lombard? Je dois supposer que ce professeur distingué les traitait par la méthode excitante, puisque le professeur Scavini semble y puiser un argument pour soutenir l’existence de l’inflammation asthénique. Mais comment pourrais-je dissimuler à moi-même ce que j’ai vu de mes propres yeux, c’est-à-dire le traitement anti-
phlogistique adopté et avoir un grand succès , dans les hôpitaux militaires de Parme, dans beaucoup de cas précisément d’inflammations gangréneuses, de plaies de meme nature et occasionées également par des coups de feu? Pendant les tristes vicissitudes des dernières guerres j’étais chargé de l’inspection de quatre ou cinq hôpitaux provisoires qui recevaient en foule des militaires grièvement blessés, qui arrivaient du camp ou de la forteresse de Mantoue. Au milieu de la détresse et de la privation des objets les plus urgens, je n’oubliais pas d’observer la méthode de traitement que les habiles chirurgiens, mes concitoyens, employaient avec un zèle incomparable au soulagement de l’humanité. Je n’oublierai jamais les belles guérisons de blessures les plus graves et de plaies déjà dégénérées ou menacées de gangrène obtenues par une méthode purement anti-phlogistique , par mon ami le célèbre professeur Mistrali, qui sait allier à la clinique chirurgicale une saine pathologie, ainsi que son inséparable compagnon, le professeur Louis Ambri, dont je ne saurais jamais parler sans pleurer la mort prématurée. Ces professeurs avaient été les disciples du célèbre Guillaume Levacher, aussi grand opérateur qu’il jouissait d’une grande réputation ; doué d’ailleurs de cette promptitude de génie et de cette doctrine sans laquelle la chirurgie est réduite à un pur mécanisme. Instruit par une longue expérience et par un grand nombre d’observations faites dans les hôpitaux de Paris, ce professeur était ennemi des remèdes excitans, et je me souviendrai toujours de l’expression dont il se servit avec moi plusieurs
fois en parlant des lésions produites par les blessures ou les opérations chirurgicales qui menacent de dégénérer en gangrène. «< Avec tout le respect ( disait- « il) que j’ai pour le quinquina, dans un grand nombre « de maladies, je m’en passe volontiers dans les plaies. « qui sont menacées de gangrène. Ma médecine est « moins coûteuse et plus heureuse en meme temps; « mon quinquina n’est autre chose que la charpie « trempée contiuellement dans l’eau froide r. »
1 Les bonnes observations mettent en contact les médecins de tous les âges ; elles rapprochent toutes les théories, et forment des differentes manières de voir une seule doctrine. Ce qui avait été observé en France, et mis heureusement en pratique à Parme, par Levacher, avait aussi été observé cinquante ans avant, à Florence, par le professeur Benevoii. En faisant l’histoire des plaies gangréneuses qui s’étaient formées spontanément à la suite d’un grand nombre de taches livides, sur un malade d’un âge déjà avancé , et la gangrène dans ce cas étant considérée comme provenant de l’acrimonie des humeurs , il traita ces plaies simplement avec l’eau tiède, sans employer aucun autre remède, et il en obtint un succès complet. « Il convient de déclarer, a-t-il « dit , que depuis quelques années je ne me sers que d’eau « pure et tiède dans la gangrène, ainsi que dans beaucoup d’autres « espèces de plaies, en les lavant copieusement avec le liquide, « les recouvrant de charpie et de compresses mouillées , et cela « avec un succès admirable. Eh ! véritablement quel remède « peut être meilleur dans la gangrène même humide, que l’eau « tiède, pour diminuer la tension des vaisseaux et pour énerver « l’humeur âcre coagulante , etc. ? » ( On dirait selon le langage moderne , pour diminuer le stimulus ). Voyez Benevoii , Dissertation publiée a Florence , en 1 7 4 7 , obs. ocvi. Les savans professeurs que j’ai eu pour maîtres , Torrigiani et Righi, qui avaient appris la chirurgie à Florence et à Londres , préféraient aussi l’eau et les cataplasmes émoiliens à tous les remèdes toniques
Et comment pourrais-je oublier les heureux succès obtenus par le célèbre 4s sali ni dans l’hôpital de Milan au moyen des lo tions d’eau froide , du nitre, du tartre stibié, du vinaigre, des bains de Schmuker, et enfin par la saignée, quand il existe un aussi grand nombre de personnes présentes ou éloignées qui ont été témoins des faits multipliés que l’on peut citer à l’avantage de cette méthode, quifut employée dans ce vaste et important hôpital ? Chacun connaît le Manuel chirurgical publié, il y a huit ans, par le même Àssalini. On connaît aussi les recherches du professeur Gervasoni, chirurgien en chef de la marine italienne, sur la gangrène d’hôpital, qui confirment amplement les avantages de la méthode antiphlogistique pour prévenir la gangrène ou pour la limiter, si elle a lieu. Il ne serait pas juste que je me rendisse aux décisions du professeur Lombard relativement au traitement des plaies et inflammations qui menacent de la gangrène par suite de grandes blessures, quand je puis me représenter toutes les observations contraires sur le traitement de ces inflammations gangréneuses, en meme temps qu’il existe encore autant de controverses sur le traitement de celles qui tendent à la gangrène par suite de blessures, que sur celui de celles qui proviennent d’une cause interne,, et que l’on a l’usage d’appeler spontanées.
ou stimulons, dans le traitement des plaies les plus gangréneuses; ce qui peut être confirmé par le professeur Mistrali, qui a suivi pendant plusieurs années la pratique du célèbre Righi , dans l’hôpital civil de Parme, et qui fut, dans le nombre de ses élèves , celui qu’il préférait.
§ 67. La gangrène, mes chers disciples, est un argument aussi grand que profond pour la pathologie interne et externe: son importance me fait désirer que les savans chirurgiens qui ont illustré notre patrie, ainsi que cette université, veuillent bien faire des expériences simples et établir une méthode comparative bien entendue, en s’attachant dans chacun des cas à des remèdes dont les propriétés ne seraient pas contradictoires, qui fussent suffisamment actifs, en en mesurant exactement et sans partialité les effets les plus généraux et les plus constans. Parceque généralement parlant, soit à cause du mélange de remèdes externes ou internes de vertus opposées , ou la contradiction qui règne parmi les observations , ou le peu de connaissance que l’on a sur la manière d’agir de certaines substances, nous sommes, sur la nature et les indications curatives de certaines gangrènes , enveloppés dans une incertitude que la méthode d’observation appliquée aujourd’hui à la chirurgie doit enfin dissiper. En allant à la recherche de ce que divers auteurs ont écrit à ce sujet, nous trouvons que le célèbre Pott proposait dans la gangrène sèche des extrémités, l’usage des fortes doses d’opium : que Withe recommandait des remèdes non moins excitans, tels que le carbonate d’ammoniaque et le musc. D’un autre côté nous voyons que certains ont proposé les émolliens et les anti-phlogistiques ; quelques autres l’emploi du quinquina pour l’usage interne et externe; d’autres la myrrhe, le sel ammoniac, les acides, l’écorce de chêne, le
‘charbon; d’autres enfin ont eu recours au mélange de tous ces remèdes. Aussi est-il bien humiliant pour l’art, de voir s’allier des décisions tellement opposées entre elles, quand il s’agit d’un fait très-simple „
celui de savoir quelle est Futilité ou le danger de l’un ou l’autre remède. Il est bien surprenant que
l’opium ainsi que le musc, tant vantés par les uns8 soient déclarés pernicieux par les autres ; et que le quinquina, qui depuis bien long-temps et aujourd’hui meme est encore regardé comme un remède sûr et unique dans la gangrène sèche, ait été jugé comme étant de peu de valeur par l’illustre Quesnay, qui s’est livré avec tant de soin à l’étude de cette ma-, ladie l. Toutes les fois que j’ai eu l’occasion d’obsei>
1 Quelques praticiens modernes nous flattent que l’on peut opposer à la gangrène le quinquina avec succès. Ce remède est recommandé dans les Transactions philosophiques, dans les Mémoires de l’académie d’Edimbourg, et nous avons plusieurs traités sur ce prétendu spécifique. M. Heister a voulu l’essayer sur une femme septuagénaire qui avait une gangrène au pied par cause interne ; mais comme elle le vomissait aussitôt qu’elle l’avait;
pris , il fut obligé de l’abandonner, . cependant la malade gué*-
rit î Si on n’avait pas trouvé d’obstacle à l’usage du quinquina ? cette guérison aurait pu en imposer en faveur de ce remède. Anusand, chirurgien de S. M. Britannique, est attentif à rassembler les observations qui peuvent contribuer à dissiper l’incertitude sur les effets de ce remède. Il en a communiqué plusieurs à l’académie de chirurgie, pour qu’elles soient examinées avec toute l’attention et la rigueur qu’exige un sujet d’aussi grande importance ; mais au moins on peut déjà assurer que les essais que l’on en a faits en France, n’ont pas; confirmé les succès équivoques rapportés dans les observations que l’on a rendues publiques en Angleterre. Quesnay, Traité de la gangrène sèche.
ver les effets de Tune ou l’autre méthode dans la la gangrène, je puis bien assurer n’avoir jamais vu aucune gangrène vraiment spontanée guérir par aucune de ces méthodes. Quant aux gangrènes qui succèdent aux inflammations, aux blessures, aux opérations chirurgicales ou à d’autres lésions, j’en ai vu guérir un grand nombre par la limitation désirée, la séparation des portions gangrenées, etpar l’usage des cataplasmes émolliens soupoudrés de quinquina,7 ou même arrosés avec la décoction ou par l’usage simultané du quinquina en poudre donné intérieurement, et celui de l’acide sulfurique affaibli. J’ai vu également des effets très-salutaires de l’application continuellement réitérée de charpie imbibée d’eau froide, ainsi que l’usage interne des boissons acidulés et autres boissons antiphlogistiques. Tandis que j’ai vu périr au contraire tous les malades affectés de gangrène que l’on avait traités par l’usage de l’opium, du musc et des boissons spiritueuses; ce que l’on a été dans le cas d’observer fort à son aise pendant tout le règne de la doctrine de Brown.
§ 68. Les faits que j’ai remarqués, et les résultats de la méthode antiphlogistique dans le traitement de la gangrène, s’associent très-bien avec ceux que de nouveaux observateurs ont obtenus par cetîe méthode depuis plusieurs années dans nos contrées. Il est à remarquer que la méthode excitante de Pott, de Withe et de Brown, dans une maladie qui paraissait être une démonstration mathémathique de la faiblesse indirecte, une méthode que l’on regardait comme le triomphe de la doctrine de Brown,
ait été, par un si grand nombre de praticiens (meme avant cette dernière époque , et qui par conséquent ignoraient la doctrine du jour), en Italie et dans d’autres contrées , non - seulement révoquée en doute, mais encore abandonnée entièrement comme pernicieuse. Assalini et Gervasoni, comme je l’ai déjà dit, n’hésitèrent pas , d’après leurs propres observations, à recommander une méthode constante antiphlogistique dans la gangrène, déclarant nui-» sible l’emploi de l’opium et des excitans1 * * 4. Dans la gangrène occasionée par des causes externes, et déjà formée, l’illustre Monteggia n’hésitait pas , pour appliquer des remèdes stimulans sur la partie, quand il fallait exciter autour de la portion gangrenée ainsi
1 Lorsqu’il survient quelques doutes de corruption ou de gan*
grène à des plaies ou des ulcères, en examinant sans prévention Pindividu affecté, l’on rencontre un pouls petit, fréquent, vi¬
brant et tendre ; les yeux étincelans, la peau brûlante, enfin tout Pappareil d’une fièvre lente inflammatoire. Dans cet état de chose , le traitement antiphlogistique ou rafraîchissant , c’està-dire plus ou moins débilitant, est aussi nécessaire que dans la pleuritide ou la péripneumonie. On applique les sangsues sur le bord des plaies affectées d’inflammation érysipélateuse. On pratique la saignée sur la partie affectée , on fait de fréquentes lotions avec l’eau froide, le vinaigre, le sel marin (aux fomentations de Schmuker, composées de nitre et de sel ammoniac, ana
4 gros , vinaigre 3 onces , eau commune 9 onces. J’ai substitué, par plus grande économie, une fomentation faite avec 1 once de sel marin ordinaire, 3 onces de vinaigre, et 9 onces d’eau, et j’en ai retiré le même avantage). Intérieurement on prescrit | la décoction d’orge avec l’oximel, le nitre , le tartre stibié à petites doses. Il est facile de se rendre compte des bons effets que t produit la méthode débilitante dans les cas où les malades sont
que de l’escare, une inflammation trop languissante afin de déterminer la suppuration et la chute de la partie morte : mais quand il s’agissait de la gangrène des hôpitaux, il proposait aussitôt d’en arrêter les progrès par l’usage interne du tartre stibié d’après l’avis de Pouteau et de Desault; enfin il allait jusqu’à recommander d’en déterminer la chute par de larges doses de crème de tartre que Dessausay regardait comme le spécifique de la gangrène. Monteggia n’était pas éloigné de regarder comme stimulante la cause de la contagion qui occasionait la propagation de la gangrène d’hôpital, puisqu’il trouvait Convenable de déprimer promptement l’excitation par des remèdes anti-phlogistiques , afin d’arrêter le développement d’un si pernicieux processus. Mais indépendamment de toute opinion sur la manière d’agir des principes gangréneux, il déduisit même, par les faits observés en Angleterre, le peu de convenance et même le danger de la méthode excitante ; et l’avantage au contraire des remèdes évacuans et rafraîchissans. Le docteur Delpech, dans une épidémie de gangrène , abandonnal’usage de tous remèdes excitans; il n’eut recours à aucun autre moyen qu’au vinaigre, et il eut lieu de se louer du succès qu’il en obtint. G. Kieser, professeur de médecine
soupçonnés d’être affectés de maladies par faiblesse , quand , au contraire, ils se trouvent dans un état absolument opposé. (Voyez le Manuel de Chirurgie , du chevalier Assalini, première partie; voyez aossi les Recherches de Gervasoni , chirurgien en chef de la marine italienne, et professeur de clinique, sur la gangrène d’hôpital. )
à Jéna, d’après plusieurs observations, préconise aussi l’usage des acides végétaux et minéraux dans le traitement de la gangrène. Quand il croit convenable de recourir à l’emploi du quinquina, il se sert toujours avec succès de larges doses d’acides concurremment avec l’écorce péruvienne. ( giornale di Omodei 1 8 1 7). Le docteur Gumming, en Angleterre, indique comme devant être très-utile à prévenir la gangrène, ou à en arrêter les progrès, les déplétions sanguines, obtenues par l’application des sangsues sur la partie affectée, en appliquant sur cette même partie des solutions saturnines ; il se sert de nitre à haute dose, et déclare avoirreconnu inutile et dangereux l’usagé de l’esprit de vin, ainsi que celui de la térébenthine, qui antérieurement avaient été recommandés par les praticiens. Enfin le traitement qu’avait adopté avec avantage contre la gangrène le célèbre Simpson, était analogue à celui du docteur Cumming (giornale citato 1 8 r 4). Je passe sous silence beaucoup d’autres médecins ou chirurgiens nos compatriotes ou nos voisins, dont le nombre est assez grand, qui ont reconnu l’efficacité et la préférence que l’on doit accorder à la méthode anti-phlogistique dans cette affection. Par ces observations, qui constatent une maxime si contraire aux principes de la faiblesse indirecte et de X inflammation asthénique , il me semble que l’on a détruit toute la valeur même de cette partie des argumens qui ont été émis pour soutenir l’existence de la double phlogose, par l’exemple des inflammations dégénérées en gangrène. Que la gangrène soit oc-
casionée ou par des causes internes, ou par blessures, ou autres lésions externes, si la mort de la partie n’a pas encore lieu , la partie curable de la maladie n’est toujours que l’inflammation, ou des parties externes , ou des vaisseaux ou des nerfs. Et si la méthode anti-phlogistique est démontrée propre à prévenir une transformation si terrible et à arrêter la maladie, il est donc prouvé qu’une inflammation, quoique prochainement dégénérée en gangrène , et malgré la faible manifestation des symptômes phlogistiques , n’a pas cessé d’être une inflammation curable par une méthode déprimante. De plus, si la gangrène est déjà formée, et que sur la partie frappée de mort les remèdes, de quelque classe que ce soit, n’aient aucun effet, et que par l’usage des anti-phlogistiques on puisse arrêter les progrès de la dégénérescence , il est manifeste que la portion curable de la maladie ne dépend que d’un excès de stimulus.
§ 69. Quelles sont les limites qui rendent convenable ou nécessaire d’accroître, par les remèdes excitans, l’inflammation du cercle qui avoisine la partie gangrenée, afin d’en provoquer ou d’en augmenter la suppuration et obtenir la chute de la portion frappée de mort? Quand peut-on impunément tenter ce moyen, sans craindre qu’au contraire la dégénérescence gangréneuse ne se propage ? Il appartient spécialement à la chirurgie de fixer les idées sur ce point : alors une semblable recherche n’est plus de la compétence des considérations actuelles. Mais quand un pareil cas arrive, l’inten-
tion ri est pas pour cela de guérir l’inflammation par la méthode excitante; par ce moyen, on cherche au contraire à l’augmenter, afin de déterminer la suppuration; ce qui prouve de plus en plus que, malgré que l’inflammation ait un si grand nombre de points de contact, avec une partie gangrenée, qu’elle s’accroît et devient plus vive, et qu’elle ne peut être traitée par l'application des remèdes stimulans qui pourraient convenir dans les affections asthéniques. Existe-t-il un cas de douleur si vive, occasionée soit par le froid , une irritation ou toute autre cause, une douleur, dis-je, tellement atroce et spasmodique, que l’inflammation puisse lui succéder et dégénérer promptement en gangrène ? Serai t-ce le cas de certaines gangrènes sèches, qui, dans leurs progrès successifs , sont précédées d’une douleur profonde et des plus féroces ? Cette condition morbide serait-elle ce cas rare dans lequel l’opium deviendrait utile pour prévenir les progrès de la maladie? Quand cela serait , on n’en pourrait pas conclure en faveur de la prétendue inflammation asthénique. L’opium n’agirait pas sur l’inflammation déjà formée et passée à la gangrène ; il ferait cesser, il est vrai, cette violente condition de contre-stimulus, telle que la douleur atroce, à laquelle, par l’effet d’une réaction violente , peut succéder une inflammation des plus vives. L’opium, en excitant, préviendrait bien les processus phlogistico-gangréneux ultérieurs, comme en faisant cesser le premier abattement occasioné par le froid fébril , ou celui que produit une épouvante; il peut prévenir le dé-
veloppement de la fièvre ou de l’angivite, sans que Ton puisse en conclure que l’opium soit utile dans Fangivite déjà développée, ou pendant le paroxysme de la fièvre. La gangrène peut-elle provenir immédiatement par un défaut d’activité nerveuse, ou bien par un défaut de vitalité dans les tissus artériels, ou de la fibre en général, sans avoir été pour cela précédée de l’inflammation? Serait-ce le cas où l’on pourrait arrêter les progrès de la gangrène avec l’opium ou les excitans? Je ne crois pas, comme je l’observerai ailleurs , que le défaut absolu d’activité et de vitalité puisse produire le processus gangréneux; parce que si cela était, tous les cadavres sans exception et dans tous les lieux où ils se trouveraient, deviendraient des masses gangréneuses, avant que d’arriver à la lente et chimique décomposition à laquelle il sont assujettis par les lois physiques. Mais quand on voudrait encore imaginer qu’il soit possible que la gangrène dérivât immédiatement d’un défaut de vitalité organique, que cette gangrène ne soit pas précédée d’inflammation, qu’elle puisse être traitée par l’usage des stimulans, cela ne fournirait aucune preuve en faveur de l’inflammation asthénique, parce qu’il ne serait ici question que de gangrène ou de mort, de paralysie ou de la défaillance de Faction vitale, sans inflammation.
§ 70. Voyez à présent, Messieurs, par combien de côtés, et sous quelle quantité de points de vue il faut considérer les faits, pour pouvoir se persuader que l’observation soit exacte, l’indication cer-
taine, la conclusion et le précepte bien fondés. Voyez de combien de faits on n’aperçoit d’abord que lecorce, et combien il reste souvent encore à faire pour pénétrer leur essence, pour les voir dans leurs relations légitimes et naturelles ; pour ne point en déduire des conséquences mal fondées , ou des doutes et des exceptions insuffisantes , pour en tirer enfin quelques principes utiles, applicables à la pathologie, et à la pratique médicale. Redites donc à vous-mêmes , ce qu’il appartient principalement à un médecin de sentir, que, sans le secours d’une sage philosophie, les faits ne fournissent qu’un faux jour, et les observations sont stériles.