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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Les industries désignées pour former la vingt-deuxième classe sont au nombre de quatre :

1° Bronzes d'art et d'ameublement;

5° Fonte de fer appliquée à la décoration monumentale;

3° Zinc d'art recouvert de cuivre pour imiter le bronze ;

4° Métaux divers reponssés et martelés appliqués à la décoration monumentale.

Ces industries ont toutes les beaux-arts pour origine; leurs produits, bien: différents par la matière et par les procédés de fabrication, n'en sont pas moins similaires à certains égards; d'abord, par la forme artistique qui est leur principe commun, puis aussi par le but que tous doivent atteindre, qui est la décoration des habitations privées et des monuments publics.

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Le bronze, à bon droit, y tient la première place. La tradition et l'histoire ne le font -ils pas descendre de l'antiquité la plus reculée? Chaque peuple, ancien et moderne, arrivé à un certain degré de civilisation, semble avoir confié à ce noble métal le soin de transmettre aux générations les manifestations de son génie particulier. C'est ainsi que nous sont parvenus les bronzes chinois, indiens, grecs, romains, ceux de la Renaissance, etc., et que nous pouvons les comparer aux mêmes produits plus récents et surtout à ceux de nos jours.

Cet examen nous offre de nombreux enseignements, et nous force à reconnaître que le plus souvent nous restons inférieurs à nos devanciers.

La raison en est assez simple : autrefois, l'artiste fondait et ciselait son œuvre lui-même, tandis que de nos jours l'œuvre de l'artiste doit passer par la main de l'ouvrier, et, si habile que soit ce dernier, il ne peut arriver que bien difficilement à donner un travail égal à celui du maître. Cet état de choses nous met dans la nécessité impérieuse de former des ouvriers artistes, afin que la conception du maître puisse sans danger passer par leurs mains. De louables efforts ont été tentés dans cette voie : l'Exposition actuelle nous en offre de bons et nombreux témoignages; mais pourtant, la généralité des fabricants ne paraît pas s'être suffisamment engagée dans ce mouvement. Il faut, de toute nécessité, faire intervenir le dessin, la modelure, pour former la nouvelle génération d'ouvriers dont l'industrie du bronze ne peut plus se passer. Néanmoins, nous avons à signaler un notable changement ou plutôt une amélioration capitale dans la valeur artistique des modèles. Les noms de nos statuaires les plus distingués, les plus célèbres, se rencontrent à tout instant au pied des nouvelles figures exposées dans la classe 22.

Cet état de choses n'est-il pas digne d'attirer l'attention de l'observateur ? Quelle est la cause de cette évolution si inat-

tendue, qui a pour ainsi dire transformé l'industrie du bronze ?

A nos yeux, eet effet si remarquable est dû en grande partie et peut-être même tout entier à l'influence exercée par l'heureuse invention d'Achille Collas. Comme on le sait, Achille Collas, à l'aide de ses procédés si précis pour la réduction ou le grandissement de toute espèce de sculpture, a mis l'industrie dans la possibilité de former elle-même, pour son usage, des collections de toutes les belles statues antiques et modernes, lesquelles ont tout à la fois éclairé le goût du public et forcé le fabricant à n'admettre dans ses modèles nouveaux que des sculptures d'une qualité suffisante, pour supporter le voisinage des chefs-d'œuvre de tous les temps si miraculeusement descendus dans la lice.

Le mécanicien Achille Collas n'a-t-il pas un peu fait pour la statuaire ce que Gutenberg avait longtemps avant lui réalisé pour la pensée écrite?

Quoi qu'il en soit, la statuaire antique et la moderne occupent depuis quelques années une grande place dans nos habitations. La présence de ces chefs-d'œuvre dans notre intimité n'a pas peu contribué à vivifier le goût du beau, et à le répandre dans toutes les classes de la société. Comme tout progrès a pour effet de combattre la routine et l'ignorance, l'introduction de ces belles figures dans nos ameublements fit naître le besoin de les accompagner d'accessoires plus appropriés et d'une meilleure qualité que tout ce qui existait alors. Les gens de goût admiraient bien la Vénus de Milo, le Penseur, de Michel- Ange, les Grâces, de Germain Pilon, etc., mais ils ne pouvaient consentir à placer à côté de ces œuvres supérieures les productions insuffisantes et vieillies de l'Empire et de la Restauration. Force fut à l'industrie de se mettre à l' étude: Le Musée des Antiques fut visité ; l'art des Grecs et des Romains fut mis à contribution ; la belle Renaissance italienne livra elle-même quelques-uns de ses secrets ; il se fit tant d'efforts que nonseulement les objets désirés furent obtenus, mais, ce qui vaut mieux encore, des hommes de talent se formèrent à cette

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grande école des temps passés, si bien et à ce point, que ces artistes ont pu rapprocher l'ornementation du style élevé" des Phidias, des Michel- Ange, des Jean Goujon, etc. Et aujourd'hui, on commence à trouver des vases, des candélabres, des flambeaux, et toutes les pièces de bronze destinées à F ameublement, d'une qualité convenable pour accompagner, soit une figure antique, soit un bronze de la Renaissance, de Louis XIV, de Louis XVI, etc.

€et état de choses, qui s'est formé «ans bruit et sans Ôtre beaucoup remarqué, n'en sera pas moins le point de départ d'une phase brillante dans l'industrie du bronze. Le temps n'est pas éloigné où les meilleurs artistes voudront contribuer à lui donner l'éclat que nous pressentons et alors, nous verrons surgir, dans un ordre d'idées tout approprié à nos besoins, des collections d'objets usuels d'une qualité véritablement artistique.

Nous ne devons donc pas désespérer de revoir dans nos intérieurs, comme chez les peuples de î'atitiquité, les ustensiles les plus ordinaires se produire sous des formes pittorresques, élégantes, et portant en eux-mêmes le droit d'être classés parmi les petits chefs-d'œuvre qui , dans un temps éloigné, hgureront à leur tour dans l'Histoire du travail. Les articles à bon marché peuvent comme les autres s'obtenir dans des conditions d'art qui les rendent intéressants. Une forme simple, bien choisie, d'exécution facile, ne demandant qu'une légère main-d'œuvre, peut suffire pour qu'un objet de bas prix appartienne encore au domaine artistique.

Les Expositions rétrospectives, qui se multiplient de plus en plus, aideront dans une certaine mesure l'industrie contemporaine à marcher dans la voie du progrès. Tous les enseignements et les exemples des travaux du passé, si heureusement recueillis et si libéralement exposés par des hommes éclairés devenus possesseurs de collections particulières, ne manqueront pas d'exciter une bonne et saine émulation, aussi bien dans l'esprit de nos artistes que dans celui de nos fabricants et de nos ouvriers. On ne saurait trop

HnONZES, tontes d'art diverses, etc. 287

donner d'encouragement à ces sortes d'exhibitions, non plus qu'aux efforts si eflicaees des administrations de tous les musées européens, pour mettre sous les yeux du public les meilleui'S échantillons du travail des temps antérieurs. Qu'on en soit convaincu, ce n'est pas sans recueillement que l'artisan .s'arrête devant tontes ces belles et intéressantes épaves du passé. Ne se sent-il pas honoré lui-même, simple ouvrier, lorsqu'il voit traiter avec respect des travaux tout semblables à ceux qu'il peut aspirer à faire ? Qu'un bon sentiment s'empare de son cœur, et l'amour du travail se trouve fécondé ! Mais, nous ne saurions trop le dire, le progrès, l'incontestable progrès que nous avons sous les yeux est bien plus digne d'encouragement pour ce qu'il fera que pour ce qui est réalisé.

Dans l'histoire de l'art industriel, le mérite de la génération actuelle sera surtout d'avoir pu s'affranchir de la routine, et d'avoir su courageusement préparer une génération plus forte.

Pour marcher d'un pas certain dans la voie ascendante, il faut que tous, fabricants, artistes et ouvriers, sachent traiter le métal pour lesqualités qui lui sont propres. Un modèle destiné au bronze ne doitpas être composé ni modelé delà même manière que s'il s'agissait de marbre, de bois, de pierre, etc. La même observation s'applique aux modèles destinés au zinc; ce métal, n'ayant pas l'énergie du brome, ne comporte pas les mêmes iinesses de plau et d'ornementation ; il lui faut des fornuis plus simples, plus fortes et un peu plus accentuées. A son tour, la fonte de fer demande des combinaisons plus fortes encore et plus larges. Le temps, l'étude, l'expérience, apprendront toutes les modifications que l'artiste doit s'imposer, en vue de la matière dont il veut faire usage. Nous croyons pouvoir dire qu'il y a toute une éducation à faire pour arriver à une application courante do cette vérité. Nous devons ajouter que ce qui vient d'être dit pour la création du modèle, doit être observé et suivi dans le traitement du métal par la main de l'ouvrier.

$ 1. — Fonderie.

La fonderie doit être un sujet sérieux de préoccupation pour le fabricant. C'est le respect de la tonne qui doit avant tout exciter l'attention du fondeur. Dans les opérations délicates du moulage, si les empreintes d'une ligure ne sont pas finement relevées, si le moule n'est pas parfaitement établi, si les pièces sont mal jointes, si quelques-unes d'elles se déplacent, ce sont autant de causes d'imperfection. Si le noyau n'est pas tiré de manière à donner une épaisseur égale et pas trop forte à toutes les parties de la figure, il en résulte toutes sortes de déformations partielles qui détruisent plus ou moins l'harmonie du sujet. Le refroidissement du métal produit un retrait de 1 à 2 pour 100. Ce retrait augmente ou diminue en raison même de la quantité de métal employé, si bien que le rétrécissement est presque nul sur une fonte légère, tandis qu'il peut atteindre à 2 pour 100 et au delà sur la même figure coulée à une forte épaisseur.

On ne sait peut-être pas assez que la surface de la fonte est d'autant plus fine de grain, d'épiderme, que le métal a moins d'épaisseur. La légèreté et la régularité d'épaisseur des pièces fondues sont la meilleure garantie de la conservation de la forme et de la beauté de la surface. La qualité du métal étant encore une des conditions principales, le fondeur doit déterminer la proportion des alliages et veiller à ce que l'emploi des rognures , déchets et vieux débris de cuivre , appelés mitraille, ne vienne pas introduire une trop grande quantité de métal inférieur dans la fusion.

Quoique bien à regret, notre devoir, qui est de faire connaître la vérité, nous force à dire que la fonderie n'a pas fait les mêmes progrès que toutes les autres branches de la fabrication.

L'introduction de la fécule de pomme de terre pour remplacer le poussier de charbon dans la confection des

moules, est une des causes de l'infériorité actuelle des produits. Si le charbon reste exclu, la fonte ne retrouvera sa qualité ancienne qu'autant qu'une nouvelle substance d'une valeur égale aura fait renoncer à l'usage de la fécule. Il est à désirer que la science vienne en aide sur ce pointa l'industrie; autrement, nous ne reverrions plus les belles fontes qu'on obtenait encore, il y a moins de vingt années. Si la pratique actuelle suffit aux travaux courants, elle est impuissante pour donner des surfaces d'une granulation fine et égale comme les obtenaient les Richard, les Eck et Durand, etc. Espérons que ce degré d'infériorité disparaîtra, et que nous ne resterons pas, pour un travail manuel, au-dessous des nombreux exemples qui nous viennent des peuples anciens, non plus que des travaux si remarquables, accomplis, il n'y a pas deux siècles, par les frères Relier. Dans l'industrie du bronze, comme il convient de l'entendre dès à présent, la fonderie mérite et réclame tous les soins et toute la sollicitude «lu fabricant. Une pièce mal venue à la fonte est irréparable. Le travail du ciseleur, si intelligent qu'il puisse être, ne peut la racheter du péché originel. Le fondeur doit donc s'occuper, avant tout, des ouvriers qui donnent leur concours aux travaux de la fonderie. La bonne fonte est la base même de tout l'édifice du fabricant de bronze.

§ 2. — Ciselure.

Après la fonte, c'est la ciselure qui occupe la place la plus importante. Le ciseleur doit avoir en vue deux choses : d'abord de respecter la forme qui lui est confiée, et ensuite de mettre en évidence les qualités particulières propres au métal. Une belle ciselure doit donc reproduire la forme modelée dans toute sa souplesse et sa pureté, et, de plus, imprimer à cette forme la netteté, la finesse et l'énergie qui sont le trait caractéristique du bronze ciselé. Nous avons déjà vu disparaître un grand nombre de procédés malfaisants, d'erreurs accréditées par l'ignorance, tel que l'emploi systé-

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matique <le certains outils qui troublaient la forme au lieu de l'épurer; la voie nouvelle dans laquelle les ouvriers commencent à s'engager est meilleure, mais il reste beaucoup à taire pour arriver à la bonne et saine pratique, qui a toujours pour but de maintenir les traditions de l'art.

§ 3. — Monture et ciselure.

Quoique moins importants dans la manufacture de bronze, les travaux de la monture et de la tournure ont pourtant une véritable valeur. Dans la monture, la précision et la solidité des assemblages, le placement exact des pièces d'une figure, afin de n'altérer en aucune manière ni le caractère ni le mouvement, les soudures bien faites, la pureté des surfaces unies de l'ornementation, contribuent à la perfection des objets confiés aux soins du monteur.

La tournure offre de grandes ressources , dont on est loin d'avoir tiré tout le parti possible. Le travail du tourneur en « rétreignant » ou resserrant les molécules du métal, lui donne de la qualité et de l'éclat. La tournure, appliquée à des formes élégantes, ornées de jolis profils, peut donner, surtout dans les ustensiles, des objets cbarinanls et d'un excellent usage. En outre, la tournure se recommande encore par le bon marché de ses travaux. Là comme ailleurs, la pratique du dessin linéaire pourrait ajouter de grandes qualités à celles, déjà si remarquables, que possèdent nos ouvriers tourneurs et monteurs.

Comme on le voit, la nécessité d'études plus fortes se produit partout, dans toutes les branches du travail, et aujourd'hui chacun comprend que le temps est venu de se mettre à l'œuvre.

§ 4. — Enseignement.

Parmi les tentatives faites dans ces derniers temps pour améliorer l'éducation professionnelle, la plus importante et la

plus heureuse est celle des concours ouverts à Pans aux artistes et aux ouvriers, dans toutes les branches de l'industrie du bronze. Les résultats obtenus sont remarquables à plus d'un titre. La vitrine érigée par la réunion des fabricants de bronzes de Paris, dans la classe 94, contient un grand nombre des objets récompensés dans les concours annuels. Si l'on veut prendre ces pièces dans leur ensemble, il est facile de constater une amélioration sensible dans les travaux manuels, et quelquefois une perfection relative dans la partie la plus artistique du travail. Si la réunion des fabricants de bronzes de Paris persiste, les bienfaits de son entreprise ne tarderont pas à se manifester d'une manière plus satisfaisante encore et l'émulation qu'elle est destinée à développer tournera tout entière au profit de l'industrie. De même, si elle réalise son projet de garder, chaque année, quelques-unes des bonnes pièces du concoure, elle se formera une collection intéressante qui offrira dans l'avenir des matériaux précieux pour constater la marche du progrès, et établir l'histoire de ses propres travaux. L'institution de ces concours, combinée avec une école de dessin et de modelure, élèvera dans un temps prochain le niveau des connaissances pratiques, et amènera sûrement de nouvelles améliorations dans la qualité des produits.

En organisant lui-même l'enseignement professionnel, le fabricant fait son devoir et comprend sa mission. En réalité, c'est bien au fabricant que revient le devoir de maintenir les bonnes traditions du travail, d'en faire respecter et d'en agrandir sans cesse le domaine. C'est bien à lui qu'il appartient d'assurer à l'industrie le concours de l'art et la formation d'ouvriers habiles. S'il sait faire alliance sincère avec de vrais altistes, il aura de bons modèles ; s'il sait former d'habiles ouvriers, il aura de bons produits. C'est encore par les soins du fabricant (pie les travaux des époques antérieures doivent être evaminés, afin qu'on en recueille tout ce qui peut s'appliquer il l'œuvre de son temps. De même, il est tenu d'observer les créations de la mode, si fugitives qu'elles soient. La

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mode, qu'on no doit jamais subir, a pourtant des richesses qu'il ne faut pas méconnaître.

A toute sorte de titres, l'action du fabricant de bronzes est sérieuse ; elle peut, à l'occasion, exercer une influence salutaire non-seulement sur sa propre industrie, mais encore sur toutes celles qui ont pour objet la décoration et l'ameublement de nos habitations. Ne voyons-nous pas tous les jours bon nombre de ces industries rece\ oir une impulsion directe des créations du bronze ? N'est-ce pas encore le fabricant qui doit prévenir les aspirations du goût public, pour être toujours en mesure de répondre à ses désirs plus ou moins définis? Pour satisfaire à ces mêmes désirs, et souvent pour les faire, naître, le fabricant, à ses risques et périls, doit formuler son programme auprès de l'artiste, indiquer les limites dans lesquelles celui-ci doit renfermer ses conceptions, et veiller à ce que les exigences professionnelles ne soient pas méconnues, sans oublier jamais que la qualité artistique et la bonne approf priation de chaque objet à l'usage auquel il est destiné, sont deux conditions primordiales sans lesquelles aucun succès n'est durable. Ce n'est qu'à la condition de supporter ces difiieiles épreuves et d'en sortir à son honneur, que le fabricant peut conquérir l'appui du public, et jouir d'une considération suffisante pour obtenir le concours dévoué des ouvriers et des artistes. Comme on le voit, la carrière du fabricant de bronzes n'est qu'une succession d'observations et d'études. Le progrès qu'il obtient, loin de le mener à un but défini, ne fait que lui ouvrir des horizons plus étendus. L'enseignement permanent, toujours progressif, est donc indispensable autant pour les siens que pour lui-même. En un mot, la tâche du fabricant est multiple : c'est encore à lui qu'échoit le difficile et périlleux honneur de maintenir et de développer les destinées de l'industrie du bronze.

BRONZES, FONTES d\\RT, ETC.

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