‹ Exposition universelle de 1867 Rapports du jury internationalChapitre 67 sur 75 · CHAPITRE ffl · texte numérisé non relu

CHAPITRE ffl

TABLETTERIE, BIJOUTERIE, COFFRETS, CARNETS, PORTE-MONNAIES, BONBONNIÈRES ÉCAILLE ET IVOIRE, IVOIRE SCULPTÉ, GUILLOCHÉ ET TOURNE'.

$ 1. — Matières premières.

L'importance delà tabletterie en France peut être appréciée par le chiffre des matières premières qui sont importées. L'exportation à l'état brut n'existe qu'exceptionnellement et dans des proportions insignifiantes.

Voici le chiffre des entrées depuis 4862 :

Ecaille 29,100* 35.000* 54,97» * 34.491*

Nacre 1,400,000 4,178,000 1,131,520 887.40Û

Ivoire 428,500 199,000 173,000 157,366

Cornes 2.615,000 3,335,400 2.711,700 2.666.021

OS et sabots de bélail. 6,950,211 11,799,698 3,905,469 9,774,659

La valeur de ces importations représente pour la dernière année 4865:

Écaille 34,494* à 35' 00 1,207,185'

N»cre )... 883,441 à 1 20 1 .000,128' QQ I

— 3,965 à 6 00 23,760 00 \ *U<iJ,*1B

Ivoire 457,366 à 18 00 - 2,832,588

Cornes 2,662,021 à 0 85 2.262.T17

Os et sabots de bétail.. 9,774,059 à 0 48 1.739,438

Total 9, 085,846'

A ce chiffre il faut ajouter au moins 1 million pour la production nationale des cornes et des sabots de bétail.

La corne de buffle se tire de Calcutta, de Siam, de Singapour et de la côte de Coromandel. La plus belle corne blanche vient d'Irlande. Mais cette matière est absorbée par la consommation locale, et il est rare qu'on en trouve pour la fabri cation étrangère. Celle qui est employée en France est importée de Rio et de Buenos- Ayres.

436 f'.llOUPE m. — CLASSE >2(>. — SECTION II.

Lescoloniesanglaises, hollandaises, espagnoles et françaises, et principalement Singapour, l'île de Célèbes, ancien royaume de Macassar et Manille, nous fournissent récaille.

Les marchés de ces matières premières sont à Londres, à Amsterdam et à Rotterdam, où une cargaison entière trouve toujours des acquéreurs.

Les droits d'entrée sur l'écaillé, la nacre et l'ivoire sont insignifiants comparés à la . valeur de ces matières ; mais sur la corne ils représentent de 2 à 4 pour 100. Ces droits élèvent le prix de revient sur les objets fabriqués et nuisent à notre exportation.

Extrait de la statistique de l'industrie parisienne.

En 1860 on a trouvé :

182 tablettiers proprement dits.

32 fabricants d'articles pour fumeurs.

26 tourneurs en ivoire.

31 sculpteurs en ivoire.

Total : 271 fabricants.

Il a été recensé en plus 132 façonniers.

% 2. — Importance des affaires.

Avec 1,236 ouvriers, les 271 industriels ont fait un chiffre de 11,085,137 francs d'affaires,

Savoir :

Les tablettiers : 7,020,400 francs, avec 780 ouvriers.

Les fabricants d'articles pour fumeurs : 2,656,412 francs avec 286 ouvriers (1 1.

Les tourneurs en ivoire et en os : 869,500 francs, avec 85 ouvriers.

(0 I»'après la division adoptée pour notre travail, ces chiffres auraient pu figurer au chapitre Vf,

Les sculpteurs sur ivoire : 530,825 franes avec 85 ouvriers. Les 132 façonniers ont fait 319,345 franes d'affaires avec

49 ouvriers.

9 millions sont restés en France ; 2 millions ont été exportés dans les divers États suivants : Amérique, Angleterre, Espagne, Russie, Italie, Allemagne, Belgique.

Ouvriers.

On a trouvé dans les ateliers :

Hommes 094

Femmes 69

Enfants au-dessous <le 16 ans 173

Total 1.236 ouvriers.

Sur 994 hommes, 399 travaillaient à la journée, et 595 à la pièce. Leur salaire variait de 5 à 7 francs par journée qui, h cette époque, était de douze heures ; aujourd'hui le prix de la journée est resté le même, mais la journée de travail a été réduite à dix heures. 40 femmes étaient payées à la journée, et 29 à la pièce. Leur salaire variait de 2 francs à 3 francs

50 centimes.

3 machines à vapeur, représentant la force de 48 chevaux, sont employées pour la fabrication de la tabletterie.

Nous avons examiné la tabletterie française, on pourrait presque dire parisienne, car, à notre grand regret, nous avons vu la ville de Dieppe, qui avait paru organiser une exposition collective, se retirer au dernier moment. Cette défection pouvait faire craindre que cette branche de notre industrie ne fût pas suffisamment représentée. Les nombreuses demandes adressées à la Commission impériale sont venues combler le vide qui s'était produit, et le Comité d'admission n'a eu que l'embarras du choix des remplaçants. Nous croyons savoir que l'industrie dieppoise n'est pas complètement étrangère aux objets qui ont été soumis à l'appréciation du Jury.

La sculpture sur ivoire est poussée en France jusqu'aux dernières limites de la perfection, et quelques-unes des pièces

ïïiH GROUPE III. — CLASSE 26, — SECTION II.

exposées sont de véritables objets d'art. Nous n'avons pas de rivaux dans le monde pour la tabletterie. Cette industrie est à peine représentée dans les expositions étrangères, et les quelques objets isolés qu'on y rencontre sont en dehors des conditions ordinaires du commerce.

La pièce la plus importante de la tabletterie française appartient à M. Alessandri. Ce fabricant a exposé un grand meuble étagère rond, dans le style de la renaissance, avec moulures et panneaux en ivoire sculpté dont l'exécution mérite les plus grands éloges. Le dessin de ce meuble est d'une bonne architecture et les détails sont étudiés avec soin. La sculpture des bas-reliefs est remarquable, et nous espérons qu'un riche amateur les appréciera comme le Jury, qui n'a pas hésité à donner à M. Alessandri la plus haute récompense dont il pouvait disposer. Dans sa petite vitrine du salon de la classe 26, ce fabricant a exposé ses plaques en ivoire, découpées circulairement et en spirale. Ce mode de découpage fait ressembler la dent à un rouleau de papier de tenture qu'il faut dérouler avec soin et en mouillant l'ivoire; puis on le fixe sur une plaque de bois bien plate. On obtient ainsi des surfaces beaucoup plus grandes que le diamètre de la dent.

M. Alessandri est le premier acquéreur d'un nouveau système pour blanchir l'ivoire. Mme Vve Grandon, dont le mari est l'inventeur de ce procédé qui donne à l'ivoire jauni une blancheur inaltérable, l'a vendu à M. Alessandri pour son exploitation personnelle. Mm<> Vve Grandon s'est réservé le droit de céder ce moyen à d'autres fabricants qui en fèraient la demande. Le Jury, prenant en considération la notoriété industriel^ de son mari, a distingué Mme V" Grandon comme un coopérateur de la classe 26.

Nous avons examiné avec le plus vif intérêt les produits de M. Moreau. Cet industriel est un de ceux qui ont fait le plus d'efforts pour régénérer la sculpture sur ivoire. Sa persévérance et l'éducation artistique qu'il a donnée à son fils, qui di-

OltJKTS HIVERS DE MAROQI INERTE, RE TAHI.ETTERIE, RTC 459

rige son atelier, ont puissamment contribué aux progrès qui ont été signalés à chaque exposition.

M. Correaux, son élève, suit également ses traces et obtient d'excellents résultats. Les statuettes qui sont dans les vitrines de ces deux exposants sont de véritables chefs-d'œuvre.

La tabletterie écaille et ivoire en albums, porte-cartes, porte-monnaie, porte-cigares, couvertures de livres, etc., est exécutée avec une rare perfection par ML Pingot. Les charnières placées au milieu du dos des reliures sont une application heureuse d'un système qui supprime une double coupe sur les côtés, tout en conservant une ouverture facile à l'album ou au livre. Dans l'intérieur des porte-cartes, le Jury a remarqué des ressorts aussi doux que solides retenant par la pression les cartes que l'on y place, quel que soit leur nombre. De cette manière, on supprime les garnitures en soierie qui se défraîchissent et enlèvent à l'écaillé sa transparence. Un flacon à sel, en cristal, entièrement recouvert d'ivoire, avec des appliques émaillées dissimulant les joints, nous a paru d'une exécution irréprochable.

M. Poisson est un des doyens de la tabletterie d'ivoire. Hécompensé à toutes les expositions précédentes, il s'est distingué à cette dernière par des objets d'un goût parfait et d'un excellent usage. Ici, point de pièces surchargées de sculptures, et, pour citer un exemple, son coupe-papier de la forme d'un poignard romain avec ses lignes sévères , mais commode à la main, a été très-apprécié par le Jury. Un christ magnifique est là pour témoigner que lorsqu'il veut faire de la sculpture, il en peut exécuter d'excellente.

MM. Triefus et Ettlinger, que nous avons précédemment cités dans la maroquinerie, ont aussi exposé des albums, «les livres de messe couverts d'écaillé ou d'ivoire, qui méritent les mêmes éloges que leurs ouvrages en peau. De plus, le prix, de ces pièces est très-modéré.

Notre attention a été particulièrement frappée par la vitrine de M. Cleray. Cet industriel a incrusté des plaques d'écaillé

d'une dimension inusitée , 45 centimètres de long sur 30 de large. Ces plaques forment la couverture d'une Bible, dont le prix ne permet guère d'en espérer la vente. Toute la bijouterie écaille, les carnets, couvertures de livres, albums, cadres, etc., sont couverts d'ornements découpés à Temporte-pièce et incrustés dans l'écaillé au moyen de presses hydrauliques. Par ce procédé, on obtient des effets charmants, et si la composition des ornements était plus étudiée, il n'y aurait que des éloges à adresser à M. Cleray. Nous espérons que, à l'avenir, il se préoccupera davantage de cette question , qu'il a paru regarder jusqu'ici comme très-«econdaire.

Une des parties les plus intéressantes de la tabletterie, qui se fabrique spécialement à Paris, est le coffret à ouvrage incrusté de pièces en or ou en vermeil, telles que des ciseaux, étuis, poinçons, passe-lacets. Les pièces sont entaillées dans la partie inférieure de la boîte, jusqu'aux deux tiers de leur épaisseur, et dans la partie supérieure du troisième tiers, afin que, la boîte ouverte, on puisse saisir les pièces et que, lorsqu'elle est fermée, ces divers objets ne puissent sortir de leur emplacement.

M. Beugnot excelle dans cette partie, et la charnière à ressort qu'il a établie pour faciliter l'ouverture des coffrets, en rend l'usage encore plus commode.

MM. Leforl et Chonquet, le premier pour ses coffrets avec pièces or et vermeil et ses incrustations d'argent sur ivoire, et le second pour ses boîtes ovales tournées et son cadre de glace sculpté, ont reçu les félicitations du Jury.

Une petite vitrine placée au fond de la salle a été aussi particulièrement remarquée. C'est celle de M. Lamarre, élève de M. Leferre, et qui a conservé lcsbonnestraditions.il a présenté des porte-monnaie, des porte-cigares en ivoire et en écaille dont les charnières et les boutons sont parfaitement ajustés.

OUJETS DIVERS DE MAROQUINERIE, DE TA 1 1 EETTEK I E , ETC . 46i

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