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PROGRÈS ACCOMPLIS

Avant de signaler les progrès accomplis pendant la période de dix années qui vient de s'écouler, nous avons le regret

de constater qu'il n'a pas encore été possible d'introduire la mécanique dans le façonnage des pièces de porcelaine. Plusieurs manufactures sont bien arrivées à appliquer les forces de la vapeur à la préparation des pâtes, au polissage et à diverses parties accessoires de la fabrication ; mais aucune jusqu'ici n'a réussi à traiter mécaniquement la matière même, comme le font, sur une large échelle, la plupart des manufactures de faïences fines.

La difficulté n'est pas d'ébaucher ou même de mouler mécaniquement; mais ce que la main intelligente de l'homme peut seule éviter, c'est de faire subir à la pâte une compression plus forte dans une partie que dans l'autre; car, sous l'action violente du feu, elle éprouve un retrait proportionné à la compression qu'elle a subie, et, si ce retrait est inégal, la pièce est déformée.

Aujourd'hui comme autrefois, tout se fait à la main, et les tourneurs se servent encore du vieux, tour à potier.

Un des plus grands inconvénients de ce système, c'est que l'ouvrier, pour s'épargner une extrême fatigue, fait habituellement tourner sa roue par un jeune enfant que ce travail ingrat tient éloigné de l'école, au double détriment de l'intelligence et de la santé.

Aussi faut-il savoir gré à MM. Hache et Pépin-Lehalleur, tle Vierzon, des efforts qu'ils font pour arriver à mettre en mouvement les tours de leurs ouvriers au moyen de la vapeur, par un procédé ingénieux qui permet à l'ouvrier d'accélérer ou de ralentir, et même de renverser le mouvement de son tour par une légère pression du pied sur une pédale.

Les progrès accomplis sont de diverses natures et s'appliquent :

1° A la fabrication de la porcelaine blanche ;

2° A la cuisson ;

3° A la décoration sous émail ;

4° A la décoration sur émail.

Nous allons les passer en revue.

^ 1. — Fabrication.

Un beau procédé a été mis en pratique à Sèvres pour l'extension de la méthode du coulage à la fabrication des grandes pièces. Si l'on verse de la pâte liquide dans un moule en plâtre, l'absorption de l'humidité solidifie la pâte en contact avec les parois, et, par la décantation, on obtient un moulage d'autant plus mince et délicat que l'on a opéré plus vite. Cette méthode, généralisée depuis 1850, a permis à Sèvres et à l'industrie privée de produire des tasses et autres petits objets d'une légèreté admirable et très-appréciée ; mais cette opération ne pouvait pas réussir sur de grandes pièces, car, lorsqu'on décantait le liquide, la partie supérieure de la pâte déposée s'affaissait ou se déformait.

Aujourd'hui, à Sèvres, on entoure extérieurement le moule d'une sorte de cloche en tôle, à l'intérieur de laquelle on fait le vide dès que la décantation commence. La pression atmosphérique agissant du côté opposé, grâce à la porosité du plâtre, fixe et comprime avec une égalité parfaite la légère couche de pâte en contact avec les parois du moule, jusqu'à ce qu'elle ait acquis la consistance nécessaire pour se soutenir.

Un vase gigantesque, exposé en blanc par la Manufacture de Sèvres, a été coulé ainsi, et montre tout le parti que l'on peut tirer de eette ingénieuse invention.

Mais, bien qu'elle remonte à 1862, l'industrie privée ne s'en est pas encore servie.

S 2. — Cuissoii.

La cuisson de la porcelaine dure à la houille a été de plus en plus perfectionnée depuis 1855. La cherté croissante des bois avait rendu cette transformation indispensable, et les fabricants, poussés par une nécessité impérieuse, sont arrivés à de tels résultats qu'aujourd'hui, dans beaucoup de fabriques où il existe des fours au bois et d'autres à la houille, les por-

celaines cuites indifféremment dans l'un ou l'autre de ces fours ne sauraient presque plus être distinguées.

C'est un progrès considérable, en ce que les fabricants ne sont plus tenus d'immobiliser un gros capital en approvisionnements de bois sec, et aussi en ce que la nécessité de faire sécher les bois, en les empilant auprès des fours, était une cause fréquente d'incendies.

Toutefois il faut reconnaître que beaucoup de fabricants se refusent encore à employer d'autre combustible que le bois, et que ce sont précisément ceux dont les produits se recommandent par les formes les plus délicates, par la blancheur des pâtes et par le glacé de l'émail. i

D'autre part, les procédés actuels de cuisson comportent une énorme déperdition de calorique et une manutention des plus coûteuses.

Nous croyons donc qu'il reste, sous ce rapport, beaucoup de perfectionnements à rechercher. »

§ 3. — Décoration sous émail.

La dénomination de couleurs au grand feu se donne quelquefois un peu abusivement à des couleurs qui n'ont en réalité subi qu'un feu doux ; elle devrait appartenir exclusivement, nous le croyons du moins, à la porcelaine dure. Celle-ci exige, en effet, que la couleur subisse non-seulement le même feu (lue l'émail, comme il arrive pour les faïences, mais bien le même feu que la pâte elle-même. L'extrême intensité de la chaleur agit de façons très-diverses sur les oxydes, même les plus solides, tels que ceux de cobalt et de chrome. Il a donc fallu étudier ces effets pour en découvrir les lois; mais, quand on a su les régulariser, on a eu alors des peintures sous émail, qui, joignant le plus bel éclat à l'inaltérabilité la plus complète, méritent véritablement seules le nom de peintures au grand feu.

La France est arrivée, sous ce rapport, à des résultats véri-

PORCELAINES DURES. iTJ

tablement merveilleux. Non-seulement ou a réussi à colorer des pâtes en vert, en bleu, en turquoise, en brun, en rose et même en noir, mais encore on a enrichi de jour en jour, la palette des couleurs avec lesquelles on peut peindre aujourd'hui sur la porcelaine crue, qu'elle soit blanche ou colorée.

On peut graduer et superposer les couleurs, comme si l'on peignait à l'aquarelle, et l'on obtient les nuances les plus fondues.

La pâte blanche, appliquée avec art sur la pâte colorée, produit, par de simples différences d'épaisseur, une décoration d'une extrême douceur et du plus heureux effet.

Ces résultats avaient été obtenus déjà en 1862, mais ils ont été, depuis lors, considérablement perfectionnés. Des spécimens d'une exécution et d'une réussite parfaites ont été exposés cette aimée par Sèvres, par MM. Pillivuyt et Cie, de Mehun, et par MM. Gibus et CiC, de Limoges.

L'ensemble de ces beaux produits fait le plus grand honneur à l'exposition française; malheureusement ils appartiennent plutôt au domaine de l'art qu'à celui de l'industrie, en ce sens qu'ils sont encore de prix trop élevés. Mais la voie du progrès est ouverte, et si, comme il y a lieu de l'espérer, les efforts des fabricants intelligents se portent de ce côté, nul doute qu'en peu d'années on ne parvienne à les vulgariser.

§ 4. — Décoration sur éniail.

Découverte des couleurs dites demi grand- feu. — La dureté de l'émail est un grand écueil pour le peintre sur porcelaine dure, et, loin d'obtenir aisément, comme sur la porcelaine tendre, une glaçure brillante et uniforme, il est excessivement rare que les demi-teintes n'aient pas un aspect terne et désagréable à l'œil. Aussi doit-on considérer comme une heureuse découverte les nouvelles couleurs inventées par M. Richard, peintre à Sèvres, et exposées par la Manufacture impériale, sous le nom de couleurs au demi-grand feu.

174 groupe irr. — classe 17. — section m.

Les porcelaines dures peintes avec ces couleurs présentent les tons les plus variés et les plus riches, aussi brillants, aussi glacés que les plus belles porcelaines tendres. Des spécimens de ce genre avaient déjà paru à Londres en 4862 ; mais ce n'était alors qu'une indication de ce qu'on espérait taire et de ce qu'on a aujourd'hui réalisé. L'industrie privée ne s'est $ms encore emparée de ce genre, et c'est un horizon nouveau qui s'ouvre pour la belle peinture; il y a lieu d'espérer que les artistes, assurés de leurs effets, n'hésiteront plus à travailler sur la porcelaine et de se servir de la riche palette qui leur est offerte.

| & — Chromolithographie.

Un autre progrès s'est réalisé dans la décoration, mais celui-ci dans l'industrie privée : c'est la mise en œuvre industrielle des procédés chromolithographiques.

Les couleurs ainsi employées ont péché longtemps par la glaçure; le feu les laissait presque toujours mates et ternes. Aujourd'hui de nombreux ateliers livrent au commerce des impressions admirablement réussies, à ce point qu'il faut quelquefois une grande habitude pour les distinguer des peintures à la main. MM. Macé, Prévost, Klotz, Ernie exposent en ce genre des pièces d'autant plus remarquables qu'elles sont l'expression vraie de leur fabrication.

Il faut reconnaître que ce procédé a l'avantage inappréciable de pouvoir répandre, dans les masses, des décorations de bon goût , et de remplacer, par des dessins corrects, les barbouillages qui déshonoraient autrefois les porcelaines destinées à l'usage des classes moyennes ou a l'exportation.

Il est bon que les belles choses tendent à se vulgariser par le bon marché et que le goût publie s'épure ainsi de plus en plus. C'est pourquoi il faut souhaiter qu'on fasse de la chromolithographie un usage aussi artistique que possible, et que les décorateurs qui l'emploient cherchent leurs inspirations dans les bons modèles dont nos musées sont si riches.

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§ 6. — Couleurs nacrées.

Cette décoration donne à la porcelaine dure tous les reflets irisés et changeants de la nacre; aussi s'applique-t-elle admirablement à l'imitation des coquilles naturelles, et les couleurs ont un tel éclat qu'on les croirait passées sous rémail ; elles sont d'ailleurs très-solides et se prêtent h la décoration des objets destinés à la table.

g 7. — Applications à la porcelaine de la photographie, d«> la gravure ou de la galvanoplastie.

Plusieurs fabriques se sont occupées de fixer sur porcelaine des images photographiques ; cette décoration, jusqu'à présent un peu froide et d'un aspect triste, peut devenir l'objet de grands perfectionnements.

La manufacture royale de Berlin, M. Poyard, de Paris, et M. Richard, de Milan, ont exposé des épreuves qui méritent d'être signalées. .

Une décoration d'un bel effet est pratiquée par M. Fouque, de Toulouse, qui grave en creux par. l'acide fluorhydrique l'émail de la porcelaine dure, et dore ensuite les creux dans nn ton mat tout autre que celui des parties plates.

M. Chablin, de Paris, se sert de la galvanoplastie pour enchâsser ses porcelaines dans une ornementation d'argent d'un effet très-riche et dont le prix est naturellement fort élevé.

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