DU
Extrait de mes considérations pratiques, sur la manière d’agir
de l’écorce du Pérou.
Ow ne sera pas étonné que le quinquina ait été dé: coré dans tous les temps du titre de substance corroborante et tonique, si Ton fait attention que la rhubarbe, Paloës et le froid étaient aussi considérés comme tels , attendu que les effets secondaires de la rhubarbe, des aloétiques, sont de rendre la vigueur physiologique ou l’état de bien être à un estomac qui bavait perdue par un abus de stimulans, d’alimens ou de vin; de même que l’effet secondaire de Pair atmosphérique frais, ou de l’eau à la glace, étant de rendre à l’organisme son énergie naturelle, opprimée par la turgescence excessive qu’occasionne une trop grande chaleur, il était naturelle de déduire les propriétés curatives de ces agens du retour de la vigueur et du rétablissement des fonctions. C’est dans ce sens que je crois que le quinquina a reçu la qualification de tonique ; et il y a peut-être beaucoup de circonstances morbides dans lesquelles cette écorce, par un usage prolongé et épicratique, peut de cette manière être très-efficace pour l’estomac et les nerfs. Je ne crois pas que la bonne philosophie répugne à conclure que l’on ait pu accorder le nom de corroborant à un remède qui a restitué
au malade la vigueur et la santé; c’est également dans le même sens que la saignée produit aussi l’effet corroborant , quand , en dissipant la turgescence excessive du système sanguin , elle rend Faction et le mouvement aux membres d'un paralytique.
J. Brown, voulant élever la médecine à une philosophie plus sublime , rapporta les effets à leurs causes ; et comme il démontrait que l’application des stimulans était l’élément nécessaire de l’incitation ou de la vie ; que la santé ne se maintenait que parleur application modérée; que la maladie était l’effet d’un excès ou d’un défaut de stimulus ; il pensa en conséquence que l’on pourrait rétablir la vigueur de la santé par l’excitation du stimulus défaillant, ou par
la soustraction du stimulus excédant, ou, dans un
autre sens , affaiblir ou détruire la vigueur physiologique par la diminution du stimulus nécessaire, ou par une surcharge de stimulus inopportun. D’après cette doctrine sublime, la saignée, comme je Fai déjà fait remarquer, considérée dans ses derniers effets , devient un corroborant , en soustray ant la surcharge sanguine qui opprimait les forces, tandis qu’au contraire elle est débilitante quand elle enlevoit la quantité de sang nécessaire aux besoins de la vie. De la même manière , le vin fortifie quand il augmente la quantité du stimulus , qui , avant son usage , était insuffisant ; il affaiblit , au contraire , quand il vient augmenter le stimulus à un degré supérieur aux besoins. Mais malgré tous les effets relatifs de la saignée et du vin , qui sont différens et contraires, selon les diverses circonstances, l’un
et l’autre conservent pourtant leur propriété spéciale, quand ils sont considérés d’une manière absolue , ou en relation seulement avec le corps à l’état de santé : la saignée est débilitante , et le vin excitant , parce que la première soustrait, et le deuxième accroît la force de stimulus.
De cette manière , la voie était ouverte , pour distinguer dans les remèdes ou les agens thérapeutiques quels qu’ils soient, leur action absolue de la relative. L’effet primitif qu’ils exercent sur le corps à l’état de santé , de leur effet secondaire dans l’état de maladie; le premier est toujours un , et ne peut être différent, attendu qu’il exprime le mode immédiat d’actions d’un remède , ainsi que le mode intrinsèque de mutation qu’il fait éprouver aux organes. Le second est relatif aux circonstances, qui peuvent, comme nous l’avons déjà observé, convertir la saignée en tonique, comme il peut convertir la chaleur et le vin en débilitans. Par ce moyen , Brown serait parvenu à retirer de ses sublimes principes le parti le plus utile pour la matière médicale, et aurait certainement colloqué à leur place absolue les remèdes les plus actifs. Pour les colloquer, il n’aurait pas été retenu par les effets relatifs qui sont assez différeras selon les diverses conditions morbides dans lesquelles ils sont appliqués. Mais deux puissans obstacles s’opposèrent à cet avantage. Le pre. mierfutl’idée conçue par Brown, que tout ce qui s’applique positivement à la fibre vivante y exerce dans le sens du stimulus et l’augmente; qu’il n’existe rien dans la nature (à l’exception des soustractions), qui
puisse agir dans un sens contraire. Ce principe une fois posé, le quinquina devait être nécessairement considéré comme remède stimulant, et il ne devait exister aucun doute qu’il eût une action contraire, (mais la propriété bien démontrée que possèdent certaines substances, de déprimer positivement l’énergie vitale, nous fournit la preuve de l’insuffisance du principe de Brown; et pour établir la doctrine du contre-stimulus, les effets de l’acide prussique et de la ciguë corrigés par le vin nous suffiraient). Le second obstacle qui vint s’opposer à faire reconnaître l’action absolue de beaucoup de remèdes fut la supposition funeste de Brown , qu’il existait un grand nombre de maladies occasionées par un défaut de stimulus, desquelles la méthode excitante pouvait seule triompher, quoique ces maladies, examinées attentivement et dépouillées du prestige d’une théorie nouvelle, et de concert avec les meilleurs médecins de l’antiquité, aient été reconnues dépendantes d’un excès de stimulus et susceptibles d’être heureusement traitées (comme on les traite tous les jours) par les remèdes débilitans et les évacuations. D’après cette seconde erreur de Brown, dans combien de maladies et de cas particuliers n’a-t-on pas dû croire v que la force stimulante du quinquina était démontrée, et par cela seul prouver, par ses bons effets, que la maladie provenait d’un défaut de stimulus! ( Mais si l’on n’avait pas d’autres preuves de la fausse classification de Brown, il suffirait de citer l’apoplexie même sanguine des anciens, l’hémorrhagie active de Cullen, déclarées par Brown maladies as-
théniques, avec la prétention de les traiter par l’éther, l’ammoniaque et le vin, et nous savons tous quels ont été les funestes effets d’une pareille prétention. Il en serait de même de la dyspepsie et de la gastrite lente, qui, considérées comme le produit d’une faiblesse indirecte, devraient être traitées par des stimulans, malgré l’expérience des médecins anciens et celle même du vulgaire, qui prouve qu’en continuant l’usage des liqueurs fortes la maladie' augmente d’intensité, et comment au contraire on la dissipe par l’usage de la rhubarbe et des remèdes aloétiques. )
Brown, sans ces suppositions, n’aurait certainement pas regardé le quinquina comme stimulant, par la seule raison qu’il rappelle la vigueur physiologique ; il aurait senti la nécessité d’examiner s’il la restituait en augmentant ou en diminuant l’incitation vasculaire et nerveuse, et si les maladies dans lesquelles il est utile dépendaient d’un défaut ou plutôt d’un excès de stimulus , s’il n’avait pas regardé comme certain qu’il n’existe rien dans la nature qui puisse déprimer positivement les mouvemens vitaux, et s’il n’avait pas été persuadé que toutes les maladies dérivaient d’un défaut de stimulus, il n’aurait pas regardé comme étant démontrée la manière d’agir du quinquina ; il se serait déterminé à la rechercher en l’étudiant dans tous les cas où il est salutaire, étant combiné avec la saignée, et où il agit de concert avec des remèdes qui bien certainement n’accroissent pas le stimulus.
A l’époque où mon illustre cou citoyen J. Rasori
démontra Faction contre - stimulante d’un grand nombre de substances, je sentis le premier et j’annonçai à l’académie médico - chirurgicale de Parme la nécessité d’étudier la manière d’agir encore douteuse de certains remèdes , en les comparant avec les effets de quelques autres substances ayant une action inconnue et positive. J’établis pour cela mes observations sur la comparaison de la digitale, de laci: gué' et de l’aconit; quant au quincpiina, quelques doutes secrets s’étaient élevés en moi par les effets que j’avais éprouvés par moi-mème pendant l’usage de ce remède. Cependant un de mes savans collègues, le docteur Tommaso Becchetti( actuellement proto-medico à Parme), se retrouvant chargé concurremment avec moi du traitement d’une personne I distinguée, et notre ami commun M. Pierre Antoine Torrigiani, affecté d’une léthargie pernicieuse, il me déclara ingénument qu’il n’aurait aucune répugnance de prescrire une forte saignée et de faire en-
Î suite un usage successif de fortes doses de quinquina que réclamaient les fièvres pernicieuses. Le malade il d’une constitution robuste et sanguine était dans le te fort du second accès, dans un état soporeux, demi- ![ apoplectique , face très-animée, yeux injectés, le q pouls tendu, dur et fébril. M’étant réuni d’opinion i avec mon collègue , on tira du bras i L\ à j 5 onces de . ij sang; on appliqua les sangsues à la tète, et l’on mit le malade à l’usage des boissons anti-phlogistiques. Quand la fièvre commença à se calmer, on lui fit prendre, à plusieurs doses et à pareils intervalles, à :i peu près deux onces de quinquina. Le pouls ne man-
qua pas pour cela de devenir plus mou, et l’accès se dissipa peu à peu. Le malade sortit entièrement de son état de sommeil , ayantla peau humide et fraîche : aucun indice de chaleur à la peau ni d’augmentation de Faction du pouls ne se montra pendant l’usage continué du quinquina; le troisième accès manqua; on continua pendant long-temps l’usage du quinquina, sans que l’on eût lieu d’observer aucun signe de l’accroissement de l’incitation , quoique administré sur un homme d’une robuste complexion: la maladie fut parfaitement guérie. D’autres fois, en pareilles circonstances d’affection pernicieuse, nous fîmes d’heureuses expériences sur l’alliance inconnue par les Browniens de l’usage de la saignée et de l’écorce du Pérou. D’après ce fait et tant d’autres que les médecins auront pu observer par l’usage abondant que l’on fait du quinquina, dans les fièvres pernicieuses qui sont endémiques dans les campagnes romaines, en n’épargnant pas, au début ou concurremment, les nombreuses saignées, méthode qui est couronnée d’un heureux succès; et d’après ce qu’avaient observé il y a déjà quinze ans mes amis Santarelli à Macéra ta , Mattéi à Yiterbo, le professeur Zinelli à Mantoue, enfin Navaroli, Casapina, Palazzini dans le pays mantouan, et beaucoup d’autres médecins experts et exempts de préjugés, j’étais en droit d’en tirer deux conséquences :
i °. Que le quinquina a une action suigeneris , pour arrêter ou prévenir le retour d’une affection périodique intermittente, action qui ne se réduit point à stimuler ou à contre-stimuler , puisque cent moyens
stimulans ou contre-stimulans infiniment plus forts, ne peuvent l’égaler :
20 Que si le quinquina agit dans un autre sens que celui de troubler la marche d’une affection périodique, il agit en contre-stimulant; s’il agit en stimulant, ce n’est que d’une manière si faible, qu’il ne détruit pas les avantages de la saignée. En effet, si dans la pleurésie pernicieuse , dans la léthargie et l’apoplexie, il convient de tirer du sang, sans quoi la condition morbide étant en excès, l’issue en deviendrait fatale , si dans de pareils cas le quinquina devient utile , allié avec l’emploi de la saignée, tandis que l’opium ( quoique capable d’arrêter le cours d’une maladie périodique) deviendrait funeste ; si le quinquina administré après la saignée ne détruit pas ses effets , et ne réveille pas la douleur de côté du malade affecté d’une pleurésie pernicieuse ? s’il ne rappelle pas l’état soporeux, il me semble juste de supr poser, que le quinquina est plutôt doué d’une propriété déprimante ( quoique légère et spécifique ) que de lui accorder une vertu stimulante.
Les observations propres à justifier mes doutes ne se bornèrent pas là. Je les avais communiquées à mon docte et profond concitoyen Joseph Àmbri, et il me fit remarquer qu’un certain médecin de Parme, guidé par je ne sais quels principes (quoique doué pourtant d’une certaine expérience), administrait de fortes doses de quinquina aux pleurétiques , et les saignait tout à la fois largement ou avant ou après l’usage de l’écorce du Pérou ; qu’il n’en résultait aucun mal, et que les avantages obtenus soit par la sai-
gnée ou par l’usage des autres remèdes antiphlogistiques n’étaient pas troublés par l’emploi du quinquina. Peut-être ce médecin pensait-il retirer d’un pareil fait quelques doutes ingénieux contre la doctrine moderne, qui déjàprenaitnaissanceXependant par des faits, il fournissait des argumens propres à mieux faire connaître la manière d’agir de l’écorce du Pérou. En me rappelant enfin attentivement la conduite de beaucoup de praticiens, autant anciens que modernes, je réfléchissais sur ce que jamais ils n’avaient montré la moindre répugnance à combiner dans beaucoup de maladies fébriles, et marquées par un excès de stimulus, la décoction de quinquina à l’usage de remèdes certainement anti-phlogistiques, comme l’acide sulfurique et le tamarin; ce dont j’ai déjà fait mention dans mes Considérations sur les fièvres pétéchiales, ainsi que dans mes Lettres au proprofesseur de Mattheis , en rapportant ce qu’avait écrit sur le quinquina le célèbre Ramazzini , sans oublier les savantes observations de l’illustre Dehaen. « Cortice dato etc. , Voyez le cahier V de Léonard, pag. 289. » Par suite de ces considérations , quand^ étant appelé à la direction de la clinique médicale de Bologne, et obligé aussitôt pour divers motifs de produire ma manière de penser relativement à l’action de l’écorce du Pérou, j’ai cru devoir soutenir que cette écorce agissait d’une manière obscure et suigeneris , pour ce qui a rapport à la propriété de prévenir le retour périodique des affections intermittentes 4 que pour ce qui concerne son action ordinaire , elle pouvait être ou stimulante ou contre-stimulante,
mais cela à un si faible degré, qu’elle ne trouble pas l’action ni les bons effets des anti-phlogistiques , Je ne voulus donner à cette déclaration aucune autre valeur que celle du doute, fondé sur les faits que j’ai rapportés ci-dessus. Je ne voulus pas même déclarer ma manière de voir avant que d’avoir fourni à l’école quelques preuves expérimentales. Je choisis dans la clinique de 1816 un sujet robuste du lit n° 7 atteint de pleurésie, et alors soulagé du point de côté, de la toux, de la fièvre, par le secours de quelques saignées répétées et des remèdes antimoniaux. Je lui fis prendre en deux jours deux onces de quinquina; il ne se manifesta aucun symptôme d’accroissement de stimulus; il ne fut pas non plus question du point de côté, de toux ou de mouvement fébril ; il ne fut enfin dérangé en aucune manière dans le cours de sa convalescence , qui fut parfaite.
Mes idées ou mes présomptions sur l’action de l’écorce du Pérou fixèrent tellement l’opinion de mes élèves, qu’à l’aide de beaucoup de faits, en peu d’années elles eurent de la valeur. J’appris de plus avec plaisir que plusieurs autres(etledocteurOctavanie,de Rome, tout le premier), indépendamment de ce que j’avais exposé dans mon école, avaient aussi déduit de leurs propres observations, d’excellens motifs pour douter delà propriété prétendue stimulante du p quinquina, et je fus on ne peut plus satisfait de voir, q plusieurs personnes s’accorder avec moi dans la a considération des mêmes faits et du même doute : il la coïncidence spontanée des idées sur un même
sujet rue fournissant un argument de conviction toujours plus grand pour affermir la vérité. Mais ce fut le docteur Rasori qui, le premier, ignorant certainement ce qu ultérieurement je suspectais relativement au quinquina, me communiqua ses doutes sur l’action de ce remède, d’après ce que lui-même avait observé, et l’idée qu’il s’en était formée. Les réflexions dont il me fit un tableau rapide, dans une lettre particulière , présagèrent de nouvelles découvertes relativement au grand mystère de la périodicité et de l’antidote du Pérou , et je fais des vœux pour la publication d’un ouvrage qui ne sera certainement pas inférieur à celui de Y Épidémie de Gènes , pour enrichir la médecine pratique de faits utiles, et afin de tracer de nouveaux sentiers à la découverte de la vérité. Il reste toujours prouvé , par tout ce que j’ai exposé dans cette appendice, par le succès du quinquina dans les prétendues angines, ou dans les ophtalmies périodiques intermittentes , que ce serait à tort que l’on voudrait déduire la présence de la diathèse asthénique dans de semblables inflammations.
§ 73. Les inflammations périodiques intermittentes sont-elles admissibles et démontrées? Les phénomènes d’un accroissement de stimulus et de turgescence dans une partie du corps, qui se réunissent à un accès de fièvre , et qui réagissent sur tout l’organisme, méritent-ils véritablement le nom d’inflammation, considérée comme processus dynamique, et semblable à celui qui est propre à un plegmon ex-
terne ou à l’érysipèle? Possèdent-ils les caractères propres à l’inflammation véritable , dans les pernicieuses concomittantes, pleurétiques, angineuses, et ophtalmiques citées par Rivière, Sagar, Torti et Selle? S’il est question des symptômes pneumoniques ou pleurétiques qui se développent pendant la chaleur d’une pernicieuse périodique, je croisqu’il est difficile de prouver que de pareils phénomènes soient vraiment le produit d’une condition morbide, semblable à celle d’un processus inflammatoire, ainsi que d’une distension , d’une turgescence des vaisseaux produites par des causes spéciales, qui ont agi d’une manière plus particulière sur un viscère que sur un autre , et à un degré tel qu’il puisse se dissiper aussitôt que le paroxysme fébrile cesse* S’il est question de phlogoses externes , comme les angines, les ophtalmies périodiques des auteurs déjà cités, nous pourrons bien dire, sans vouloir nier les faits des auteurs qui les ont rapportés, qu’il faut plus que la vie entière d’un médecin, et même de plusieurs pour en pouvoir découvrir une, puisqu’on ne sait pas qu’il y en ait eu d’observée dans notre hôpital, ni dans ceux des villes voisines : c’est ainsi que la difficulté , et , pour un grand nombre de médecins, le défaut d’observations semblables, a dû s’opposer aux rapprochemens que réclame nécessairement en médecine la philosophie la plus sévère , afin de décider si de pareilles affections intermittentes angineuses ou ophtalmiques ont absolument les caractères de la véritable inflammation*
« Periodicas inflammationes oculorum cum atroci « sub paroxysmo dolorelacrymarumfluxu, etc., etc., « medicorum fasti îoquuntur,» disait le célèbre P. Frank, d’où l’on doit conclure qu’il n’était pas meme arrivé à ce grand praticien d’en observer, quoiqu’il ait exercé la médecine dans les premiers hôpitaux d’Allemagne et d’Italie. Mon illustre collègue, qui avait également visité les hôpitaux les plus irnportans de la France et de l’Angleterre, citait bien l’autorité de quelques auteurs, mais il ne rapportait pas un seul cas d’angine ou d’ophtalmie intermittente observé par lui-même. Moi-même, qui ai vu un’grand nombre d’angines et d’ophtalmies de différons caractères, être oceasionées en grande partie chez le peuple par la constitution atmosphérique; moi, qui ai vu les fièvres intermittentes, principalement dans les campagnes infectes du pays de Mantoue, revêtues de formes plus ou moins pernicieuses, et sous tous les masques , moi enfin qui ai cherché et fait chercher par mes amis, une véritable ophtalmie ou angine intermittente, comme fait précieux qui pouvait me forcer à modifier quelques unes de nos vues sur le processus phlogistique, je n’ai jamais pu réussir à en obtenir un seul exemple. Je n’ai jamais vu un œil véritablement enflammé, quelque grave ou légère que fût cette inflammation, qui n’eût parcouru toutes ces périodes en augmentant, comme font toutes les inflammations, du plus petit au plus grand degré relatif de sa force ; et enfin , décroître % marcher vers la résolution ou vers les diverses terminaisons qui lui sont ordinaires, sans que jamais
son cours soit interrompu par l’intermittence. A ussf, pour nous, qui connaissons la nature du véritable processus inflammatoire, constaté par mille exemples, l'inflammation intermittente nous paraît-elle presque impossible. Par ces motifs, même en admettant qu’il fût possible qu’une inflammation puisse avoir son cours interrompu , et qu’elle reparaisse d’une manière périodique, on ne pourrait pas encore supposer que sa nature fût asthénique : c’est pourquoi nous sommes contraints de croire que les auteurs ont confondu l’engorgement passager, une distension douloureuse occasionée par le ch os de la chaleur fébrile et symptomatique de la fièvre^ avec une véritable inflammation de laquelle la fièvre n’est qu’une conséquence. Il y a une trèsgrande différence entre l’engorgement passager d’une partie, occasioné par le trouble vasculaire d’une fièvre violente, sait par les dispositions natu* relies de cette partie , ou bien par une susceptibilité plus grande acquise par suite d’une affection locale antérieure, et la turgescence profonde ainsi que le changement dans les conditions organiques qui constituent le véritable processus inflammatoire. Dans le premier cas, la turgescence et le stimulus local sont symptomatiques, et dépendent de l’accès fébrile ; ils cessent avec lui, sans laisser aucune trace, pour reparaître avec la fièvre : tandis que dans le second cas, l’accès fébrile est symptomatique, et dépend de la partie oû le processus phlogistique s’est établi; la fievre peut bien cesser ou diminuer, et, par diverses modiflcations de l’économie , ne se
montrer qu irrégulièrement; mais l’inflammation * qui est la base de la maladie, persiste toujours, et suit son cours , plus ou moins lent , d’une manière plus ou moins variée, et avec des accès plus ou moins réguliers et non interrompus. Nous avons de cela une preuve aussi fréquente que positive dans l’ophtalmie, qui d’abord aiguë produit la fièvre, et qui, devenant ensuite chronique, ne dérange pas Faction du pouls, et continue sa marche lente et régu« lière, ou excite une nouvelle fièvre, si le processus devient plus vif. S’il arrive (ayant égard à cette turgescence ou à ce stimulus local simplement momentané, effet du choc fébrile dans une affection périodique intermittente), s’il arrive, dis-je , que pendant cette fièvre il se forme un véritable processus phlogistique , une véritable inflammation , alors celle-ci restera permanente , elle ne suivra plus les chances de la fièvre, en cessant ou en se reproduisant avec l’accès; c’est ce que nous observons en effet dans l’hépatite lente ou la splénite ( obstructions du foie ou de la rate), qui sont le produit, le résultat de chocs violens et trop souvent réitérés de fièvres rebelles périodiques. Dans ce cas, la turgescence hépatique ou splénique, qui d’abord était symptomatique de la fièvre tierce ou quarte, et qui pouvait être traitée par les mêmes moyens que ceux que l’on appliquait au traitement delà fièvre, est devenue elle-même une maladie particulière, un processus indépendant de la fièvre. Et cette obstruction ou cette phlogose lente, quand elle sera arrivée à un certain degré, occasionnera elle-même une fièvre de
réaction , une rémittente , telle que les fièvres symptomatiques de processus phlogistiques ; mais non une fièvre périodique intermittente , curable par le quinquina,
§ 74. Je me persuadais, et peut-être avec raison, que par ces considérations, j’avais détruit les objections de mon collègue, quand je retrouvai, il n’y a pas long-temps, un passage de la dissertation de l’illustre Guillaume Cappel de Gottingue, sur la pneumonite typhoïde, qui confirmait entièrement mon opinion par des raisonnemens analogues aux miens. « Quamquam, écrivait l’auteur, quainquarn « muîti eximii viri pneumoniæ intermittentis mcii- « tionem fecerint, nec ullo modo dubitari possit « sæpemorbos intermittentes esse observatos, quiet bus consueta pneumoniæ signa fuerint communia, ce eos tamen jure ad pneumonios referri negare au- <t demus. Nobis enim ii adfectus nihil nisi sanguic( nis congestiones esse videntur, quæ pulmonum a structuram parum lædunt , cum motu febrili exigée tunt, eoque sublato finiuntur. Ubi pulmonum ee adest inflammatio, ubi eorum et structuram et ee vires ita læsas censemus, ut post brève pyrexiæ te tempus sanam conditionem redire posse, increee dibile plane sit. » Pouvait-il mieux indiquer la différence qui existe ( et ce sont les faits non équivoques de l’inflammation qui nous forcent de l’admettre ) entre la congestion symptomatique d’une partie, produite par l’accès fébrile qui se dissipe enfin avec lui , et le processus véritablement inflammatoire, qui s’établit d’une manière profonde, trouble
les conditions de la fibre organique, et qui enfin, suit un cours inévitable et non interrompu? Combien de réflexions et de faits précieux se trouvent renfermés dans l’utile collection « Sylloge opusculorum medicorum » du chevalier Brera ! Combien en retrouve-t-on encore dans le recueil « Delectus opus- « culorum » de Frank ! Ces deux collections et celle de Baldinger, et quelques autres parmi les grands classiques anciens : par exemple, Arété et Sydenham, Boërhaave et Yanswieten, Morgagni et Délia en, Stoll et Borsieri, sont les sources immenses , dans lesquelles ont été puisées les preuves à l’appui de la pathologie de l'inflammation- , que nous avons exposée, ainsi que les matériaux propres à la fondation de la doctrine médicale que nous professons. Aussi , formai-je le vœux de voir les auteurs classiques de médecine pratique étudiés ; c’est, selon moi, le seul moyen d’être convaincu que la pathologie italienne d’aujourd’hui est fondée sur les faits observés dès la plus haute antiquité.
§ ^5. De nouvelles objections contre l’identité de la phlogose auront été remarquées par qui a lu le second volume de la nouvelle théorie des fièvres du docteur Amoretti ; il les a pareillement reproduites dans un autre ouvrage « Réfutation de la nouvelle doctrine médicale italienne. » Ces objections cependant ne nous forment pas un grand obstacle, puisqu’elles ont été en grande partie détruites par les considérations précédentes, et que d’un autre côté , elles viennent s’appuyer de quelques-unes de mes propres expressions, que l’auteur serüblo
malheureusement ne pas avoir assez méditées* L’ exubérance fébrile et V incitation augmentée par la chaleur d’une fièvre périodique , indiquent , dit M. Amoretti, une augmentation de stimulus . Cependant ces phénomènes appartiennent aussi à une intermittente de nature asthénique^, et on la traite avec le quinquina; il peut donc y avoir aussi des phénomènes d’exubérance meme dans une maladie asthénique , ainsi la fièvre et l’inflammation peuvent être de nature asthénique. On peut facilement répondre à ces objections, en considérant, j° que les bons effets du quinquina et de tous les autres amers qui sont ses succédannés, pour prévenir le retour périodique des phénomènes intermittens, ne prouvent ni l’action stimulante de l’écorce du Pérou* ni la nature asthénique de la maladie. D’après ce que nous avons observé dans nos considérations pratiques et dans nos leçons sur la fièvre intermittente, la périodicité est un phénomène très-singulier, et entièrement séparé et indépendant de toutes diathèses; la puissance secrète du quinquina (sans qu’il soit stimulant, puisque dans différens cas il peut être utile conjointement avec la saignée) ou des remèdes analogues, pour dompter la périodicité morbide, a une manière d’être qui lui est propre. 2 ° Il faut considérer, que quand même cette condition secrète, par laquelle l’abattement et le froid se reproduisent , serait asthénique, ce ne serait pas une raison pour que l’exubérance des fonctions, la vibration artérielle, et la chaleur fébrile ( qui succèdent à ce premier abattement) dussent être considérés commë
l'expression de la diminution du stimulus et de conditions dites asthéniques. M. Amoretti trouvera quelques fièvres intermittentes, dont il pourra arrêter les accès, par Fusage du vin ou de l’opium, pourvu qu’il applique ces remèdes dans le temps de Fa pyrexie , avant le froid, et assez à temps pour le prévenir.Mais il n’osera jamais administrer, ni l’opium ni le vin, pendant la chaleur ou l’excitation fébrile, puisqu’ils deviendraient pernicieux pendantcet état, où la nature même, si vénérée par Hippocrate, de» mande de l’eau, etse délecte par les boissons froides, sub acides et anti-phlogistiques. Quand M. Amoretti connaîtra notre manière de voir relativement à la périodicité, il verra combien cet état nous éloigne, et est différent des lois communes de la diathèse.
§ 76. D’après ce que nous venons de dire , M. Amoretti cessera peut-être de demander si les phlegmasies (de la rate ou du foie, par exemple) qui ont lieu pendant une fièvre périodique sont causes ou effets de la fièvre, en concluant qu’étant dans beaucoup de cas la conséquence de la fièvre, elles ne peuvent pas être de nature sthénique, puisqu’elles dérivent d’une fièvre qui a le caractère d’asténie et quelles se guérissent également par Fusage du quinquina. De ce que nous avons dit, il est facile de comprendre comment, quand même la condition première, d’où dérive la période du froid, serait asthénique, il peut survenir cependant, pendant la période de chaleur et d’excitation fébrile, unephlegmasie dans les parties qui y seraient prédisposées; et si cette phlegmasie est véritable , si c’est un pro-
cessus phiogistique , elle sera alors une condition de stimulus excédant, semblable à toutes les autres
inflammations. Les turgescences de la rate, etc., qui seront encore dépendantes du choc fébrile réitéré , et qui ne doivent pas porter le nom d’inflammation, céderont au quinquina en meme temps que la fièvre. Mais quand la fièvre aura donné lieu à une inflammation, à une véritable phlegmasie, à un véritable processus phiogistique, aigu, pernicieux ou lent, comme ce que l’on appelle obstruction. Ce processus restera tellement indépendant de la fièvre, qu’après sa guérison, il persistera pendant long-temps, et ne pourra plus être traité par le quinquina, mais, pour se dissiper, il réclamera des remèdes résolutifs ou apéritifs, ainsi nommés, tels que la rhubarbe, l’aloës, les sels neutres purgatifs, etc., comme nous l’enseignent l’expérience et les bons praticiens.
C’est à tort que M. Amoretti prétend, que je suis forcé, presque par une coalition, d’admettre une inflammation asthénique, parce que, dans mes recherches sur la fièvre américaine, j’avais cru devoir admettre dans quelques cas la fièvre nerveuse asthénique. En écrivant son second volume en 1817 il n’était ni délicat ni juste d’appuyer une objection sur ce que j’avais écrit en i8o5, puisqu’il existait des écrits postérieurs à cette époque, qui prouvaient suffisamment qu’en étudiant ultérieurement sur cette matière, j’avais cru devoir réformerma première opinion. Encore bien moins devait-il reproduire la meme objection dans son dernier ouvrage publié en 1818, ne devant pas ignorer alors ce que j’avais dit dans
mon Introduction, ainsi que dans beaucoup d’autres écrits, relativement au fond ou à la diathèse de la véritable fièvre continue. Et comment, pour montrer égalementque j’admets la fièvre nerveuse, asthénique et pour déclarer enfin que je suis forcé d’admettre même l’inflammation, comment, dis-je, cite-t-il ( sûrement parce qu’il ne les a pas bien comprises,) les propres expressions de mon Introduction « sans exclure la possibilité d’une affection nerveuse ai g né de diathèse opposée »? Peut-être que pour lui l’expression di acuta afjezione nervosa est le synonyme de fièvre ? Peut-être que le choiera morbus , quand il peut être traité par l’opium, n’est pas une affection nerveuse très-aiguë, sans qu’on puisse l’appeler fièvre? Ne me suis-je pas ultérieurement prononcé sur l’idée que j’avais de la nature phlogistiqu e des fièvres nerveuses, et du typhus ( quand elles sont véritablement continues ) dans les lettres que j’ai écrites au professeur Mattheis?Si, à la page 74 de mon Introduction, à la fin de la note i3, je me suis borné à conclure, que le plus grand nombre au moins de fièvres nerveuses aiguës reconnaît pour base un processus phlogistique, et si je n’ai point osé déclarer que toutes absolument dépendaient de ce processus, ce fut afin de laisser une marge à l’idée, ( qui n’était pas entièrement détruite en moi, qu’une fièvre pouvait être entretenue par l’application continuelle d’un principe d’irritation, sans que toujours ( quoique dans le plus grand nombre de cas ) au trouble et aux souffrances de l’irritation, il dût succéder une inflammation. La fièvre dite vermineuse , par exemple, est pour moi dans le plus
grand nombre des cas d’une fièvre gastrique ou nerveuse auxquelles les vers viennent s’associer, comme ils peuvent survenir dans la fièvre qui suit l’opération de la taille. Les fièvres gastrique et nerveuse, comme on aura lieu de le remarquer dans la suite de cet ouvrage, sont pour moi des fièvres phlogistiques, ayant leur siège principal, ou dans la phlogose diffuse du système hépato - gastrique, ou dans les enveloppes du système nerveux. Dans ces cas, les vers forment une complication que l’on soustrait au moyen des anthélmintiques, sans que ceux-ci suffisent à guérir la maladie principale, qui exige, pour être domptée, une méthode anti - phlogistique soutenue. Malgré cela, je n’oserais pourtant pas exclure absolument le cas où une fièvre (accompagnée de phénomènes nerveux ) serait produite et entretenue seulement par les vers; car dans ce cas, leur présence constituerait la cause principale de la maladie , et alors les anthelmintiques, en expulsant les vers, pourraient aussifaire eesser la fièvre. Voilà comment aux fièvres nerveuses aiguës ( il y en a beaucoup et presque toutes ) qui doivent leur origine à quelque processus phlogistique, on pourrait ajouter peut-être quelques fièvres •qui ne seraient entretenues que par une irritation, .sans que l’on soit en droit, en l’admettant, de conclure qu’il existe une fièvre continue asthénique ou par défaut de stimulus, comme le pourrait prétendre mon antagoniste. Je le répète, les affections nerveuses aiguës, dont j’ai fait mention dans mon Introduction , et que je déclare pouvoir dépendre d’une diathèse opposée, ou par défaut de stimulus, ne de-
vaientpas être interprétées par M. Amoretti comme étant affections fébriles, puisqu’il arrive beaucoup de cas où une affection peut être, soit nerveuse ou aiguë, sans que pour cela ce soit une fièvre. Concluons donc. Dans les derniers écrits que j’ai publiés, et dans mes Leçons sur la fièvre, qui existent manuscrites, et qui ont été répandues par mes élèves, dans un si grand nombre de contrées, et qui, par conséquent, ne doivent pas être ignorées en Piémont, j’ai corrigé l’idée que j’avais il y a quinze ans, que la fièvre continue puisse être asthénique dans quelques cas. Guidé par les faits, je me suis vu forcé par la nécessité d’admettre une condition phlogistique, comme étiologie de la fièvre continue, ainsi que de la nerveuse, en exceptant tout; au plus quelques cas de fièvres qui sont entretenues par l’irritation, curables par tous autres moyens que par les excitans, conditions bien différentes de celles qui naîtraient du défaut de stimulus. Mon antagoniste ne devait donc me croire forcé d’admettre une inflammation asthénique , qu’en remontant à ce que je pouvais avoir dit sur la fièvre, en i8o5. ^
§. 7 7. La triple division établie par le célèbre Guani de l’inflammation en sthénique , asthénique et irritative , ne renferme, quant à la première partie, aucune autre objection que celle que l’on voudraitretirer de la faiblemanifestation des symptômes phlogistiques et du passage facile de l’inflammation dite maligne à la gangrène, pour soutenir la phlogose asthénique. Quant à la phlogose irritative, je proteste n’avoir jamais cru que cette phlogose,
observée dans le processus qui la constitue, et non dans les causes qui l’ont produite, puisse être considérée différente des autres inflaramations. Je n’ai jamais pu concevoir par quels caractères ou symptômes, par quelles conséquences et par quels remèdes propres à la combattre, une inflammation suscitée dans un œil irrité, par la présence d’un insecte , qui se serait niché dans l’intérieur des paupières, pouvait être différente de celle qui est produite par l’action du feu. Quelle différence peut-il y avoir dans une inflammation de la vessie, qu’elle soit occasion ée par les aspérités d’un calcul, ou bien par la division faite par l’opérateur, par une course rapide, l’abus des spiritueux ou le virus syphilitique de la blennorrhagie? Cette différence consistera seulement en ce qu’étant entretenue par la présence d’un corps irritant, elle résistera à tous les moyens anti-phlogistiques les plus propres à combattre l’inflammation tant que la cause subsistera ; tandis qu’au contraire, provenant de l’effet delà chaleur ou du vin, qui ont déjà cessé d’agir, elle reste entièrement à la disposition du médecin, et peut céder en proportion de l’activité et du choix des moyens curatifs. Quelle différence y a-t-il dans la nature du processus phlogistique, c’est-à-dire, en ce qui regarde la partie curable de la maladie , d’un érysipèle produit par l’insolation, et d’une scarlatine occasionée par un virus spécifique? Quelque soit la première manière d’agir de ce virus, je vois dans la scarlatine et la rougeoie, à l’exception d’une forme particulière, les mêmes phénomènes propres à la phlogose cutanée, ainsi , i
que F excitation fébrile que l’on observe dans 1 érysipèle; aussi les praticiens, guidés par l’identité de la condition morbide essentielle , ont-ils également recours à la saignée ( quand la force de la maladie l’exige ) dans l’érysipèle, la scarlatine et la rougeole^ comme également ils y ont recours dans une violente cystite ou orchite, quelles proviennent du virus vénérien , de l’abus des spiritueux ou de l’action du colorique. Je me suis*déjà suffisamment expliqué sur cela dans mes Recherches sur la fièvre cT Amérique , dans mon Introduction à la nouvelle doctrine , ainsi que dans mes Lettres au docteur Mattheis . Enfin l’inflammation, considérée par ce quelle est en elle-même, ainsi que dans ses fins et produits, est un processus toujours semblable à luimême, qu’il soit occasioné par le froid ou la chaleur, soit qu’un stimulus excessif l’ait immédiatement créé par l’effet de l’excitation , soit que des substances irritantes ou mécaniques l’aient préparé, par l’intermédiaire de leur action irritante,
§ 78. Finalement, ce qui a été dit dernièrement en Toscane par Fauteur des Recherches pathologiques sur la nature de V inflammation , ou n’ajoute aucune objection à celles suffisamment remarquables qui ont été faites plus haut; ou présente (en s’attachant à la valeur des expressions) une telle contradiction de maximes, que l’on pourrait difficilement en argumenter sous quel aspect on doit voir ia nature du processus phlogistique, considéré en lui-même, et à laquelle des deux classes de remèdes on devrait recourir pour le traiter avec avantage.
L’importance qu’il attache à la production de l’inflammation par un engorgement de sang dans lesx vaisseaux, par l’atonie ou la faiblesse d’une partie; ne peut être comparée à l’importance de la puissance stimulante, capable de toute autre chose que de débiliter , et produisant l’inflammation dans les tissus d’un athlète dont les fibres sont dans un tout autre état que dans celui d'atonie . Par quelle prévention hypothétique put-il jamais avoir été conduit à penser, que le feu, le vin, l’abus des aromats et des spiritueux, enflamment la peau et le poumon, ou produisent une gastrite ou une phrénite, en affaiblissant et rendant trop facile à être engorgés par le sang les vaisseaux de la partie qui s’enflamme? Pourquoi et dans quel espoir a-t-il renoncé à la simple et antique explication du processus phlogistique, déduite de l’épine de Vanhelmont, d’Etmuller ou de De Gorther, reproduite avec une légère différence dans les expressions, par tous les pathologistes, et adoptée par les illustres professeurs de clinique , Fioriani et Borsiéri? En traitant de la question hasardée, sur la prétendue double nature de l’inflamx mation, l’auteur se rapprochant des maximes que j’avais si fortement défendues, s’exprime ainsi : ce Tant que l’inflammation et la congélation, Fente gorgement et l’inaction ne seront pas synonymes cc et n’indiqueront pas la même affection organique « on nosologique, il sera toujours absurde d’an mette tre dem. ~~ nature différentes. A la
cc vérité si la glace, les acides, les astringens, et cc enfin la saignée, quoique plus rarement, ont été
« dans tous les temps proposés et employés avec un heureux succès par les praticiens, même clans la « phlogose dite maligne, bilieuse, nerveuse, lente, etc. ce Comment pourra-t-on inférer, que cette espèce de « phlogose soit de nature tout-à-fait opposée à celle « que Ton nomme légitime, aiguë, etc., d'autant « plus que les deux espèces sont suivies à peu près « des mêmes résultats et des mêmes symptômes « consécutifs ». Et qui pourra d’après cette déclaration, concilier les avantages que l’auteur se promet dans certains cas d’inflammations externes de l’usage du vin, de l’alkool, de l’éther et autres liqueurs spiritueuses propres, dit-il, à corriger cette atonie, cet engorgement qui ont occasionée et qui entretiennent l’iiifïammation? Qui ne sera pas étonné en lisant les notes et 48? de voir comment l’auteur va à la recherche de toutes sortes de documens, desquels ilrésulte, que l’inflammation a été quelque fois traitée avec succès par les remèdes excitans? Je voudrois bien qu’avec un peu plus de patience, il ait pu approfondir les passages de certains ouvrages, et qu’ii les ait considérés dans toutes leurs relations. En parlant P. E. de mes Recherches sur la fièvre ch Amérique , je voudrais qu’ii en eut saisi le vrai sens, il aurait plus facilement compris comment, dans quels cas et dans quelles circonstances, et à quelle époque de la maladie , l’usage des excitans dans les affections phlegmasiques , avaient pu, ou être utiles, après avoir dissipé une inflammation locale, ou être plus salutaires à un système profondément déprimé, que- nuisibles aune partie enflammée qui
peut être de peu d’importance à la vie , ou enfin , paraître avoir été utiles , parce qu’ils n’ont pas produit de grands désordres, qu’ils ont laissé une fausse lueur de triomphe, parce qu’ils n’ont pas tué le malade. A cet argument auquel ont recours certains auteurs , même de réputation , ou par prévention ou par insuffisance, à cet argument, dis-je, déduit de quelques guérisons ( que l’on aurait mieux fait d’appeler résistance de la mort) obtenues par l’usage des excitans employés par quelques-uns du vulgaire, dans les inflammations , l’immortel Thomas Sydenham, avait déjà sagement répondu, il y a cent soixante ans. «Non « sufficere ad comprobandam in acutis medendi race tionem ut féliciter cederet ( cùm ab imperitissima- « rum muliercularum temeritate sanentur nonnulli) « sed requiri adhuc ut morbus nullo negotio victus « quasi suopte ingenio cédât , atque abitum adfectet, « quantum ejus natura fert ». L’opposition à un million de faits, qui justifient les avantages de laméthode anti-phlogistique , plus ou moins active , dans les affections phlegmasiques, est à la vérité peu digne de critique ou de réponse, quand on considère que quelques malades n’ont échappé au double péril de la maladie et d’une méthode curative fausse, qu’à la faveur d’une constitution heureuse, ou du peu d’importance des parties dénaturées par une inflammation mal guérie. En faisant des recherches sur l’inflammation, on ne retrouve aucun cas particulier qui n’atteste que la nature , le génie , la diathèse et la condition morbide ne sont qu’un et proviennent toujours de l’augmentation de stimulus. C’est l’histoire
entière de Fart depuis Hippocrate jusqu’à nous, ainsi que le cri universel et uniforme de tous les praticiens, c’est l’ouvrage de plusieurs siècles, et le fruit d’expériences constantes et non interrompues.