‹ Exposition universelle de 1855 beaux-artsChapitre 13 sur 22 · SCULPTURE · texte numérisé non relu

SCULPTURE

Décidément il vaut mieux suivre l'ordre du livret !

C'est la réponse que se fait à lui-même, notre esprit fort embarrassé de la marche à suivre pour l'appréciation de la sculpture.

En effet, en sculpture s'il y a des écoles distinctes, les différences qui les séparent sont assez peu tranchées pour que les artistes eux-mêmes ne s'en rendent pas toujours compte. Ainsi les deux pôles opposés de la statuaire sont, d'une part, la tendance noble, monumentale et idéale, qui prend éternelle

lement pour type et pour modèle la beauté antique, et de l'autre, la tendance réaliste, qui s'efforce à rendre le vrai, à donTier aux têtes une expression passionnée, aux muscles le frémissement de la nature prise ^ur le fait, aux chairs la morbidesse de la vie. Or, la réunion de ces deux tendances est tellement nécessaire aujourd'hui pour faire une grande œuvre , une œuvre qui obtienne un vrai succès, que, malgré les cris de triomphe des partis, celle qui ne procède que de Tantique ou du réalisme sera toujours contestée.

Cette réunion de la noblesse à la vie par les liens de la grâce , était le grand art de Pradier, cet immortel artiste que la France est condamnée à regretter longtemps encore, oui longtemps, car il était de ces natures exceptionnelles, que Dieu envoie de siècle en siècle par le monde, pour tracer à l'art une voie nouvelle, pour lui ouvrir un sillon fertile. Sans doute il reste à la France bien des statuaires de talent, et la France tient aujourd'hui dans le monde le sceptre des

beaux-arts; mais, parmi ces statuaires qui font le Danseur Napolitain, l'Enfant à la tortue, f Etoile du malin, la Pénélope , etc. , il n'y a pas un chef d'école.

Aujourd hui les succès de Pradier sont trop récents encore pour avoir acquis toute leur valeur ; les rivalités et les inimitiés sont trop vivaces pour que le grand maître soit à son rang. Dans cinquante ans d'ici, on comprendra seulement toute l'influence du régénérateur de la statuaire moderne.

Mais, en entrant dans les galeries de sculpture, le cœur se serre douloureusement quand on vient à se souvenir que deux expositions nous séparent à peine du temps oi\ Ion se précipitait, avant tout, vers ce point du Salon où se dressait gracieuse et charmante la statue de Pradier , reine toujours au milieu de ses sœurs.

C'est que ce n'était pas l'admiration seulement, mais aussi la sympathie qui attirait vers les œuvres de Pradier ; c'est qu'il savait faire vivre sous son ciseau cette beauté divine, resplendissante , sans tache et sans

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faiblesse, qu'on aime et qu'on respecte aussi !

C'est qu'on se souvient de cette Poésie légère qui s'élançait au ciel si svelte et si gracieuse ; de Pliryné belle à faire une déesse de la courtisane antique , de la Sapho surtout, dernière œuvre du statuaire, dernière pensée du poète.. . pensée raélancolique comme celles qui viennent aux approches de la mort ; puissante et féconde en même temps, comme celles qui résument une vie toute entière.

C'est qu'en France enfin , on aimait Pradier I c'est qu'à l'heure où se réunissent, en présence du monde entier, les chefs-d'œuvre de toutes les nations, on regrette de ne pouvoir crier son nom comme un titre de gloire, et montrer son œuvre comme un drapeau de Fart Français !

Et la voie que ce maître a ouverte à l'art est si féconde et répond si bien aux inspirations du génie moderne que c'est à son école qu'appartiennent aujourd'hui tous les succès de la statuaire.

Qu'importe, en effet, que le livret, quifait foi, ne donne Pradier pour maître ni à Barre, niàCavelier, ni à Marcellin, ni à Pollet, etc., ses contemporains, ses rivaux presque? tandis qu'en revanche ce nom illustre patronne un grand nombre de médiocrités. Est-on, ailleurs qu'à Técole des Beaux-Arts, élève de tel ou tel maître parce que Ton a travaillé dans son atelier? Non, une fois que l'artiste a puisé dans les conseils d'un professeur les premiers éléments de son art, il marche seul, en avant, et seulement alors il choisit la route qu'il veut suivre. Or , que Ton considère un instant ce qu'était la sculpture en France, en 1815, ce qu'elle est aujourdhui , et dans quelle voie elle a marché ?

En 1815 pourtant la France avait aussi des artistes de talent ; elle avait Chaudet, elle iavait Houdon, un portraitiste, dernier champion de l'école française du XYIIP' siècle ; elle avait Canova. Canova appartientun peu à la France. Mais à l'exception de ces talents isolés qui marquaient leur place sans laisser d'héritage à exploiter, parce qu'ils n'é-

taient riches que du présent, les statuaires se traînaient à la remorque d'un antique , bâtard et dégénéré en poncif.

Aujourd'hui au contraire, toute une école nouvelle suit le sillon tracé par le maître, quoiqu'elle ne s'en rende pas compte peutêtre. Les statuaires cherchent la grâce, et la trouvent quelquefois par la noblesse des lignes et la vérité des formes. Quelques-uns introduisent aussi dans la sculpture T élément passionné, comme nous le disions plus haut. Le drame moderne fait invasion avec des précautions infinies dans cet art purement plastique, qui peu à peu prend vie... Galathée s'anime!

Au premier abord, l'Exposition n'a pas l'air aussi riche d'œuvres marquantes qu'elle Test en etïet. Cela vient, comme nous le disions au commencement de ce volume, de la façon peu digne et peu favorable dont la sculpture est exposée ; les salles sombres et nues semblent plutôt un entrepôt de marbres, qu'une exposition de statues. Toutefois, après avoir reconnu les œuvres rame-

nées de nos musées au Salon et leur avoir donné le salut réservé aux connaissances aimées, on découvre, dans l'Exposition de cette année seulement, plusieurs figures signées de noms connus et aussi de noms nouveaux, dont une seule suffirait à l'honneur d'une Exposition annuelle.

Citons Cornélie et la Ba( chante, de Cavelier; le Retour du printemps, de Marcellin ; la Méditation, de Bonnassieux ; \ Etude de jeune fille ^ de Droz ; Achille à Scyros, de PoUct ; la Rêverie, de Travaux ; la Moissonneuse endormie, deVéray; la Phryné, de Robert; la Jeanne d'Arc et la Béatrix, de Fabisch; et enfin, sinon comme chefd^œuvre, au moins comme curiosité, la Minerve, de Simart.

Et maintenant, ouvrons le livret et suivons Tordre alphabétique :

Voici d^ abord 31. Arnaud, qui a exposé sous ce titre : un Baiser, le joli groupe d'un petit entant qui embrasse son chien après l'avoir couronné de fleurs ; c'est gracieux et finement étudié.

M . Aug. Barre nous renvoie sa Bacchiuj qui a obtenu au dernier Salon un légitime succès. Cette Bacchia, disions-nous, est une des plus charmantes figures que nous ayons vues depuis longtemps. La tête surtout, expressive et fine, nous semble un morceau de maître; les yeux, à demi-fermés par une molle ivresse, semblent briller sous leurs paupières transparentes. Ce n'est pas la bacchante encore, mais c'est bien la fille de Bacchus. L'exécution est très- soignée et se recommande par une grande étude de détails. Il y a de la vérité, beaucoup de vérité dans cette statue ; c'est du réalisme en sculpture. La Bacchia a été faite beaucoup d'après un même modèle, si nous ne nous trompons. De là, peut-être, un peu de lourdeur dans certaines parties trop nature, qui ne répondent pas à l'élégance habituelle du statuaire.

A sa Bacchia, M. Barre a joint d'excellents bustes, si la ressemblance et la grâce sont les conditions d'excellence pour les bustes de femme. Citons ceux de M'"''^ Doche et Delphine Fix.

M. Barye réexpose son Jaguar dévorant un lièvre. Certes, M. Barye est un de nos grands artistes, car il possède une énergie et une puissance qui n'appartiennent qu'à lui; mais pourquoi en donne-t-il si rarement la preuve?

C'est un beau groupe, hardi et fier, que celui de M. Isidore Bonheur : Hercule et les chevaux de Diomède^ mais plus à louer comme composition que comme étude.

Nous avons cité la Méditation, de M. Bonnassieux, parmi les œuvres marquantes qui apparaissent cette année pour la première fois. C'est en effet une bonne figure, à la fois sagement et noblement conçue, belle de lignes, noble d'aspect, tranquille, simple et sympathique. C'est une de ces statues qui plaisent à toutes les écoles et à tous les goûts, en se rattachant surtout aux traditions classiques. L Amour se coupant les ailes, du même auteur, est connu et jouit d'une estime de plusieurs années ; les qualités de la Méditation s'y retrouvent. M. Bonnassieux devra être de rinstitut un jour, car il a, avant

toutes choses, le goût pur qui conserve les types nobles et sait y allier, avec une prudence extrême, les tendances nouvelles.

Jeune pâtre dénichant des oiseaux, par M. Cabet; bonne figure, jolie étude fine et vraie.

Il faut répéter tous les ans que M. Gain est un de nos meilleurs sculpteurs d'animaux, et à coup sûr le plus minutieux et le plus adroit. Ses deux petits groupes en cire sont des bijoux.

Yoici que le nom de M. Cavelier nous arrête et nous rappelle aux œuvres les plus importantes de la sculpture française. M. Cavelier est du petit nombre des artistes qui savent continuer les traditions éternelles du beau, qui commencent à Phidias et arrivent jusqu'à nous par la Vénus de Milo, la Po-. lymnie, les groupes de Michel-Ange, le Mi- Ion de Crolone, et la Sapho de Pradier. Il ne refait pas Fantique, il le continue. Il ne copie pas les anciens, il cherche l'inspiration aux mêmes sources qu'eux ; voilà tout.

Riches et puissantes sources que celles

d'où sortit un jour toute la cosmogonie des Grecs, cette personnification du beau sous toutes les formes. N'est-ce pas sous le ciseau de Phidias, de Lysippe et de Praxitèle, qu'ils sont nés, ces dieux aimables que pleurait la Fiancée de Corinthe sacrifiée à la folie de la croix? Ce sont ces artistes tout-puissants qui ont peuplé les temples helléniques de toutes les divines figures devant lesquelles les adorateurs de la Beauté éternelle s'inclinent encore aujourd'hui.

Dieux de marbre, aux formes élégantes et chastes, au port plein de noblesse et de majesté, qui semblent, toujours immortels, revendiquer encore dans les musées de lEurope chrétienne l'adoration qui leur est due comme aux témoins suprêmes des aspirations éternelles du genre humain 1

Qui a pu contempler seulement un instant le torse mutilé de la Vénus de Milo ou la draperie noble et grandiose de la Polymnie sans voir repasser tout à coup sur la toile mobile de son imagination limposant cortège des dieux de r01ympe?Et dites-moi,

VOUS tous admirateurs de la forme et de ses spleiidides manifestations, quand vous les avez revus, ces dieux aimés de Périclès et d'Aspasie, ne vous êtes-vous pas senti au cœur, au moins comme poètes et comme artistes, une sorte de tristesse à leur souvenir et n'avez- vous pas quelquefois regretté de n'avoir pas vécu au temps de leur puissance?

Pour moi^ j'avoue que j'ai conservé un culte à r Olympe de la Grèce antique. J'aime à rêver, encore assise sur les nuages, l'imposante figure de Zeus armé de la foudre ; j'aime à croire le monde éclairé par les rayons d'or du char enflammé d'Hélios; j'aime à supposer Diane chasseresse, reine des forêts ; à contempler Eros et Antcros se disputant le monde dans leurs jeux d'enfants, et à diviniser toute la nature sous les formes épanouies de nymphes et de génies qui président aux champs, aux prairies, aux fontaines, aux moissons, aux vendanges, à toutes les productions de la terre, en un mot à toutes les fonctions de la vie.

Je me souviens du temps où, dans mon enfance, je regardais la lune se lever derrière le rideau sombre de l'ancienne forêt sacrée d'A***, en rêvant à tous les dieux de la mythologie antique ; où mon imagination voyait danser, sous l'ombre des arbres, les nymphes élégantes avec les grotesques Egypans, et sous Feau verte des fontaines, les naïades rieuses se moquer des satyres aux pieds fourchus. Alors, j'étais joyeux, et j aurais voulu me glisser sous les chênes pour surprendre leurs ébats; mais peu à peu la nuit tombait et les faunes devenaient des lutins ou des gnomes, les nymphes devenaient des fées. . . et j avais peur. . .

Oui, si j'étais né au temps du Bas-Empire, à l'époque où le vieux monde luttait encore contre les invasions de la jeunesse toutepuissante du monde nouveau, j'aurais peutêtre, avec les génies éclectiques d alors, essayé de relier les traditions helléniques aux dogmes chrétiens, pour en faire une poétique synthèse....

Mais, bon Dieu ! où suis-je et où vais-je

m'égarer?.... Aoilà qu'à propos des statues de M. Cavelier, je vais entamer la philosophie néo -platonicienne de l'école d'Alexandrie, après avoir promené mon lecteur à travers les souvenirs du temps où je lisais à la fois Télémaque, les Martyrs, et X Histoire des chevaliers de la Table-Ronde,

Revenons un peu à la sculpture, à M. Cavelier et à son envoi de cette année : .

Sa Bacchante attire tout d'abord les regards par sa composition originale, qui s'enroule de façon à ne présenter jamais, de quelque façon qu'on se place, une face sans intérêt. Ce groupe est arrangé pour un milieu quelconque, salon ou clairière de parc. En l'exposant avec sa Vérité, de la dernière Exposition, M. Cavelier nous prouve qu'il peut saisir tous les aspects de l'art, et qu'il peut saisir tous les secrets de l'arrangement et de la grâce. Eh bien 1 nous ne nous en plaignons pas, car au-dessus de tout cela règne toujours un grand goût, et un peu de charme ne gâte jamais rien. Nous l'avons dit, la Bacchante, de M. Cavelier,

compte parmi les meilleures ligures que nous ayons eues depuis vingt ans. Un seul détail a choqué notre goût individuel, c'est la draperie qui vole. Nous savons bien que laplomb de la figure demandait cet appendice, ce contrepoids, si Ton veut, sans lequel une des faces serait restée presque vide. Mais les draperies volantes, en sculpture, sont toujours trop lourdes pour ne pas devenir une désillusion, et malgré l'autorité des anciens, nous n'aimons pas à les voir employées.

Nous avons accordé, l'année passée, à la Vérité, que nous n'aimons pas (celle de M. Cavelier, bien entendu), de grandes qualités d'étude et de noblesse. Nous n'y reviendrons donc pas ; d'ailleurs, encore une fois, cette grande figure droite, massive et froide, nous est antipathique.

En revanche, le groupe en plâtre que M. Cavelier appelle Cornélie, nous promet une œuvre magistrale. C'est majestueux , c'est grandiose, c'est large et fier, c'est solide et pur comme la vertu romaine; c'est beau.

Nous ne mentionnerions pas ici la Douleur^ de M. Christophe, si on n'avait pas fait au jury un reproche de cette admission en présence de certains refus. Cette figure monstrueuse n'est pas bonne, c'est vrai ; on a refusé des statues en marbre cent fois meilleures, c'est encore vrai; mais, de bonne foi, en fait d'œuvres médiocres, la Douleur est-elle la seule erreur du jury compatissant ou du jury terrible?

D'ailleurs il faut bien reconnaître qu'elle n'est guère exposée, cette malencontreuse figure, et juste assez cependant pour faire crier des jaloux et sourire des railleurs. On assure que le jury, assez embarrassé luimême d'avoir reçu cet énorme plâtre, lui a choisi la place qu'il occupe, comme un mezzo-termine entre l'ombre du refus et le soleil de l'admission ; la Douleur masque, en effet, dans un sombre corridor, la porte du caveau qui renferme les statues exécutées, du cimetière, comme disent les gardiens. Et que pouvait-on faire de mieux, en effet, que de mettre la Douleur comme épitaphe au champ des morts !

On cite, au point de vue de la ressemblance surtout, le buste de 31. Goupy, par M""^ Noëmie Constant. La même artiste expose au Palais de l'Industrie son Bacchus- E?îfant déjà connu et un nouveau groupe d'enfants en marbre intitulé : Dans les prés dArcadie (idylle).

M. Cordier continue d'envoyer des magots au salon : buste d'homme type mongol ; buste de femme type mongol. Buste d'homme type nègre ; buste de femme type nègre 1 Décidément, cela fait trop de Nègres et de Mongols. Nous renonçons à apprécier les œuvres de x\I. Cordier parce que nous ne nous connaissons pas en Mongols, et nous le retournons aux critiques du pays.

Les bustes envoyés par M. Courtet comptent parmi les meilleurs et les plus gracieux de l'Exposition.

Faut-il dire une fois de plus que MM. Dantan ont fait d'excellents bustes? Leur renommée est européenne et on visite comme une curiosité, à Paris, cet atelier immense où M. Dantan jeune tient le club des Do-

minos, au milieu de toute une population de portraits ou de charges. Nous regrettons que M. Dantan aîné ait eu lidée malheureuse d'exposer un buste de M'"^ Paul Delàroche, en sculpture-polychrome. Tl est triste de voir cette froide image dune des plus charmantes femmes qui fut jamais, coiffée à une mode surannée, habillée de marbre de couleur et le front coupé en deux par une ferronière dorée ; on aimait à conserver le souvenir de M'^ie Delaroche, toujours jeune et gracieux ; ce buste, sans vie parce qu'il veut trop singer la vie fait mal à voir. Il sent la tombe. On dirait voir la pauvre jeune femme morte et embaumée depuis quinze ans, dans ses habits de cérémonie. Oh 1 Laissons cette funèbre image et maudissons la sculpture-polychrome

Le nom de Debay est trois fois illustré au salon de cette année ; soyons juste et franc: il eût mieux valu qu'il ne le fut qu'une fois en la personne de M. Auguste Debay dont le berceau primitif ç^si un excellent groupe. Mais de bonne foi, la France et l'étranger

perdraient-ils beaucoup à ne pas voir le Saint-J ean-Baptiste enfant, de M. Jean Debay? Et M. Debay père! Pourquoi persiste-t-il à exposer sa sculpture antédiluvienne ? Est-ce son succès qui l'encourage ?

Voilà la délicieuse £'/?/^^ déjeune fille de M. Droz, une de ces figures qui rendront fier le salon de 1855. Cest la nature même étudiée dans tout ce qu'elle a de simple et de naïf ; c'est la nature jeune, attrayante surtout de sa grâce un peu verte. Certes, ce n'est pas là la beauté parfaite, cherchée sur vingt modèles et arrangée daprès Tantique. Non, c'est une jeune fille ; choisie entre cent, si l'on veut, mais copiée fidèlement et con amore, comme disent les Italiens. C'est enfin, une oeuvre complète, qui répond à son titre et rend ce qu'elle veut rendre : une Etude déjeune fille.

Avec le nom de M. Duret, voici venir deux des meilleures statues de l'art moderne. Pêekeur napolitain dansant la Tarentelle et Vendangeur improvisant mr un sujet comique.

Ces deux figures sont trop connues pour que nous rappelions ici toutes leurs qualités. Elles ont placé leur auteur au premier rang de la statuaire moderne.

Le Caïn, de M. Etex, aune certaine grandeur, mais oii en arrivera l'artiste avec une sculpure aussi peu faite ? Peu à peu, M. Etex amène des plâtres à l'état de moellons. Sans doute, il est bon, dans la sculpture monumentale et grandiose, de ne pas exagérer les détails et de conserver toujours une certaine ampleur d'exécution. Mais de là à négliger entièrement les formes, à ne pas même modeler les extrémités^, il y a une grande distance. Ainsi, dans ce groupe de Caïn, il y a un jeune garçon s'appuyant sur son père, qui semble vraiment de bois mal taillé? Et quels pieds l

Voici venir les deux figures de M. Fabiscli : Béatrix et Jeanne d Are ; deux inspirées, deux poétiques créations de fart spiritualiste ; deux sœurs de la Mignon aspirant au ciel d'Ary Scheffer ! Deux statues excellentes , simples , religieuses , vraies et fine-

ment étudiées, qui feront la réputation de leur auteur.

M. Ferrât envoie une excellente statuette en bronze, dans le goût antique, qu'il intitule : Achille. On retrouve au Palais de l'Industrie 17<:'^//T du même statuaire, exposé avec succès en 1849.

Le Spartacus, de Foyatier, est comme le Danseur, de Duret, trop connu pour avoir besoin d'un nouvel éloge. Mais il n'en est pas de même de la figure que M. Foyatier intitule LaSiesta: cette figure de femme, remarquable par des nus fins et bien étudiés, représente, à ce qu'il nous semble, un sujet fort obscur ; au moins ne le comprenons-nous pas du tout en lisant l'épigraphe que donne le livret.

M. Fremiet est toujours le portraitiste en chef des chats, des chiens et des chevaux. Il y joint, cette année, la spécialité des militaires en costume. Regrettons de ne pas voir aussi à l'Exposition quelques-unes de ses œuvres les plus aimées.

Parmi les bonnes figures exposées cette

année, il faut citer le Pêcheur de coquilles, de M. Frison.

Nous allons écrire le nom de M. Paul Gayrard, et la tristesse nous gagne. En effet, ce nom aimé, que nous cherchions tous les ans au pied des meilleurs bustes du Salon, s'inscrira désormais sur une tombe ! Jeune encore, à peine parvenu à la plénitude de son talent, M. Paul Gayrard vient de mourir succombant à la fatigue de sculpteur passionné pour son travail, et peut-être aussi à quelques-uns de ces chagrins qui rongent les cœurs artistes, que la jalousie poursuit, que Tenvie persécute... Les artistes ne sont ils pas toujours de pauvres malades chez lesquels une blessure légère s'envenime chaque jour, et devient facilement mortelle? Quoi qu'il en soit, c'est au moment de FExposition que tout ce qui aime les arts en France regrettera, plus encore, Fauteur du groupe des enfants de M"® la duchesse d'Albe, et du portrait de la CruveUi ; mais tous ceux qui ont connu M. Paul Gayrard regretteront en lui, non-seulement l'artiste

éminent , mais encore Ihomme d'esprit , rhomme du monde ; ils regretteront surtout la douleur de M""^ Gayrard, dont l'amour et le dévouement pour son mari étaient connus et respectés ; puissent ces lignes lui parvenir et lui apporter, au milieu de son désespoir, un de ces témoignages de sympathie qui ne consolent pas, mais qui font du bien pourtant!

C'est à ce titre aussi que nous souhaitons qu'elles arrivent jusqu'à M. Gayrard père , que les pertes de famille ont bien frappé de puis quelque temps. M. Gayrard père expose, cette année , une statue d'enfant intitulée Y Hiver, qui était déjà connue, et un groupe Jeux cC enfants, d'une grâce si jeune et si franche qu'elle ne laisserait pas croire que son auteur fait depuis plus de quarante ans les honneurs de nos Expositions par ses figures et ses médaillons. On sait que M. Gayrard est au médaillon ce que M Dantan est au buste, et que son atelier est tapissé de trois générations de poètes, d'écrivains, de diplomates , d'orateurs et de femmes célèbres.

i>I. Guillaume est un de ces artistes sages el consciencieux que Tamour de leur art occupe uniquement. Son Anacréon, déjà exposé en 1852, est de la sculpture antique pure ; ses deux bustes des Gracques exposés avec succès au dernier Salon, expriment, suivant nous, plus que toute autre chose, et les tendances et les inspirations de son talent. Talent pur, sobre, noble, suivant la voie qui le mènera de son atelier à l'Institut sans s'égarer jamais dans les chemins de traverse, et sans subir le choc des orages de la discussion passionnée ou du triomphe éclatant.

Le plâtre du F mine jouant avec un chevreau, de M. Gumery, a été exposé au mois de septembre dernier, au palais des Beaux- Arts parmi les envois de Rome, et nous avons dit alors que c'était l'œuvre la plus marquante que nous ait envoyée l'école de Rome depuis plusieurs années. C'est avec plaisir que nous retrouvons- au Salon cette figure finement étudiée, gracieusement agencée et qui nous promet un statuaire de plus.

Rappelons ici , comme une bonne figure

d'étude, \ Enfant jouant avec une tortue, de M. Pierre Hébert

M. Iselin expose deux têtes d'expression bien caractérisées : Y Observation et Jeune Romain.

Le Lion découvrant un cadavre, de M. Jacquemart, est une œuvre d un effet dramatique et puissant, en même temps que d'une forte et sévère exécution.

Fugit ad salie es, a dit un poète latin. N'est-ce pas là l'expression de la Pudeur de M. Jaley? On dirait, en effet, à voir la façon un peu lâche dont la jolie nymphe serre sa draperie, qu'elle ne se couvre que pour se faire découvrir. C'est fort mal à 31. Jaley de suspecter ainsi les intentions d'une vertu si sincère, si charmante, si nécessaire , si attrayante que la pudeur. Mais sa statue, déjà connue et aimée, lui sert d'excuse, et complète, avec la Rêverie et la Prière, un trio de succès acquis.

M. Jouffroy réexpose seulement la statue qui lui a valu son plus beau succès : Jeune Fille confiant son secret à Vénus,

Ccîrtes, c'ost aujourd'hui un de nos premiers statuaires que M. Lechesne, de Caen ; et la preuve, c'est qu'il ne manque ni d'envieux ni de détracteurs. En France, et surtout dans le monde artistique, il est bien rare que Ton veuille accorder plusieurs genres de mérite à un seul artiste. Quand un succès a classé un artiste dans le nombre de ceux avec lesquels il faut compter, on ne cesse plus d'éreùiter ses œuvres nouvelles avec ses anciennes, et de le renvoyer au gem^e dont on ne lui permet absolument plus de sortir. Ainsi, comme on ne peut contester à M. Lechesne un goût extrême et une grande science de détails et d'arrangement , quelques-uns voudraient en faire seulement un ornemaniste; comme on ne peut lui refuser l'adresse, on voudrait lui ôter la science. Reconnaissons donc franchement un artiste complet, et d'autant plus fort, qu'il n'a eu que son seul génie pour maître ; un statuaire qui tient dans l'art une place importante et que très-peu pourraient remplir avec succès. Son groupe de ia

Chasse an Sanglier, déjà connu, est, selon nous, une œuvre magistrale, et qui donnerait envie d'être grand seigneur rien que pour se donner le royal plaisir de mettre la Chasse au Sanglier dans la cour d'honneur de son château. Ses Dénicheurs, envoyés à l'Exposition cette année pour la première fois, sont, en même temps, des académies très- étudiées sur nature et des compositions dramatiques et mouvementées, où toutes les difficultés de la statuaire semblent avoir été réunies pour être vaincues. Nous ne ferons qu'une seule observation, c'est que le modelé des nus est un peu sec.

Nous sommes habitués, tous les ans, à remarquer les bustes de M'"« Le Fèvre-Deumier parmi les meilleurs. Nous retrouvons à l'Exposition universelle le beau portrait de son fils aîné, qui lui a valu une médaille au dernier Salon. Mais nous regrettons de n"y pas voir aussi le beau buste de S. M. l'Impératrice, qui aurait été pour M"'-^ Le Fèvre un nouveau triomphe. Nous regrettons aussi cette charmante statuette de notre souveraine, qui

avait été commandée par l'Empereur. Nous regrettons encore le buste de M. Le Fèvre- Deumier. Entin nous regrettons beaucoup des meilleures œuvres de l'éminente artiste, qui n'a envoyé, avec le portrait de son fils, que le gracieux buste de M""^ B. de M. . .

Nous retrouvons avec plaisir le Faune Dansant, de M. Lequesne.

Au dernier Salon, nous avons accordé une grande estime au groupe envoyé de Rome par M. Maillet : Agrippine emportant son fils CaligiUa à travers le camp de Germanicus. Nous revoyons ce groupe cette année , et nous sommes avec regret obligé de lui accorder plus de ces qualités de style qui captivent Tattention au premier abord, que de mérite réel et d'études consciencieuses. Comme œuvre nouvelle, M. Maillet envoie une figure en plâtre qu'il appelle La Primavera délia Vita; c'est pauvre et maniéré, et bien au-dessous de C Agrippine. Mais M. Maillet prendra certainement sa revanche.

Parmi les œuvres réexposées, on remarque

encore la Velléda de M. Maindron, qui, au Salon de 1839, souleva une sorte d'orage parmi les romantiques. Cette figure a de grandes qualités à côté de grands défauts d'exagération. Mais, en somme, nous la re trouvons avec plaisir.

Décidément, M. Marcellin a conquis une place parmi les statuaires qui se partagent la faveur publique. Nous avons placé sa figure nouvelle, le Retour du Printemps^ au nombre des plus remarquables de l'Exposition, et c'est justice, car c'est au moins une des plus aimées. Pour notre compte, nous la préférons à sa C y pris allaitant l'Amour, dont la beauté mignonne est tachée par fembryon malheureux que M. Marcellin n'a pas craint d'appeler FAmour. Comme la Cypris, la figure de jeune fille que M. Marcellin appelle le Retour du Printemps se distingue surtout par une grâce un peu maniérée, mais en y ajoutant un grand charme; or le charme est une qualité rare en sculpture. C'est là le secret du succès de M. Marcellin, qui aura un bel avenir artistique s'il

sait se maintenir juste sur la frontière qui sépare la grâce attrayante de Tafféterie.

La Chloéà la Fontaine, de M. Montagne, est encore une gracieuse et aimable création, qui ferait le succès d'une Exposition annuelle. C'est une composition bien agencée et bien expressive, qui rend le sujet de Longus de manière à contenter Longus lui-même s'il revenait au monde. Le piédestal, orné de bas-reliefs qui rappellent l'histoire de Daphnis et Chloé, s'harmonise avec la figure et fait du tout une œuvre complète, qui mérite un succès à son auteur; c'est naïf, c'est simple, c'est frais comme l'idylle. Mais pourquoi M. Montagne a-t-il abusé de Feau forte jusqu'au point de ronger toutes les finesses d'exécution dont il avait sans doute embelli sa statue?

Le buste de M"'' ... par M. de Nieuwerkerke est à coup sûr celui d'une très jolie personne, si l'on en croit l'artiste, et on assure que l'artiste n'a pas été flatteur.

Comme sculpteur de portraits, M. Oliva, qui s'était déjà fait remarquer en 1852 ])ar

^on buste de la très-révérendissime mère Javonhey, supérieure de l'ordre de Saint Joseph deCluny, attire sérieusement l'attention cette année par son buste de 31. Deguerry, curé de la Madeleine. Ce n'est point un talent ordinaire que celui du jeune por traitiste; aussi lui consacrerons-nous une appréciation détaillée. Il a des qualités et des défauts; soyons juste et impitoyable. D'ailleurs, on le voit suffisamment en examinant ses différents portraits, M. Oliva en est encore à chercher sa voie ; il n'est pas décidé. Ainsi l'un de ses bustes, celui de la mère Javonhey, d'une rare perfection de modelé, est rongé d'eau forte beaucoup plus qu'il ne faudrait; un autre, celui de Rembrandt, est beaucoup trop touffu , beaucoup trop à effet, surtout pour un buste historique. On dirait que M. Oliva veut surtout faire en sculpture de l'harmonie imitative, si Ton peut s'exprimer ainsi. Il cherche par tous les moyens à rendre la physionomie et V esprit de son modèle ; c'est une excellente tendance, dont on ne saurait trop le féliciter, malgré quelques excès de fougue.

M. Oliva se rattache évidemment a.^ mêmes principes que les sculpteurs portraitistes du siècle dernier, qui ont été, il faut le reconnaître et le proclamer , les premiers portraitistes du monde. En effet, si l'expression de la vie est la première qualité d'un portrait, qui a su, commeHoudonetCaffieri, animer un visage et faire regarder et parler une tête de marbre ?

Le buste le plus complet et le plus remarquable de M. Oliva est celui de M. Deguerry. Ici les procédés sont tout autres que pour le portrait de la mère Javonhey. Plus d'eau forte, mais le travail du ciseau partout , et juste ce*qu il faut d'acide muriatique pour faire valoir ce travail. C'est un portrait vivant comme celui de Voltaire par Houdon , un portrait dont la bouche parle, dont les paupières frémissent et qui est enfin une œuvre hors ligne pour mériter l'attention de la critique.

C'est une très bonne chose que le groupe composé par M. Ottin , pour terminer la fontaine monumentale du Luxembourg. On

ne saurait avoir mieux compris le style du monument et la décoration qui s'harmonie le mieux au jardin. Ce groupe déjà exposé représente Acis et Galathée surpris par Polyphème. Les anatomistes pourraient, je crois, reprocher à Tépine dorsale du géant de manquer d'une vertèbre, mais peut-être cet effet vient-il seulement de la pose accroupie du Polyphème. Quant aux amoureux qui se cachent dans la grotte tapissée d'herbes grimpantes, leur pose est gracieuse, mais un modelé un peu mou leur ôte l'apparence de la vie. Au reste , ce groupe, exécuté à sa véritable proportion , (le double du modèle,) gagnera beaucoup , et c'est évidemment ce que l'on pourrait commander de mieux pour la fontaine du Luxembourg.

V Adam, de 3L Perraud, est une œuvre estimable et une figure fièrement campée.

Le groupe de M. Pollet occupe la place d'honneur de l'Exposition Française. C'est une œuvre importante et réussie, mais qui pourtant ne vaudra pas à son auteur le succès de son Heure de la nuit: comme popu-

larité au moins, car peut-être lui attirera-t-elle davantage, au contraire, les suffrages académiques. C'est chose rare quiin succès populaire en sculpture, étonne le renouvelle pas tous les ans ; le groupe d'^ cliille à Schyros mérite pourtant mieux qu'un succès d'estime, car c'est une œuvre irréprochable et qui procède directement des plus pures traditions de Tart. Mais il ne passionne pas la foule. En revanche , les deux têtes de Bacchantes du même statuaire attirent tous les regards et tous les suffrages : ceux de la masse, parce qu'ils sont gracieux et coquettement attifés; ceux des Mécènes augoiàtpur et sévère, parce qu'ils ne peuvent jamais faire défaut à M. PoUet.

Depuis quelque temps , M. Robert conquiert une grande faveur dans les régions officielles ; c'est en effet, en même temps qu'un artiste de talent, un travailleur infatigable, toujours prêt à entreprendre les commandes qui lui pleuvent, et toujours exact à remplir ses engagements ; n'est-ce pas là un grand mérite par le temps de constructions

et (le monuments qui règne ? Selon nous, la meilleure des œuvres exposées cette année par M. Robert, est sa statue de V Enfant- Dieu, dont le plâtre était déjà bien connu ; cette composition religieuse et simple est née d'une de ces idées sympathiques qui enfantent les chefs-d'œuvre. La Phrynê, du même artiste, a d'excellentes qualités réalistes, mais si c'est la nature vivante et frémissante ; c'est aussi la nature lourde et sans élégance. Quoi ! Phrjné 1 la courtisane antique, c'est cette vulgaire beauté empruntée aux Juives du quartier Saint-Paul ? Quoi ! cette femme sans noblesse et sans grâce, c'est la reine des plaisirs de la Grèce? c'est l'inspiratrice des poètes, c'est le modèle des statuaires, c'est la prêtresse de Vénus ? Oh ! non. Cette statue -est une excellente étude d'après nature. Mais ce n'est pas Phryné ! Phryné attire par sa beauté amoureuse et repousse par sa coquetterie sans pitié ; Phryné c'est la syrène antique qui dévore les richesses de TAsie et de l'Afrique et laisse mourir ses amants ruinés de désir et d'à-

moiir, et cette belle fille aux formes provoquantes ne doit être ni bien cruelle , ni bien ambitieuse.

M. Aude est le grand prêtre de la sculpture sévère, qui prend la nature seule pour modèle, mais sait choisir toujours son côté noble et chaste. M. Aude est un maître, à notre époque où il y a si peu de maîtres. Il a fondé une école, la plus féconde peut-être après celle de Pradier, et contribue chaque jour encore à rendre la vie à cet art qui s'étiolait à force de rester une pâle copie de l'antique. Nous revoyons à l'Exposition universelle son Jeune pêcheur napoUtain jouant avec une tortue et son Mercure.

Ces deux figures habitent ordinairement le musée du Luxembourg et elles comptent parmi les triomphes de l'art contemporain.

Que dire, pour être juste, de la Minerve (ht Part/iénon, refaite par M. Simart? Cette statue a fait tant de bruit avant son apparition, elle est entrée avec tant de fracas à l'Exposition des Beâux-Arts, elle brille d'un si vif éclat, que nous restons ébloui de toutes

ses lichesses, fasciné par ce mélange d'or, d'ivoire et d'argent. Ce monumental bijou, qui semble monté pour le colosse de Rhodes, étonne plus qu'il ne charme, mais il vaudra à son auteur un succès d'estime, car c'est au moins un prodigieux travail et le fruit d'une science archaïque bien rare à notre époque. On sait que cet ouvrage, qui a coûté plusieurs années de travail à M. Simart, était commandé par M. le duc de Luynes , qui a pris à son achèvement le plus haut intérêt.

LaBcvcrie, de M. Travaux, est encore une des bonnes figures nées sous le ciseau des artistes français à l'époque de l'Exposition universelle. Style noble et sévère, qui procède de l'antique sans le copier, arrangement gracieux sans coquetterie , études consciencieuses de la nature, voilà les qualités qui font de la Rêverie une œuvre excellente, qui comptera à son auteur.

Encore une bonne statue, c'est celle que M. Truphême intitule : Angélique atlachée (iii rocher.

Nous avions souhaité, Tan passé, de revoir en marbre la moissonneuse endormie de M. Véraj, et nous sommes heureux de voir réalisé un souhait qui nous donne une bonne statue de plus. M. Yéray comprend la grâce dans le naturel ; c'est une qualité précieuse qu'il lui faut garder avec soin.

Que de statues méritantes et de bustes excellents demanderaient encore un mot d'appréciation ! Que découvres consciencieuses devraient valoir à leurs auteurs au moins l'attention de la critique 1 Mais celte revue de l'Exposition des Beaux Arts a une borne. Cette borne que nous nous étions imposée, nous l'avons dépassée déjà, et nous avons encore à voir toute la peinture française !

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