CHAPITRE L
FRANCE
S 1 . — Orfèvrerie ordinaire.
Jadis l'orfèvre créait et exécutait lui-môme son œuvre ; aujourd'hui l'importance des affaires l'a forcé peu à peu à introduire chez lui la division du travail, si utile dans la grande industrie. S'il n'est plus le génie qui crée, il est le génie qui inspire, qui dirige et qui donne à l'œuvre son unité. Son influence est grande ; il sait imprimer à toutes les productions qui sortent de son atelier un cachet qui en révèle l'origine, cachet d'autant plus remarquable, que souvent les mêmes artistes, les mêmes ouvriers ont prêté à des orfèvres différents le concours de leur talent.
Les frères Fannière seuls aujourd'hui sont à la fois dessinateurs, sculpteurs, ciseleurs et fabricants ; ils sont les dignes élèves de leur oncle Fauconnier, et leur exposition offre un ensemble tout à fait exceptionnel. Le bouclier la Chute des Anges en est la pièce capitale. Ce bouclier, non encore achevé et d'une remarquable composition, est en acier repoussé par M. Fannière aîné ; c'est certainement l'œuvre de ciselure qui, à cause de ses hauts-reliefs extraordinaires, renferme le plus de difficultés vaincues, et son heureux possesseur, M. le duc de Luynes, dût-il le conserver dans l'état où il est actuellement, n'en posséderait pas moins le plus beau morceau qui soit, peut-être, jamais sorti de la main d'un ciseleur.
Un second bouclier aussi très-digne d'attention, exécuté sur une forme ronde dans le style de la renaissance, représente les
principaux héros du Roland furieux. Les différents médaillons de ce bouclier sont reliés entre eux par un fond d'arabesques traités avec une très-grande douceur. La composition et la sculpture sont de M. bannière ainé, et l'exécution en ter repoussé de M. Fannière jeune. L'exposition de MM. Fannière renferme encore, entre autres œuvres hors ligne, plusieurs pièces d'un service de table en argent style renaissance, trèsremarquables comme exécution, surtout le sucrier dont le corps et le couvercle sont en repoussé : le bouton du couvercle représente un Indien épluchant une canne à sucre ; les pieds sont formés par trois petites figurines terminées par des pieds de biche ; la composition et la ciselure de cette petite pièce suffiraient pour établir la réputation d'un artiste; un vase en argent ( style grec ) dont le corps est orné de Victoires ailées tenant des couronnes et dont les anses sont formées de chevaux tenus en bride par de petits Génies ailés, a été offert par l'Empereur au grand prix de Paris en 1867; un service à thé en argent repoussé style Louis XVI, très-riche d'ornementation et de travail ; une couronne de lauriers en or repoussé, offerte par la ville d'Agen au poëte Jasmin; deux charmantes salières bouts de table « Neptune et Amphytrite » ; de petites coupes à fruits fort élégantes, le tout d'une exécution digne sous tous les rapports de ces artistes éminents.
La riche et importance exposition de M. Odiot nous montre une série d'objets véritablement en usage dans nos demeures , d'une très-belle exécution , et quelques-uns, comme le surtout appartenant à M. Pétin, décèlent une certaine habileté à rendre des sujets qui se prêtent peu à ta décoration artistique. Les candélabres se distinguent par leur composition : les ouvriers forgerons ainsi que ceux de la pièce principale sont bien groupés avec les instruments de leur état ; on pourrait peut-être leur reprocher un peu d'uniformité dans les types. Cette œuvre est de M. Gilbert. Une importante pièce de milieu, exécutée pour M. le comte de Chevigné, dans le style qui marque la transition de Louis XV
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à Louis XVI , mérite de justes éloges. Nous aimons moins le surtout du duc de Galliéra, œuvre hors ligne cependant comme exécution ainsi que tout ce qui sort de la maison qui nous occupe. Une paire de charmants petits flambeaux Louis XVI , reproduction galvanoplastique du modèle en or, d'une remarquable ciselure , une paire de chandeliers Louis XIII , trèspurs de style, puis une série de services à thé, de pièces courantes d'une excellente fabrication , complètent cette exposition qui maintient toujours la maison Odiot au rang qu'elle occupe depuis longtemps.
La pièce la plus importante de l'exposition de M. Froment- Meurice est le buste de l'Empereur, destiné à la cheminée du salon de l'Empereur à l'hôtel de ville. Ce buste, sculpté dans une aigue-marine , est posé sur un piédouche orné de jaspe sanguin devant lequel l'Aigle impérial déploie ses ailes et se détache sur un fond de jaspe rouge semé d'étoiles de topaze, de clous de perles et bordé de rosaces d'améthystes ; à droite et à gauche deux femmes assises et appuyées sur des enfants, personnifient la Paix et la Guerre; les draperies de ces figures sont en argent, et les nus en cristal de roche fumé. La composition de ce morceau, due à M. Baltard , est belle dans son ensemble et l'exécution en est très-soignée ; les femmes et les enfants sont heureusement groupés par l'artiste , M. Maillet ; seulement , nous n'aimons guère l'emploi de matières transparentes pour les parties nues dont h; modelé , certainement très-bien traité par l'artiste, disparaît complètement en alourdissant les formes. Nous préférons l'emploi que M. K. Froment-Meurice fait du cristal de roche dans sa composition de la coupe et des candélabres commandés par l'Empereur ; c'est là certainement une des œuvres les plus complètes de son exposition. La coupe offerte par la ville de Vienne à Ponsard, également composée par lui et sculptée par M. Taméré, est très-élégante; on y remarque notamment les arrangements du pied et les heureux groupement et agencement des trois figures de Lucrèce , Agnès de iMéranie et Charlotte
Corday élevant des couronnes de lauriers pour supporter la coupe dont l'intérieur est émaillé. Le surtout de table de M. I. Péreire, dont les figures sont en argent repoussé au marteau, ainsi que plusieurs figures bien exécutées et parmi lesquelles nous citerons une Nymphe d'après un marbre du xvme siècle , d'un joli caractère , une amphore également repoussée au marteau, d'une seule plaque d'argent, sont de bons spécimens du travail de l'orfèvre. Un service à thé arabe d'une forme élégante, d'une jolie décoration et muni d'anses d'un arrangement nouveau, est très-bien réussi.
M. Froment-Meurice expose aussi, dans le salon des Manufactures impériales, le berceau du Prince Impérial offert par la Ville de Paris : cette œuvre célèbre, composée parM.Baltard, dont les figures sont sculptées par Simart et les émaux exécutés à Sèvres d'après les cartons d'Hippolyte Flandrin, est trop connue pour que nous la décrivions; nous dirons seulement que son exécution est tout à fait digne de sa haute destination.
M. Duponchel nous offre une exposition un peu restreinte ; elle renferme cependant de fort jolies chose?, telles que la jardinière Louis XVI en argent, avec ses deux figures de Satyres aux extémités, et le réchaud, charmante composition de Rlagmann, même style et faisant partie du même service ; le tout est très-finement ciselé par M. Honoré.
Nous vovons encore un surtout de table avec candélabres
sculptés par M. Gilbert, bien composés et exécutés avec soin; une coupe en jade oriental supportée par quatre panthères , d'une composition originale; plusieurs services à thé; un verre d'eau en argent et cristal, d'un effet charmant; enfin, un ensemble de pièces d'orfèvrerie d'usage, dignes de la réputation de celte maison.
Nous signalerons encore les expositions de M. Marrel et de M. Kudolphi qui contiennent un certain nombre d'objets d'art, tels que prix de course, buires, boucliers, vases ornés de lapis et de pierres diverses, etc., fabriqués avec soin, mais d'un
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genre un peu démodé ; puis, celles de MM. Veyrat et Balaine, qui ont abandonné à peu près leur ancienne fabrication du plaqué pour s'adonner à l'orfèvrerie argentée et d'argent, et nous ont montré, ainsi que M. Cosson-Corby , fabriquant spécialement l'argent, une série d'objets pour le service de table, d'une bonne exécution commerciale.
Nous signalerons égalemeut M . Gombault pour son métal blanc, et M. Roussel pour des tabatières, des boîtes de toutes sortes, des timbales faites sans soudure par un ingénieux procédé d'estampage.
§ 2. — Orfèvrerie d'église.
L'orfèvrerie d'église est représentée à l'Exposition par un petit nombre d'orfèvres, mais elle n'en brille pas moins d'un très-vif éclat. MM. Poussielgue-Rusaud, Àrmand-Calliat, de Lyon, Baehelet et Trioullier ont tous les quatre une exposition extrêmement remarquable sous le rapport artistique aussi bien que sous le rapport commercial.
La pièce la plus importante est le maître-autel de la cathédrale de Quimper, exposé par M. Poussielguc. Gette œuvre, exécutée sur les dessinsde M. Bœswilwald, est remarquable par sa richesse qu'elle emprunte à une variété de dessins trèsgrande et à l'emploi heureux d'émaux en champ levé trèsbien réussis. La main-d'œuvre en est très-belle, et c'est un vrai travail d'orfèvrerie dans lequel le fabricant a su habilement éviter l'usage du bois, jusqu'à ce jour employé comme fond et support du métal. On ,a aussi remarqué la décoration du tombeau de l'autel, ciselé en relief avec une très-grande douceur et un modelé très-fin. L'exposition de ce fabricant renferme encore un très-grand nombre de pièces dignes de remarque, parmi lesquelles nous citerons l'autel en bronze doré pour une chapelle de la cathédrale d'Amiens, d'après les dessins de M. Viollet-le-l)uc ; le mobilier de Notre-Dame de Paris, dont nous signalerons l'ostensoir, la couronne de lumière,
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et deux grands candélabres en bronze fondu et ciselé d'une belle et originale composition due également à M. Violletle-Duc; le buste de Saint Julien, beau travail au marteau, enrichi de pierres fines, puis des pièces d'orfèvrerie et de bronze, plus courantes, d'une fabrication économique et très-soignée, parmi lesquelles nous citerons les services du culte à bord des navires de l'Etat, se distinguant par leur simplicité de bon goût et leur prix peu élevé.
La ville de Lyon nous a envoyé un orfèvre dont les efforts sont dignes des plus grands éloges et qui, avec les seules ressources locales , est arrivé à faire une exposition hors ligne. La production de IL Àrmand-Calliat est moins considérable que celle de son confrère île Paris, M. Poussielgue ; mais les résultats obtenus par lui au point de vue artistique peuvent soutenir dignement la comparaison.
L'ostensoir de Notre-Dame-de-la-Garde. de Marseille, et les pièces qui l'accompagnent, surtout la crosse, exécutés sur les dessins de M. Bossan, architecte lyonnais, sont très-remarquables sous tous les rapports. Les émaux, de M. Geffroy, sont également bien réussis.
Une statue de saint Pierre, très-belle comme composition et surtout comme exécution ; un tabernacle et son exposition, d'un dessin très-pur et très-soigné de monture; une paire de chandeliers à chaînettes, très-élégante, complètent cette exposition recommandable à tant de titres.
L'exposition de M. Bachelet est bien restreinte ; elle offre cependant quelques belles pièces exécutées sur les dessins de M. Viollet-le-Duc, et un ostensoir d'une très-grande richesse destiné à la cathédrale de Besançon.
L'exposition de M. Trioullier est plus importante et renferme un certain nombre de pièces d'une très-bonne fabrication courante. Nous signalerons surtout une grande châsse, style romain, décorée d'émaux et composée par M. Dumontet.
Nous parlerons également, à cause de son importance, du grand tabernacle de M. Thierry, destiné aux Etats-Unis de la
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(Colombie, tout en lui reprochant un peu de confusion au point <le vue du style.