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ECLAIRAGE PAR LES HUILES MINÉRALES

Le prix élevé des huiles végétales avait depuis longtemps appelé l'attention des inventeurs sur la possibilité de les remplacer par des produits de moindre valeur, et diverses tentatives avaient été faites dans cette direction.

Les premiers essais curent pour objet l'emploi des alcoolats. C'était une voie déplorable : le mélange d'essence de térébenthine et d'alcool, qui a été surtout employé, répand une odeur très-forte, et son indammabilité est telle que son usage présente un danger sérieux ; aussi, malgré d'ingénieuses dispositions mécaniques, malgré le goût avec lequel les lampes dites improprement à hydrogène liquide ont été étudiées, ce système n'a pu se répandre, et nous considérons comme de notre devoir de n'en pas conseiller l'usage.

On s'est ensuite adressé aux huiles essentielles dites minérales, jouissant à peu près des mêmes propriétés que les huiles végétales, telles que les huiles de naphte, les pétroles et les huiles essentielles obtenues par la distillation des schistes ou des goudrons de houille. Ces derniers produits ont reçu depuis quelques années diverses applications industrielles qui ne permettent plus de les employer à l'éclairage, et il n'est resté en lice que les huiles de schiste et les pétroles.

Bien que les premières tentatives faites dans cette direction remontent déjà à une quarantaine d'années, l'emploi dés huiles minérales s'étendit très-peu jusqu'à l'apparition des pétroles d'Amérique, qui, dans ces derniers temps, ont inondé nos marchés.

Les premières lampes construites pour cet usage étaient disposées de façon à brûler la vapeur du liquide, et, par conséquent, n'étaient pas munies de mèches. Elles étaient, d'ail-

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leurs, fondées sur le même principe que les quinquets, c'està-dire que l'alimentation avait lieu au moyen d'un réservoir supérieur.

Un peu plus tard on employa une mèche noyée, produisant l'alimentation par capillarité. Une soupape permettait de régler le courant d'air de manière à brûler le liquide avec le moins de fumée possible.

La mèche était tantôt plate, tantôt ronde ; la lampe était munie d'un verre. Lorsque l'on employait le bec rond, et cet inconvénient existe encore dans la majeure partie des lampes à huile minérale de cette nature, on était forcé, pour écarter la flamme et permettre l'action du courant d'air, d'introduire dans l'axe du bec une tige métallique surmontée d'un disque. Ce disque produit un point noir très-désagréable à l'œil, et la forme d'éventail qu'il donne à la flamme a, en outre, l'inconvénient de nécessiter un verre bombé d'un effet peu gracieux, qui rend difficile l'emploi des globes, des abat-jour ou des réflecteurs.

Le réservoir était d'une forme lourde, écrasée, susceptible alors de s'échauffer au point d'accélérer beaucoup la vaporisation du liquide. La combustion devenait nécessairement incomplète , et ces lampes répandaient une odeur empyreumatique qui n'en permettait pas l'introduction dans les intérieurs. Ce n'était donc que pour l'éclairage à l'air libre que les huiles minérales pouvaient être employées, et, même avec cette restriction, leur usage était extrêmement limité.

L'abondance des pétroles d'Amérique et les avantages économiques que présente leur emploi sur celui des huiles végétales ont, depuis quatre ou cinq ans, motivé de nombreuses recherches dans le but de perfectionner les appareils destinés à les brûler. On a cherché, tout en étendant autant que possible les usages déjà connus, à introduire l'éclairage minéral dans les intérieurs, et, sans que le succès ait été complet jusqu'ici, on doit reconnaître qu'on a atteint le but dans une cer-

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tainc limite. Les huiles de schiste et les pétroles sont aujourd'hui assez fréquemment employés dans les ateliers, dans les ménages peu aisés, quelquefois dans les habitations confortables, où on éclaire, à l'aide de ces produits, les cuisines, les antichambres, et, en un mot, les pièces où la famille ne réside pas habituellement.

Pour obtenir ce résultat on s'est principalement préoccupé de remédier aux deux inconvénients que nous avons signalés plus haut : l'odeur et le danger d'incendie, et plusieurs des appareils qui se trouvent à l'Exposition de 1807 sont, à ce double point de vue, suffisamment satisfaisants.

On a complètement renoncé à la combustion par vaporisation, et on se sert de mèches, tantôt plates, tantôt rondes ; d'ingénieuses dispositions permettent d'employer des mèches plates qui deviennent rondes en arrivant au bec. D'autres inventeurs ont imaginé d'employer une mèche additionnelle permettant de régler la flamme et de brûler complètement les gaz qui se produisent; d'autres ont cherché à supprimer le verre ; d'autres, enfin, ont tenté de rappeler, dans les formes de la lampe et du verre, celles des mêmes organes dans les lampes à huile de colza.

Il est à remarquer que, jusqu'ici, aucun des appareils destinés à l'éclairage par les huiles minérales que l'on trouve dans le commerce n'est muni de moyens mécaniques destinés à opérer le montage régulier du liquide, et que c'est toujours par un réservoir supérieur, ou par ia seule action de la capillarité, que l'ascension a lieu.

De là une économie assez notable dans le prix d'établissement de l'appareil, mais de là aussi la nécessité d'avoir un réservoir d'une capacité relativement considérable, qui projette un cône d'ombre Irès-gênant dans la plupart des cas et une assez grande inégalité dans l'intensité delà lumière, par suite des différences de niveau du liquide et de la densité de plus en plus considérable qu'il acquiert.

On a cherché aussi à alimenter sans danger la lampe pen-

liant la combustion, et plusieurs industriels ont obtenu ce résultat.

Malgré les perfectionnements qu'ils ont reçus, les appareils à huiles minérales ne semblent pas destinés à remplacer avant longtemps les lampes à huile végétale pour l'éclairage de luxe, et, aujourd'hui encore, les formes qu'ils affectent sont loin de satisfaire aux exigences de nos habitations. C'est donc principalement à l'éclairage extérieur qu'est limité leur emploi, et c'est dans ce sens que l'on rencontre, en effet, les principaux perfectionnements qu'ils ont reçus.

Beaucoup de villes, trop peu considérables pour établir l'éclairage par le gaz, ont eu recours, pour l'éclafrage public, aux appareils dont nous nous occupons, et les fabricants ont réalisédans cette direction des progrès réels, qui ont rendu ce mode d'éclairage tout à fait pratique, d'un usage facile et économique.

On sait, en effet, que les pétroles et les huiles de schiste donnent, à égalité de consommation, plus de lumière que les huiles de colza, et comme, d'un autre côté, leur prix est moins élevé, leur emploi procure une économie qui varie entre 30 à 40 pour 100 de la dépense, à égalité de lumière.

D'un autre côté, ces produits ont l'avantage de ne pas se congeler, comme l'huile de colza, par le moindre froid, et cet avantage est d'autant plus intéressant à signaler que, comme, dans les villes dont nous parlons, on n'éclaire guère les rues qu'en hiver, on évite ainsi des difficultés très-réelles dans la pratique.

Nous n'avons pas à entrer ici dans les détails des divers systèmes employés. Les uns comportent des réservoirs supérieurs et sont des appareils à niveau constant, comme les anciens quinquets et les lampes astrales; les autres sont munis de réservoirs inférieurs, et le liquide n'arrive au bec que par l'effet de la capillarité. Quelques fabricants recommandent l'emploi des réflecteurs pour l'éclairage public, tandis que d'autres le proscrivent absolument , voulant éclairer, outre le sol

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des rues, les parties supérieures des maisons. C'est là une difficulté qui s'est bien fréquemment produite au sujet de l'éclairage par le gaz. Le système qui paraît avoir aujourd'hui triomphé, et qui semble, en effet, le plus rationnel, est celui qui éclaire le plus complètement la voie publique, sans s'inquiéter du plus ou moins de lumière répandue dans l'atmosphère environnante.

On est parvenu, par un mécanisme ingénieux, à limiter la durée de l'éclairage à un nombre d'heures fixe, à l'expiration duquel la lampe s'éteint d'elle-même, sans le secours de la main de l'homme. On peut ainsi obtenir un service absolument régulier et véritablement pratique.

Les formes des appareils destinés à recevoir les lampes de ces systèmes(candélabres, consoles et lanternes) se rapprochent beaucoup de celles adoptées pour l'éclairage parle gaz, et cela s'explique d'autant mieux que la majeure partie des villes qui adoptent l'éclairage minéral ne le font qu'en attendant que leurs ressources leur permettent la création d'une usine à gaz, et que, dans ce dernier cas, le matériel qu'elles possèdent peut être à peu de frais et facilement transformé.

Dans les pays où l'huile de colza est moins abondante qu'en France, et où le luxe des habitations est moins répandu; dans les pays froids, où la congélation îles huiles végétales présente un obstacle sérieux, l'éclairage minéral est beaucoup plus usité dans les intérieurs. On voit un assez grand nombre d'appareils de cette nature dans l'exposition prussienne et dans l'exposition russe , et , si tous ne se recommandent pas par le goût , on rencontre du moins des dispositions ingénieuses et une fabrication solide qui promet un bon usage.

Nous citerons particulièrement l'exposition si complète de M. Stobwasser, de Berlin, que sa situation, comme membre du Jury de la classe 24, a fait mettre hors concours, mais qui n'en a pas moins envoyé au palais du Champ-de-Mars les spécimens les plus intéressants d'appareils à huiles minérales,

exécutés de toutes pièces dans ses importants établissements.

Quelques spécimens existent aussi dans le compartiment anglais. Nous signalerons principalement l'application de ce genre d'éclairage aux lampes marines, aux lanternes de voiture et aux appareils de chemin de fer.

En France, quelques tentatives ont été faites également pour remplacer, dans les lampes qui éclairent les voitures de chemin de fer, l'huile de colza par les huiles minérales. Elles sont trop récentes et trop peu nombreuses pour qu'on puisse prévoir leurs résultats.

L'emploi des huiles minérales, avec les appareils perfectionnés dont on dispose aujourd'hui, ne présente sans doute pas tous les dangers que l'on redoutait avec raison dans l'origine ; cependant, quoique ces huiles soient mieux épurées qu'elles ne l'étaient autrefois, elles contiennent encore, par suite des fraudes pratiquées lors des mélanges, une proportion beaucoup trop considérable d'huiles légères, volatiles à basse température, donnant beaucoup d'odeur et pouvant occasionner des accidents. Nous considérons comme de notre devoir de signaler ce danger.

Néanmoins il serait très-intéressant de voir mettre dans la pratique une bonne lampe mécanique pouvant utiliser ces produits. 11 est à notre connaissance que d'ingénieuses recherches ont déjà été faites dans ce but. Nous émettons le vœu de les voir continuées et couronnées de succès.

A l'éclairage minéral se rattachent des tentatives faites depuis peu pour alimenter de petites lampes d'antichambre au moyen d'une éponge imbibée d'huile volatile. L'éponge est renfermée dans une capacité inférieure dans laquelle plonge une mèche en coton floche, qui brûle comme une mèche de lampe à alcool. En admettant que l'on fasse usage de l'appareil perfectionné depuis, et offrant par lui-même aussi peu de danger que possible, la seule manipulation des huiles essentielles volatiles à basse température, par des mains inhabiles, présente le danger le plus sérieux, et nous considérons ces produits comme

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devant être absolument bannis de l'intérieur des appartements; nous ne saurions donc conseiller l'emploi de l'appareil dont nous venons de parler, ni d'aucun autre système analogue.

Nous ne mentionnerons que pour mémoire le système d'éclairage par les huiles lourdes, ainsi que celui qui consiste à brûler les vapeurs d'huiles légères, entraînées par un courant d air. Le premier de ces procédés nécessite l'emploi d'un appareil de ventilation assez puissant et n'est applicable que dans un très-petit nombre de cas ; le second repose sur un principe très-connu, dont l'application n'a jamais pu être pratiquement réalisée, et, malgré les quelques perfectionnements récents qu'il a reçus, il ne nous semble pas destiné à prendre prochainement beaucoup d'extension.

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