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TISSUS D'AMEUBLEMENT

Par M. CARLUIAN.

g 1. — Considérations générales.

Le Jury de la classe 18 doit, plus qu'aucun autre, féliciter la Commission Impériale et M. le Commissaire général, d'avoir basé la classification des produits exposés au Champ-de-Mars sur des principes aussi simples que rationnels. Il est impossible, en effet, de ne pas reconnaître combien il est opportun de séparer les tissus d'ameublement des étoffes destinées au vêtement en général. Si leur contexture ne diffère point, il n'en est pas de même du choix des dessins et des nuances, lequel demande qu'on tienne compte de certaines conditions tout à fait spéciales.

Ainsi, dans les étoffes destinées au vêtement, on recherche surtout la fantaisie, la nouveauté, la fraîcheur des tons, l'originalité des dispositions; les innovations sont immédiatement adoptées par la mode, pour peu qu'elles satisfassent aux lois du goût.

En ce qui touche les dessins d'ameublement, au contraire, l'artiste doit éviter, en général, de s'écarter des styles, pour ainsi dire classiques, dont les plus célèbres architectes décorateurs ont arrêté les combinaisons, tels que les styles gothique, Renaissance, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, Empire et Néo-grec. Les laisser modifier par le caprice d'un dessinateur, ce serait compromettre l'ensemble d'un ameuble-

ment. Introduire les nuances crues de découverte récente dans les tapisseries ou imitations de tapisserie, dans les étoffe» ou tapis genre Smyrne, constituerait, d'un autre côté, un véritable anachronisme. . :£«

En un mot, tandis que le producteur de tissus pour vètemeut doit s'inspirer surtout de la fantaisie et de la mode, le producteur de tapis, tapisseries et tissus pour ameublement doit rechercher sans cesse l'harmonie dans les formes aussi bien que dans les nuances, c'est-à-dire s'inspirer du goût «4 des principes artistiques.

Aussi avons-nous un vœu à formuler : c'est que, eette vérité étant acceptée, toute scission disparaisse et que, désormais, il soit possible de réunir sans aucune exception, les tissus propres au môme usage dans une classe unique et sans distinction de nationalités,

g 2. — Produits exposés.

L'Exposition de 4867 est la première dans laquelle on se soit décidé à réunir les tapis et tapisseries, les velours d'Utrecht, les loiles-cuirs et toiles cirées, les damas, lesrepset popelines, et qui, par conséquent, ait permis au public de comparer la variété des dispositions et le coloris des étoffes propres à l'ameublement. Nous regrettons que les toiles imprimées, perses et cretonnes, les damas de soie, brocatelles et lampas, les mousselines brodées, aient été distraits de leur véritable spécialité : pour ne pas faire double emploi, nous serons donc forcés de dire peu de chose de ces derniers tissus d'ameublement.

Avant 1823, le nombre des tissus d'ameublement était fort restreint. On employait pour couvrir les sièges, dans les riches maisons bourgeoises, les damas de soie (1), Jes tapisse-

(1) Les damas de soie étaient fabriqués à Damas, en Syrie, dès le xi« siècle, à Gènes, puis à Avignon, vers la fin du xme siècle. En 1470, des Génois appelés au Hessis-lez-Tours par Louis XI, introduisirent cette industrie en

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ries et les draps unis (1). Les velours d*Utrecht unis et gaufrés (2), les draps imprimés en relief, créés depuis 1788, vinrent successivement s'y ajouter. Les rideaux et tentures se faisaient en quinze-seize ou gros de Tours de 1 m. 15 de large, en damas, imitation de l'Inde, et surtout en toile peinte, fabrication introduite en France par Oberkampf (1772) et Jàpuis (1775).

Jusqu'en 1834, le prix élevé des tapis les rendait presque inabordables à la consommation courante. Les seuls genres fabriqués sur une grande échelle étaient les jaspés, les feutres, lés tapis en poil de vache, les écossais double face, les terris vénitiens , et enfin les toiles cirées pour parquet, empruntées à l'Angleterre et à l'Allemagne et introduits en France par Hactat.

La fabrication de la moquette bouclée, créée à Bruxelles et à Tournai à la fin du xvn* siècle, introduite en Angleterre vers la fin du xvie siècle, ne s'est développée en France qu'à partir de 1834. La moquette à chaîne imprimée, brevetée à cette époque, ne s'est répandue qu'en 1842. La moquette veloutée à grilles, les tapis en haute-laine à points noués, les tapis en chenille, les tapis ras d'Aubusson, étaient encore d'un prix très-élevé en 1851. C'est donc réellement depuis 1855 que l'industrie des tapis a pris chez nous une place importante, en fournissant des produits à la portée de toutes les bourses. Ajoutons que depuis 1850 la moquette à palettes libres, créée a Nîmes, est venue s'ajouter aux genres que nous avons énu-

méres, mais son prix de revient, encore élevé, comme on

France. Vers la fin du xvi« siècle, les fabriques de Lyon devinrent à leur tour célèbres pour la fabrication des tissus de soie destinés à l'ameublement.

(0 Los tapisseries à la main sont connues depuis l'époque la plus reculer. Les tapisseries flamandes datent du xr» siècle; celles des Gobelins de icôu. Les draps unis, fabriqués dans les Pays-Ras depuis le xve siècle, entrèrent au xvic siècle dans l'industrie française, grâco à l'impulsion donnée parColbert.

(2) Les velours d'L'trecht furent fabriqués pour la première fois dans le commencement du xvmc siècle, par un ouvrier venu d'Utrecht, qui donna ù ce velours nouveau lo nom do sa ville natale.

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l'a dit dans le Rapport qui précède, l'empêche d'entrer pour une large part dans la consommation courante.

C'est en 1823 que fut fabriqué en France le premier damas de laine. Cet excellent tissu était fort épais; le dessin représentait un semé de fleurs de lis. Les premières pièces teintes en écarlate servirent à la décoration de la cathédrale de Reims, pour le sacre de Charles X (1). En 1834, le damas pure laine se vendait encore de 6 à 9 francs l'aune, selon la qualité. Vinrent ensuite les damas tout coton, les damas coton et laine et les damas chaîne fantaisie trame laine, fabriqués à Rouen et à Roubaix, les lastings imprimés de Puteaux, qui figurèrent honorablement à l'Exposition de 1839, ainsi que les premiers cachemires et reps produits, vers cette même époque, par les fabriques de Paris et de Nîmes.

En 1839, les fabriques de Mulhouse, Templeuve en Pevèle, Roubaix, Rouen, Paris et Ste-Maric-aux-Mines, utilisèrent les belles schappes qu'on tirait de Suisse et produisirent les premiers damas laine et soie, avec armure variée, qui contribuèrent beaucoup à augmenter l'exportation des tissus français pour ameublement. De cette époque date réellement la supériorité que notre pays a su s'acquérir dans ce genre d'industrie.

Les algériennes, les reps, les moquettes fines bouclées et veloutées remplacèrent peu à peu le velours gaufré et les draps imprimés à médaillons qui recouvraient les meubles de nos pères. Les belles mousselines brodées et brochées se substituèrent aux pékins de coton à bordure imprimée. Désormais les maisons bourgeoises devaient montrer un luxe que l'on ne rencontrait auparavant que dans les palais.

L'Angleterre ne produisait encore à cette époque sur une grande échelle, en fait de tissus propres à l'ameublement, que des moreen, sorte de reps en laine dure moirée après

(i) Les centres de production de cet article étaient Châions-sur-Marnc, Tournay. Plus tard, Bradiord, Halifax, Roubaix, Tourcoing, Cheninitz et Elbcrfeld s'emparèrent de cette fabrication.

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teinture, des damas laine et coton très-ordinaires, et des damas de laine.

La Saxe fournissait des damas laine et coton à couleurs vives; Elberfeld, ses velours d'Utrecht de basse qualité. L'Italie ne produisait et n'exportait que des damas de soie et une brocatelle commune, dite brocatelle de Florence.

En 1851, deux fabricants anglais exposèrent des damas de soie, brocatelles et lampas, fabriqués avec une certaine perfection. Chemnitz et Elberfeld envoyèrent à cette môme Exposition des damas laine et soie et des reps double face. La Russie exposa des tissus de soie et des brocarts de très-bonne fabrication, mais nous ne craignons pas d'être démentis en constatant que tous ces articles étaient des copies inférieures des produits similaires français.

Depuis cette première grande Exposition, bien des progrès ont été réalisés ; des efforts considérables, encouragés et soutenus par le développement du confort et du luxe, ont été faits de part et d'autre.

Les récompenses accordées par le Jury international, assignant à chaque industrie, sans distinction de pays, la place qui lui est due, nous n'examinerons donc qu'à un point de vue général les progrès obtenus ou qui seraient encore à réaliser.

Dans l'industrie des tapis de qualité courante, on tend à faire des tapis d'un seul morceau ou au moins d'un seul motif, en chenille, en moquette à palette libre, comme dans la moquette à grilles. L'Angleterre, les villes de Nîmes, Aubusson, Abbeville, Amiens, Tourcoing et la Belgique, ont exposé de beaux spécimens de ce genre. Les fabricants anglais de moquette à chaîne imprimée, veloutée ou bouclée, se sont abstenus d'exposer; l'Allemagne seule a envoyé des carpettes comprises dans cette fabrication, mais elles sont loin d'arriver à la perfection qui distingue les produits du même genre de la grande fabrique d'Halifax. La moquette veloutée, chaîne imprimée, si bien fabriquée à Beauvais, ne figure pas non plus à cette Exposition : nous le regrettons vivement, parce que

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des progrès sérieux ont été réalisés dans celte branche d'industrie depuis les six dernières années.

La production de la moquette veloutée à grilles, en pièces, s'est largement développée en France, et, grâce à des efforts soutenus, s'y produit à bas prix, comme le prouve, du reste, le chiffre toujours croissant de l'exportation.

Le genre Smyrne est celui qui se prête le mieux à la fabrication des moquettes 4, 5 et 6 grilles. Le genre parquet ou géométrique, les fleurs en camaïeu conviennent surtout aux moquettes à 2 et 3 grilles.

Nous devons ici constater encore une fois que cet article a gagné plus qu'aucun autre à la concurrence avec les articles similaires anglais, provoquée par l'abaissement des droits d'entrée. Malgré la hausse de la main-d'œuvre et des matières premières, la moquette à grilles se vend aujourd'hui beaucoup meilleur marché qu'avant le traité de commerce.

Les tapis à point noué des Indes anglaises et de la Perse conservent leur supériorité sous le rapport de l'harmonie et de la richesse du coloris. Malheureusement leur prix élevé empêche qu'ils n'obtiennent un débit considérable.

La Turquie a exposé un très-grand nombre de tapis, parmi lesquels il s'en trouve de très-beaux, d'un style plus simple, il est vrai, que celui des tapis de Perse et des Indes, mais possédant des tons à la fois solides et riches. Cet éclat remarquable est dû, selon les uns, au suint qui reste dans la laine ; selon les autres, aux procédés de teinture et au mélange de tous les tons d'une même gamme, qui enlève à la couleur sa crudité naturelle. A ce propos, nous constatons avec regret que les Turcs introduisent dans leur fabrication certaines couleurs nouvelles, telles que les bleus azuline, et semblent vouloir nous emprunter nos dessins, tandis que nos fabricants, au contraire, s'appliquent, et avec raison, à imiter le coloris harmonieux des tapis d'Orient.

Les tapis ras d'Aubusson demeurent toujours sans rivaux ; il est à regretter néanmoins que le défaut d'espace ait empêché

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les principaux producteurs de la Creuse d'exposer ce genre, qui restera comme une des gloires de leurs manufactures. Quelques spécimens indiquent toutefois que, malgré la hausse de la main-d'œuvre qui a forcé d'augmenter les prix, on n'a pas renoncé à la fabrication de ce beau tapis.

Les jaspés, les oursins, les tapis en coco, en chanvre de Manille, les nattes, les feutres imprimés, entrent toujours dans la consommation pour une large part ; mais on a constaté, avec raison, que les producteurs de tapis à bon marché n'ont envoyé à l'Exposition qu'un nombre de spécimens trèsinsuffisant. Ils ont craint le voisinage des tapis riches d'Aunusson et des veloutés de Nîmes. Il est inutile d'ajouter qu'ils ont eu tort, et que si le public apprécie plus volontiers les échantillons qui parlent aux yeux, le Jury et les hommes spéciaux s'intéressent, d'une façon toute spéciale, aux articles à bon marché.

Les toiles cirées françaises pour parquet ont prouvé une fois de plus qu'elles pouvaient rivaliser avec les meilleurs produits de l'Angleterre et des États-Unis. Cet article modeste passe presque inaperçu auprès des riches échantillons de tapis qui l'environnent, mais chaque jour, il en entre davantage dans la consommation. Grâce à de successifs perfectionnements, le tissu sans encollage ne tend plus à se séparer des enduits superposés qui le recouvrent, et préparé, au contraire, avec une première couche d'huile de lin à l'état tiède, il ne forme plus avec les autres couches qu'un enduit homogène. La dessiccation est aujourd'hui assez parfaite pour que ces tapis soient expédiés sans inconvénient dans les pays chauds les plus éloignés. Les gerçures, l'écaillage sont désormais extrêmement rares ; l'impression est plus parfaite, et le progrès incontestable.

L'Allemagne et l'Angleterre ont exposé de bons produits en ce genre. L'Angleterre n'a été représentée que par un seul f ibricant, mais d'un mérite réel. La France, au contraire, a fourni des spécimens à la fois beaux et nombreux.

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L'Exposition de 1867 a prouvé qu'à aucune autre époque, les étoffes pour ameublement n'ont été aussi variées ni mieu\ fabriquées. Les brocatelles, malgré une hausse très-sensible dans le prix des matières premières, sont restées à un prix extrêmement modéré, grâce à l'habileté des producteurs. Les lampas brochés sont d'une exécution remarquable; mais à ce sujet on peut reprocher, en général, aux fabricants d'avoir persisté à chercher les difficultés.

En effet, au lieu de choisir de préférence des dessins faciles à bien exécuter, tels que des fleurs ou des ornements, ils recherchent les dessins à personnages, dans le but évident d'affirmer leur supériorité. Nous devons déclarer sincèrement que cette tendance est regrettable, car les moyens dont dispose actuellement l'industrie des tapis et tissus pour ameublement ne permettent pas d'atteindre assez de perfection dans de tels genres , tout en gardant des prix rationnels ; les hommes spéciaux sont les seuls qui puissent apprécier le véritable mérite de cette fabrication, au milieu des défauts réels qui choquent les yeux du public.

Les popelines unies tout-laine ont, depuis 1862, remplacé les popelines chaîne-laine, trame colon. La production totale de cet article, tant en France qu'en Angleterre et en Allemagne, peut être évaluée, en chiffres ronds, à plus de 12 millions. Une grande partie de ces étoffes sont fabriquées à la mécanique.

Les popelines, soie et laine, rayées à deux, trois et quatre chatnes ont été fort recherchées par les acheteurs ; ce qui s'explique par l'élégance et le bon marché de ces tissus, qui sont d'un excellent emploi pour rideaux.

La consommation des damas laine diminue en Europe; mais ces étoffes continuent à s'exporter sur une vaste échelle dans l'Amérique du Sud et les colonies. Huit exposants seulement ont envoyé de ces articles, tant poui la France que pour l'Angleterre et l'Allemagne.

Les fabricants de velours d'Utrecht sont en assez grand nombre. La France et la Prusse méritent une mention spé-

tissus d'ameldlkment. 211

ciale pour cet article, qui constitue, sans contredit, le tissu d'ameublement le plus solide. En France, c'est Amiens qui conserve le monopole de cette fabrication.

Depuis 1862, on a créé pour l'ameublement un grand nombre de nouveaux articles qui se recommandent, soit par le goût, soit par le bon marché. Nous citerons : le tombouctou, tissu chaîne coton et grosse trame de laine commune, dessins rayures en travers, unies ou chinées ; le tiflis, tissu chaîne coton, trame en déchets de bourre de soie ou bourrette, rayures en travers ; le tissu indien, tissu chaîne et trame en l>ourrette ou chaîne coton et trame bourrette, tissu écru et imprimé de dessins, genre indien.

L'imberline, le gourgouran, le lampas, chaînes schappes trame laine à deux et trois lacs, sont d'anciennes étoffes qui sont rentrées dans la consommation usuelle.

Les reps fins brochés, grâce aux efforts des fabricants, imitent d'une façon remarquable la tapisserie à la main. Un article nouveau, dit velours de Savonnerie, fabriqué avec des machines à coudre perfectionnées, est venu s'ajouter dernièrement à la nomenclature, déjà si variée, des étoffes d'ameublement.

La France continue à produire exclusivement les cretonnes imprimées. L'Angleterre, l'Espagne, la Perse, ont exposé quelques toiles perses; mais les principaux centres de fabrication sont toujours Mulhouse, Claye et Rouen.

Tarare et Saint-Gall continuent à se disputer la priorité en ce qui touche les rideaux brodés; mais, grâce à l'habileté de la main-d'œuvre, la première de ces deux villes conserve l'avantage pour les broderies riches. Quant aux dessins, il est impossible de les faire entrer dans notre appréciation, puisque les mêmes dessinateurs travaillent pour les deux villes rivales. Constatons enfin que Saint-Gall conserve la supériorité pour les rideaux bon marché, broderie au crochet, lancé ou application.

Les toiles-cuirs, fabriquées spécialement par l'Angleterre et l'Allemagne, tendent de plus en plus à entrer dans la con-

sommation. Deux manufacturiers français seulement produisent cet article sur une échelle restreinte. Ajoutons que la toile-cuir en bonne qualité est d'un excellent usage et s* emploie unie ou imprimée, soit pour couvrir les sièges, soit pour servir de tenture.

| 3. — Conclusion.

L'industrie des tapis et des tissus pour ameublement s'est développée d'une façon remarquable depuis 1862. Toutes les nations ont tenu à exhiber des tapis, de sorte qu'à l'Exposition de 1867 le public a été à même d'examiner, depuis les tapis en poil de chèvre de la Roumanie et les tapis de jute fabriqués en Écosse, jusqu'aux riches tapis, façon Savonnerie.

La fabrication des tissus pour ameublement est plus concentrée. La France, la Russie, l'Angleterre et l'Autriche conservent le monopole de ces produits, qui se consomment nonseulement en Europe, mais dans l'Amérique du Nord, malgré les droits excessifs dont ils sont frappés et dans l'Amérique centrale et méridionale, malgré les crises fréquentes* qui désolent ces pays, et en Égypte.

Le tissage mécanique des étoffes riches n'a pas fait de sérieux progrès depuis 1862 : les soieries, les reps brochés, les popelines rayées se fabriquent toujours à la main, par suite de la nécessité où sont les ouvriers d'opérer de nombreux changements de chaînes ou de trames. Les tissus unis sont encore les seuls qui puissent se fabriquer avantageusement au métier mécanique.

La fabrique de velours d'Utrecht établie à Amiens, que le Jury de 1862 avait encouragée, n'a pas encore réalisé les espérances qu'elle faisait concevoir. Cette fabrique est la seule qui soit montée mécaniquement; elle a été achetée, il y a peu de temps, par plusieurs fabricants qui se sont associés pour l'exploiter en commun.

L'appréciation des mérites divers que le Jury de la classe 18

tissus d'ameublement. 213

a dû constater est certainement assez difficile. Toutefois il est impossible de ne pas reconnaître que la fabrication des tissus d'ameublement a pris en France la plus grande extension, et que notre pays conserve la supériorité sous ce rapport. Nous terminerons donc en classant de la manière suivante, par ordre de mérite, les pays de production qui se distinguent par le nombre de récompenses qu'ils ont obtenues dans la classe 18, à l'Exposition universelle de 1867 : France, Grande-Bretagne et Indes anglaises, Prusse et Confédération du Nord, Autriche.

SECTION IV

TOILES CIRÉES

Par M. PERSOZ fils.

A l'Exposition de 1867, comme aux précédentes, l'Allemagne, l'Amérique, l'Angleterre et la France ont envoyé les principaux représentants de l'industrie des toiles cirées. Les articles exposés sont, en général, de grands tapis de pied pour salle à manger et pour bateaux à vapeur, des tapis de table, des toiles cirées pour ameublement, imitant le maroquin et pouvant le remplacer dans bien des cas, des toiles et des tissus de soie gommés. La grande dimension que doivent présenter aujourd'hui certains tapis, a obligé le fabricant de tissus à augmenter beaucoup son matériel et à établir des métiers d'un modèle nouveau, qui permettent de satisfaire aux exigences du consommateur.

Quelques progrès ont été réalisés dans l'industrie des toiles cirées depuis 1862, mais ils ne sont pas de nature à être appréciés à la seule inspection des produits, puisqu'ils résident dans des procédés ou des détails de fabrication.

Sans doute, les améliorations qu'on a apportées, soit dans la gravure, soit dans la peinture en décor, n'ont pas laissé que de contribuer, pour une bonne part, à la perfection qu'on a atteinte dans l'impression des dessins, surtout pour les imitations de bois, d'écorces et de pierres qui figurent d'ordinaire dans les articles destinés à l'ameublement. Nous reconnaissons aussi que les nouvelles couleurs artificielles ont enrichi

TOILES CIRÉES

la palette de l'imprimeur, mais les perfecli«»nnements auxquels nous faisons allusion sont d'un autre ordre.

Jusqu'à présent, on fabriquait les toiles cirées sur des tissus peu serrés, à fils très-espacés, dont les intervalles ou les vides étaient garnis par un encollage à base de farine de graine de lin, ce qui faisait perdre au tissu sa souplesse et le rendait même parfois cassant. Aujourd'hui, on a compris la nécessité d'employer des toiles plus serrées ; d'autre part, la diminution du prix des huiles, par suite du traité de commerce, a déterminé le fabricant à remplacer l'encollage ordinaire par l'emploi d'une huile cuite siccative d'une grande consistance. Cette substance conserve au tissu toute sa souplesse, et le dispose à mieux faire corps avec les enduits colorés qu'il est destiné à recevoir. Au point de vue de la solidité des toiles cirées, nous voyons dans cette pratique un .jrand progrès accompli.

D'un autre côté, on a perfectionné, d'une manière notable, les moyens de dessécher les toiles. Jusque dans ces derniers temps, il était d'usage, après qu'on les avait tendues sur des cadres et enduites de colle, de couleur, de vernis, etc., de les exposer au grand air, afin de provoquer l'oxydation et la résinification des huiles. De là, de graves inconvénients; car, par un temps sec, le fabricant avait au moins à redouter l'action de la poussière, qui pouvait altérer le brillant des vernis ; par un temps humide et pluvieux, il était forcé de rentrer ses cadres sous des hangars et d'attendre un moment favorable pour les remettre en plein air.

La fabrication des toiles cirées de grandes dimensions :i engagé les industriels à chercher un moyen d'éviter tous ces déplacements, et c'est alors qu'ils ont songé à l'emploi des étuves. Encouragés par de bons résultats, ils ont généralisé le système d'étuvage et ont fini par l'appliquer à la fabrication de tous leurs produits, ce qui leur a permis de travailler en toute saison et d'une manière régulière. Les pièces de toile huilées, vernies ou couvertes de couleurs sont ainsi soumises

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à la dessication jusqu'à ce qu'elles n'adhèrent plus les unes aux autres , quand on les superpose. On a adopté aujourd'hui deux systèmes d'étuve, pour lesquels on fait usage de vastes chambres construites en briques. Dans le premier, le chauffage s'effectue par une circulation de vapeur sous pression, et n'offre ainsi aucun danger d'incendie; dans le second, on a recours à l'air chaud qui provient d'un calorifère ordinaire , et le plus souvent d'un calorifère à cloche. Le mouvement de l'air de la chambre a lieu, dans les deux cas, de haut en bas. Il est incontestable que, par ce dernier mode de dessication, les huiles s'oxydent et se résinifient beaucoup plus promptement, mais en revanche, on n'est pas, comme avec le premier système, à l'abri des causes d'incendie. On n'entend parler que trop souvent d'établissements de toiles cirées détruits par le feu, ou, comme on se plaît à le dire, par des combustions spontanées. La plupart du temps, ce sont des étincelles échappées du calorifère qui viennent enflammer la vapeur d'essence dont l'air de l'étuve est saturé dans certaines zones.

L'application du transport des dessins obtenus par la tailledouce et la lithographie s'est généralisée de plus en plus. Quant aux dessins, ils ont éprouvé peu de variations, comme on pouvait s'y attendre : le genre arabesque, les imitations de bois et les grands sujets, avec bouquets de fleurs, imitation des tapis d'Aubusson, sont toujours en faveur dans le commerce.

C'est dans la section française que nous trouvons les spécimens les plus nombreux de l'industrie des toiles cirées. Nos fabricants ont certainement, sur ceux des autres pays, une supériorité marquée pour le goût des dèssins et pour la netteté de l'impression, ce qui ne les empêche pas de pouvoir livrer leurs articles à bon marché. Nous citerons, à cette occasion, des tapis de table de bonne fabrication à 30 et 36 francs la douzaine. On trouve aujourd'hui, en France comme en Angleterre, des tapis de très-grande dimension ; nous avons vu, notamment, un tapis de parquet de 15 mètres de long sur 7 mètres de large, sans couture. C'est en vue de faciliter le

TOILKS CIHÉES.

tissage de pareils articles, qu'on a imaginé récemment un système nouveau de métier, muni d'une navette électrique. Cette pièce est portée, d'une extrémité à l'autre du tissu, par un petit chariot métallique qui, sous l'influence d'une pile, exécute de lui-même un mouvement de va-et-vient sur un long rail. Nous ignorons quel doit être l'avenir de cet appareil, et s'il a reçu, quant à présent, des applications.

L'industrie des toiles-cuirs, imitation de maroquins ou de cuirs vernis, sur tissus lisses ou croisés, a pris dans notre pays une grande extension, par suite de l'emploi qu'on fait de ces articles dans la sellerie, la carrosserie, la chapellerie, l'ameublement, la confection des objets de voyage et de bureau, etc. Mais cette industrie est, en quelque sorte, monopolisée par un seul fabricant, M. Cantel, de Rouen, qui a été le premier à l'introduire en France. Nous avons remarqué, dans son exposition, des toiles-cuirs pour tapisserie, avecsujets imprimés rouge, vert et or, de fort bon goût. Quant à la fabrication des soies gommées, c'est une iiMiustrie essentiellement française.

Nos exposants sont si nombreux cette année, et quelquesuns réunissent une telle variété d'articles, que nous ne pouvons songer à passer en revue leurs produits. Nous nous bornerons donc à rappeler que MM. Lecrosnier, Baudoin, Martin-Delacroix, Roze, etc., sont toujours à la tête de la fabrication française.

L'Angleterre compte un assez grand nombre d'exposants, mais quelques - uns seulement préparent des toiles cirées proprement dites. La plupart ont adopté un genre particulier de tapis de pied qu'on a cru devoir classer également dans la catégorie des toiles cirées. Ces tapis n'ont en général aucun tissu pour base ; ils sont formés simplement d'une pâte de liège très-divisée, agglutinée par de la gutta-percha. Le mélange de ces matières est laminé entre des cylindres chauds, puis découpé en morceaux de forme et de dimensions voulues, enfin mis en couleur ou imprimé. Cette composition

s'appelle kamptulicon, du nom de son inventeur. Elle offre l'avantage de n'être pas chère et de durer beaucoup; elle a aussi la propriété d'amortir le bruit des pas. Beaucoup d'industriels se livrent exclusivement à sa fabrication. Le kamptulicon est d'ailleurs un article de consommation locale. Il est difficile à expédier, car on ne peut le plier sans s'exposer à le briser, et, en outre, dans des pays chauds, il se ramollirait trop pour être de bon usage. Dans un climat tempéré, peu sujet à de grandes variations de température, comme l'Angleterre, ce genre de tapis offre des avantages réels.

Parmi les fabricants de toiles cirées proprement dites, nous signalerons M. Nair, qui fait preuve de goût dans le choix de ses dessins pour tapis d'appartement, et MM. Chorley et Debenham qui exposent d'assez bons tapis pour planchers.

Plusieurs maisons anglaises fabriquent aujourd'hui les toUencuirs. Nos voisins sont arrivés, comme nous, à une grande perfection dans ce genre. La Compagnie du Leather-Cloth a exposé un bel assortiment de ses articles , quelques-uns avec des impressions or, pour tentures et tapisseries, d'une trèsbonne exécution. La maison Kohnstamm a présenté aussi d'excellents spécimens.

Les produits exposés cette année par les États-Unis ne donnent pas une idée exacte de l'importance qu'a prise Findustrie des toiles cirées dans ce pays. Seul, M. Townsend a envoyé de grands tapis d'appartements, imitation de mosaïques ou de carrelages.

Nous avons peu de choses à dire des autres nations, qui sont peu représentées dans cette spécialité. Cependant, il est incontestable que des progrès ont été accomplis généralement.

La Prusse, l'Autriche et l'Italie nous ont révélé quelques fabricants de talent, parmi lesquels nous citerons MM. Bur-

chardt, de Berlin, Paget, de Vienne et Graferoni, de Florence. Les articles allemands sont à bon marché.

Papiers peints, par M. M. Aldrophe, architecte de la Commission impériale, membre du Jury international de 1862.

PAPIERS PEINTS

Par M. AIJ)ROPHE.

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