LE ZINC
L'apparition du zinc dans le domaine des beaux-arts est un fait entièrement contemporain. C'est à l'initiative de la Prusse
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qu'il faut attribuer la première application du zinc à la fonte îles ornements et des statuettes. Presque en même temps la France faisait a\ ec le même métal des tentatives analogues. Un établissement considérable (la Société anonyme de la Vieille-Montagne ) organisait à Paris des ateliers de fonderie pour la reproduction en zinc des morceaux d'art de toutes dimensions. D'autres maisons françaises s'engagèrent dans la même voie, et bon nombre de statues et groupes antiques et modernes furent coulés en zinc. A Paris comme à Berlin, on ne se servait que de creux ou moules en sable ; ce mode d'établissement, quoique très-dispendieux, était loin de donner toute satisfaction.
Par sa couleur naturelle, le zinc est un métal sans charme et tout à fait impropre à faire valoir la forme modelée; de plus il est <'assant et très-oxydable. Pour obvier au premier de ces inconvénients, on recouvrait les pièces fondues d'une couche de peinture couleur de bronze ; mais cette couche, eu donnant aux statues un aspect lourd et pâteux, soulevait une invincible répulsion chez les gens de goût. Il y eut un moment où l'avenir du zinc d'art, comme on l'appelle aujourd'hui, fut gravement compromis. Fort heureusement et bien à point, la galvanoplastie arriva et permit de le revêtir d'une couche de cuivre. A l'aide de ce déguisement, qui lui donnait les apparences du bronze, le zinc-imitation de bronze fut accueilli, surtout à cause du bon marché. On peut le dire, le cuivrage sauva le zinc. Une autre amélioration vint simultanément consolider et développer son existence. Ce fut à Paris qu'on v it surgir l'heureuse idée de couler le zinc dans des moules en bronze, comme on le pratiquait si simplement et depuis si longtemps au coin de nos rues, pour la cuillère d'étain.
Avec le sable, il faut un moule pour chaque objet : donc, pour reproduire dix exemplaires de la même ligure, il faut dix fois recommencer le même moule ; tandis que dans le creux en métal on peut couler un nombre indéfini d'exemplaires. D'ailleurs, lorsqu'il est bien préparé, le moule en métal offre
tontes sortes d'avantages : d'abord la rapidité et le bon marché de l'exécution ; ensuite, il rend mieux la forme et donne des surfaces plus fines et plus régulières. Aujourd'hui, pour tous les modèles qui doivent se reproduire en très-grande quantité, on ne fait plus que des creux en bronze ; pour toutes les pièces tirées à quelques exemplaires seulement, on se sert encore du moule en sable, malgré tous ses inconvénients. L'établissement du moule en métal est si dispendieux, qu'on ne peut songer à en faire usage que pour des objets qui doivent se répéter des centaines ou plutôt des milliers de fois.
Non-seulement le creux est d'un prix très-élevé, mais encore il réclame les plus grands soins pour sa confection. C'est surtout dans l'établissement des creux que l'industrie de Paris a su apporter le plus de perfectionnement. Bon nombre de ces creux ou moules sont de véritables petits chefs-d'œuvre de combinaison, d'ajustage et de ciselure. On le voit, l'application du creux en métal fut la solution de l'un des deux grands problèmes devant lesquels l'industrie du ziiic pouvait échouer : la production à bon marché était trouvée.
C'est donc par le cuivrage à l'aide de l'électricité et par l'emploi des moules en métal, que le zinc a pu se maintenir et se faire accepter dans l'intéressante famille des industries artistiques. La mission particulière du zinc est surtout de propager le goût des arts par le bon marché de ses produits. Le cuivrage du zinc, en permettant d'appliquer sur la couche de cuivre une couche d'or ou d'argent, a mis le métal économique à même de prendre place dans nos ameublements sous (orme de coupes, candélabres, pendules, etc.
Le zinc, dans sa courte existence, compte encore une autre , bonne fortune : nous voulons parler de l'invention d'un procédé de dorure au mat sans mercure. Cette découverte si précieuse, si utile, est due à l'honorable M. Mourey, qui n'a cessé de la pratiquer depuis plus de quinze années, en l'appliquant tout particulièrement an zinc. On estime à plus de cent cinquante mille le nombre de pendules dorées que l'industrie
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du zinc à Paris livre annuellement au commerce et à l'exportation. La découverte de M. Monrcy est donc un bienfait pour la jeune industrie, laquelle, de son côté, professe pour le savant industriel une véritable reconnaissance.
Arrivé à ce degré, l'industrie du zinc se trouvait en pleine possession de ses principes fondamentaux ; il ne s'amassait donc plus pour les fabricants que de s'engager résolument dans la pratique professionnelle. Choisir de bons modèles, former d'habiles ouvrière, tels étaient les deux dernière points sur lesquels les industriels devaient concentrer tous leurs efforts. Pleins de zèle et de confiance, fabricants et ou mers, tous se mirent à l'œuvre, et aujourd'hui nous avons sous les yeux les fruits du progrès qui s'est accompli, line amélioration sensible se fait sentir dans la qualité artistique des modèles. Toute sorte de procédés ou tours de main ont été trouvés pour sortir du moule des formes plus pures et des surfaces plus nettes. Les retouches et les assemblages se font convenablement, et l'Exposition actuelle nous met à même de constater un progrès remarquable dans l'ensemble de cette nouvelle industrie.
Comme objets d'ameublement, c'-est la fabrication parisienne qui tient la première place ; elle est tout à la fois plus variée et plus artistique que partout ailleurs. Nous pourrions, presque sans exception, donner des louanges à tous les fabricants de Paris ; il nous serait d'autant plus agréable de pouvoir en agir ainsi que l'union bien rare qui existe eux semble n'en faire qu'une seule et même famille. Cependant nous devons signaler quelques maisons qui se sont particulièrement distinguées. En première ligne, nous plaçons l'établissement de MM. Blot et Drouard , dont la production, très-nombreuse et très-variée, témoigne dans son ensemble d'un goût élevé et d'un zèle infatigable. MM. J. Boy expose des pièces importantes par le volume et surtout par la qualité artistique. La maison Boy est une de celles qui ont jeté le plus d'éclat sur l'industrie du zinc d'art. M. Lefèvre, dans une production plus
restreinte, nous montre de très-bons modèles et des arrangements qui révèlent la main d'un artiste. MM. Miroy frères, qui sont, nous le croyons, les doyens de cette industrie, présentent une riche et nombreuse collection de modèles de toutes grandeurs, qui prouvent leur activité et les grands débouchés commerciaux de leur maison.
Comme nous voulons dire toute notre pensée, ne fût-ce que pour établir l'entière sincérité de nos appréciations, nous ajoutons que c'est avec peine que nous avons rencontré çà et là, dans l'Exposition du Charap-de-Mars, des figurines tatouées des couleurs les plus éclatantes. On nous dit bien que ces sortes de produits ne s'adressent qu'à des contrées où la civilisation n'a pas pénétré. Pour ce qui est t'ait, vendu et à vendre, nous admettons toutes les circonstances atténuantes que l'on voudra ; mais pour l'avenir, nous adjurons l'industrie du zinc, qui s'est montrée si intelligente ailleurs, de s'imposer d'elle-même le sacrifice de ces produits grotesques, dont le moindre inconvénient est d'aggraver et de répandre le mal qu'on nomme le mauvais goût. Il ne faut pas l'oublier, ce mauvais goût qu'on flatte est le véritable et l'éternel ennemi des industries artistiques. Le zinc d'art ne peut augmenter sa prospérité actuelle que par le développement incessant de la qualité artistique de ses modèles.
Produits exposés. — Trois nations seulement ont présenté des produits en zinc à l'Exposition du Champ-de-Mars. Par la quantité et la qualité la France y tient le premier rang ; viennent ensuite, et, dans les conditions les plus honorables, la Prusse et la Belgique. Cette dernière s'est fait remarquer par une figure colossale exécutée en zinc, et ayant pour destination l'une des portes d'Anvers. Ce grand travail sort des ateliers de la Compagnie Anonyme pour la fabrication du zinc et des bronzes d'art. Le temps j us li fi era-t-il l'emploi du zinc pour un pareil usage? La Prusse présente un grand nombre de produits dont l'exécution est presque toujours satisfaisante ;
seule, la qualité des modèles laisse à désirer. Néanmoins, de très-bons objets se trouvent dans les expositions de MM. Pohl et Cu, Koch et Bein, Gladenbcck, Kahl, etc., etc. A Berlin, à Bruxelles comme à Paris, nous le répétons, Part seul peut vivifier l'industrie du zinc.