DES MATIÈRES PREMIÈRES
Produits.— Aucun produit nouveau soit graisse ou huile, soit parfums ou essences ne peut être signalé; ce qui frappe dans l'exposition des matières premières, c'est le bon goût de l'arrangement et la richesse des échantillons. On sait gré à M. Hugues de l'idée qu'il a eue de placer sous les yeux du public les spécimens parfaitement imités des fleurs que recèlent les produits exposés aux regards. L'ensemble de l'exposition des Alpes-Maritimes donne une juste idée des ressources de cette riche contrée, mais ce que ne disent pas les vitrines, c'est l'importance toujours croissante de la production et le progrès qui caractérise ces dernières années, principalement dans l'appropriation des moyens nouveaux de travail, en harmonie avec cette importance.
La vapeur s'était déjà introduite à Cannes comme moyen
calorifique pour le chauffage des bains-marié et des alambics, elle y est maintenant établie comme agent mécanique. Dans la manufacture de M. Cbiris, à Grasse, elle anime les presses chargées d'extraire la graisse qui imprègne les fleurs; ces presses nouvelles augmentent ce rendement de 10 pour 100; la vapeur sert également aux diverses manutentions.
Nice, qui veut se faire rivale de Grasse et qui a déjà su se créer une spécialité chaque jour plus importante des produits de la violette, Nice a une usine montée à la vapeur, celle de MM. Warrick. Notre but, en citant ces fabricants, est de leur donner la seule compensation que nous puissions leur offrir; si leur situation eût été mieux connue, elle eût certainement été mise plus en relief.
La production des Alpes-Maritimes peut être évaluée à 44 millions de francs, représentant 30,000 kilogrammes d'essences, 450,000 kilogrammes de pommades, 225,000 kilogrammes d'huiles parfumées, 3 millions d'eaux aromatiques, 35,000 kilogrammes d'extraits spiritueux. Le produit le plus cher est le néroli dont il se fabrique 1,250 kilogrammes au prix de 330 francs le kilogramme. Celui de la moindre valeur est l'essence de lavande et celle de l'aspic.
Il n'y a rien à dire de la qualité de ces produits qui s'exportent dans le monde entier. Elle est parfaite, et elle est restée parfaite malgré l'accroissement de la quantité, attendu que l'amélioration de l'outillage, en augmentant le rendement, n'a pas amoindri la finesse des produits; seulement il reste toujours à regretter que la concurrence entre les commerçants ne cherche pas uniquement ses avantages dans la qualité, qu elle continue à exciter la production de ces articles frelatés qui ne sont plus des parfums légitimes, mais des mélanges trop intelligents et propres à dérouter les connaisseurs et à déprécier, lors de l'emploi, les produits de la fabrication loyale.
Procédés. — Il n'y a pas de mode nouveau pour l'extraction des parfums, si n'est l'emploi de l'armoire à tiroirs mobiles à filets pour l'enfleurage, par M. Seméria. Ce meuble diffère peu
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de la boîte à enfleurage àjchâssis mobiles, présentée en 1862 par M. Piver, en même temps que son saturateur méthodique pour confection des graisses parfumées.
Nous devons une mention a un procédé qui ne présente pas une grande importance, mais qui cependant a son intérêt. C'est un mode d'enfleurage mis en pratique par M. Napoléon Price, l'habile et consciencieux parfumeur anglais. Ce moyen consiste à recouvrir la fleur, sur l'arbre même, d'une cloche ointe de corps gras. On soustrait ainsi le parfum sans cueillir ia fleur. Cet expédient est applicable seulement pour de grosses fleurs, que I on ne peut traiter autrement. Il est simple ; tout le monde eût pu l'inventer, dira-t-on. Soit! mais M. Price Ta seul réalisé.
La même réponse est applicable à l'idée mise en avant par l'ingénieux M. Rimmel, parfumeur franco-anglais, qui a proposé de conserver les fleurs odorantes dans la glycérine concentrée et inodore. C'est en effet une bonne idée. Le fabricant de matières premières pour parfumerie peut désormais se rendre compte à distance du parfum d'une fleur et de l'opportunité qu'il y aurait pour lui de faire de sérieux essais.
L'attention s'est portée dans ces derniers temps sur les parfums au maximum de concentration. Divers procédés ont été mis en avant, mais nous ne voyons pas que la question soit pratiquement résolue. Déjà, en 1862, M. Piver a fait connaître un système, dû à M: Millon, et qu'il exploite maintenant sur une échelle assez considérable pour une spécialité de sa maison : il traite annuellement 10 à 12,000 kilogrammes de racines d'iris.
Le procédé est très-délicat à manier; il consiste, on le sait, à traiter les organes odorants par le sulfure de carbone ou l'éther, mais il ne s'est pas encore généralisé. L'application en est seulement tentée sur plusieurs points, notamment en Égypte.
Il serait bien à désirer que l'ingénieuse découverte de
M. Mil Ion fût expérimentée avec un peu de constance. On obtient ainsi le vrai parfum de la plante, et si le réactif a été préparé avec soin, si les organes odorants sont sains, si la manipulation a été convenablement conduite, le produit a une senteur exquise préférable à celle des corps parfumés les plus réputés, ainsi que le témoignent les divers échantillons que nous avons vu dans la vitrine de M. Piver.
Mais ce n'est pas vers ce moyen que se portent les efforts. On cherche maintenant le nouveau dans remploi ancien des corps gras, mais par des voies différentes, on s'efforce de quintessencier les produits. Il paraît qu'il y a un procédé qui consiste à laver la* graisse parfumée à la manière ordinaire, avec un véhicule qui se charge de l'un des principes gras et de la totalité du parfum, laissant comme résidus, pour les une graisse inodore.
On parle aussi d'un autre moyen tenté par M. Chiris, et sur lequel nous n'avons pas de données suffisantes. Ce procédé serait fondé sur la préparation d'un absorbant des odeurs, qui se prêterait mieux que la graisse ordinaire aux opérations de lenfleurage ou de l'infusion. On obtiendrait ce dissolvant énergique en faisant réagir dans certaines conditions l'alcool sur la graisse. Le résultat de ce travail serait un corps gras spécialement avide d'odeurs. En l'absence de renseignements complets et d'expériences à l'appui, nous pourrions nous laisser aller à des théories sans fondement sérieux, mais nous croyons qu'il convient mieux de se borner à enregistrer le fait; dès que nous saurons ce qu'il y a au fond de ces espérances, nous le dirons dans le Bulletin de la Société Chimique.
Nous avons dit que les producteurs des matières premières n'avaient à nous signaler aucun produit nouveau, soit naturel, soit né de réactions chimiques. C'est vers la chimie que se tournent spécialement les regards : elle a donné de riches couleurs, elle nous doit les parfums. La source de ces découvertes existe sans doute déjà. Nous conseillons aux parfumeurs de parcourir les publications de la chimie moderne et le traité
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de Gerhard t, leur point de départ. Ils y trouveront des sujets nombreux de recherches. De même que les mots cramoisi wiû— ynifique, insérés dans un mémoire de M. Hoffmann, ont appelé l'attention de Verguin, et, par cela même, créé l'industrie de ces riches couleurs de la houille, de même les mots odeur suave, odeur agréable, appliqués à certains produits, dont le savant, sans préoccupation d'applications industrielles, n'a vu que la pureté et n'a déterminé que la forme ou le point de fusion, doivent fixer les regards du parfumeur, et lui conseiller des essais que le succès récompensera certainement.
Culture. — En attendant que la synthèse chimique ait créé une source nouvelle de parfums, il faut demander à la culture une plus large production des matières connues : or, ce qui caractérise la période que va clore l'Exposition de 4867, c'est l'accroissement énorme qu'a reçu la culture des plantes odorantes, notamment celle du géranium.
C'est en France que, pour la première fois, on a obtenu une essence de géranium de senteur agréable, bien différente de celle que nous recevons de l'Inde. On doit cette heureuse innovation à feu Demarson, le chef de cette maison importante que le Jury a regretté de ne pouvoir récompenser en raison de son mérite. La culture du géranium, comme industrie, a pris naissance à Montfort-l'Amaury; elle a été portée ensuite dans le sud de la France et en Espagne ; elle est aujourd'hui implantée en Algérie sur divers points ; elle y a, nous croyons, trouvé son siège définitif.
Voici ce que nous savons de l'histoire de la production du géranium en Algérie.
Il y a une quinzaine d'années, M. Mercurin fut excité par feu M. Chiris à s'oceuper du géranium. Celui-ci fournit non-seulement l'idée, mais les plans et les capitaux nécessaires, et s'engagea à prendre toute l'essence fabriquée, soit par M. Mercurin lui-même, soit par les colons que celui-ci occuperait, le prix étant de 120 francs le kilogramme.
Cette culture donna des résultats avantageux, mais il arriva bientôt que la concurrence s'y mît, et que les débouchés devinrent insuffisants à la production ; alors les prix s'avilirent, et la fabrication se négligea. Sur ces entrefaites, MM. C h iris accaparèrent les produits du plus grand nombre en Algérie et même en Espagne, en relevèrent le prix, puis eux-mêmes devinrent fabricants ; s'entendant avec M. Gros, qui est aujourd'hui lié à leur maison, ils achetèrent ou louèrent des terrains considérables. Aujourd'hui, la culture du géranium pour la seule maison Chiris nécessite la possession de deux cents hectares de terre irrigable.
Un autre fait, qui présente une moindre importance, est à signaler : c'est la vulgarisation de l'espèce hylan-hylan. Ce produit nous vient des Philippines, le principal producteur est M. Gilles. Pendant longtemps, ce parfum précieux a été accaparé par une manufacture anglaise; puis, il a été employé par un parfumeur de Paris presque à l'exclusion des autres ; il est maintenant répandu dans le commerce, et déjà falsitié. Il vaut 1,500 francs le kilogramme. Ce prix n'est pas le plus élevé parmi les matières premières; une autre essence, celle de Tbainbaca, vaut encore 3,000 francs le kilogramme.