‹ Exposition universelle de 1867 Rapports du jury internationalChapitre 66 sur 75 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

MAROQUINERIE , NÉCESSAIRES DE TOILETTE, SACS, TROUSSES, \L- RUMS , BUVARDS , PORTEFEUILLES , PORTE-MONNAIE , PORTE- CIGARES, GAINERIE.

Voici les renseignements que donne la statistique del'indust rie tle Paris sur les fabricants de nécessaires, et ces chiffres comprennent, ainsi que nous l'avons explique au chapitre I, la petite ébénisterie.

I 1. — Nécessaires.

En 1849, il existait à Paris 158 fabricants de nécessaires. En 1860, on en a trouvé :

Fabricants de nécessaires 186

Garnisseurs 23.

Total 409 fabricants.

Il a été recensé en plus -40 façonniers.

Avec 930 ouvriers, les 209 industriels ont fait, en 1860, un chiffre total de 5,086,250 francs d'affaires.

Avec 18 ouvriers, les 40 façonniers ont fait 131,310 francs d'affaires.

Les 930 ouvriers, employés par les fabricants, se répartissaient de la sorte :

Hommes 837

Femmes 12

Enfants au-dessous de 16 ans 81

Total 930 ouvriers.

La moitié des ouvriers travaillent à la journée, l'autre moi-

lié à la pièce. Ils gagnent de 3 à 8 francs par jour, et la moyenne est de 5 francs pour 10 heures de travail. Les ouvrières sont payées de 2 à 4 francs par jour.

Sur ces cinq millions de marchandises , trois restent en France, et les deux autres s'exportent en Amérique, en Angleterre, en Allemagne, en Russie, en Italie, en Espagne, etc.

§ 2. — Portefeuilles, maroquinerie.

En 1849, il existait à Paris 113 fabricants de portefeuilles et d'articles de maroquinerie; en 1860, on en a trouvé :

Employant plus de 10 ouvriers 21

Employant de 2 à 10 ouvriers 117

Travaillant seuls 50

Tolal 191 fabricants.

Il a été recensé en plus 140 façonniers.

Avec 1,160 ouvriers, les 191 fabricants ont fait un chiffre «le 7,104,200 francs d'affaires.

Les 148 façonniers ont fait 236,092 francs d'affaires avec 26 ouvriers.

Ouvriers.

On a recensé dans les ateliers :

Hommes <>88

Femmes 354

Enfants au-dessous de 16 ans 121

Total 1,163 ouvriers.

Les hommes qui travaillent à la journée sont aussi nombreux que ceux qui sont payés à la pièce. Chez les femmes, ce dernier mode de rétribution est adopté dans une plus forte proportion.

5,158,700 francs de marchandises sont restés en France ; 2 millions de francs ont été exportés en Amérique, en Angleterre, en Espagne, en Russie, en Italie et en Belgique.

T. lit. 29

§ 4. — Gainerie.

En 1847, il existait à Paris 130 gaîniers; en 1860, on en a trouvé :

Employant plus de 10 ouvriers 8

Employant de 2 à 10 ouvriers 68

Employant 1 ouvrier ou travaillant seuls 6*

Total 140 fabricants.

Il a été recensé en plus 68 façonniers.

Avec 710 ouvriers, 140 industriels ont tait un chiffre de 2,810,700 francs d'affaires. Les 68 façonniers ont fait 216,029 francs d'affaires avec 55 ouvriers.

On a recensé dans les ateliers :

Hommes : 444

Femmes 62

Apprentis âgés de moins de 16 ans 204

Total 710 ouvriers.

Les hommes gagnent de 3 à 8 francs par jour, la moyenne est de 5 francs; les femmes de 1 fr. 50 à 4 francs, et la moyenne est de 2 francs. Un seul gaînier emploie une machine de 4 chevaux» Sur les 2,810,700 francs, 2,372,200 étaient consommés à l'intérieur et 438,500 francs étaient exportés. La modicité de ce dernier chiffre s'explique par ce fait, que la gainerie est livrée aux orfèvres et hijoutiers de Paris, qui exportent leurs marchandises dans des boîtes et des écrins, sans qu'il soit possible de constater à la sortie la valeur de ces enveloppes.

La maroquinerie française a soutenu, cette fois encore, sa vieille réputation. Mais en voyant les progrès de l'industrie viennoise, nos fabricants devront redoubler d'ardeur pour ne pas se laisser dépasser. Le haut prix de la main-d'œuvre augmente les prix d'établissement de nos articles, et ouvre à la concurrence étrangère un vaste champ à exploiter; aussi

voyons-nous déjà, dans une grande partie de nos maisons de détail, de la maroquinerie et de la petite ébénisterie de Vienne, et même une des grandes fabriques de ce pays vient d'ouvrir, sur notre boulevard le plus fréquenté , une succursale pour l'écoulement direct de ses produits.

Notre expérience donne aux articles français un cachet de confortable et d'utilité pratique, qui manque à celte marchandise étrangère. Les vrais amateurs ne se laissent pas abuser par ces couleurs voyantes qui séduisent le regard; ils veulent surtout que l'objet qu'ils achètent s'applique parfaitement à l'usage auquel il est destiné. Mais si nos rivaux arrivent à acquérir cette qualité, nous nous trouverons vis-à-vis d'une industrie établie sur les plus larges bases. Nous aurons l'occasion d'y revenir lorsque nous parierons de l'exposition autrichienne.

D'autre part, nos ouvriers trouvent de grands avantages pécuniaires à faire à la pièce les articles pour l'exportation ; mais les bons y perdent la main, et les médiocres, pouvant se procurer dans ce genre de travail un salaire élevé, n'ont pas d'intérêt à se perfectionner. Dans les grands ateliers, la nécessité de fabriquer à bon marché amène une subdivision dans le travail qui facilite la grande production, en donnant une habileté relative aux ouvriers qui adoptent une spécialité ; seulement, l'intelligence du travailleur cesse de se développer, quand elle ne s'exerce plus que sur un des détails de sa profession.

Quels sont les moyens à emplo) er pour éviter les dangers qui menacent cette branche de notre industrie?

Il faut que nos fabricants résistent à la tentation, vers laquelle on est toujours entraîné, d'imiter la marchandise qui paraît obtenir la faveur du public. Ce n'est pas en copiant les produits étrangers qu'on détournera la foule, c'est en faisant mieux. Les idées une fois dirigées dans cette voie, nos fabricants et nos ouvriers ont assez de ressources en eux-mêmes pour se maintenir au premier rang. Les chefs de nos grands tlelicrs doivent exiger que leurs apprentis s'cxerceul à toutes

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les différentes parties de leur état, sous peine de voir s'abaisser le niveau de leur intelligence ; c'est le seul moyen de développer l'initiative personnelle qui distingue nos travailleurs, et donne à leurs produits ce cachet d'originalité qu'on ne trouve nulle part.

La garniture intérieure des nécessaires ou des boites à bijoux est encore dans l'enfance à l'étranger, et la France est supérieure, dans ce genre, même aux Anglais. L'industrie parisienne se soumet à toutes les exigences, et il suffit qu'une liste d'objets soit donnée par un acheteur pour qu'un nécessaire ou un sac soit confectionné, tout exprès et en quelques semaines, avec les pièces demandées. Il est à remarquer que l'augmentation du prix des objets fabriqués dans cette condition exceptionnelle est insignifiante.

La maison Midocq et Gaillard est à la tète de la fabrication des trousses, des sacs et des boites en maroquin. Le travail de la peau, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur des trousses et des boîtes, est exécuté avec une rare perfection. La place est bien ménagée, et les prix modérés de ces ouvrages permettent . au commerce de détail de les écouler rapidement. Les sacs possèdent les mêmes qualités, et cette maison qui, depuis 1855, a dû modifier sa fabrication, possède aujourd'hui un noyau d'ouvriers selliers qui produisent des pièces solides cl bien faites à des prix avantageux.

La gatnerle pour argenterie, porcelaines, cristaux, bijouterie, se personnifie dans la maison de MM. Gellée frères, qui ont donné une extension extraordinaire à leur production. Leur atelier de la rue Barbette renferme un outillage complet parfaitement approprié, qui est mis en mouvement par une machine à vapeur de la force de 4 chevaux. 60 à 80 personnes y sont constamment occupées, tant à la gaînerie qu'à l'ébénisteric et même à la serrurerie. MM. Gellée frères ont pris la suite des affaires de M. Lagrous, en 1832, 'leur maison du Marais; mais la fondation de celle du / , "Horloge remonte à 1814. La moyenne de la journée

de leurs ouvriers est de 60 centimes l'heure, et à la fin de l'année les gratifications varient de 200 à 400 francs. Ainsi que l'indiquait déjà M. Rondot en 1862 , cette gaînerie a le mérite de suivre exactement la forme des pièces, sans cependant qu'il soit nécessaire de les emporter à l'atelier. Des mesures exactes, prises sur place, suffisent pour que l'exécution soit parfaite.

Nous avons regretté que les principales maisons de gaînerie spéciale pour bijoux se soient abstenues d'exposer. Plusieurs d'entre elles excellent dans leur profession, et on ne peut expliquer leur abstention que par le peu d'intérêt qu'elles ont à se faire connaître du public.

M. Sormani a succombé au moment où il préparait son exposition; mais sa veuve et son fils ont continué son œuvre, et leur exposition présente des progrès remarquables. La sobriété des ornements sur les pièces et sur les coffres, la gravure et le guilloché faits avec plus de soin, donnent à leurs produits un cachet de distinction qui sera approuvé par les consommateurs. Le Jury a remarqué aussi une cave à liqueurs, dont les incrustations et les profils sont du meilleur goût.

M. Marx, l'inventeur de l'album de photographies, est toujours resté à la tète de cette fabrication. La netteté de la dorure, la rondeur et la solidité du dos, font reconnaître, an premier coupd'œil, le cachet particulier de la bonne reliure.

Les imitations françaises et étrangères ne se sont jamais élevées à ce degré de perfection.

La vogue qui avait alimenté dans les premiers moments l'écoulement de cet article, est un peu tombée, et, une grande partie du publié étant pourvue, la production est arrivée à dépasser la consommation. Cependant l'album photographique donne encore à la fabrication un élan considérable qui n'est pas près de s'arrêter.

MM. Triefus et Ettlinger ont exposé des pièces intéressantes au double point de vue de la maroquinerie et de la tabletterie. Nous parlerons plus loin des ouvrages de tabletterie. Disons

ici que nous avons remarqué un coffre pour mariage en maroquin Lavallière, doublé de velours bleu clair, renfermant un livre de messe, un carnet, un porte-monnaie et un éventail en ivoire, dont la confection est irréprochable. Le Jury a félicité MM. Triefus et Ettlinger du bon goût et du soin qui ont présidé à la fabrication des objets qui lui ont été soumis.

La vitrine de MM. Keller et O renferme des sacs en cuir

de Russie, garnis de pièces de toilette en argent. Les fermoirs fonctionnent bien, les rivures sont proprement faites, et les moraillons sont suffisamment écartés pour que la serrure maintienne le cadre et l'empêche de se fausser lorsque le sac est plein.

M. Keller a fait faire à la serrurerie de son industrie des progrès considérables, et lorsque l'on rapproche un sac fait il y a dix ans de ceux d'une confection récente, on s'étonne que Ton ait pu autrefois se contenter de moyens de fermeture aussi primitifs. Nous devons féliciter ce fabricant d'avoir abandonné le système des ferrures couvertes de gravures du plus mauvais goût, cl de les avoir remplacées par des pièces unies et dorées mat. Ces ferrures, bien proportionnées et solides, sont beaucoup plus légères que celles des sacs anglais, et rendent les nôtres beaucoup plus portatifs.

Ici, comme à la lin du chapitre I, nous devons rappeler que le chef d'une de nos fabriques les plus importantes de la maroquinerie, M. Schloss, ayant été adjoint aux travaux du Jury, a été mis hors concours. Le Jury, qui avait examiné ses sacs, ses porte-monnaies, son bureau, et jusqu'à une montre recouverte en cuir de Russie, a reconnu que M. Schloss a toujours conservé la supériorité qui lui a valu, en 1853, la plus haute récompense accordée à l'industrie.

OBJETS niVKKS DK MABOQUINERIE, DE TABLETTERIE, ETC. 4515

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