ÉCLAIRAGE PAR LE GAZ
Limitée d'abord aux grandes villes, la fabrication du gaz d'éclairage est devenue une des nécessités de notre époque, et, petit à petit, le gaz a pénétré dans des villes d'importance très-secondaire et dans les usines où le travail de nuit se pratique sur une large échelle.
Il est résulté de cet état de choses des progrès très-considérables dans la fabrication de ce produit, dans la canalisation et dans l'utilisation économique du gaz.
Aujourd'hui l'état de l'industrie est tel que, tant par le choix bien entendu des houilles à distiller que par une durée plus rationnelle de la distillation, et, dans certains cas, par l'addition au gaz trop pauvre d'une certaine quantité de gaz riche, fabriqué ad hoc, au moyen de la distillation du cannelcoal, on parvient a livrer à la consommation un gaz dont le pouvoir éclairant, est pour ainsi dire, mathématiquement invariable.
La Compagnie Parisienne est arrivée, de cette façon, à donner au public un gaz d'une teneur absolument fixe, satisfaisant rigoureusement aux conditions imposées par son cahier des charges, et a pu éviter toute chance de se voir imposer des amendes comme celles auxquelles les anciennes Compagnies étaient souvent assujetties, et que justifiaient d'ailleurs la diversité des houilles employées et l'état encore peu avancé de cette industrie.
Un autre progrès très-réel a consisté dans la détermination de la meilleure forme de brûleur à employer pour l'éclairage public. C'était là un point dont on comprendra immédiatement l'importance quand on saura que certains becs dépensent, pour produire la même lumière, trois fois plus de gaz que d'autres.
Sous la direction de MM. Dumas et Kegnault, MM. Audoiu et Bcrard ont entrepris une série de recherches pour déterminer les conditions auxquelles doivent satisfaire les brûleurs pour donner la meilleure lumière le plus économiquement possible.
Il ressort de leurs travaux la confirmation de ce fait que, pour une même quantité de gaz brûlé, le pouvoir éclairant le plus élevé correspond à la pression la plus faible.
Ils sont, en outre, arrivés à une constatation assez bizarre : c'est que, quelle que soit la forme du brûleur, bec fendu, bec bougie ou bec rond à fente circulaire, les meilleurs résultats sont obtenus par une fente de 7 40 de millimètre de largeur, ou un trou de 7/10 de millimètre de diamètre.
Ces résultats ont servi de base à une instruction pratique qui permet de vérifier chaque jour le pouvoir éclairant du gaz dans la ville de Paris, et ils ont conduit, en 1801, à abandonner l'ancien bec en usage dans les lanternes de l'éclairage public, et à le remplacer par un bec normal qui, sans accroissement de dépense pour la ville, a augmenté de 12:2 pour 100 la quantité de lumière obtenue. C'est là un fait considérable, qui acquiert une importance énorme dans une ville comme Paris, où il a
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été consommé, pendant l'année 1866, pour l'éclairage public, 44,500.000 mètres cubes de gaz, représentant, au prix réduit payé par l'administration municipale , une somme de 2,175,000 francs.
L'exemple donné par la ville de Paris a été suivi par un grand nombre d'autres villes, et, par conséquent, les recherches de MM. Audoin et Bérard procurent incontestablement d'énormes avantages.
Nous devons cependant signaler un inconvénient qui résulte, à notre avis, de l'adoption du brûleur actuellement employé. Le gaz, s'échappant par une tente relativement large et brùlanl sous une pression aussi faible que possible, se trouve évidemment dans les conditions de combustion les plus économiques, mais il se trouve aussi prés que possible du moment où la quantité d'air nécessaire à la combustion deviendrait insuffisante ; il en résulte que la flamme, qui est tres-blancbe quand l'air est en excès et quand la pression est plus forte, tend à devenir rouge et légèrement fuligineuse. L'éclairage, plus intense en réalité, est donc moins agréable à l'œil. Kn outre, la diminution de la pression tend à rendre la flamme plus sensible aux courants d'air, et il devient nécessaire d'adopter des lanternes dont la disposition permette de soustraire les flammes à cette influence fâcheuse. MM. Audoin et Bérard ont cherché une solution dans ce sens, et ils exposent une lanterne qui paraît réaliser le programme qu'ils se sont imposé. Les essais faits avec cet appareil par les soins de l'administration municipale ont donné de bons résultats.
Les recherches dont nous venons de parler ont amené le progrès le plus considérable que nous ayons à signaler dans l'éclairage public. D'autres améliorations importantes ont été également réalisées.
Ainsi, on a considérablement diminué la hauteur des candélabres, ce qui permet de profiter beaucoup mieux de la lumière du gaz sur la chaussée. Au moment où le gaz commençait à s'introduire en France, beaucoup de personnes supposaient,
ii est vrai, qu'en élevant les becs on donnait à chacun d'eux un champ d'action plus vaste, ce qui permettait de ne pas trop les multiplier et de réaliser ainsi une économie d'autant plus sensible que le prix du gaz était plus élevé. Puis on craignait les effets de la malveillance, et on cherchait, par l'élévation du bt>c, à éviter les extinctions extra-réglementaires.
Depuis celte époque l'éducation populaire s'est faite, et cet inconvénient n'est plus à craindre. On a néanmoins, dans le nouveau modèle, remplacé la bascule du robinet par un système qui ne permet de le manœuvrer qu'au moyen d'une clef spéciale; on ne constate presque plus de contraventions. La lumière du gaz est aussi mieux utilisée; les anciennes lanternes étaient vitrées à la partie supérieure, les lanternes actuelles sont fermées en haut, et, par conséquent, la lumière est complètement rabattue sur le sol qu'elle doit éclairer.
On a varié les formes des lanternes et des candélabres, qu'on a cherché à faire plus gracieux et plus décoratifs que ceux anciennement employés, et on a obtenu sous ce rapport les meilleurs résultats.
Le candélabre adopté aujourd'hui pour nos grandes voies et la lanterne ronde qui le surmonte, les lanternes à manchons dépolis, les candélabres lustres, qui décorent nos squares et quelques-unes de nos places, produisent un excellent effet et concourent puissamment à la décoration de Paris.
Les procédés de M. Oudry pour le cuivrage galvanique de la fonte ont permis de recouvrir les candélabres d'une couche de cuivre d'un entretien bien plus facile et bien moins coûleux que la peinture, et d'un effet beaucoup plus satisfaisant.
Toutes ces améliorations ne se sont faites qu'au prix de dépenses considérables, et la ville de Paris n'a reculé, sous ce rapport, devant aucun sacrifice.
Si de l'éclairage public nous passons à l'éclairage particulier, nous aurons également à signaler quelques tentatives intéressantes pour rendre plus complètement satisfaisant l'éclairage par le gaz.