‹ Exposition universelle de 1867 Rapports du jury internationalChapitre 12 sur 75 · ION · texte numérisé non relu

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vert, lilas et blanc ; l'un d'eux, remarquable par ses dimensions (43 pouces), représente l'Apothéose d'Homère.

Pour démontrer l'application de ces jaspes à la décoration architecturale, MM. J. Wedgwood et fils exposent une cheminée, syle antique, en albâtre, dont les panneaux encadrent des jaspes verts représentant, au bas, des danses de jeunes filles d'après Flaxman ; au dessus, l'histoire d'Achille par Pacétie, et sur les côtés, le Jugement de Pâris.

Certes, toutes ces plaques ne sont pas d'une exécution également irréprochable; mais l'ensemble n'en constitue pas moins une œuvre très-distinguée et qui eût défié la critique, si les auteurs avaient eu le temps de remplacer les deux seules plaques défectueuses qui la déparent.

Les grès fins exposés par la manufacture de Sarreguemines (Moselle), peuvent, sous le triple rapport de la finesse de la pâte, de la variété des teintes et de la pureté des formes, soutenir la comparaison avec les grès similaires d'Angleterre. Cependant toutes les pièces étalées n'ont pas ce demi-lustre qui distingue les grès de Wedgwood, et cette observation peut s'appliquer surtout â l'un des objets les plus remarquables , le grand vase à fond gris bleuâtre, avec relief blanc.

Parmi les nombreux spécimens que comprend la splendide collection de Sarreguemines, le Jury a revu avec intérêt les grès créés en 1804 par M. Paul Utzschneider, et imitant les porphyres, les jaspes et les bois pétrifiés, de manière à tromper l'œil le plus exercé. Sarreguemines est seule en possession de cette fabrication nécessairement restreinte, ses produits ne s'adressant qu'à des amateurs de vases et d'ornements de style classique.

Les compartiments de Prusse et de Belgique présentent aussi d'intéressantes collections de grès fins. La plus belle est incontestablement celle de la maison Villeroy et Boch, àMettlach et à Septfontaines. Ses statues d'église mesurant jusqu'à im,40 et ses vases de jardin en grès blanc dit carrare, joignent à la beauté de la matière le mérite d'une parfaite e*6-

cation. Sous ce dernier rapport nous devons une mention particulière au vase à trépied commandé par la reine de Prusse.

Nous ajouterons que les modèles de ces œuvres d'art ont été faits par un artiste des plus distingués, M. J. Kieffer.

Ce carrare céramique , qui figure pour la première fois à une exposition universelle, ne peut manquer d'obtenir une grande vogue. Sa couleur, imitant celle du marbre dont il porte le nom, au point que bien des visiteurs s'y méprennent à quelque distance ; sa dureté assez grande pour faire feu sous le choc du briquet et mettre à l'abri d'altération la netteté de ses arêtes ; enfin son prix relativement peu élevé, sont autant de qualités précieuses qui le feront rechercher comme ornement intérieur ou extérieur des édifices et des habitations.

L'exposition de MM. Boch frères, à Kéramis, comprend un assortiment d'objets d'usage domestique : pots à bière, pots à tabac, vases à fleurs, etc., qui dénote une fabrication soignée, intelligente, et se recommande surtout par le bas prix des produits.

Elle comprend en outre un grand choix de carrelages de tous les styles et de toutes les nuances, fabriqués aujourd'hui avec un plein succès à Louvroil (près de Maubeuge), où MM. Boeh ont établi une succursale. Ces carreaux mosaïques, plus durs que l'acier et à l'épreuve des agents chimiques, se font par un procédé aussi simple qu'ingénieux. Au fond d'un moule ayant la forme et les dimensions de la pièce crue, on introduit un casier composé de bandelettes métalliques contournées et disposées de façon à comprendre autant de compartiments qu'il y a de couleurs et de nuances différentes dans le dessin à reproduire.

On verse ensuite dans chaque case la quantité convenable de terre en poudre de la couleur voulue et, après avoir retiré le casier, on achève de remplir le moule de terre également en poudre et de couleur uniforme pour constituer La semelle du carreau ; on soumet le tout à l'action d une presse qui lui

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donne une consistance suffisante ; enfin on enlève le moule et Ton porte le carreau au four de cuisson.

Les carrelages exécutés dans la chapelle du Parc et dans le palais de l'exposition belge des beaux-arts, montrent le parti qu'on peut tirer des carreaux céramiques pour la décoration intérieure des édifices.

Le prix de ces carrelages est de 8 à 16 francs le mètre, pris à l'usine.

§ 2. — Grès cérames communs.

Grès à l'usage des fabriques. — La fabrication des grès communs est parfaitement bien représentée à l'Exposition universelle de 1867.

Les ustensiles à l'usage des usines et surtout des manufactures de produits chimiques sont très-remarquables par leurs dimensions, leurs excellentes qualités et leur parfaite réussite.

L'Angleterre, la Belgique et l'Allemagne rivalisent dignement pour la grande poterie de grès : les bonbonnes, les jarres, les cornues, les bouteilles pour acides réunies au Champ-de-Mars témoignent de progrès sérieux réalisés dans cette partie de l'art du potier.

L'industrie des grès français, si développée dans le département de l'Oise, n'a pas pris part au concours. On a peine à s'expliquer l'abstention éminemment regrettable des manufactures si renommées de Saveignies, de Chapelle-aux-Pots, de Saint-Juste-lez-Beauvais, de Saint-Samson, etc., dont les produits auraient pu soutenir la comparaison avec les pièces de vente courante exposées dans les différents compartiments étrangers.

Ce sont les potiers anglais qui, les premiers, ont fourni à l'industrie des produits chimiques les vases et ustensiles employés aujourd'hui avec tant d'avantage e'. si généralement dans la préparation des acides qui attaquent promptement les métaux.

TERRES CUITES ET GRÈS. iii

Deux fabricants de Lambeth, près de Londres, MM. Stephan Green et Doulton et O, se sont particulièrement distingués dans ce genre.

La collection de M. Doulton frappe au premier abord par la grande variété des pièces qui la composent : cornues simples et tubulées, récipients avec tuyau de décharge, tuyau intermédiaire et robinet, bassines sphériques, coniques et droites, terrines ordinaires et terrines évaporatoires, pots à acides, entonnoirs de toute forme, etc., rien n'y manque, et tous ces instruments, parfaitement imperméables et résistant à l'action des acides les plus puissants, ont des dimensions qui dénotent de la part de l'ouvrier une profonde connaissance des principes du façonnage et une grande adresse dans l'exécution.

Le serpentin de im6o de haut sur 0n,67 de diamètre, et dont le tuyau, d'une seule pièce, a un diamètre intérieur de 6 4/4 centimètres, est un des objets les plus remarqués. Il remplacera très-avantageusement le serpentin d'argent dont on s'est servi jusqu'ici dans la distillation de l'acide pyroligneux épuré. Son prix est de U4 francs.

La fabrication des grès industriels se fait en Angleterre sur une grande échelle. Le district de Lambeth, où elle a pris naissance, est resté le centre le plus important de celte production.

Les argiles du Devonshire et du Dorsetshire, les sables de Woolwich et de Charlton sont les principaux éléments qui entrent dans la composition de la pâte.

Les argiles, simplement desséchées et broyées sous des meules en fonte, sont mélangées avec une quantité de sable et de ciment du même grès, variant suivant le produit qu'on veut obtenir.

La pâte est pétrie dans des tinnes en fonte de lœ85 de haut sur i ,n45 de diamètre, et l'on achève de lui donner l'homogénéité convenable, soit en la battant et en la coupant, soit en la laminant entre des cylindres en fonte. Elle est

façonnée sur le tour, cuite à la houille dans des fours dits Staffordshire ou du système John Cliff, et vernie au sel marin .

Ce simple énoncé fait voir que ces grès se fabriquent à Lambeth à peu près comme sur le continent ; d'où il faut conclure que c'est aux soins intelligents apportés dans le choix et le dosage des matières et surtout à la grande habileté des ouvriers, qu'on doit attribuer la supériorité des grès anglais.

De grands efforts ont été tentés en Allemagne et en Belgique, pour arriver à produire des appareils et vases chimiques semblables à ceux que les manufactures de Lambeth livrent au commerce.

Les objets envoyés à l'Exposition par ces pays témoignent de l'excellence des résultats obtenus sous le double rapport de la qualité de la matière et du soin apporté au façonnage.

Nous mentionnerons surtout les appareils pour la fabrication du chlore et la condensation des vapeurs acides, les appareils distillatoires et les serpentins, pompes, bombonnes, etc., exposés par la société anonyme des terres plastiques et produits réfractaires d'Andenne (Belgique). Formés d'une pâte très-dense et très-résistante, quoique non vernissée, ils sont hautement appréciés parles nombreuses fabriques de produits chimiques du pa\s.

Nous devons également une mention aux pièces exposées par MM. F. -Ch. Fickentschcr, à Zwiekau (Prusse) et J. Monseu et Cie, à Haine-Saint-Pierre (Belgique).

Le premier a soumis à l'appréciation des connaisseurs un appareil pour la préparation du chlore, qui est un vrai chefd'œuvre de façonnage; sa capacité est de 1,200 litres.

L'exposition du second renferme des tuyaux de 0m40 de diamètre et d'autres appareils employés dans les travaux d'assainissement des principales villes de Belgique. On peut leur accorder des éloges sans restrictions.

Grès à l'usage domestique. — Cette poterie, qui se fait à peu près partout, doit se consommer généralement sur place, à cause du bas prix auquel il faut la livrer. C'est sans doute pour cette raison qu'elle compte un si petit nombre de représentants au Cbamp-de-Mars , son exhibition ne pouvant procurer aux industriels ni compensation de frais, ni augmentation de clientèle.

Cependant l'étalage de la manufacture générale des poteries de grès de MM. Doulton etCi0 comprend un assortiment complet d'ustensiles de ménage; mais cette poterie se rapproche des grès fins; elle subit un tournassage qui lui donne des contours plus arrêtés et des surfaces plus unies, sur lesquels on applique parfois des ornements et des figures en relief d'une grande netteté.

On assure qu'une certaine quantité de kaolin entre dans la composition de la pâte. Les pièces sont revêtues d'un vernis vitreux qui leur donne un aspect très-agréable. La plupart sont colorées en jaune brun plus ou moins foncé à la partie supérieure, effet qu'on obtient en les plongeant partiellement dans de l'eau tenant en suspension plus ou moins d'ocre, suivant la teinte à produire. La cuisson se fait nécessairement en cazettes.

Ces objets de ménage sont dignes d'attention, non-seulement à raison de leur bonne qualité, mais surtout à cause de leurs formes toujours sagement appropriées aux usages auxquels ils sont destinés. Ils ne portent ni moulures inutiles, ni angles saillants qui pourraient compromettre leur solidité. Ils se manient facilement et sans risques, et les vases versent toujours bien.

Des fabricants allemands ont envoyé au Champ-dc-Marsdes cruches à bière à l'instar des jolis grès des xvic et xvne siècles, dont on trouve des types de toute beauté dans la galerie de l'Histoire du Travail; ces objets de lux;.;, dont le prix est assee élevé, jouissent encore aujourd'hui, en Allemagne; d'une vogue qu'ils ont presque entièrement perdue ailleurs.

On remarque, dans la collection de la manufacture royale de porcelaine de Berlin, des cruches faites également d'après des modèles de ces époques et couvertes d'un émail coloré qui leur donne tout à fait f aspect des anciens grès allemands; mais si elles sont à l'abri de tout reproche au point de vue de l'exécution, nous ne voyons pas l'utilité qu'il peut y avoir à déguiser ainsi la porcelaine; c'est comme si l'on badigeonnait le marbre.

SECTION II

faïences fines, faïences décoratives

Par M. Aimé GIRARD.

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