‹ Exposition universelle de 1867 Rapports du jury internationalChapitre 42 sur 75 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

MET Al X REPOUSSAS ET MARTELÉS.

Le moyen de faire sortir d'une feuille ou planche de métal, à l'aide du martelage, un relief quelconque, une figure ou un ornement, semble remonter ù l'origine même de l'emploi du bronze. Nul doute que<;c soit par le marteau qu'ont été façonnés les premiers ustensiles, les premières armes. C'est bien probablement de la môme manière, que se sont produits à l'état rudimentaire, les premiers ornements, emblèmes, figures, etc. Tout nous porte à croire que les premières formes ornementales obtenues par la percussion ont précédé celles sorties du moule d'argile après la fusion du métal.

Le mode de repousser le bronze, l'or et l'argent, était en grand honneur chez les peuples les plus civilisi-s de l'antiquité. Les statues, les ornements précieux, les boucliers, les bijoux, etc., étaient pour la plupart travaillés au marteau. De nombreux témoignages de ecs faits nous viennent de l'Égypte, de la Grèce, et de la Rome antique, nos musées les eonscr- >ent religieusement. Pour citer un exemple, nous dirons qu'il existe au Musée de Naples quatre petites coupes en argent repoussé d'un travail parfait, et surtout d'un goût qu'on peut croire inimitable. Ces objets, par la simplicité de la firme et plus encore par l'ordonnance et la magistrale composition des reliefs, paraissent appartenir à l'art grec. S'ils ont éîé façonnés par des artistes romains, ceux-ci s'étaient inspirés, on n'en peut douter, des œuvres de la Grèce.

GROUPE III

Dans les temps anciens, l'art et l'industrie ont toujours protégé le martelage. L'ère chrétienne, à son tour, en fit un grand usage pour les vases sacrés, les tabernacles et tous les ornements du temple. Les Byzantins, le moyen Age et la renaissance jusqu'à nos jours, n'ont jamais cessé de marteler les métaux. Tout le monde sait combien sont appréciées les belles pièces de la renaissance en fer repoussé. Les galeries de l'Histoire du travail, au Cbamp-de-Mars, fournissent des faits nombreux à l'appui de ce que nous venons de dire. C'est certainement ce mode de travail qui a donné le plus de chefsd'œuvre en métal. Dans ces derniers temps, c'est encore le repoussé qui nous a fourni les meilleurs morceaux d'orfèvrerie en argent.

La classe 22 à l'Exposition actuelle nous montre, en ce genre, des travaux délicats qui, au poiyt de vue de l'exécution manuelle, pourraient rivaliser avec ceux des meilleures époques.

Nous sommes donc convaincus qu'aujourd'hui, à Paris, comme autrefois à Rome, on peut voir, le marteau à la main, un artiste exercé soumettre et assouplir le métal au point de le conduire sous son outil, comme on pourrait le faire de la matière plastique la plus ductile. C'est merveille de voir apparaître, sous l'action d'une main savante et habile, une forme modelée dans le métal, à l'aide d'un outil qui, en frappant le revers, fait saillir à v ue d'œil une figure, une plante, une fleur, un ornement. Dans le bas-relief et pour la ligure surtout, le repoussé n'admet pas l'outil médiocre. L'artiste habile obtient des effets, des passages de plans, d'une délicatesse et d'une suavité qu'on n'égale pas par d'autres moyens. C'est ce <,ui nous fait dire qu'on ne saurait trop recommander et encourager ce genre de travail.

Il est une autre application du repoussé qui semble vouloir reprendre, dans l'ornementation monumentale de nos jours, le rang qu'elle occupait dans d'autres temps, notamment au moyen âge et aux diverses époques de la renaissance ; nous

BRONZES, FONTES D'AItT, ETC. 307

voulons parler du repoussé à l'aide duquel on fait les grandes figures et les ornements plus particulièrement destinés à décorer l'extérieur des monuments publics. Ce genre de travail se fait beaucoup en plomb, et souvent en cuivre ; il offre le double avantage de la durée et de la légèreté ; il reproduit les ornements d'une grande dimension, les statues colossales, et les obtient d'un poids tout à fait minime, relativement à leur volume. Les planebes ou feuilles de métal employées dansées sortes de travaux sont déjà laminées avant de prendre la forme définitive qu'on veut leur donner. Le laminoir, en resserrant les molécules du métal, donne à celui-ci des qualités de résistance et de durée supérieures à celles que peut avoir le môme métal simplement fondu ; le martelage y ajoute encore.

La classe 22 ne compte qu'une seule maison qui présente une série complète et très-remarquable de pièces (ornements et statues) exécutées au moyen du repoussé : c'est l'établissement de MM. Mondait et Béchet. Indépendamment des produits exposés, cette maison a exécuté, pour nos monuments, d'importants travaux, parmi lesquels nous devons citer ceux du Louvre, de la Sainte-Chapelle, de Notre-Dame, du dôme des Invalides, du Palais de Justice, des châteaux de Saint-Germain, de Picrrefonds, etc. : la plupart de ces travaux sont en plomb. Parmi ceux en cuivre, nous mentionnerons seulement la statue colossale de Vercingétorix, érigée à Alise-Sainte- Reine (Côte-d'Or). Le modèle de cette ligure, qui mesure 7 mètres de haut, a été composé par le statuaire Aimé Millet. L'exécution en cuivre a été commencée sur modèle en plâtre, et continuée d'après dessins, à cause de quelques modifications. Les accessoires ont également été repoussés d'après dessins. L'espace nous oblige à borner là nos citations, mais, nous tenons à le dire, la maison Monduit et Béchet demeure, de tout point, digne d'encouragement.

Dans les œuvres en métaux fins, dont nous avons parlé ci-dessus, celles d'une exécution plus serrée, quatre nations seulement figurent au concours : la Prusse, la Kussie, la Bel-

liltl'I l'K III.

— CLASSE ±i.

giquc et la France. Lu France y tient encore la première place. La maison Barbedicnnc expose des objets précieux en bronze, or et argent, dont la composition est due à M. Constant Soin et l'exécution à M. Désiré Attarde. M. Victor Paillard expose tut plat d'argent représentant VHémicycle, de Paul Delaroche, à l'École des beaux-arts, dont la inodelurc et le repoussé sont dus à M. Faraoni. Quelques pièces de simple ornementation en fer martelé ont attiré l'attention du Jury. En Belgique, nous pouvons citer un bas-relief de M. Dreppons, et, en Russie, un médaillon en bronze de l'empereur Alexandre, exécuté par M. Sokoloff, qui se distingue par de bonnes qualités.

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