FAÏENCES DÉCORATIVES
L'emploi des terres vernissées et des faïences é maillées, dans la décoration intérieure et extérieure de nos habitations, a pris depuis quelques années une extension assez grande pour qu'il soit nécessaire de faire de ces produits une étude spéciale. Cependant la division adoptée pour la classification
des objets admis à l'Exposition universelle de 1867 ne nous permet pas de faire celte étude complète et d'examiner la question dans son ensemble. Toutes les faïences, en effet, destinées à l'ornementation extérieure des habitations tels que plaques, panneaux, frises, corniches, etc., ainsi que celles destinées au revêtement intérieur des appartements, tels que les carrelages orientaux, espagnols, portugais, etc., ont été considérées comme matériaux de construction et comprises dans la classe 65. {Matériel du génie civil, des travaux publics et de l'architecture.)
Notre tâche se trouve donc limitée à l'étude des pièces de faïence qui, placées sur les meubles et les étagères de nos appartements, ou artistement posées sur la tenture, contribuent à leur décoration.
Le goût de la faïence est un goût excellent et distingué;, mais il en est peu d'aussi facile à égarer et il a besoin d'être surveillé sévèrement; il est peu de branches de l'art décp* ratif, en effet, où le laid soit plus près du beau, où la convention puisse plus aisément se substituer à la vérité.
Lorsque, il y a vingt ans environ, la faïence et la terre vernissée, délaissées si longtemps, sont revenues en honneur, la préoccupation première des artistes a été la reproduction des( œuvres laissées par les maîtres du xve et du xvi° siècle. Les faïences de Palissy, celles des potiers de Pesaro et d'Urhiuo, ont
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été le point de mire de toutes les recherches. Ces recherches ont été couronnées de succès, et bientôt nous avons pu voir, en grand nombre, des imitations heureusement réussies de cette grande époque de la faïence. C'est ainsi qu'il était convenable de procéder : imiter d'abord , créer ensuite. Malheureusement, après avoir exécuté la première partie de ce programme, nos potiers se sont arrêtés; ils savaient imiter, ils ne créèrent point. Le goût du jour devait, du reste, les encourager dans cette voie fâcheuse ; il les y pousse encore, et il est bien rare de voir aujourd'hui le public, même éclairé, préférer l'œuvre moderne d'un artiste intelligent à quelque surmoulage de Palissy.
Les conséquences de cet état de choses sont faciles à prévoir ; s'il se maintient, la reproduction des faïences anciennes ne tardera pas à devenir une industrie* ordinaire, avec ses exigences économiques et pratiques; confié à des ouvriers, habiles sans doute, mais qui devront se préoccuper du rendement, le travail perdra son cachet artistique; formes et décors, au lieu de s'épurer, iront en s'abâtardissant, et le goût public, faussé davantage de jour en jour, conduira à une décadence prochaine, une renaissance que l'on avait saluée avec joie.
Ce n'est point que les éléments nous manquent pour obtenir des résultats tout différents et pour faire de la faïence moderne une des ressources les plus précieuses de l'art décoratif. Dans la revue rapide que nous allons faire des œuvres récompensées au concours de 1867, nous aurons à citer plus d'un artiste de talent, plus d'une œuvre de mérite; mais combien de fois ne pourrions-nous pas ajouter que, sacrifiant au faux goût du jour, plus d'un, parmi les meilleurs, préfère souvent surmouler ou copier qu'inventer. Puissent les avertissements que , aujourd'hui plus que jamais, adressent à nos potiers tous les amateurs éclairés, les arrêter à temps I Ce n'est pas à eux de subir les exigences d'un goût égaré, c'est à eux de savoir s'imposer par des œuvres originales.
L'exposition française est, de beaucoup, la plus riche en faïences décoratives; plus de trente exposants y sont représentés par leurs œuvres; nous ne citerons que les principaux.
La manufacture impériale de Sèvres n'a exposé que quelques pièces de faïence ; nous espérions davantage ; la magnificence de son exposition de porcelaine dure, la beauté de ses porcelaines tendres, dont nous parlerons bientôt, ne justifient pas une parcimonie qui ressemble presqu'ù une abstention. Il serait fâcheux de voir Sèvres négliger les terres vernissées et les faïences ; il y a là, en effet, mille progrès à accomplir, et pour l'accomplissement desquels l'art a droit de compter sur le personnel de la célèbre manufacture. Dans cette exposition nous ne trouvons guères à citer qu'un vase ovale, dit vase de Trianon. Ce vase, qui mesure près im$Q de hauteur, est moulé d'une seule pièce ; au sommet , des enfants , remarquablement modelés, jouent avec des guirlandes de fleurs ; l'émail en est superbe, et le fond bleu surtout en est admirablement réussi. Quatre vases Bertin, décorés avec beaucoup de goût par M. Ficquenet; deux vases Louis XIII à engobe coloré, par M. Optât Milet ; enfin divers plats, imitation de faïences persanes, de Rouen, de Moustier, etc., méritent également de fixer l'attention.
Au premier rang des faïenciers français se présentent, avec des mérites égaux, mais de nature différente , MM. Deck et Collinot; le premier, plus original sous le rapport artistique; le second, plus habile et plus sûr comme céramiste.
Les caractères les plus frappants des œuvres exposées par M. Deck sont l'élégance et la nouveauté ; leurs qualités d'art sont parfaites, et, s'il est possible de faire aussi bien, il paraît difficile de faire mieux. Pourquoi faut-il que, quelquefois, la trésaillure des émaux vienne inspirer des inquiétudes sur la conservation des plus belles pièces? C'est là un défaut grave; M. Deck le garantit accidentel ; nous le croyons et nous l'espérons surtout ; il serait fâcheux, en effet, de voir périr, au bout de quelques années, des œuvres aussi belles que
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cette Sortie de bain, peinte en relief sur fond bleu par M. Ranvier, que ces plats magnifiques où Mme Escalier a peint de si beaux oiseaux bleus, où M. François a modelé un si splendide émouchet. L'effet produit par ces pièces principales, où le sujet, modelé par épaisseurs, s'enlève vigoureusement sur le fond blanc ou coloré de la pièce, est aussi pittoresque que saisissant.
D'autres pièces décorées par le même procédé, d'autres encore peintes sur biscuit à la façon ordinaire, portant les compositions originales de MM. Legrain, Gluck, Anker, etc., achèvent de donner à l'exposition de M. Deck une valeur exceptionnelle. On y trouve encore d'intéressantes imitations de faïences orientales, et parmi celles-ci des porte-bouquets, dessinés par M. Émile Reiber, dont la pâte, légèrement gravée à la pointe, a été recouverte d'émaux ombrants dans le genre des émaux de Rubelles.
Mais, pour la reproduction des faïences orientales, nul ne le cède à M. Collinot. Moins originale, moins variée surtout que celle de M. Deck, l'exposition de cet artiste n'en frappe pas moins vivement les yeux par son ampleur et son éclat. Elle ne comprend, il est vrai, que des imitations de faïences persanes, vases de grandes et de petites dimensions , panneaux, etc., mais ces imitations sont traitées avec une force inconnue jusqu'ici. M. Collinot a pour collaborateur M. Adalbert de Beaumont; les dessins que ce savant touriste a rapportés d'un voyage en Perse sont les types auxquels M. Collinot se réfère et se limite pour la décoration de ses belles poteries. Sur le fond, tantôt blanc, tantôt coloré, M. Collinot sème avec légèreté des Heurs auxquelles il donne, par des épaisseurs successives d'émail, un relief considérable. Un procédé spécial lui permet d'en terminer les contours avec une netteté absolue; ce procédé consiste à tracer autour de chaque fleur, à l'aide d'une composition cuivrique, une ligne de couleur qui, modifiée au feu, forme autour de celle-ci une alvéole métallique qui retient l'émail et l'empêche de couler sur le
fond de la pièce. Nous avons examiné avec un soin particulier les faïences de M. Collinot, et nous avons été frappé de la beauté des glaeures, de la netteté des reliefs, aussi bien que de la solidité du biscuit ; au point de vue céramique, ce sont des produits de premier ordre.
Il y a beaucoup à louer dans l'exposition de M. Jean, mais il y a aussi à reprendre ; au point de vue céramique, les produits de cet artiste ont d'excellentes qualités; bien cuits, bien glacés, ils offrent de grandes garanties de solidité ; au point de vue du façonnage , ils sont toujours remarquablement traités; ses cages, et surtout son imitation d'un des quatre violons de Delft, montrent avec quelle dextérité il manie la terre plastique; la forme en est souvent heureuse, et les pièces de grandes dimensions, fontaines, vases à fleurs, etc., que comprend sa collection, méritent d'être mentionnées; mais sous le rapport du décor, son exposition offre les qualités les plus opposées. Tous les genres y sont à peu près représentés, depuis les bas-reliefs imités des Kobbia jusqu'à la platerie de Rouen, mais les uns et les autres sont très-inégalement réussis. Ainsi on est surpris de trouver, à côté de ces magnifiques fonds bleus que M. Jean emploie avec tant de succès, à côté de ses aiguières italiennes si bien réussies, des dessins aussi maigres et aussi froids que- ceux dont il a décoré son violon, ses aquariums, etc. Ce sont là des erreurs; M. Jean est un chercheur habile, un artiste consciencieux, et il suffit de les lui signaler pour être sûr de les lui voir éviter.
MM. Soupireau-Fournier ont une exposition restreinte, mais intéressante ; un grand nombre de leurs œuvres semblent inspirées de belles pièces à fond bleu de M . Jean ; de grands vases, une pendule Louis XVI bien réussie, des cadres bien dressés et bien émaillés, telles sont les pièces les plus remarquables de MM.Soupireau-Fournier. Une collection de carreaux a été en outre exposée par eux pour montrer l'ensemble de leur palette; on y voit notamment un rouge-brun d'un bel éclat.
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M. Longuet est un dessinateur habile et compte parmi les artistes doués d'originalité de qui dépend l'avenir de la faïencerie française. Son exposition n'indique aucune prédilection pour l'imitation des œuvres de telle ou telle époque ; un grand nombre de pièces y sont d'un goût franchement nouveau. Telle est, par exemple, une jolie jardinière Renaissance, de M. Rignier, et dont les bas-reliefs, couverts d'un bel émail blanc, ont leurs contours noyés dans un émail bleu ciel. Tels sont ces plats décoratifs sur lesquels M. Laurens a esquissé d'un simple trait, rehaussé de quelques touches de couleur, des scènes allégoriques. Dans le genre imitation on doit remarquer chez M. Longuet de jolies assiettes japonaises portant des oiseaux aux riches couleurs, et quelques pièces à grands ornements dans le style de Gastel Durante.
M. Laurin, qui possède à Bourg-la-Reine une fabrique de terres vernissées et de faïences communes, a exposé quelques pièces peintes: vases divers, buires, plats, soucoupes, etc.; décorées dans le genre des anciennes majoliques, ces pièces se recommandent en général par l'originalité des motifs et par une bonne exécution.
L'imitation des belles faïences dites de Henri II est un des problèmes qui, depuis la renaissance de la faïencerie, préoccupent le plus les artistes. L'Exposition de 1867 renferme plusieurs spécimens de ces reproductions, les unes en terre vernissée, comme chez MM. Avisseau et Pull, les autres en porcelaine, parmi les produits de la fabrique de Gustafberg (Suède); mais ces reproductions, dont la décoration principale est duc au pinceau n'ont qu'un intérêt secondaire. H n'en est pas de même d'une délicieuse petite salière exposée chez MM. Minton, dont la décoration est tout entière obtenue par incrustation et qu'on peut regarder comme une imitation parfaite des anciennes poteries d'Oiron.
La reproduction des Paîissy est devenue depuis quelques années une véritable industrie ; l'exposition actuelle compte au moins trois imitateurs des œuvres du célèbre potier. Parmi
ces exposants, M. Avisseau, de Tours, nous arrêtera le premier ; son exposition ne compte que quatre ou cinq pièces, mais ces pièces sont dignes de grands éloges. Le moulage de l'énorme poisson que porte l'un de ses plats est une merveille de précision ; les couleurs en sont heureusement choisies, et l'on ne peut reprocher à cette pièce qu'une fâcheuse maigreur de glaçure. Un autre grand plat couvert de reptiles, d'une parfaite exécution également, mais couverte d'un vernis beaucoup plus gras ; un troisième, cuit simplement en biscuit et montrant la finesse de la terre, quelques reproductions de fleurs, complètent la petite, mais remarquable exposition de M. Avisseau.
M. Pull consacre, depuis plusieurs années, de consciencieux efforts à l'imitation et au surmoulage des anciennes terres vernissées et émaillées. Ses produits sont recherchés du public, mais nous ne pouvons nous empêcher de regretter que cet artiste applique, d'une façon aussi exclusive, ses connaissances pratiques et son talent à des reproductions serviles dont les qualités ne sauraient jamais être mises en parallèle avec celles des originaux. M. Pull, nous n'en doutons pas, rendrait à l'art et au goût des belles choses de bien plus grands services, s'il cessait de copier pour aborder la création d'œuvres originales et nouvelles.
Les produits de M. Barbizet sont généralement bons, sous le rapport céramique ; mais la compositiou de ses faïences, genre Palissy, laisse malheureusement toujours à désirer sous le rapport artistique.
M. Signoret, de Nevers, poursuit avec succès la fabrication de faïences semblables à celles qui, au xvne siècle, faisaient la gloire des potiers nivernais; son exposition renferme plusieurs pièces traitées avec soin, dont une très-grande fontaine, reproduction bien réussie.
M. Ulysse, conservateur du musée de Blois, a les allures d'un artiste consciencieux et chercheur ; des pièces de genres très-différents figurent dans son exposition ; mais toutes, depuis
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sa belle aiguière italienne jusqu'à ses consoles en vieux Rouen, , portent l'empreinte d'un travail excellent.
MM. Genlis et Rudhart ont pour spécialité l'imitation du vieux Rouen; ils l'appliquent avec un grand succès aux corps de lampes, potiches, cache-pots, etc., qui ont une si grande importance dans le mobilier moderne. Quelques plats, genre Urbino de la dernière période, méritent d'être remarqués.
La manufacture de Gien a .fait également du Rouen polychrome et du Moustier une très-large application aux faïences d'appartement. Les garnitures de cheminée, les pots à fleurs, etc., exposés par cette manufacture, sont décorés dans un style très-franc, parfaitement réussis et dignes de tous points de fixer, comme ils l'ont fait, l'attention des amateurs.
La, manufacture de Sarreguemines, si puissante sous le rapport industriel, exerce depuis quelques années une influence sérieuse sur la décoration, non plus des faïences communes, mais des faïences fines. Ce ne sont point les pièces exceptionnelles qu'elle recherche; son but, et elle y parvient heureusement, est de faire pénétrer dans l'ornementation habituelle de l'appartement quelques pièces, tels que jardinières, cachepots, vases pour cheminées, etc., d'un prix peu élevé, mais portant cependant un cachet réellement artistique. On a pu voir, parmi les produits que cette manufacture a exposés, à côté des imitations de porphyre dont elle a depuis soixante ans le monopole, à côtéde magnifiques vases de luxe,peintsparM.Langlois, de Sèvres, et par M. Sabaurin, des décorations originales , paysages monochromes au premier plan, teintés dans les lointains, dont les prix, malgré la signature d'artistes tels que M. Langlois, sont abordables môme pour les bourses modestes.
Les manufactures de Greil et de Montereau, ont exposé également quelques pièces intéressantes à ce point de vue.
L'exposition de M. de Boissimon dont la fabrique est située à Langeais, près Tours, comprend un assez grand nombre de vases de toutes dimensions, décorés souvent avec originalité; mais, parmi ses produits, ceux qui nous paraissent le plus
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dignes d'être remarqués, ce sont les faïences de jardin, sièges, colonnes, etc., traités dans le style inauguré par M. Minton, et que M. de Boissimon exécute très-bien.
Il ne faut pas oublier, dans cette nomenclature des faïences décoratives françaises, les peintures sur émail cru de MM. Bouquet et Pinart ; les difficultés que présente ce genre de décoration sont excessives; c'est en effet sur l'émail pulvérulent dont le biscuit a été recouvert que l'artiste doit poser la couleur liquide qu'il emploie. Incorporées par cette opération à l'émail lui-même, les couleurs acquièrent ensuite au feu une grande profondeur. Les peintures obtenues de cette façon par M. Bouquet sont d'un grand effet ; celles de M. Pinart, et surtout ses camaïeux bleus, sont finies avec beaucoup de soin.
L'étude des faïences décoratives de l'Angleterre ne pouvait manquer de présenter à l'Exposition de 1867 un grand intérêt; on se rappelle, en effet, avec quel éclat ces produits céramiques avaient figuré à l'Exposition de 1855, et de quel étonnement ils avaient, à cette époque, frappé le monde entier.
M. Minton était alors l'initiateur des grands progrès que venait d'accomplir la céramique anglaise ; nous le retrouvons aujourd'hui, non plus en personne, mais dans celle de ses successeurs. Les produits sont toujours les mêmes, aussi beaux, aussi grands, aussi bien réussis; les faïences de jardin surtout méritent aujourd'hui, comme il y a douze ans, les plus grands éloges, et l'on ne peut voir, sans être frappé de leurs mérites, ces grands vases à fond bleu de roi, à anses à reliefs, ces coquilles marines de dimensions colossales, dont MM.Min ton et O ont orné, dans le parc et dans le palais, la section anglaise ; il serait superflu de parler de ces sièges à pieds élégamment contournés, de ces fauteuils en faïence , incommodes sans doute, mais que la mode a adoptés, et que tout le monde connaît. A côté de ces produits, MM. Minton en exposent d'autres non moins intéressants; tout le monde a admiré leurs statues d'esclaves nègres de grandeur naturelle, les deux belles tables en faïence blanche, sur lesquelles l'ar-
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tiste a peint, d'un côté, des moutons dans la neige, de l'autre, des vaches au ruisseau; la grande aiguière italienne sur laquelle on retrouve l'emploi heureux du crayonnage, etc. Cependant il est une ombre à ce tableau. Les faïences décoratives de MM. Minton ont eu jusqu'à ce jour un grand caractère de simplicité. On n'y trouve pas habituellement cette recherche prétentieuse qui, trop souvent, est le fait de l'art anglais ; aussi avons-nous été étonné de voir dans l'exposition actuelle quelques pièces entachées de ce défaut. Que MM. Minton fixent leur attention sur les pièces dont nous parlons, notamment sur ces grands vases dont les anses sont formées par des guerriers enchaînés, et ils s'apercevront bien vite que, à côté de la voie où ils ont jusqu'ici trouvé le succès le plus mérité, on cherche à leur en ouvrir une autre qui les conduirait certainement a une déchéance.
L'exposition de M. Copeland est, à côté de celle de MM. Minton, pauvre en faïences décoratives ; tout au plus avons-nous à y signaler quelques beaux panneaux, de grands vases de jardins et des cache-pots à reliefs moulés.
Indépendamment des grès et des terres noires qui ont conquis au nom de Wedgwood une célébrité européenne, la manufacture d'Etruria a exposé des faïences décoratives d'une grande valeur; on y trouve quelques pièces de larges dimensions, notamment des vases à fond bleu de roi fort bien réussis , quelques poteries de jardin, etc.; mais c'est ailleurs, c'est sur l'exposition de M. Lessore, que l'intérêt se porte principalement. Ce sont des sujets faciles, tantôt modernes, tantôt mythologiques, traités légèrement et avec quelques couches de couleur, sur des vases de dimension, moyenne en cream-colour. L'ensemble de ces peintures est excellent; l'opposition du trait, de la couleur et de la teinte crémeuse de la pâte, y produit des effets charmants.
Il ne nous reste plus guères à parler que de la manufacture de Doecia et des travaux du marquis Ginori; nous le ferons
en peu de mots ; aussi bien ces travaux sont-ils connus de T. m. 11
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tons, depuis te succès cju'ils ont valu à leur auteur en 1855. Aidé de M. Freppa, de M. Gnisti, de chimistes et d'artistes distingués, le marquis Ginori a retrouvé la composition des pâtes, des émaux, des couleurs, des anciens potiers de Pcsaro et d'Urbino. Son exposition actuelle, sans révéler aucune innovation, le maintient au rang élevé où il s'était placé en 1855; on y retrouve, comme alors, de grandes aiguières, de belles vasques trilobées, des conpes à piédouehes, des vases de toutes sortes, décorés habituellement dans le style d'Urbino, auquel on donne le nom de genre Raphaël. Toutes ces pièces sont élégamment façonnées, bien glacées et peintes sur émail avec soin; quelques-unes montrent que M. le marquis Ginori sait tirer un heureux parti du lustre des anciennes majoliquës qu'il avait retrouvé déjà en 1855.
M. Devers, dont les produits figurent dans la section italienne, a exposé quelques belles faïences émaillées, entre autres son grand tableau des Anges gardiens, qui avait déjà figuré à l'Exposition de 1855; mais la plupart de ses faïences sont destinées à l'ornementation extérieure des habitations , et relèvent par conséquent de la classe 65, et non de la classe 17.
N'oublions pas de citer deu\ artistes belges très-reconimandables : MM. Demol père et fils, dont les jolies peintures sur faïence, dans le style italien, sont dignes d'éloges et ont d'ailleurs été de la part du Jury l'objet d'une distinction méritée.
Il ne nous reste plus qu'à mentionner rapidement les quelques faïences décoratives dont les manufactures de Gustafberg et de Rôrstrand ont accompagné, l'une ses élégants vases en parian, l'autre, ses beaux services «le table ; celles que MM. Piekman et Cfe de Séville ont fait figurer dans la collection de leurs poteries, et parmi lesquelles on remarque deux vases Alhanibra très-soignés et très-bien réussis ; celles que nous a envoyées le Portugal, ce pays si éminemment céramiste et où depuis longtemps vit et prospère l'application de
la faïence émaillée à la décoration extérieure des habitations.
Ajoutons enfin que les peuples de l'Orient, la Turquie, la Tunisie, le Maroc, notamment, en apportant à l'Exposition universelle la collection de leurs poteries nationales , dont l'originalité est souvent si puissante, ont rendu à nos artistes un service éminent dont ceux-ei sauront profiter, à coup sûr, en allant cherche? à ces sources primitives des inspirations nouvelles.