‹ Exposition universelle de 1855 beaux-artsChapitre 10 sur 22 · AUTRICHE. - VENISE. -MILANAIS · texte numérisé non relu

AUTRICHE. - VENISE. -MILANAIS

L'Autriche réunit, sous son pavillon, une partie des œuvres artistiques qui tirent de l'Allemagne leur inspiration et leur manière, en même tf^mps que la majeure partie de la peinture et de la sculpture de Tllalie septentrionale. Aussi celte réunion n'a t-elle pas le cachet d'une nationalité, surtout au sujet de la peinture. Toutefois, il faut reconnaître que les œuvres qui se rattachent à une origine allemande sont celles qui

dominent le moins. En peinture, du reste, le pavillon autrichien ne couvre guère de remarquable que les petits tableaux de MM. Induno, qui sont de petits bijoux d'esprit et de talent , et manifestent à la fois le pittoresque de Charlet et la finesse de Meissonnier. Malheureusement les personnages de MM. Dominique et Jérôme Induno n'ont pas de corps, pas de vie, pas de relief. Ce sont des lithographies effacées qui manquent de réalité plus encore que toutes les peintures allemandes ; mais, dans ces lithographies pâles et plates, que de sentiment parfois ! Citons particulièrement le Rosaire, Qi Panée lugrirne, de M. Dominique Induno.

Quelques petits tableaux , d'un fini plus que hollandais et qui rappellent , au moins pour la minutie du faire, les miniatures d'Augustin , attirent encore l'attention ; ce sont particulièrement ceux de MM. Eybl et Wald millier.

Dans l'envoi autrichien , la sculpture a bien plus d'importance que la peinture, et

les sculpteurs milanais forment une école qui , largement pourvue de qualités et de défauts, tient son rang dans le monde artistique.

Et d'abord, reconnaissons avant toute critique, que, si beaucoup de sculpteurs italiens ne sont que d'habiles praticiens, au moins ils sont dune habileté rare et unique.

Le grand défaut de leur sculpture est précisément de montrer partout et toujours cette habileté qui rend leur exécution aussi petite qu'elle est adroite. Mais au moins, ont-ils pour eux l'amour de l'art, ce qui es tdevenu bien rare parmi les artistes, et, faut-il le dire, se rencontre parfois surtout chez ceux dont les œuvres ne sont pas appréciées du public. Quelle que soit souvent la puérilité et la sécheresse du travail, on sent toujours l'artiste amoureux de sa création sous ritalien fier de son tour de force.

Nous l'avons fait pressentir, beaucoup des statues envoyées par les statuaires Austro- Lombardo-Yéniliens sont au-dessous du médiocre, mais aussi quelques autres sontvrai-

ment remarquables. Quand bien même, d'ailleurs, cette école n'aurait pour elle que les tendances spiritualistes qu'elle manifeste, ce serait beaucoup déjà. Depuis assez longtemps, les statuaires de tous les pays nous refont l'antique froid et uniforme, dont l'éternelle beauté finit par nous lasser, comme tout ce qui est en dehors des mœurs et des inspirations actuelles. Certes, la beauté du Jupiter olympien, de la Vénus de Milo, de la Polymnie, de l'Apollon et du Lutteur est comme un phare toujours allumé sur le monde artistique pour l'éclairer d'une lumière bienfaisante ; mais à côté de ces chefsd'œuvre, dont il faut s'inspirer toujours, combien de statues antiques, osons l'avouer aujourd'hui, sont pâles et insignifiantes ? A notre époque, il faut plus que la beauté des formes, il faut voir sous le marbre tressaiUir une pensée ou une passion.

C'est ce que comprennent les statuaires Austro-Lombards, et c'est ce qui leur donne à nos yeux un avenir important. Parmi ceux qui ont le mieux compris cet élément nou-

veau dans Tart, nous citerons M. Motelli dontla statue intitulée V Epouse du Cantique est une bonne étude pleine de sentiment vrai, exécutée avec un fini extrême, comme toutes les figures de la même école, et le Cain^ une figure noblement expressive.

Mais pourquoi le même M. Motelli a-t-il exposé sous ce titre: la Vierge voilée, une statue sans goût ni grâce, et qui n'a, pour faire tolérer ses manches pagodes, que la (icelle d'un voile sur la figure ? Après M. Motelli, M. Vêla, dont le Spart acus a une sorte d'expression sauvage, mais trop énergique peut-être : c'est bien là la haine de l'esclave, mais ce n'est pas l'amour de la hberté. Puis M. Magni, qui envoie deux bonnes statues : David et Socrate.

Parmi les œuvres estimables, comptons encore Abel agonisant, de M. Miglioretti ; et deux bustes, la Prière, de M. Galli et la Méditation, de M. Rossi, dont l'exécution est un peu sèche.

Mais les morceaux les plus remarquables de l'exposition autrichienne sont les deux

statues du marquis Délia Torre, qui laisse presque les défauts de son école pour n'en prendre que les qualités Dclla Torre est un des statuaires qui comptent en Europe ; nous lui devons donc une appréciation spéciale d'abord, et la vérité toute entière ensuite.

Et dabord, un éloge compléta son Garldo. Rien de plus fin, de plus vrai et de plus noble en même temps. Comme tous ses compatriotes, M. Délia Torre pousse l'exécution jusqu'à faire la peau et ses moindres plis; mais dans son Caddo, ce n'est qu'une perfection de plus.

L'Orgie, du même statuaire, est une composition étrange et peu dans les habitudes de la sculpture. Ceci n'est point un reproche, c'est l'explication de l'étonnement qui vous arrête d'abord devant cette femme à la fois jeune et flétrie qui vautre son ivresse sur un siège bizarrement contourné, où s'enchevêtrent les fleurs et les ronces dans un désordre fantastique. Ce siège est l'écueil oii vient s'accrocher lesuccès de la composition, et cependant M. Délia Torre en a fait comme le

complément de son idée. Mais pourquoi tant de pratique dans ce fauteuil impossible? Pourquoi tant attirer le regard sur ces malencontreuses volutes qui s'enroulent avec un si grand fracas ?

Malgré cela, c'est une œuvre d'un rare mérite que YOrgie ; ànxi sentiment puissant, d'une vérité effrayante, d'une vie qui palpite et frémit ; voilà bien la courtisanne qui se tord et blasphème sous l'effort de la débauche ! C'est bien la lassitude du vice dégoûté de lui-même, le stupide abandon de l'ivresse! M. Délia Torre a créé là un type, une image qui lui appartiennent. Il a sculpté une idée et flétri un vice. Et voilà pourquoi l'Or^îVest une œuvre dont le souvenir restera.

Itaîi

TOSOANE. — 8ARDAIGNE. — ÉTATS -PONTIFICAUX. DEUS-8I0ILES.

MM. Lanzirotti. — Jean Bupré. — Gandolfl. — Bonnardel. Gibson. ~ Woliï.

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