‹ Exposition universelle de 1867 Rapports du jury internationalChapitre 37 sur 75 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

PAYS ÉTRANGERS

Hollande et Belgique. — La Belgique et la Hollande ne sont représentées que par quelques orfèvres qui, pour la plupart, n'ont pas fait d'envois considérables.

M. Bourdon, de Bruynes, connue orfèvre d'église, nous montre une porte de tabernacle et une châsse émaillées, faites avec quelque soin, un calice et un ostensoir convenablement fabriqués. M.Dufour, un milieu de table avec groupe d'animaux et bas-reliefs de nature morte, d'une assez bonne exécution. M. Van Kempen, le plus important des orfèvres hollandais, a un certain nombre de pièces d'orfèvrerie courante, argent deuxième titre, ordinaires comme fabrication , mais bien soignées comme poli. On voit aussi dans la vitrine de cet exposant un certain nombre de pièces en argent, telles que groupes d'animaux, vases, etc., obtenues par la galvanoplastie en deux coquilles seulement, au moyen d'un procédé de moulage ingénieux dû aux soins de M. Van Kempen fils.

Prusse , Wurtemberg et Autriche. — L'orfèvrerie d'art, à proprement parler, n'existe plus en Allemagne, et, à l'exception de MM. Sy et Wagner et de MM. Vollgold et fils de Berlin, nous ne rencontrons en ce pays qu'une orfèvrerie légère, de titre inférieur, obtenue au moyen de l'estampage dans des conditions de bon marché extraordinaire. Ces procédés de l'estampage donnent des décorations compliquées ; mais les produits, remplis de plâtre ou de ciment, laissent beaucoup à désirer au point de vue de la solidité.

MM. Sy et Wagner, de Berlin, ainsi que nous le disons plus

haut, l'ont exception et maintiennent dignement la réputation que s'était conquise M. Hossauer, leur prédécesseur.

Ces fabricants ont exposé cette année , avec le bouclier des hommes célèbres qu'ils avaient déjà envoyé à Londres, la reproduction d'un bouclier offert par la noblesse de Berlin au roi et à la reine de Naples ; ce bouclier renferme de trèsbonnes qualités et a demandé une certaine habileté de main,

Nous avons surtout remarqué un petit service de table en argent, d'une élégante composition et dont les pièces de dessert en particulier sont très-bien réussies; un porte-cornet à fleurs mérite aussi de justes éloges, et deux petites plaques en argent repoussé, destinées à un porte-bouquet, montrent la grande habileté du ciseleur qui les a faites.

Il est à regretter que M. Vollgold, de Berlin, soit arrivé tpop tard pour prendre part au concours , mais nous signalerons une importante pièce de milieu en argent massif, assez remarquable connue composition, et dans laquelle le fabricant a su allier avec intelligence différents procédés de fabrication, tels que la fonte, la ciselure et la galvanoplastie.

Le Wurtemberg nous a envoyé un orfèvre assez important, qui fait des efforts pour sortir de cette orfèvrerie légère si répandue en Allemagne. M. Forster nous offre en effet un certain nombre de pièces pour le service de table et le thé, bien fabriquées et décorées avec soin.

Les orfèvres autrichiens se sont abstenus, et nous n'avons trouvé dans le palais du Champ-de-Mars que les couverts en métal blanc de MM. Conraetz etDittler, qui exercent à Vienne la même industrie que M. Gombault à Paris.

Espagne. — La section espagnole ne renferme qu'un seul orfèvre, M. Moral i lia, qui a envoyé une pièce unique, un grand ostensoir de deux mètres environ de hauteur, qu'on a déjà vu à l'Exposition de Londres en 1851, et dont la description se trouve dans le très-intéressant rapport de M. le duc de Luynes sur cette exposition.

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Danemark, Suède et Norwége. — Les orfèvres danois jouissaient autrefois d'une bonne réputation ; les échantillons qu'ils nous ont envoyés dénotent encore une certaine habileté. Il existe en Danemark une société dont on rencontre l'heureuse influence et la direction dans plusieurs classes de l'Exposition et qui, nous le pensons, est appelée à rendre des services dans son pays. Nous reprocherons cependant à la Société danoise de Copenhague pour l'application des arts à l'industrie , en ce qui concerne l'orfèvrerie , de s'adonner exclusivement à un môme style, en ne demandant à ses artistes et à ses dessinateurs que l'application du style grec. Tous les orfèvres danois ont suivi l'exemple de cette société, aussi ne voyons-nous dans leurs vitrines que des objets puisés aux mêmes sources.

Nous avons remarqué dans l'exposition de la Société danoise, une vasque supportée par un trépied grec pur de style et de forme bien étudiée, une petite coupe à anses très-élégante, plusieurs services à thé bien exécutés. Presque tous ces objets sont fabriqués par M. Christesen, orfèvre de Copenhague, qui expose de son côté, dans une autre vitrine, une corne à boire en argent massif d'une très-belle exécution et une série de vases, de services à thé de formes bien étudiées.

MM. Dufva, orfèvre suédois, et Tostrup, orfèvre norwégien, exposent une certaine quantité d'objets courants d'une fabrication ordinaire.

Russie. — L'exposition russe d'orfèvrerie est certainement Tune des plus curieuses du palais du Cham p-de-Mars; elle emprunte son intérêt à la variété des couleurs que les fabricants du pays savent donner à leurs œuvres en faisant passer le métal par toutes les teintes possibles, et à l'emploi habile des nielles et de la damasquinure. Il est cependant à regretter que les orfèvres russes ne choisissent généralement pour les transformer en or ou en argent que des modèles d'une forme et d'une composition

un peu vulgaires, dont l'exécution se comprendrait mieux en d'autres matières moins précieuses.

Le plus important des orfèvres russes est M. Sazikoff; la pièce principale de son exposition est un grand bas-relief er. argent repoussé, travail fait avec soin, mais un peu dur de ciselure. M. Sazikoff expose dans sa vitrine une série d'objets décorés dans le goût national, tels que son service à thé en argent complètement noirci, et enlacé de hranchesde roseaux ciselées en demi-relief et dorées. La composition et la décoration de ce serviee à thé sont très-originales; il en est de même d'une série de vases, de coupes, de petits services à thé, où les nielles, la damasquinure et l'émail sont habilement distribués et les rendent intéressants.

M. Ovtchinnikoff expose quelques pièces d*orfévrerie qui dénotent une main très-habile, comme dans le groupe allégorique de l'Avenir du peuple affranchi, où la finesse excessive de la ciselure donne avec une vérité extraordinaire la trame des différentes étoffes. On remarque encore dans cette exposition un calice et une couverture de missel d'une belle exécution. L'exposition russe renferme aussi une série d'objets envoyés par le comité agricole du Caucase, objets d'orfèvrerie légèrement repoussée, quelquefois niellée et émaillée, destinés à l'usage du pays.

Italie. — Nous ne trouvons dans l'exposition italienne que des reproductions d'oeuvres anciennes. Quelques-unes sont faites avec une très-grande habileté, en particulier les plats et les coffrets, incrustés d'or et d'argent, de M. Cortelazzo.

Nous avons également remarqué l'exécution d'un Faune reposant sur un socle porté par quatre Chimères, et surmoulé sur un modèle du xvr siècle.

Turquie. — La Turquie n'a envoyé que des objets de filigrane, en très-grand nombre il est vrai, mais n'offrant qu'un intérêt médiocre ; on peut toutefois citer dans cette exposi-

ORFEVRERIE.

tion quelques pièces damasquinées et niellées, exposées par MM. Yorghi-Dimitri et Yanaki.

Ètats-Unis. — Un seul orfèvre, M. Tiffany, de New-York, représente l'orfèvrerie des États-Unis. Il a envoyé plusieurs services à thé de formes jolies, décorés avec goût d'ornements bien gravés et ciselés.

Angleterre. — L'Angleterre est le pays où la fabrication de l'orfèvrerie a reçu le plus de développements et où la fortune privée, plus considérable qu'en France, peut lui en donner encore davantage. Nous voyons donc avec étonnement combien peu de créations nouvelles ont signalé l'industrie des orfèvres anglais depuis la dernière Exposition. En effet, à l'exception de MM. Elkington et Cie, dont l'exposition fait beaucoup d'honneur à leur pays, et de M. Hancock, qui a envoyé deux ou trois pièces nouvelles, les orfèvres anglais n'ont exposé que des œuvres déjà connues. Nous retrouvons dans la vitrine de MM. Hunt et Roskell, les productions de Vechte, d'Armsted, etc. , qu'ils avaient déjà montrées en 18(>2, telles que le grand vasecandélabre de Vechte, ainsi que la belle couverture de missel en platine repoussé du même artiste, travail qui nous fait vivement regretter de ne pas voir de nouvelles œuvres de ce maître éminent. Nous retrouvons également chez M. Hancock son vase de Shakespeare et les coupes de Milton, Byron, Moore et Bums, ainsi qu'un grand nombre de prix de courses et t testimonial » déjà connus.

MM. Elkington et O, seuls, nous offrent des productions nouvelles intéressantes, et ce sont certainement ceux des orfèvres anglais qui ont fait le plus d'efforts ; aussi parleronsnous de leur exposition avec quelques détails. Un bouclier repoussé en argent et acier, l'acier avec riche incrustation d'or, est l'œuvre remarquable de M. Morel-Ladeuil, artiste français attaché depuis longtemps à leur établissement. Ce bouclier est partagé en trois médaillons principaux représentant des

sujets tirés du Paradis perdu de Milton. Le médaillon du centre représente l'ange Raphaël racontant à Adam et à Ève la rébellion du ciel ; à gauche de ce médaillon, les anges révoltés se préparent au combat ; à droite on voit la Lutte, et en-dessous au milieu, l'Archange Michel vainqueur du démon. La composition de ce bouclier est très-belle et fait beaucoup d'honneur à l'artiste; l'exécution en est habile, et s'il nous est permis de faire une critique, nous regrettons qu'il n'y ait point un peu plus de douceur et d'ampleur dans la ciselure, qualité que possèdent à un haut degré les maîtres de l'artiste, Vechte et les frères Fannière.

Les œuvres principales de l'exposition Elkington, après ce bouclier, sont une aiguière avec allégorie du Jour et de la Nuit, dessinée par M. Willms et très- bien ciselée par M. Morel-Ladeuil; un pot à bière avec médaillons représentant la Tragédie, la Comédie, la Danse et la Musique; deux coupes: la Musique et la Poésie, en argent repoussé par M. Morel-Ladeuil ; enfin un grand bouclier de six pieds de haut en fer repoussé par M. Cayley et dessiné par M. Willms, qui représente la Grande-Bretagne entourée des Volontaires anglais et écossais. Ce travail non encore terminé est traité avec beaucoup d'ampleur et de fermeté. Plusieurs services de table dans le style grec et greco-romain, une paire de seaux à Champagne, d'une jolie décoration, une paire de trépieds supportant de grands vases richement décorés d'or et d'argent oxydé dans le style persan et un grand nombre de pièces d'orfèvrerie courante bien fabriquées, complètent cette importante exposition.

MM. Hancock et fds, avec le vase de Shakespeare et les autres pièces. allégoriques de la Poésie et de la Grande-Bretagne dont nous avons déjà parlé, exposent un grand vase en argent repoussé et modelé par M. H. Armsted; les bas-reliefs de ce vase représentent des sujets tirés du poëme de Tennyson « la Mort du roi Arthur » et les ornements du col et du pied sont formés de sujets allégoriques. Ce vase est bien traité comme exécution , et l'ensemble en est satisfaisant quoiqu'on

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en vérité, on puisse constater quelques défaillances dans le dessin.

L'exposition de MM. Hancock et fils, comme celle de MM. Hunt et Koskell, renferme en outre un certain nombre de pièces déjà connues et conçues dans le goût anglais, où l'intérêt du sujet et la richesse de la matière et de l'ornementation, recherchés principalement, excluent presque complètement toute autre qualité.

M. Harry (Emmanuel) expose un bouclier en argent repoussé exécuté par M. Pairpoint; ce travail, fait avec assez de soin, laisse cependant à désirer sous le rapport du dessin.

Nous avons passé en revue l'orfèvrerie exposée par les différentes nations. On a pu constater que la France, grâce aux efforts qu'elle a faits et aux produits hors ligne qui sont sortis de ses ateliers, a conservé le premier rang qu'elle occupe dans une industrie éminemment artistique. D'autre part, il faut le reconnaître, l'Angleterre, qui, lors de l'Exposition de 1862, avait réalisé des progrès très-réels, n'a pas poursuivi ses efforts et que, presque entièrement, elle a laissé improductif le talent d'artistes éminents appelés à elle à grands frais. Quant aux autres nations, leur exposition restreinte n'annonce pas un grand développement, et, après la Prusse et la Russie, on ne rencontre que des œuvres d'un intérêt très-médiocre.

SECTION II

ÉMAUX ET DAMASQUINE

Pau M. PHILIPPE DELAROCHE.

§ l. — Émaux en général.

L'émail lend de jour en jour à prendre une place plus importante dans l'industrie française : les bijoutiers, les orfèvres, les bronziers actuels l'utiliscul beaucoup plus que leurs prédécesseurs pour l'ornementation des objets qu'ils fabriquent, et les émaux, qui autrefois îfétaieut guère employés en France que par les artistes proprement dits, entrant de plus en plus dans le domaine de l'industrie, se vulgarisent pour ainsi dire, tout en exigeant de la part de ceux qui les emploient un goût éclairé et des connaissances approfondies sur l'art et la chimie.

L'émail est un cristal souvent coloré par divers oxydes métalliques qu'on applique à l'état de poudre délayée, comme une pâte sur l'excipient (corps à émailler), et la cuisson, opération extrêmement délicate, en le vitrifiant, vient faire adhérer l'émail à l'objet qu'il doit recouvrir. La grande difficulté est d'arriver à trouver des émaux qui puissent supporter un même degré de chaleur. On approche certainement de ce but, mais malgré des recherches assidues, ni l'art ni l'industrie ne l'ont encore complètement atteint.

Il y a plusieurs espèces d'émaux dont il est utile de donner la nomenclature, avant d'arriver à l'examen des émaux exposés dans la classe 21.

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1° Les émaux cloisonnés, c'est-à-dire séparés par une petite cloison rapportée et soudée qui forme le contour du dessin que l'on veut représenter ;

2° Les éïnaux de basse-taille sont des émaux translucides appliqués sur un bas-relief ciselé en or. Le modelé et le relief sont obtenus par les différentes épaisseurs de l'émail;

3° Les émaux champs-levés se font eu creusant le métal, soit à l'aide du burin, soit à l'aide de l'eau-forte, en réservaut des petites cloisons qui sont ensuite remplies d'émail ;

4° Les émaux de Limoges, qui, pour la plupart, se font sur cuivre. On commence par poser sur l'excipient un fond sombre, bleu, noir ou violet, et l'on dessine les sujets au moyen d'émail blanc pulvérisé et mouillé ; puis, après plusieurs feux de blanc, on pose des paillons légers d'or ou d'argent découpés dans la forme voulue, si le sujet demande des couleurs, et on les recouvre d'émaux transparents.

o° Les émaux de Toutin et de Petitot. On commence par émailler l'excipient en blanc, puis on peint à peu près comme sur porcelaine; en mêlant du blanc à toutes les couleurs pour leur donner de l'opacité.

Ces deux dernières espèces d'émaux ont été l'objet spécial des études de M. Charles Lcpec, dont tout le monde a pu admirer la vitrine remplie d'objets d'une valeur artistique incontestable, et qui sont le résultat de longues et patientes recherches de l'art de Téniailleur et sur la composition chimique des émaux. Il s'est efforcé d'amener les émaux à pouvoir subir le même degré de chaleur, et à les rendre assez durs au feu pour que la beauté des tons dépendît surtout d'une température très-élevée. On comprendra facilement l'a\ antage de cette façon de procéder, puisque ainsi l'altération de l'émail est beaucoup moins à craindre. M. Lcpec, qui a bien voulu nous donner de nombreux renseignements sur les moyens qu'il emploie pour l'exécution de ses émaux, suit en général une marche inverse de celle de Petitot. Il prend une plaque d'or recouverte de trois ou quatre fonds d'émail incolore fondant et d'un

peu de blanc laiteux, puis il pose sur cette première préparation une couche légère d'émail à l'essence. Après avoir soumis sa plaque à l'action de la chaleur, il grave son sujet avec des pointes d'acier excessivement fines, en enlevant les tons trop foncés et en faisant reparaître les blancs; puis il conserve avec soin la translucidité de ses couleurs, en rejetant le blanc que Petitot y mêlait. Ce procédé nous semble d'autant meilleur que les couleurs conservent ainsi toute leur transparence et leur vigueur, et qu'en enlevant peu à peu les tons trop foncés des blancs, il est plus facile à Fémailleur d'arriver au ton juste qu'il veut obtenir.

Un des objets les plus curieux, au point de vue industriel, que M. Charles Lepec ait soumis à l'examen du Jury de la classe 21, est un vase en or émaillé pour lequel iJ a employé plusieurs espèces d'émaux. Le corps du vase est t'ait suivant l'application du procédé que nous venons de décrire; le pied, le balustre et le bord sont en émaux champ-levés ; les feuilles, ainsi que les autres ornements, sont en émaux translucides sur flinqué. On remarque aussi, dans l'exposition dont nous nous occupons, une aiguière avec plateau d'une forme gracieuse, un portrait de femme en médaillon d'une exécution artistique remarquable, un coffret dont l'ornementation est d'un dessin plein de goût; enfin, à côté de bijoux d'un fini très-remarquable, on voit deux coupes qui valurent à leur auteur une distinction à l'Exposition des Beaux-Arts de 1864.

Nous ne voulons pas terminer cet aperçu sur les émaux de M. Charles Lepec, sans parler d'un portrait de femme qui figure au Champ-de-Mars dans la classe 2. D'une couleur et d'un dessin charmants, cet émail est sinon le meilleur du moins un des plus remarquables qu'il ait faits; le cadre surtout est très-curieux comme fabrication. On comprendra toute la difficulté qu'il y avait à surmonter, si on remarque qu'il est émaillé au pinceau, sans supports de métal ciselé, et que les reliefs ont jusqu'à 6 millimètres d'épaisseur.

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$ ± — Émaux cloisonnés.

Les émaux cloisonnes, c'est-à-dire les émaux à cloisons rapportées, étaient autrefois un travail spécial aux Japonais. Les premiers qui aient été, à notre connaissance, fabriqués en France, sont exposés par MM. Christofle et O. Nous avons beaucoup admiré des petites tasses, des coupes et surtout des cafetières en émail cloisonné, qui, à nos yeux, sont d'une exécution, d'une harmonie de couleurs charmantes. Leur travail est d'une délicatesse extrême, et demande une très-grande dextérité de la part de l'ouvrier.

Le procédé employé consiste à contourner à la main des bandelettes de cuivre très-minces, ensuite à les souder à angle droit sur la pièce à décorer, suivant les lignes du dessin que l'on veut reproduire,' puis on remplit les intervalles, c'està-dire les cloisons obtenues, avec des émaux de différentes couleurs. Les pièces ainsi fabriquées par MM. Christofle et O ont parfaitement réussi, et sont une preuve de plus du goût délicat qui préside aux produits de cette maison, qui depuis de longues années est une de celles qui sont à la téte de l'orfèvrerie française, tant au point de vue de l'art qu'au point de rue de l'industrie.

La situation de M. Christofle dans le Jury nous interdit tout éloge des produits exposés par MM. Christofle et Cle, aussi ne nous appesantirons-nous pas sur les surtouts de table de l'Empereur et de la Ville de Paris, œuvres considérables; sur la charmante toilette Louis XVI, la cafetière, même style, en argent repoussé, qui sont de véritables chefs-d'œuvre de ciselure; mais nous voulons parler en détail du guillochage électro-magnétique, du damasquinage galvanique par incrustation, comme étant les résultats les plus importants des recherches continuelles et assidues de cette maison.

§ 3. — Guillorhage électro-magnétique.

En examinant les vitrines de MM. Christofle et C'% on voit des services à thé, des tasses, des plateaux, soit en argent, soit en maillechort argenté, dont le dessin et le guilloehage sont d'une finesse, d'une régularité incroyables, et Ton est étonné de la précision avec laquelle a été condnit le burrn. Si l'on avait dû employer la main du ciseleur, il eût fallu lin ouvrier d'une habileté consommée et un temps considérable pour arriver à un résultat aussi parfait. C'est l'électricité qui se charge de faire avancer ou reculer le burin au moment voulu. Le résultat est obtenu au moyen d'un électro-aimant convenablement disposé et d'un dessin à réserves. Ce dessin, fait sur un cylindre en cuivre dont les fonds sont enduits d'un vernis isolant, est mis en contact avec une pointe de platine qui, par des interruptions et des communications successives, communique à l'électro-aimant le mouvement nécessaire en temps opportun.

§ 4. — Damasquinage galvanique par incrustation.

Cette partie de la fabrication de MM. Christofle et Cie n'est utilisée en ce moment que pour les objets de luxe et de fantaisie, et consiste en une imitation des damasquinages d'or et d'argent que les Chinois et surtout les Japonais ont exécutés avec tant d'adresse et de goût. Nous sommes loin de dire que les modèles et les imitations puissent être confondus par des connaisseurs éclairés, mais nous devons constater les heureux résultats obtenus dans ce genre par cette maison. Les dessins que doivent former l'or ou l'argent sur le brûle-parfum, la coupe ou tel autre objet qui doit être damasquiné, sont enlevés en creux, puis, à l'aide de moyens galvaniques, on remplace le bronze par une couche de métal précieux d'une épaisseur suffisante pour que les métaux se trouvent partout

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sur le même pian; on arrive ainsi à former des dessins sans saillie, pouvant durer aussi longtemps que le corps même de la pièce. De charmants spécimens ont été exposés dans les vitrines de MM. Christofle et O.

Dans la vitrine de M. Dotin, nous avons remarqué un bassin à fond jaunâtre, d'une jolie forme, u*ont l'ornementation est très-agréablement conçue. Le dessin en est simple et élégant, les enchevêtrements sont très-heureusement trouvés : l'on reconnaît la main d'un artiste qui a approfondi et étudié l'art de l'émailleur. La pièce principale de cette exposition est un portrait traité avec talent. Les émaux bien distribués, l'harmonie des couleurs et la correction du dessin, en font un émail bien réussi. Le cadre, d'un très-joli style et tout en émail, complète cette œuvre qui a été fort remarquée.

M. Robillard a spécialement exposé des émaux de Limoges. Il s'est inspiré des anciens maîtres en ce genre, et les pièces qui composent son exposition méritent d'être signalées pour la sûreté demain et la finesse avec lesquelles elles sont traitées, ainsi que pour la pureté des émaux employés. Une aiguière et son plateau ont attiré notre attention, par leur forme élégante et leur ornementation qui font reconnaître une étude sérieuse des anciens émaux de Limoges; les dessins du plateau s'harmonisent parfaitement avec l'ensemble général de cette pièce et sont bien trouvés. Une coupe faite suivant les mêmes procédés est digne de remarque par sa bonne exécution.

MM. Chariot et Debruge s'attachent plus, dans leur industrie, aux objets d'ameublement, tels que pendules, candélabres, coffrets à bijoux; aussi trouvons-nous chez eux l'émail presque exclusivement appliqué au commerce journalier. Dans ces deux expositions, notre attention a été attirée par des garnitures de cheminée rccommandables par leur bon goût et le soigné de l'exécution.

En terminant cette rapide notice sur les émaux de la classe 41, nous ne voulons pas manquer de citer les noms de MM. Hartmann, Duponchel, Poussielgue-Husand, Armand

Calliat, Elkington, Froment - Mcuricc, qui tous ont exposé dans leurs vitrines des objets émai liés, non-seulement parfaitement exécutés, mais empreints du goût artistique qui pénètre de plus en plus dans l'industrie. Nous avons été heureux de constater cette tendance qui s'est hautement manifestée dans l'Exposition universelle de 1867, et c'est, nous le croyons fermement, par l'union de l'industrie et des arts qu'on arrivera au progrès vers lequel marchent les exposants de la classe 21 .

Bronzes et fontes d'art, objets en métaux repousses, par M. IUrbedienxe, fabricant, président de la Réunion des fabricants de bronzes et des industries de l'art plastique.

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