SUISSE
Rien ne s'oppose à ce que nous parlions de la Suisse après avoir parlé de la Suède. Les sapins et les monta» gnes de la Dalécarlie ressemblent beaucoup à ceux de l'Oberland, et les peintres habiles dont le pinceau a devancé le daguerréotype appartiennent tous à la meme école. Nous citerons avec tous les éloges qu'ils méritent les beaux paysages de MM. Diday, Calame et Gastan. — - Nous renonçons à décrire les toiles de M. Grosclaude, Y Oiseau mort, le Toast à la vendange , la Bou ffée de fumée et les Bulles de savon : ces fines et insaisissables colorations ne tombent pas sous le ressort de notre critique. — Un autre peintre suisse, M. Yan Muyden, a représenté le Repas des révérends pères. Franciscains dans le réfectoire du couvent d'Albano. Il est impossible de retracer avec plus de vérité le calme silencieux des bons pères prenant leur frugal repas, en compagnie des chats et des pies qui ramassent sur les dalles du réfectoire les miettes tombées de la table des enfants de Saint- François. On aime à retrouver dans cette familiarité naïve le souvenir du séraphique pauvre d' Assise, qui vivait aussi dans une grande intimité avec les petits oiseaux, et donnait aux loups la consigne d'épargner ses frères les agneaux. Ce charmant petit tableau ne nous a pas seulement intéressé par le sujet, mais aussi par la perfection avec laquelle M. Yan Muyden a su peindre ■ses personnages. Elle est telle, qu'on oublie en les ra-
gardant les très-petites dimensions de la toile, et au bout d'un instant on croit être soi-même un des acteurs de cette scène naïve. Cette impression est surtout bien vive lorsqu'on a eu, comme bien des artistes et des voyageurs, le bonheur d'être admis quelquefois à ces tables monastiques, si pauvres et si généreuses, qui ne repoussent même pas les petits oiseaux, et qui nourrissent les pauvres et les exilés, jusqu'au jour où le marteau révolutionnaire vient briser la porte et disperser les hôtes.