‹ Exposition universelle 1889;Chapitre 26 sur 40 · SP · texte numérisé non relu

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il mesure que la batellerie transforme son vieux matériel. Le trafic a augmenté considérablement. Le tonnage ramené au kilomètre a monté, en 1881 à 1888, de 227,307,266 à 389,568,346. En 188i8, il a passé 25,267 bateaux aux écluses de Bougival.

Dans tout travail de canalisation, on se propose de rendre la rivière navigable en tout temps, pendant les sécheresses, pendant 4es basses eaux, de régulariser le courant, de supprimer les écueils, etc. On y parvient au moyen de barrages successifs qui relèvent le plan d*eau et assurent la pente convenable. Le fleuve se trouve ainsi comme partagé en une série d'étages à profondeur déterminée que les bateaux franchissent par Tintermédiaire des écluses (l).Laconstruction des barrages arrêta longtemps les ingénieurs, car, si les anciens barrages fixes avaient l'avantage de relever le plan d'eau, en cas de sécheresse, ils avaient l'inconvénient de faciliter les inondations et de rendre les crues désastreuses ; c'est seulement en 1834 que le problème fut résolu, lorsque M. Poirée eut inventé les barrages mobiles à fermettes et à aiguilles, dont le premier type fut établi à Bezons, près Paris. En cas de hautes eaux, en effet, on supprime tout barrage ; il n'y a plus qu'à enlever les aiguilles juxtaposées qui barrent le cours du fleuve et à abaisser les fermettes de soutien. Le système Poirée avec de légères modifications a été installé un peu partout. Cependant, l'expérience a montré qu'il n'était pas exempt de certains inconvénients. Le déplacement des aiguilles est lent et pénible, quand

(1) Sans écluses, pas de canalisation possible. On dit que la première écluse à sas fut construite en 1528, près de Milan, pour faciliter le transport des marbres du Dôme.

on dépasse les petites chutes. Le système très suffisant pour des retenues réduites devient beaucoup] moins pratique pour des barrages à grande chute. Dans ces

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FiG. 338. — Plan général do la Retenue do Surejsnes.

derniers temps, M. A. Boulé, ingénieur en chef de la navigation de la Seine à Paris, a eu Tidée de supprimer les aiguilles et de les remplacer par des vannes. Il dispose sur le châssis formé par les fermettes une série de panneaux en bois de 1™,22 de largeur sur 1 mè tre de hauteur. On glisse un panneau, puis un second,

un troisième; jusqu'à ce que cette muraille en bois barre le courant. Quand on les retire successivement de haut en bas, le débit du fleuve s'effectue par déversement, ce qui évite les courants de fond qui tendent à affouiller le radier; en même temps la pression de Teau sur les vannes diminue progressivement et l'effort à faire pour enlever le panneau est toujours faible. Ce nouvel engin de fermeture, expérimenté d'abord à Port-à-l'Anglais, a été établi au barrage de Suresnes dont la chute est de 3", 27, concurremment avec un autre système combiné par M. l'ingénieur en chef Gameré. Les modèles exposés font très bien comprendre leî\ détails des moyens de fermetures employés à Suresnes. Le système Boulé constitue dans sa simplicité un progrès.

C'est" le barrage de Poses qu'il convient de visiter pour bien juger dans son ensemble de l'ingénieuse invention de M. Cameré. Ici nous sortons complètement du dispositif Poirée ; plus de fermettes, plus d'aiguilles, et le système devient applicable à des retenues d'eau dont la hauteur dépasse tout ce qui a été fait jusqu'alors. Le principe du nouveau barrage peut s'esquisser en quelques lignes. Un pont constitué par deux poutres à treillis repose sur les piles séparatives des passes; il est établi assez haut pour laisser dans tous les cas le passage libre aux bateaux. Du tablier du pont pendent des montants verticaux en tôle entretoisés formant toute une série de cadres. Ces montants, fixés au pont par des articulations, viennent buter au fond de l'eau sur des bornes qui les maintiennent en place, et ils s'appuient par leur extrémité supérieure sur des consoles. Ces cadres tiennent lieu des fermettes de l'ancien sys-

tème. Les aiguilles Poirée.ies vannes Boulé sont remplacées par des rideaux de IJi'.SSde largeur constitués

par d'épaisses lames de bois juxtaposées horizontalement les unes au-dessus des autres. Ces rideaux, ac-

croches à des supports, se déroulent h la façon de jalousies, s'appliquent contre les cadrer et forment fermeture. Pour ouvrir le barrage, on faitagir un treuil

Fio. 341. — Birr>go do P^es.

installé sur un petit pont de service; il enroule les rideaux. En inëmo temps, on relève les cadres de soutien en leur faisant décrire un demi-cercle autour de leurs articulations et on les llxe du cAté aval sous le

point de suspension ; la passe est libre. Les fermettes

se rabattaient dans l'eau, ce qui est toujours désavan-

tugeux: les montants relevés hors de l'eau peuvent toujours ètro visités. On coni^oit que la manœuvre des rideaux soit beaucoup plus simple et plus rapide que colles des aiguilles et même des Vannes ; on comprend aussi que, en forçant im peu les épaisseurs des cadres et des rideaux, on puisse augmenter la charge

d'eau sans grand inconvénient et élever le barragit. Ce dispositif est très élastique ; il se prêterait même après Coup ii une nouvelle surélévation ; il suffirait df modifier les cadres et les rideaux. Le système de M. Cameré présente donc des avantages sérieux. Il n'y a pas de médaille sans revers : il est malheureusement très coûteux. 11 est vrai que. parla hauteur de la retenue, il permet d'agrandir les biefs et de diminuer le

466 CAUSKRIES SCIENTIFIQUES.

Qombre des barrages. C'est ce qui est sunemi à Poses.

Le barrage de Poses (Eure), établi au kilomètre 305, cstleplus important des ouvrages récemment installés entre Paris et Rouen. Par suite de l'élévation exceptionnelle de sa retenue, il maintient te moiiillag-e à

.^",20 dans un bief de 41 kilomètres compris entre Poses et Notre-Dame-de-la-Garenne; la longueur moyennne des autres biefs est seulement de 23 kilomètres. On avait d'abord projeté un barrage Poirécde i mètres ; mais le niveau étant insufllsant pour cou^Ti^ les hauts fonds de la Mare et de Tosny, on devait établir, 10 kilomètres plus haut, à André, un autre bar-r rage de 1 mètre. L'emploi du système Cameré a évité

ce travail supplémentaire et il a permis de porter à 5 mètres la hauteur de la retenue de Poses. Le nouveau barrage Gameré a été très apprécié par les ingénieurs du Congrès de la navigation fluviale pendant le récent voyage qu'a fait, le long de la Seine, M. Yves Guyot, ministre des travaux publics.

Le remaniement des ouvrages en Seine a exigé aussi la construction de, nouvelles écluses à côté des anciennes. A Bougival, notamment, on a établi deux écluses accolées, Tune pour les convois de 220 mètres de longueur utile sur 17 mètres de largeur, et l'autre pour les bateaux isolés de 41 ",60 de longueur utile et de 8",20 de largeur. La Compagnie du touage remorque ordinairement entre Saint-Denis et Paris 16 ou 17 péniches et le toueur. Le dessin des écluses de Bougival montre aussi les appareils hydrauliques employés pour la manœuvre des portes des écluses. Tout marche mécaniquement et la force motrice est fournie par la chute du barrage. Les divers appareils soçt actionnés par l'eau sous pression provenant d'un accumulateur Armstrong chargé à 60 kilogrammes par centimètre carré. L'eau est refoulée dans l'accumulateur au moyen de turbines mues par la chute ellemême.

Ce système mécanique tend à se généraliser dans les ports de mer. L'adoption des appareils mécaniques h Bougival a été motivée par le trafic de ces écluses, les plus importantes du réseau; en 1888, il a été de 3,056,8^29 tonnes. L'installation actuelle permettra de desservir un trafic double, soit 6 millions de tonnes.

Le passage d'un train qui peut porter 4,500 tonnes

exige encore cinquante-six minutes; il est vrai quo quarante minutes sont absorbées sur ce temps, uniquement par les manœuvres de rangement à la sortie et k rentrée des 17 bateaux.

Nous aurions beaucoup à dire sur l'amélioration de la Seine maritime, sur colle du Rhône ; il y a partout de grands progrés. Mais il faut nous limiter bon gré mal gré. Nous jetterons un coup d'œil rapide dans le chapitre suivant sur les canaux, les travaux maritimes et sur les phares.

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