‹ Exposition universelle de 1867 Rapports du jury internationalChapitre 39 sur 75 · BRONZE. — SPÉCIALITÉS · texte numérisé non relu

BRONZE. — SPÉCIALITÉS

§ 1. — Émau\.

Los émaux cloisonnés et affleurés commencent à occuper une place trop importante dans l'industrie du bronze, pour qu'il nous soit permis de les passer sous silence. Cette industrie, renouvelée des Byzantins, des Chinois, de notre moyen âge, compte à peine quinze années d'existence à Paris.

En 1835, quelques spécimens furent exposés par M. Legost, auquel il convient sans doute d'attribuer la pensée d'une rénovation et le mérite des premières tentativ es faites dans ce sens. En 1862, de beaux spécimens se produisent à l'Exposition de Londres. Aujourd'hui, au palais du Champ-dc-Mars, cette industrie nous offre des manifestations qui dépassent par leur importance, par leur volume, par la richesse et la variété des couleurs, tout ce qui s'était fait dans ces dernières années , et qui, sous plus d'un rapport, pourraient lutter «l'intérêt avec les produits similaires des temps passés.

A l'imitation de Paris, des applications d'émaux sur bronze ont été faites en Allemagne et en Angleterre ; toutefois, ces essais n'ont produit que des résultats peu importants et sans gronde utilité pour concourir à la formation d'une industrie nouvelle.

Otto renaissance de l'émaillerie, qui semble s'acclimater en Europe, n'est pourtant qu'à son début; espérons que dans l'industrie des bronzes, se rencontreront «les hommes assez courageux, ou plutôt assez passionnés, pour en poursuivre le développement. En effet , dans l'état actuel de l'industrie, les travaux de l'émailleur présentent de si nombreuses fliffieultés et de si grandes déceptions que l'industriel qui veut

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surtout des bénéfices, reculera toujours devant la poursuite d'un résultat hypothétique. De plus, la composition du dessin, l'étude des colorations, les soins à donner à la main-d'œuvre si longue, si difficile et si compliquée ; les incalculables épreuves du l'eu auquel le moindre objet doit être soumis de cinq à sept t'ois, feront toujours obstacle au fabricant qui veut éviter les risques et ne procéder que sur des calculs à peu près certains. Ce n'est donc que des hommes qui s'attachent à leurs travaux et qui y mettent plus de passion que d'arithmétique qu'il faut attendre les améliorations, les progrès, dont est susceptible cette industrie si essentiellement artistique. Ceux qui auront assez de résolution pour affronter la difficulté en seront récompensés par le charme et la variété que la couleur peut répandre sur leurs produits.

C'est à l'aide des émaux, que nous pouvons introduire dans nos habitations quelques-unes des harmonies «le couleur si familières aux peuples d'Orient. Quand le temps aura jeté sur la coloration de ces nouveaux produits son voile d'apaisement et d'homogénéité, nous aimons à croire que les amateurs futurs voudront placer dans leur collection, à côté des émaux byzantins, chinois, et du moy en âge, quelques bons morceaux des produits similaires du xixc siècle.

| 2. — Cuivres polis.

Ce genre de travail parait vouloir prendre un certain développement ; plusieurs fabricants ont fait des efforts remarquables dans son application. Toutefois, nous croyons utile de faire observer que le traitement du polissage créé dans d'autres temps pour les besoins de la propreté flamande, ne s'applique avantageusement qn'aux ustensiles de forme simple et rudimentaire et, mieux encore, aux métaux repoussés et martelés qu'à ceux fondus. L'entretien de ce genre de produits exigeant un frottement continuel, on le comprend, toutes les formes délicates, notamment le modelé des statuettes ne pourraient

résister longtemps à un pareil traitement. Les ustensiles et les objets en cuivre poli ont un aspect fin, doux et agréable ; mais dans nos intérieurs, privés de la sollicitude de la ménagère flamande, ils portent en eux-mêmes des inconvénients qui ne tarderont pas à se manifester.

$ 3. — Garnitures de bureau.

lu nouveau genre de produits s'est fait remarquer, surtout en Allemagne et en Angleterre ; nous voulons parler des menus objets qui servent plus particulièrement à la garniture de bureau, tels que : encriers, flambeaux, bougeoirs, portecigares, etc. Ces objets, d'une exécution excellente, manuellement parlant, paraissent toutefois plus participer de l'œuvre du mécanicien et du tourneur que de la conception de l'artiste. Néanmoins, cette fabrication, qui ne paraît pas encore s'être acclimatée en France, prend tous les jours de plus grandes proportions à Vienne et à Londres ; elle trouve plus particulièrement son écoulement en Allemagne, eu Russie, en Angleterre et en Amérique. L'exécution du travail et la bonne qualité de la dorure qui recouvre le métal peuvent en partie justifier ce succès.

g i. — Résumé.

Production française. — Au grand Concours de 1867, jeize nations ou pays (1) représentent l'industrie universelle fa bronze. Nous sommes disposés à croire qu'eu dehors «les ptoduits que nous avons sous les yeux, il n'existe rien autre dais la production actuelle qui mérite d'être cité. Il ressort de l'ensemble de l'Exposition que l'industrie du bronze n'est eoiiplètemeut exercée qu'en France.

ii) l-ancc. — Belgique. — Prusse. — Grand- duchiî de Hesse. — Grand-ducké deBade.— Autriche. — Danemark. — liussie. — Italie. — Empire ottoman. — Vice^oyauté d'Egypte. — Chine. — Principauté de Liou-Ktou. — Régence de Tu m» Empire du Maroc. — Angleterre.

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La supériorité des bronzes français n'est contestée par personne ; Paris est bien l'atelier où le monde entier vient s'approvisionner de bronzes d'art. Les maîtres sont nombreux dans la grande manufacture parisienne. L'espace dont nous pouvons disposer ici, ne nous permet pas dire leurs noms à tous, moins encore d'énumérer leurs qualités ; pourtant, nous croyons de notre devoir de citer ceux qui se sont le plus étroitement liés aux progrès, et dont les manifestations exposées au Champ-dc-Mars , ont été l'objet d'une approbation générale.

Nous croyons devoir suivre ici l'ordre adopté par le Catalogue, en commençant par les fabricants placés, par le règlement, hors de concours :

M. Denière, membre de la Commission Impériale, a su cette fois encore continuer les traditions si belles et si respectées de sa maison ; M. Barbedienne, membre du Jury, comme dans les précédents concoure, a apporté les fruits de son zèle pour les travaux variés de sa profession. Citons encore MM. Victor Paillard, Lerolle, Delafontaine, Victor Thiébaut, Raingo, qui se sont tous acquis de nouveaux titres, qu'il convient de placer à côté de ceux qu'on a constatés dans les Expositions antérieures et qui ont été ratifiés par l'opinion publique. Nous devons mettre ici exceptionnellement en évidence, M. P.-J. Mène, rémittent artiste qui a su rendre réellement le monde entier tributaire de son talent, en ajoutant sans cesse à la collection déjà si nombreuse de ses petits chefs-d'œuvre. En tête des nouvelles maisons qui se sont distinguées, on doit placer les noms de MM. Marchand et Servant Vient ensuite un artiste d'avenir, au talent robuste et pittoresque, M. Auguste Caïn. N'oublions pas MM. Graux-Marty, Charpentier, Busson et Leroux, Lemaire, Gagueau, Villemseis, Clavier, Morisot, Peyrol, Henry Perrot, Royer, Houdebne, Cornibert, Jules Graux, etc., qui, tous, ont amplement *ontribué à l'éclat du bronze français.

C'est bien à regret que nous nous arrêtons avant davoir relevé tous les mérites. Partout, nous avons trouvé d6 qua-

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lités et de l'intelligence ; et, nous pouvons le dire avec un certain orgueil, dans la section du bronze français, le dernier des fabricants n'est pas sans valeur.

Production étrangère. — La production anglaise est trèspeu importante à l'Exposition ; nous y trouvons seulement quelques rares produits qui ne doivent pas être l'expression complète de ce que peut l'Angleterre.

Dans la voie artistique, l'Italie tient une place plus considérable. Elle nous montre plus particulièrement de nombreuses reproductions des œuvres de l'antiquité. Le David, de Michel- Ange, exposé par M. Clément Papi, dans la section italienne, est la plus grande figure en bronze qu'on remarque au Champde-Mars. A l'aide de ses glorieuses traditions, l'Italie, guidée par les nombreux modèles accumulés dans ses musées et ses monuments, peut mieux qu'aucune autre nation remonter au premier rang dans les arts industriels de notre temps et plus particulièrement dans l'industrie du bronze. Elle porte en ellemême tous les éléments nécessaires pour accomplir promptement cette régénération, il ne lui faut que de la volonté, de l'étude et une bonne direction.

L'Allemagne et la Belgique ont fait des efforts qui ne sont pas restés sans résultats ; Vienne, en particulier, a su étendre sa production dans le sens commercial. Les maisons Dziedzinski et Hanusch et Hollenbach, ont été remarquées, tant pour leurs grandes productions que pour le bon travail des objets exposés. Do même, les produits de M. Auguste Klein ont justement attiré l'attention des visiteurs. Nous voulons encore citer M. Raseck (Antoine), pour son charmant modèle en bronze ciselé. Enfin, nous ne croyons pouvoir mieux faire pour elore notre liste, que de signaler le touchant mérite de M. Loëw (Jacques), sourd et muet, lequel n'occupe dans ses ateliers que des ouvriers sourds et muets comme lui. Les travaux de sa maison ne peuvent qu'exciter l'intérêt.

La Prusse nous montre quelques grandes pièces bien fon-

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ducs, sorties des ateliers du comte Einsiedel. Les broivzcs de M. Gladenbeck ne sont pas sans mérite. Parmi les produits de la Belgique, il s'en trouve d'intéressants par le bas prix, ceux, par exemple de M. Wilmotte fils.

Les bronzes russes, souvent d'une bonne exécution manuelle, sont faibles par le côté artistique. Avec les mêmes ouvriers, travaillant sur des modèles de meilleure qualité, on obtiendrait de bons produits ; c'est donc aux artistes surtout qu'il faut avoir recours.

L'industrie de la Turquie, du Maroe, de l'Égyptc et de la régence de Tunis, nous montre des produits qui ne sont eu général que la reproduction amoindrie des belles créatious anciennes de ees méiiw's contrées.

Nous nous abstiendrons d'apprécier les produits de l'extrême Orient, dont l'industrie est représentée au Champ-de-Mars par des exportateurs qui ne possèdent aucun renseignement certain sur l'origine des bronzes qu'Us exposent. Notre mission doit se borner à apprécier les faits du travail contempor;iin, tandis que les bronzes que nous trouvons dans les expositions de la Chine et du Japon, nous sont donnés comme très-anciens. Malgré l'état de décadence qui existe chez ces peuples, en ce qui concerne surtout l'art de travailler le bronze, qui fut si merveilleux autrefois, nous croyons savoir qu'au Japon surtout cette môme industrie du bronze s'exeree dans des conditions intéressantes, et nous regrettons vivement de ne pas avoir sous les yeux quelques bons spécimens de k production actuelle.

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