‹ Exposition universelle de 1855Chapitre 14 sur 16 · L.-J. Hallez, L. J. C · texte numérisé non relu

L.-J. Hallez, L. J. C

Ces plaintes et ces espérances sont dans le cœur de

tous les artistes chrétiens dont nous parlions naguère. Ils ont contre eux la presse tout entière , et le prestige qui accompagne les succès de salon et les faveurs officielles intimide ceux-là même qui ont le plus à cœur de voir refleurir l’art chrétien dans nos églises profanées. Par une injustice à laquelle nous tâcherons de remédier, le peintre qui fait des tableaux religieux est solidaire , dans l’opinion générale , de toutes les œuvres impies ou stupides que produisent les lauréats d’exposition et les fabricants d’ornements d’église. Mais pour en revenir à cette École allemande , dont l’exemple est si bien fait pour soutenir le courage de nos artistes chrétiens , voyez ce qu’elle a fait et ce qui nous reste à faire pour égaler son dévouement. Il y a quarante-six ans que le peintre illustre qui a donné son nom à la nouvelle École allemande a fixé sa demeure loin de sa patrie, comme pour entretenir une sorte de courant salutaire qui amène aux sources sacrées la nouvelle génération d’artistes et renvoie au cœur de l’Allemagne des trésors de lumière et de vie. Qui peut connaître l’étendue des douleurs et des sacrifices qui l’enchaînent pour jamais près de la tombe des saints Apôtres? Qui sait si l’éclatMe son nom, de ses talents et de ses vertus, ne restera pas à Rome comme un phare lumineux, afin de perpétuer pour l’Allemagne ce mystérieux va-et-vient, qui fait de Rome chrétienne le foyer et le centre de toutes les patries ?

En attendant , ne désespérons pas, et au lieu de nous consumer en gémissements stériles, efforçons-nous de mettre en lumière tout ce qui atteste que la France , aussi bien que l’Allemagne, possède une tribu de Nazaréens , qui résistent aux tentations de la gloire et de la

pauvreté, en attendant que la voix du Père de famille les appelle au travail : « J te , et vos in vineam meam (1). »

Page 1