‹ Exposition précise de la nouvelle doctrine médicale italienne, ou considérations pathologico-pratiques sur l'inflammation et la fièvre continueChapitre 9 sur 20 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le phlogose est un processus indipendant, d’une nature qui lui est particulière, et qui fait naître de nouvelles conditions morbides dans les tissus qui en sont affectés.

§ 6. La marche de l’inflammation est vraiment singulière et digne de toute l’attention du pathologiste ; ainsi que du médecin praticien ; l’influence qu’elle exerce sur les parties qui en sont atteintes lni est également toute particulière. D’une part , quand cet état morbide existe réellement, il devient tellement permanent et surpasse tellement les causes qui l’ont déterminé, que sous ce rapport il s’écarte de la loi la plus générale , de celle qui subordonne l’effet à l’importance et à la durée des causes. D’une autre part, quoique ce processus soit dissipé, il laisse aux viscères , aux membranes et aux vaisseaux qui en furent affectés, des conditions morbides tellement tenaces et si souvent indomptables , qu’elles deviennent une source éternelle d’inflammations nouvelles et surtou t plus faciles à se reproduire. De plus, comme les affections nouvelles s’établissent de préférence dans les parties qui en ont déjà été atteintes, et sous l’influence de causes beaucoup plus légères que celles qui avaient déterminé les premières, il est constant que les inflammations sont réfractaires aux lois de l’habitude , puisque autrement les secondes impressions seraient moins facilement senties et moins funestes que les premières. Enfin , l’inflam-

mation dès son commencement jusqu’à sa terminai» son marche d’une telle manière, son cours et son développement sont tellement inévitables et nécessaires, les parties enflammées s’éloignent tellement du degré d’incitabilité des autres parties du corps , elles s’isolent quelquefois d’une manière si particulière au milieu d’affections d’une nature opposée , que l’on s’aperçoit facilement que l’inflammation est beaucoup plus dominante que dominée, qu’enfin ce processus influe bien plus sur les conditions générales de l’organisme que ces mêmes conditions n’exercent d’influence sur l’état inflammatoire. C’est par ces caractères de l’inflammation que j’espère que nous arriverons à connaître mieux que par le passé la nature de ce processus, ou au moins à en mieux déterminer le caractère ou l’essence, les changemens qui en sont les conséquences , et l’influence qu’il exerce sur l’économie animale.

§ 7. Tant qu’un excès de stimulus n’arrive pas à produire l’inflammation , on remarque que les effets qui en résultent, dans l’état dynamique des fibres stimulées , sont proportionnés et relatifs au même degré du stimulus. Nous voyons que l’excitation morbide, ainsi que l’accroissement du mouvement qui en résulte, sont tellement relatifs au degré du stimulus appliqué, que la diminution des effets suit de près celle de la cause , et qu’aussitôt que le stimulus cesse, ou que par l’action opportune d’agens contraires, il peut être modifié, les effets ne tardent pas à disparaître. C’est ainsi que la chaleur excessive, la secheresse de la peau, le mouvement fébril du

cœur et des artères ; l’excessive absorption des lym-» phatiques, la soif, la rougeur du visage; la turgescence des veines cérébrales et la céphalalgie que produit l’action d’un soleil ardent , ou une course trop rapide, se dissipent facilement par le repos , la soustraction du calorique et l’usage des boissons antiphlogistiques ou contre-stimulantes. 11 en est de même de l’ivresse produite par l’abus du vin ou autres liqueurs alcoholiques , qui se dissipe aussitôt que Taction de ces stimulus diffusibles vient à cesser, et que l’on peut corriger par l’administration prompte de boissons à la glace, du tartre stibié, ou d’eau de laurier-cerise. Delà, on voit que l’abus, la sobriété et les privations , calculés toujours relativement à la susceptibilité individuelle et aux habitudes des individus se rapportent exactement avec l’excès , la modération ou le défaut d’incitation ou de mouvement vital ; et qu’enfin les règles universelles de la modération et des rapports intimes pourraient entièrement constituer le code et l’appareil thérapeutique de la médecine. Mais aussitôt qu’une inflammation, soit grave ou légère, aiguë ou chronique, s’est établie , toute proportion entre l’abus et l’excitation morbide est déjà détruite, toute relation entre la cause et l’effet a cessé. C’est alors que les correctifs d’un excès de vin, de calorique ou d’exercice idont plus de puissance , et que l’action tempérante des remèdes antiphlogistiques ou contre-stimulans est insuffisante pour arrêter avec promptitude le mouvement excessif qui a lieu dans la partie enflammée, ainsique dans celles qui lui sont contiguës ou

congénères. A quoi servirait à un ivrogne, chez lequel une gas trite ou une hépatite aiguë ou chronique se serait déjà formée, de chercher à en corriger les effets en buvant, s’il lui était possible, en un jour autant d’eau que dans un mois il aurait pu boire de liqueurs spiritueuses? Ce ne serait pas une raison pour que le péril de l’incendie occasioné par un excès de stimulus cessât. On n’obtiendrait pas pour cela la cessation de la phlogose-gastro-hépatique , comme on peut prétendre l’obtenir par une méthode opportune propre à modérer ses progrès pendant tout le temps qu’elle doit mettre à parcourir certaines périodes. Il n’a fallu quelquefois qu’une action très-passagère du feu , un coup de soleil , ou une

course trop rapide pour provoquer une pneumonite, une ophtalmite, ou une angine. Cependant, une fois que l’inflammaiton du poumon, des yeux ou de l’arrière-bouche est établie, ce serait en vain que par le repos, l’exposition dans une atmosphère fraîche, en évitant l’action de la lumière, en faisant un usage abondant de boissons nitrées, ou enfin en s’assujettissant à des évacuations sanguines répétées , on voudrait en diminuer la durée ; car l’inflammation tendra sans cesse à suivre son développement naturel, et ce sera déjà beaucoup si l’art peut parvenir à la circonscrire dans les bornes qui l’éloignent d’une périlleuse désorganisation, et faire que sa marche soit indépendante des causes qui l’ont fait naître.

$ 8. Il faut observer, à cette occasion, que ce que j’appelle le cours nécessaire de l’inflammation, et qui établit une différence entre celle-ci et les autres

affections dynamiques de la fibre vivante qui peuvent céder aussitôt que les causes externes ont cessé d’agir, n’est point un phénomène dépendant d’un degré plus ou moins grand ou de l’importance de la maladie. Quelle comparaison pourrait-on faire entre une ivresse profonde qui produirait non-seulement une violente excitation morbide de tout l’appareil circulatoire sanguin , mais encore si un délire grave venait s’y associer, et qu’il y eût menace de paralysie^ de défaillance, de vomissement, et enfin subversion de toutes les fonctions naturelles 3 quelle comparaison, dis- je, pourrait -on faire entre cet état d’ivresse et une phlogose légère circonscrite sur un des points delà conjonctive ou des paupières? Quel rapport y a-t-il encore entre une fièvre éphémère ardente produite par l’effet instantané d’un stimulus excessif, mais tellement grave que l’on aurait lieu de redouter une encéphalite ou un érysipèle superficiel qui se bornerait à une des portions du tissu cutané? Cependant, si l’inflammation n’a pas lieu, et qu’il n’y ait ni rupture de vaisseaux, ni épanchement sanguin , quelque épouvantables que puissent être l’ivresse et la fièvre éphémère, elles se dissiperont aussitôt que l’action des stimulus aura été soustraite ; tandis que cette légère inflammation des paupières et cette phlogose érysipélateuse limitée auront leur cours, et suivront ainsi, leurs diverses périodes, sans occasioner de trouble extraordinaire, quelques moyens contre-s timulans que l’on veuille employer; et je défie bien qui que ce soit , qui 11e serait pas convaincu de ce cours nécessaire ou inévitable de

Pinflammation , d’arrêter s’il le peut, par quelques moyens antiphlogistiques ou tel autre moyen qui lui conviendrait, la marche d’une inflammation aussi légère que Pon pourrait la supposer (toutefois pourtant qu’il y aurait réellement inflammation), et dans quelque partie du corps que ce puisse être. N’est-il pas prouvé par ce que nous venons de dire , qu’une inflammation étendue ou bornée, grave ou légère, possède eu soi quelque chose de particulier ; qu’elle est une production extraordinaire, puisque la maladie commence , quoique les causes externes qui l’ont déterminée cessent d’agir; tandis qu’au contraire beaucoup d’autres maladies ne finissent ou ne se maintiennent qu’au tant que les causes externes cessent ou continuent d’exercer leur action. N’est-il pas démontré que l’inflammation se crée de soimême une condition pathologique indépendante dont on pourrait difficilement calculer l’extension, la force, la durée et les influences d’après la force et la durée des causes externes qui n’existent plus ? Cette indépendance de causes externes qui l’ont déterminée et dont jouit une affection morbide , est le principal caractère, le caractère exclusif qui peut servir , je crois , à distinguer ce que l’on appelle diathèse . Et quand je ne réussirais pas à démontrer (dans l’ouvrage qui doit suivre ces considérations) que la diathèse de stimulus ou phlogistique dépend toujours d’une phlogose formée qui réagit d’une manière superficielle ou diffuse , il sera toujours certain que le processus de l’inflammation est le prototype de ce que raisonnablement on appelle

processus par diathèse , puisque l’inflammation est le seul exemple visible et démonstratif, en pathologie, d’une condition morbide qui survit constamment aux causes externes, et résiste pendant un certain temps aux moyens que l’on suppose capables de l’anéantir.

§ 9. J’ai dit, en second lieu, que l’inflammation, quoique vaincue > laissait aux parties qui en avaient été affectée des conditions morbides qui persistaient d’une manière si tenace lorsque la maladie était terminée, qu’elle devenait presque toujours le germe de nouvelles récidives. Nous observons constamment, en effet, après les maladies inflammatoires que la sensibilité , l’irritabilité , et en un mot, la susceptibilité des parties qui en ont été atteintes, sont devenues bien plus grandes qu’elles 11e l’étaient d’abord. L’oeil qui a déjà été enflammé devient plus sujet à ressentir l’action de la chaleur et des liqueurs alcoboliques; et si l’inflammation a été récidivée, l’action des stimulus les plus doux lui devient intolérable j il ne peut pas même supporter l’effet d’une lumière un peu vive, sans risque d’être affecté d’une nouvelle inflammation. Ainsi, le poumon, la trachée artère, l’arrière - bouche, l’utérus et la vessie deviennent d’une susceptibilité excessive à l’action du plus petit excès de stimulus , et sont d’autant plus faciles à s’enflammer que ces organes l’auront déjà été plusieurs fois. Cet état de susceptibilité morbide et d’excitabilité excédante, qui persiste après l’inflammation, doit être nécessairement, comme je l’ai indiqué précédemment, le produit de certains chan-

gemens dans les conditions organico- dynamiques auxquelles l’incitabilité est inhérente. Le nom d’incitabilité exaltée , que quelques auteurs donnèrent à cette susceptibilité morbide est donc superficiel et vide de sens , comme nous le verront en parlant de la fièvre , puisqu’une synonymie ne renferme pas une explication, et que Ton ne saurait se dispenser, pour l’essayer, de rapporter l’excès de la propriété vitale à un changement de quelques-unes des conditions organiques cachées, dont la manifestation constitue cet effet auquel on a donné le nom de propriété vitale. Cet état de susceptibilité morbide est peut-être la cause par laquelle une inflammation qui a déjà parcouru toutes ses périodes, dont il ne reste aucun de ses phénomènes importans, que l’on peut enfin regarder comme terminée, se rallume pourtant spontanément et sans aucune cause externe à laquelle on puisse raisonnablement attribuer sa récidive. Les causes très-légères qui peuvent se soustraire à nos calculs suffisent peut-être pour que la partie à peine guérie d’une inflammation, et avant que l’exercicf de ses fonctions et l’habitude l’aient accoutumée avec l’action des stimulus, soit encore susceptible de ressentir les effets des plus légères impressions. Cet état est toujours terrible aux yeux du praticien accoutumé à mesurer les conséquences ; puisque, quoiqu’il ne soit pas toujours indomptable par les ressources de la nature, il n’est que trop souvent réfractaire aux moyens de l’art; parce qu’il provient précisément d’un changement dans les conditions de la texture organique des fibres. C’est ce

que nous observons sur toutdansl’angioïteouartérite diffuse ; maladie souvent invincible, soit qu’elle tende, malgré les efforts de l’art, à dégénérer en végétations vasculaires morbides, ou en altérations anévrysrnatiques ; soit qu’elle reproduise des hémorrhagies accompagnées de palpitations vasculaires morbides ; ou bien qu’il en résulte un état chlorotique. Dans cette maladie, j’ai vu si souvent de telles conditions de sensibilité phlogistique se propager sur tout le système des vaisseaux artériels, que si je dois considérer comme maladies universellement locales toutes celles qui proviennent de substances irritantes entraînées dans le torrent de la circulation , je puis par la même raison appeler V angioï be diffuse , maladie universellement organique, quand elle est parvenue à affecter trop fortement la sourcede l’irritabilité des fibres. Ce fait pathologique, de si grande importance pour la pratique, j’entends dire, la génération morbide ou le degré d’excitabilité augmenté pour produire l’inflammation , ou les conditions organiques auxquelles elle est liée, a été prévu et reconnu par les pathologistes et les praticiens modernes les plus célèbres. D’après ce que j’en ai dit dans mon ouvrage déjà cité, on ne saurait se dissimuler la discordance quiexis te entre ce fait et la loi, trop universellement appliquée par Brown , de l’augmentation ou de la diminution de l’exci tabili té de la fibre par suite de l’action des stimulus. Aussi l’illustre Rachetti poussa-t-il si loin l’opposition qu’il forma contre la règle de Brown, que non-seulement il pensa, comme je l’avais déclaré, que l’excitabilité des fibres était

augmentée par la ph logo se ; mais il soutint encore qu’elle se formait toujours ou s’augmentait par l’action des stimulus , indépendamment du processus phlogistique.Ce qui, par les motifs que j’ai déjà exposés et déduits de l’habitude, ne me paraît pas pouvoir trop généralement s’accorder.

§ 10. Si Pon veut rechercher comment le processus inflammatoire peut éluder les lois les plus générales , et s’éloigner de celle de l’excitation ordinaire en se maintenant indépendant des causes qui ont pu le déterminer; si l’on demande comment il se soustrait aux lois de l’habitude en augmentant la

sensibilité dans les libres, ainsique leur susceptibilité pour les stimulus , au lieu de la diminuer ; si l’on me demande comment il peut s’accroître, même après que les causes qui Pont déterminé ont cessé d’agir? et comment il parcourt des périodes déterminées en se régissant et s’alimentant par lui-même, comme source unique et thermomètre de la maladie ; je puis bien confesser mon incapacité à fournir cette explication, tout en pouvant fournir des observations sans nombre propres à constater ce fait. Je placerai si l’on veut ce fait au nombre de ceux qui sont impénétrables pour notre intelligence, etderrière lesquels résident une foule de secrets ressorts inaccessibles aux recherches de Panatomie et de la pathologie. Je dois encore regarder ce fait comme un de ceux qui, pour nous, doivent tenir lieu de causes, par la raison que nous ne pouvons pas voir au delà de ce qu’ils nous représentent par eux-mêmes, sans que pour cela on ait le droit de taxer la pathologie d’être super-

ficielle ; puisque la philosophie naturelle, telle qu’on doit l’entendre, se réduit à une histoire exacte et coordonnée de faits , et que la gravité , l’électricité, le magnétisme et la nature même des corps ainsi que la source secrète de leur propriété, sont des choses qui , dans leur essence, sont aussi inconnues à la physique et à la philosophie que l’excitabilité des parties augmentées ou régénérées par l’inflammation l’est à la médecine.

§ 1 1 . Ce n’est qu’en soumettant l’inflammation aux grandes comparaisons des autres opérations merveilleuses physiologiques et conservatrices de la nature, que l’on peut avoir l’avantage de voir se reproduire, quoique sans explication du secret et par un même mécanisme les mêmes lois et les mêmes influences : si l’un de ces grands phénomènes ne nous donne pas la clef du secret , il peut au moins nous servir à mettre l’autre à sa place et à le considérer dans ses relations les plus naturelles. La génération, le développement, la reproduction des parties sont bien certainement des opérations de la nature , dont les causes intimes sont inconnues. Elles dépendent cependant d’une excitation augmentée; d’une vieplus active ; elles procèdent (quand le premier mouvement en a été donné par des agens extérieurs) , elles procèdent, dis-je, indépendamment de ces mêmes causes, et deviennent néanmoins effet de ces opé* rations, qui se rapportent toutes à une végétation, à la création ou à des êtres complètement organisés , ou bien à des parties nouvelles qui, ayant une organisation particulière , possèdent tout le maximum

possible de vitalité et de susceptibilité pour l’action des stimulus. L’utérus , dans l’état de grossesse (d’après les belles observations de Hervey , examiné depuis le premier moment de la conception et progressivement jusqu’au plus haut degré de son développement , dans plusieurs centaines de biches ) , donne l’idée des progrès successifs de l’inflammation et de ces végétations croissantes qui sont, dans les viscères, le produit d’un état inflammatoire. D’après les ingénieuses observations d’un de mes illustres amis , le célèbre Onofrio Scassi , la membrane de l’utérus, appelée décidua par Hunter, n’est rien autre chose que le produit d’une inflammation naturelle. C’est ainsi qu’il s’exprime dans sa belle dissertation sur le foetus humain : « Phlogosis sequela lymphæ coa- « gulabilis exsudatio in viscerum inflammationibus « a practicis observatur. Ex hujus modi lymphâ efforce mantur pseudo membranæ, quæ indè superficiei « inflammatæ adhærentes eam aliis vicinis conneccctunt, novas sæpe constituunt tunicas, nova liga- «ment'a, abaque similia: parvi sanè momenti, bre- « vissimæque duration is essent , si in eodem statti « persistèrent , scilicet uti simplices lymphæ porcc tiones densiores ex^calore factæ, et aliquam ex- « tensionem teloe in modum casu sortitæ , nimc « majorera, nunc minorera : sed vehementer differt a ab origine earum progressus. Ex vicinis quibus <c innituntur partibus vitam et nutritionem mutuan- « tur ; vascula minima, quæ adultimas cujuscumque c( visceris partes exteriores perveniunt, novam , ut « ita dicam, evolutionem patiuntur, quotiescumque

te humoruni copia et vis augeantur ; ultra inflammati « visceris fines ad recentem super indue tam mem- « branam sensim sensimque elongantur, et vix eam « attingunt quod cito in ea distribuuntur , ut illi « vitam tribuant. Yasa sanguifera aliquando comi- « tantur nervea filamenta, undè sensibilitatemetiam « acquirunt. Quare organica hinc nascitur nova cor- « poris pars , quæ licet sæpe animali œconomiæ in- « commoda evadat, non raro optimo usui inservire a aptissime potes t. Ejusdem naturæ suspicari quis

posset esse illam in utero quæ constanter fœcun- « dationi succedit ; quæ gradatim crassescit in mem- « branam reticulam vasculosam , quæ filamentosa « dicta fuit a nonnullis, villosa a Ruichio , ab aliis « chorion falsum , seu spongiosum , ab Huntero de- « nique , quia , curn ovo , post partum vel abortum « ab utero dividitur, ac decidit , caduca vel decidua

« nominatur . Membranas ab inflammatione

« productas longe nobiliorem quàm a simplici lym- « phæ condensatione originem babere verosimile a videtur. Yim illam organico corpori congenitam « quæ patet partes nonnullas resectas reproducere, « novas evolvere, sanas morbo confectis substituere , « hujus generis membranarum auctorem esse tota « suadet analogia. »

§ 12. Les observations les plus attentives nous prouvent en effet que la faculté reproductive est Papanage de l’inflammation , puisque l’on voit que c’est par elle que les pertes de substance, qui sont le résultat d’incisions ou de plaies, se consolident ou. se remplissent; une nouvelle fibre se

régénère, des masses osseuses entières se reproduisent; enfin si l’inflammation trop violente franchit les bornes qu’une règle inconnue semble prescrire à ses productions , la partie régénérée acquiert un volume extraordinaire. Les archives de l’anatomie pathologique sont remplies de ces produits monstrueux d’êtres presque nouveaux, de végétations de formes inconnues qui se sont formés dans les parties internes ou sur les parties du corps humain , sous l’influence de l’excitation morbide d’une partie enflammée. Mascagni a observé (comme l’a rapporté mon savant collègue et concitoyen troptôt ravi aux. progrès de l’art et à l’honneur de la patrie, dans une note sur ses Recherches relatives à ï action spécifique du quinquina sur les voies urinaires ) ainsi que Hunter , Rézia , Testa , Cruiskank, Pratolongo et Moore, que les vaisseaux sanguins, lymphatiques, le tissu cellulaire, les cartilages et les os s’étendent, se développent et croissent en masse sous l’influence énergique de l’inflammation. La force de la vie, dans certaines circonstances, est telle que fréquemment on voit de nouvelles productions se former, comme certaines membranes cellulaires dans la pneumonite qui, selon l’illustre Maincourt , sont bien distinctes des fausses membranes , puisque, sur ces membranes de nouvelle formation , on voit se ramifier et se propager des vaisseauxsanguins qui, comme elles, sont de nouvelle création; vaisseaux qui ont été observés par Hunter, et injectés par Kline. L’analogie nous démontre qu’une végétation nerveuse peut également avoir

lieu dans de pareilles circonstances. Le célèbre Cruiskank a vu ,. dans les parties morbidement développées par l’effet de l’inflammation, que les filets nerveux qui les parcouraient avaient aussi pris de l’accroissement. Que de points d’analogie nous présentent encore la génération ou le développement naturel des corps, la régénération et la reproduction des parties, avec le processus pblogistique, ses proproduits et ses conséquences ! Ces productions et ces développemens , qui sont indépendans des autres parties, se forment sous l’influence d’une action qui leur est pour ainsi dire particulière , et par un effort des parties sur lesquelles ils ont lieu, de même que l’inflammation se développe sans être entretenue par aucune cause externe. Il arrive quelquefois que le fœtus, sans conserver de proportions avec les autres parties , se développe d’une telle manière , qu’il devient funeste à la mère ; de même que l’on voit le mésentère , l’épiploon , les ovaires , excités par une phlogose lente, arriver par une végétation indépendante d’aucune autre dégénérescence, à un développement tel, que, par le seul effet de la compression, ils deviennent la cause delà mort. L’utérus, dans la grossesse, devient le centre d’une nouvelle vie : le fœtus y prend quelquefois un accroissement admirable, tandis que la mère maigrit dans toutes ses parties, et manque de forces physiologiques à un tel point , qu’elle est réduite à une émaciation extrême. C’est ainsi que, dans certaines maladies, quoique les autres parties du corps soient diminuées d’embonpoint, de sucs et de vitalité, la partie en-

flammée domine le reste de l’économie sans en dépendre ; elle croît pour ainsi dire aux dépense des autres parties, et devient le seul centre de végétations extraordinaires, et se forme en un foyer d’excitation et de feu , qui n’existe pas ailleurs. Les corps de nouvelle formation , les parties régénérées ou reproduites, possèdent une nouvelle vie, une sensibilité encore vierge et très-vive. On comprend facilement, dit Rubini, pourquoi les fibres nouvellement formées et pour ainsi dire de nouvelle organisation , conservent dans les parties enflammées , pendant quelques temps , un plus grand degré de sensibilité, une excitabilité plus exquise. Aussi le nom d’enfance rétrograde que j’ai donné à cette excessive sensibilité des fibres, qui est le produit d’inflammations précédentes, ne me paraît -il pas éloigné d’exprimer la même idée. Serait-il extraordinaire que la nature se servît desmêmes moyens pour reproduire comme pour détruire; pour organiser d’après le type régulier, ainsi que pour organiser d’une manière confuse ou opérer la décomposition ? La désorganisation provenante de l’inflammation est également le produit du travail actif d’une aberration de la nature , et d’une transgression des lois qui sont assignées à la santé. Le même processus qui fait que de l’enfance à la virilité, les parties molles se raffermissent progressivement, est aussi celui qui du moyen âge à la décrépitude, les dessèche et les endurcit sourdement jusqu’à l’époque de la mort naturelle. C’est ainsi que les décompositions chimiques produites par

Faction vitale qui maintenues dans de certaines limites produisent le développement du calorique et entretiennent la température animale , quand elles sont poussées à un degré exorbitant et funeste, comme dans la combustion spontanée , deviennent tout d’un coup, l’alimentde la fournaise qui dévorela machine animale. Il est certain que la matrice d’une femme morte pendant une grossesse avancée nous laisse voir les mêmes conditions , et l’aspect d’un épaississement morbide de cet organe, tel qu’on l’observerait à la suite d’une métrite aiguë ; c’est également l’inflammation qui donne lieu à la suppuration ainsi qu’à la destruction des parties ; c’est encore elle qui, maintenue dans de certaines limites , prépare les fibres qui doivent servir à remplir les cavités, qui en provoque et complète la cicatrisation. Une partie divisée ne se régénérera jamais sans le secours de l’inflammation, et la chirurgie ne saurait opérer aucun de ses prodiges, qu’en excitant l’inflammation des parties, si elle est languissante, ou en la modérant, si elle est extraordinaire»

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