CHAPITRE V
Comme l’habitation, le vêtement peut être considéré au triple point de vue du confort, du bon marché et du goût. Il remplit une grande partie de l’Exposition, à cause de la multitude et de la variété des objets qu’il comporte. Les commissaires de l’installation ont placé d’abord les tissus; fils et tissus de coton, fils et tissus de lin, de chanvre, etc.; ces deux classes sont très chargées. Viennent ensuite les deux classes de la laine peignée et de la laine cardée, qui ne le sont pas moins; puis la soie et les tissus de soie. Ces cinq classes contiennent toutes les étoffes, c’est-à-dire la matière première du vêtement. Les cuirs et les peaux ne sont pas dans le groupe du vêtement (groupe III); on les a placés dans le groupe V, avec les industries extractives; cependant les cuirs et peaux, comme les étoffes, servent principalement à l’industrie du vêtement ; la ganterie et surtout la chaussure en consomment une quantité considérable. On a fait une classe pour les châles; une pour les dentelles , les tulles , les broderies ; une pour la bonneterie, la lingerie et les objets accessoires du vêtement, cravates, jarretières, boutons, lacets, etc. Après toutes ces classes en vient une qui porte ce titre : habillement des deux sexes; là se trouvent les diverses matières premières employées, mises en œuvre, toutes prêtes pour l’usage;
LE VÊTEMENT
c’est cette classe que nous regarderons d’abord. La commission d’installation a placé après elle la joaillerie et la bijouterie; les armes de chasse et les armes portatives, qu’on n’attendait guère dans le groupe du vêtement, les objets de voyage et de campement, et enfin la bimbeloterie.
Les habillements des deux sexes sont exposés dans la classe 38. Il va sans dire que le sexe féminin l’emporte de beaucoup sur l’autre par l’élégance et la quantité. Il y a lutte de goût et de magnificence entre les divers pays civilisés. La France a la prétention séculaire de donner le ton, d’être, comme on dit, la reine de la mode, regina elegantiarum, prétention qui cesse d’être futile, quand on la regarde au point de vue commercial, puisque l’industrie de la confection, des modes, de la ganterie, de la chaussure pour dames et de tous les objets qui composent le mundus muliebris a donné lieu, en 1877, à une exportation de iû5 millions. On dit encore à New-York, comme à Saint- Pétersbourg, les modes de Paris. Il ne faudrait pas croire que cette royauté fût moins éphémère que les autres. Elle ne se perd pas, comme les couturières se l’imaginent, dans la nuit des temps. Nous avons copié la mode espagnole; nous nous sommes habillés à l’anglaise; il est vrai cependant que, depuis plusieurs siècles, et cela suffit pour expliquer notre orgueil patriotique, ce sont nos modistes et nos couturières qui imposent leurs fantaisies au reste du monde. Pour que cette vogue se continue, deux choses sont nécessaires; la première, bien entendu , c’est que le goût français ne s’altère pas, et la seconde, c’est que la France continue à compter parmi les premières nations du monde. C’est en vain qu’un peuple déchu de sa grandeur politique croirait conserver longtemps sa prépondérance sur les goûts et les
LE VÊTEMENT
fantaisies mobiles qui constituent la mode. Il n’y a que le grand art qui s’impose; tout le reste suit le succès. Les hommes, et surtout les femmes, n’admirent que ce qui est puissant. Qu’on y pense dans les ateliers de confection; nos nouveautés ne l’emporteront sur celles de Londres et de Berlin que si nous faisons de bonne et sage politique. Il importe aussi, au même degré, j’en conviens, que nous fassions des coupes élégantes et d’heureux assortiments de couleurs. Les connaisseurs, en parcourant les vitrines de la classe 38, s’accordaient à dire que les artistes des pays concurrents ont fait des progrès. La distance entre eux et nous a diminué. Cela tient peut-être à ce que nos modèles sont copiés dans des pays où la main-d’œuvre est moins chère que chez nous. Quoi qu’il en soit, notre supériorité persiste sur toute la ligne; nous l’emportons par la qualité et le nombre des produits.
Ainsi, pour les fleurs artificielles, en dix ans, le nombre des fabriques a été porté de 2,000 à 3,ooo; le salaire des ouvriers et des ouvrières s’est élevé dans une forte proportion; le total des affaires peut être évalué à 25 ou 00 millions, dont les deux tiers pour l’exportation. Nos premières fleuristes copient la nature avec une telle fidélité, qu’on ne peut distinguer les fleurs imitées des fleurs naturelles qu’en s’assurant quelles n’ont pas de parfum. Ce sont de véritables œuvres d’art. Un grand peintre ne choisirait pas mieux ses modèles, ne les grouperait pas avec une habileté plus consommée, 11’en tirerait pas des effets plus gracieux et plus charmants. Les fleurs communes, que les jeunes filles font en se jouant, ont elles-mêmes une vraisemblance et une grâce qui expliquent la rapide extension de cette industrie. L’industrie des plumes, assez souvent
LE VÊTEMENT
réunie à celle des fleurs, fait pour i5 millions d’affaires, dont 10 millions pour l’exportation et 5 pour le marché intérieur.
Le commerce et l’industrie des cheveux, en dessins, médaillons, postiches, a son centre à Paris. On a fait beaucoup d’histoires des perruques; il y a même une dissertation théologique sur la question de savoir si l’on peut, sans irrégularité, porter perruque en disant la messe (1). Du temps de Louis XIV, la consommation des cheveux, pour la perruque des hommes, devait être effrayante; les dames espagnoles n’en consommaient pas moins, comme on peut le voir encore par les portraits d’infantes de Velasquez. Marie- Antoinette n’est pas la première qui ait mis le visage des femmes au milieu de leur personne. Nous ne voyons plus de ces extravagances ; on cherche à présent à imiter la nature, et non à l’exagérer; mais cette imitation même donne lieu à un commerce considérable. Nos négociants en cheveux, je parle de ceux de Paris seulement, emploient 180,000 kilogrammes de cheveux bruts, dont une partie notable proviennent de la Chine et du Japon. On peut évaluer leur chiffre d’affaires à 28 ou 3o millions par an.
Dans l’industrie des chapeaux de paille, il faut distinguer la paille cousue et la paille remaillée. La paille cousue est exploitée surtout par les pays de production. Nous avons en Angleterre des concurrents sérieux pour les chapeaux de laine; le chapeau de feutre et le chapeau de soie sont des industries essentiellement françaises.
Pour les habillements d’hommes, à côté des tailleurs qui conservent leur supériorité à Paris, Londres, Vienne,
(l) Thiers, Histoire des perruques , chap. 111 elxvm. Avignon, 1779, in-i2.
LE VÊTEMENT
Prague et les autres grandes villes, s’est formée la grande industrie de la confection pour hommes. Le chiffre total des affaires en vêtements confectionnés peut être évalué à 3oo millions, celui des salaires à 5o millions. L’industrie de la chaussure pour hommes, femmes et enfants, chaussures de luxe, chaussures de travail, a fait de son côté des progrès énormes, puisque le chiffre de ses affaires, en France, dépasse 700 millions, dont 90 à 100 millions pour l’exportation. Nous n’exportions qu’une valeur de 18 millions en 1860. Le mouvement ascendant aurait été plus considérable sans la concurrence organisée en Angleterre, en Allemagne, en Autriche-Hongrie, en Belgique, et surtout aux Etats-Unis.
La ganterie n’avait pas été, comme la chaussure, placée dans la classe 38, consacrée aux habillements des deux sexes; on l’avait mise, avec la lingerie et les accessoires du vêtement, dans la classe 37. II en était de même du corset. La ganterie occupe 70,000 ouvriers et ouvrières. La fabrication annuelle s’élève en France à 80 millions de francs, dont 5o millions pour la matière première. Ces 80 millions se décomposent ainsi : 3o millions pour la consommation française et 5o millions pour l’exportation. Nous conservons le premier rang pour cette industrie. Il en est de même pour le corset, qui donne lieu à un mouvement d’affaires évalué à 11 millions pour le corset cousu, et à 2 millions pour le corset sans couture. Le satin coton anglais, qui est la principale matière de la fabrication du corset, est frappé à l’entrée en France d’un droit de i5 p. 0/0. Ce droit élevé est fatal à notre industrie. L’exportation, qui atteint à peine 3 millions et demi de francs, s’élèverait aisément à 10 millions, si le droit était supprimé ou considérablement réduit.
LE VÊTEMENT
Les modes proprement dites emploient, à Paris seulement, 8,000 ouvrières, dont le salaire varie de 75 à 5oo francs par mois. Le chiffre de la production, toujours pour Paris, s’élève à 2 5 millions, sans compter le grand mouvement d’affaires en soieries, rubans, dentelles, qui en est la conséquence, et qui dépasse 25o millions, dont i5o millions pour l’exportation.
L’industrie des tailleurs et tailleuses d’habits pour femmes forme à Paris une corporation très nombreuse, composée des éléments les plus disparates, puisqu’elle va depuis la couturière à façon qui fait une jolie robe de dame pour 3o francs, jusqu’aux maisons qui habillent les reines de la finance et celles du plaisir, en faisant payer jusqu’à 5oo ou 1,000 francs la façon d’une robe de bal, sans aucune fourniture. Les couturières du high life ont, comme les grandes modistes, une clientèle dans toutes les capitales de l’ancien et du nouveau monde. Leurs chefs-d’œuvre s’exportent comme les fleurs de Nice, qui arrivent à Paris resplendissantes de fraîcheur. Les premières maisons parisiennes ont exposé pour la première fois en 1878. N’est-ce pas quelque peu étrange? Notre industrie nationale y perdait une de ses gloires lesplus incontestées. Et pourquoi cette abstention, quand le succès était assuré? On disait ici: notre réputation est établie dans le monde entier; nous n’avons plus de clientèle à conquérir; là : notre fabrication n’a pas de secrets, il suffit de voir nos produits pour les imiter; nous ne ferions, en exposant, que fournir des échantillons aux maisons concurrentes. Ailleurs, on parlait de l’extrême et délicate perfection d’objets qui ne peuvent être admirés et compris que dans leur nouveauté et leur fraîcheur. O11 a réfléchi qu’il y avait réponse à tout cela, et que ces combats,
LE VÊTEMENT
où nous ne paraissions jusqu’ici que par des champions de second ordre, nous donnaient un faux air de vaincus, qui nuisait en définitive à tout te monde. Peut-être aussi a-t-on pensé que dans ta nécessité de vaincre où tes événements nous avaient mis, aucune industrie ne pouvait rester inactive. Nos couturières et nos modistes se seront fait admirer par patriotisme.
L’industrie de ta confection est toute différente de celte des couturières. Soit que ta couturière fournisse tes étoffes, dentelles, passementeries, etc., ce qui peut faire monter ta valeur d’une robe, dans certaines maisons, à 5,ooo, 6,000 francs et au-dessus, soit qu’elle se charge uniquement de la façon, elle fait la robe, ou te manteau, ou te pardessus sur mesure ; elle attend par conséquent ta commande. L’industrie de ta confection, au contraire, produit par grandes quantités pour obtenir des diminutions énormes sur l’achat des matières et sur te prix de main-d’œuvre. Cette idée, qui parait fort simple, a été toute une révolution dans te commerce des nouveautés et dans nos habitudes; dans te commerce, parce quelle est l’origine des magasins immenses, tels que le Louvre , le Bon-Marché , le Petit-Saint-Thomas; dans nos habitudes, parce que Je bon marché de ta confection, coïncidant avec te bon marché des étoffes, a permis à ta population pauvre de se vêtir plus confortablement. Ainsi nous disions tout à l’heure que la robe de dame la plus modeste, confiée à une couturière, coûtait au moins 3o francs de façon; on peut voir tous les jours, dans les vitrines des confectionneurs, des robes, et même des costumes, cotés oo francs, ce qui veut dire qu’en s’adressant la, on a l’étoffe par-dessus le marché. La robe n’est peut-être pas aussi bien ajustée, aussi solidement
LE VÊTEMENT
cousue; mais elle coûte trois fois moins, et elle est quelquefois d’un type plus élégant.
La confection pour dames avait pris chez nous un grand développement de i85o à 1860, mais elle ne fabriquait que des articles d’un prix élevé. Les traités de commerce, en facilitant l’introduction d’étoffes à bon marché, ont donné à cette industrie une importance considérable. Paris n’emploie pas à la confection pour dames moins de 22,000 ouvriers et ouvrières. Le chiffre d’affaires dépasse certainement 100 millions pour la consommation française et 7 5 millions pour l’exportation. L’Angleterre, l’Allemagne et les Etats- Unis commencent à nous faire une rude concurrence en copiant nos modèles.
M. Levois, rapporteur de la classe 38, fait un grand éloge du goût de nos artistes. Il est difficile de ne pas être de son avis en comparant nos produits à ceux de nos concurrents. Etant donnée la forme générale du vêtement à l’époque du xixe siècle où nous voici parvenus, il semble bien que ce sont les artistes français qui lui donnent la coupe, la disposition et l’ornementation la plus gracieuse. Soit qu’ils aient recours aux ornements très coûteux, comme les bijoux ou la dentelle, ou qu’ils tirent de leur habileté même tout le mérite d’une toilette, il semble bien, je le répète, qu’ils soient les premiers artistes du monde pour assortir les vêtements entre eux, et le vêtement à la personne. Il reste à se demander s’il n’y a pas un art du vêtement, un grand art digne d’être gouverné et compris par de grands artistes, et dont les données seraient très différentes de cette habileté d’agencement dans des formes convenues, qu’011 appelle un peu emphatiquement l’art de la toilette. Un peintre de portrait, qui est obligé de copier le vêtement ordinaire de son
LE VÊTEMENT
modèle, y fait des changements auxquels 11e songerait pas la couturière ou la modiste la plus habile, celle qu’on appelle une artiste, et même une grande artiste, et qui passe pour l’arbitre du bon goût dans toutes les capitales du monde civilisé. Le même peintre, s’il compose une scène dans laquelle l’exactitude rigoureuse du costume ne soit pas exigée, s’éloigne encore plus de la mode. Il en est de même au théâtre. La plus grande artiste, représentant une femme du monde, de notre monde, est obligée de porter le costume de son personnage; elle prend avec lui les mêmes libertés que le peintre de portrait avec le costume de son modèle. A — t— elle un rôle de fantaisie, elle se crée un costume, qu’une grande modiste n’inventerait pas. C’est que la comédienne voit l’art, qui est gouverné par des principes durables, et que la modiste voit la mode, livrée au changement et au caprice, et dont l’idéal est moins peut-être la beauté que la nouveauté. Les grandes comédiennes et les grands comédiens (les hommes de théâtre ressemblent plus aux femmes qu’aucune autre espèce d’hommes) montrent quelquefois, non pas seulement du talent, mais du génie dans la création de leur costume. C’était un des traits frappants de la carrière de MUe Rachel. Elle transformait même sa beauté, qui aurait été médiocre sans le parti quelle en tirait. Avant même qu’elle parlât, lexpression de sa physionomie, son geste, son attitude, l’arrangement de ses cheveux, les plis de ses vêtements, donnaient l’impression qu’on éprouve à la vue d’une belle statue. M. Charles Blanc a fait un beau livre sur l’art de la parure W. Le fils de Pierre-Paul Rubens en avait fait un qui roulait
U Art dans la parure et dans le vêtement , par M. Charles Blanc. Paris, Renouard, 1879, in-8°.
LE VÊTEMENT
sur les vêtements des anciens . W. C'est un sujet tout à fait digne des artistes, et qu’on a tort d’abandonner aux caillettes.
La classe 38 avait une exposition de costumes populaires. Cette exposition était même supérieure à celle de 1867, surtout dans les sections étrangères. On s’v portait comme à un spectacle, plutôt pour s’amuser que pour étudier, et c’est pourquoi il y avait foule. Peut-être ce genre d’exhibition pourrait-il être autre chose qu’un amusement. II serait intéressant d’y joindre une série de costumes historiques. Il y a lieu de chercher des types approuvés par l’art, dignes d’être choisis par des sculpteurs et des peintres, et qu’on abandonnerait ensuite pour les modifications de détail aux fantaisies des marchands de nouveautés et des modistes. Le costume exprime quelque chose, et il influe jusqu’à un certain point sur les mœurs et le caractère de celui qui le porte. Aujourd’hui, les hommes 11e sont que couverts. Dans notre ancienne société, le costume, comme le cérémonial, constatait et consacrait les différences. Il ne faut pas aller jusqu’à dire que le xviig siècle aurait été autre, si Louis XIV avait porté notre chapeau à haute forme et notre jaquette; mais il ne faut pas non plus se dissimuler l’importance de la mise en scène, même dans la vie réelle.
Indépendamment des costumes rétrospectifs qu’on nous montre au théâtre ou dans les expositions, on publie fréquemment en librairie des séries de costumes historiques. Ces habits des différents âges ont été, chacun à leur tour, le costume à la mode : ils ont plu aux contemporains. Nous avons un jugement là-dessus qui est fort indépendant du vêtement que nous portons. Dans cette matière, comme
(1) Aiberti Rubeni, Pétri Pauli filii, De re vestiaria veterum. Antverpiæ, ex officina Plantiniana Balth. Moreti, i665, petit in-4°.
LE VÊTEMENT
dans beaucoup d’autres, on ne juge bien qu’à distance. Les hommes qui ont aujourd’hui soixante-dix ans ont admiré les costumes d’hommes et de femmes qui étaient à la mode en France, en i83o, les manches à gigot, les robes courtes. Tout le monde les admirait alors dans toute l’Europe. On parlait du suprême bon goût de Paris, de son incomparable élégance.
L’exposition des costumes populaires ne sera bientôt plus qu’une exposition de costumes historiques. On conçoit que les ouvriers dans les villes et les paysans dans les banlieues des grandes villes recherchent uniquement la commodité et le bon marché. C’est seulement dans les pays reculés et arriérés qu’on peut s’attendre à retrouver d’anciens types. 11 y en a de laids, il y en a de bizarres, il y en a de superbes. Le concitoyen riche de cet ouvrier magnifiquement vêtu porte de préférence notre costume qui est infiniment plus laid et qui est loin d’être plus commode. Le plus curieux, c’est que les hommes et les femmes qui ne sont pas obligés, par leur richesse ou leur dignité, d’adopter la mode des bourgeois de Londres ou de Paris, adoptent la mode de nos ouvriers et renoncent à leurs usages locaux. Cette nouvelle façon de s’habiller prive les artistes d’un précieux élément pittoresque; elle rend le monde plus ennuyeux, les hommes et les femmes plus laids; elle n’est ni plus économique ni plus hygiénique. Le costume des femmes d’Italie n’est plus porté qu’à Paris, par les modèles, dans les ateliers de peintres, et celui de majo est devenu, en Espagne, l’habit de caractère des matadors. Les mœurs et la politique se trouvent d’accord sur un seul point : la suppression des différences.
Nous y avons tous travaillé, en haine du privilège, qui est une chose détestable, et de l’aristocratie de naissance.
LE VÊTEMENT
On 11e porte plus de marques de distinction sur sa personne; les titres, en France, n’ont plus de signification; on les a interdits en Amérique; l’éducation est de plus en plus universelle et commune, la fortune de plus eu plus mobile; tous les patrimoines se mettent en actions, et on se garantit contre les accidents par des assurances. Les citoyens des Etats-Unis commencent, dit-on, à préférer l’hôtel garni à la maison, et la table d’hôte au pot-au-feu. L’individu se noie dans la masse. Il ne faudrait pourtant pas confondre l’originalité, qui est excellente, avec le privilège, qui est horrible. Pour en revenir au costume, il devrait y avoir une ligue de toutes les femmes, de tous les artistes et de tous les gens de goût contre le despotisme du paletot-sac.
]N’est-il pas intéressant de remarquer que, pendant qu’on abandonne les anciens costumes, les collections de costumes nationaux attirent toujours la foule, surtout quand on les fait porter par des poupées de grandeur naturelle? Il y a peut-être un regret au fond de cette curiosité. Notre uniformité nous ennuie. Il semble au visiteur, en entrant dans cette galerie, qu’il a rétrogradé d’un demisiècle, ou qu’il a tout à coup franchi plusieurs centaines de lieues, et qu’il se trouve en Norvvège ou en Finlande. On avait ainsi représenté, au Champ de Mars et au Trocadéro, non seulement les costumes, mais les maisons avec leurs ustensiles et leurs habitants, formant divers groupes. C’est un spectacle dont les éléments disparaîtront de plus en plus. Ces costumes, dans les expositions du siècle prochain, ne seront plus que des défroques historiques. La classe h o (la chasse, les armes portatives) avait fait un rapprochement qui présentait un double intérêt. On voyait, d’un côté, les carabines à répétition portant, avec une pré-
LE VÊTEMENT. 265
cision admirable, une balle à des distances de i,5oo à 2,000 mètres, et, de l’autre côté, des arcs avec leurs flèches soigneusement empoisonnées par les naturels de l’Australie ou de l’Océanie; d’un côté, les culottes de daim et les habillements élégants d’un chasseur à courre, et, de l’autre, les appareils primitifs des chasseurs d’antilopes (A. Mais cette piquante comparaison ne sera plus possible aux expositions prochaines; au train dont on y va, les chasseurs d’antilopes ne tarderont pas à avoir des remingtons et à s’habiller à la Belle-Jardinière .
C’est un très bon précepte, que donnent à l’envi tous les Philinte et tous les Ariste, de nôtre, à l’égard de la mode, ni un esclave ni un révolté; mais ce n’est pas une raison pour qu’on ne s’efforce pas de rendre la mode raisonnable. Si nous portions encore le costume du temps de Louis XIV, nous serions volontiers ennemis, comme Sgariarelle,
De ces petits pourpoints sous les bras se perdans Et de ces grands collets jusqu’au nombril pendans;
De ces manches qu’à table on voit taster les sauces Et de ces cotillons appelles hauts de chausses;
De ces souliers mignons de rubans revestus Qui vous font ressembler à des pigeons patus,
Et de ces grands canons où, comme en des entraves,
On met tous les matins ses deux jambes esclaves,
Et par qui nous voyons ces messieurs les galans Marcher écarquillës ainsi que des volans.
Et puisque le bonhomme a renoncé à toute visée d’élégance, il a pleinement raison quand il veut
une coëlfure, en dépit de la mode.
Sous qui toute sa teste ait un abri commode;
(I) Voir le rapport de VI. Rouart.
366 LE VÊTEMENT
Un bon pourpoint bien long, et fermé comme il faut,
Qui, pour bien digérer, tienne l’estomac chaud;
Un haut de chausses fait justement pour sa cuisse,
Des souliers où ses pieds ne soient point au supplice.
On peut comprendre, à la rigueur, qu’on sacrifie le bienêtre à l’élégance; mais qu’on se mette à la torture ou que l’on compromette sa santé pour être laid ou ridicule, c’est une frénésie que les psychologues les plus experts auront toujours de la peine à expliquer. Quand on voit les femmes se serrer à tour de bras, se découvrir la gorge en hiver, marcher sur de hauts patins à la fois dangereux et disgracieux, et les hommes porter des habits de cérémonie qui couvrent toutes les parties du corps à l’exception de la poitrine, on se demande quelle est la puissance qui contraint tant de créatures, d’ailleurs raisonnables, à se martyriser ainsi. Et ce qui achève le tableau, c’est que cette maladie, dont le foyer est à Paris, s’étend sur l’Europe entière et gagne en quelques mois jusqu’aux extrémités du monde. Le bon sens et la vérité ne courent pas si vite!
Que nous tirions ou non le meilleur parti possible de nos vêtements, soit au point de vue de l’hygiène, soit à celui de l’esthétique, ce qui est certain, c’est que nous n’en manquons pas. La quantité de vêtements à bon marché qui se fabrique prouve que le genre humain est beaucoup plus vêtu qu’il ne l'était il y a peu d'années. Le mouvement est contemporain des derniers progrès de la vapeur. Tant que nous avons été réduits au travail à la main, les salaires ont été rares’ et peu élevés, et les objets fabriqués, coûtant fort cher, ont été peu répandus parmi les masses. Dans le premier quart ou même dans le premier tiers du xix° siècle, on coudoyait à chaque instant, dans les
LE VÊTEMENT
villes, des personnes à peine vêtues pour la pudeur, et qui certainement devaient souffrir du froid. A l’époque où M. Villermé, M. Blanqui, M. Benoîton de Châteauneuf, M. Le Play, faisaient leurs enquêtes sur la situation des ouvriers, ils ont eu souvent l’occasion de signaler l’absence complète de draps de lit, le défaut de chemises. J’ai fait une enquête à mon tour plusieurs années après, et j’ai trouvé à peu près les mêmes résultats. Dans une grande partie de nos provinces, les paysans pauvres ne portaient, pendant les plus rudes hivers, qu’un méchant pantalon de toile. L’usage des bas et des souliers leur était presque inconnu. Ils traînaient des sabots sans bride ou marchaient pieds nus. Un mètre de coton se vendait, en 1 8a5, i fr. 5o cent., pour la qualité la moins belle; on l’a aujourd’hui pour 6 o centimes. Un mètre de drap, dans les mêmes conditions, représentait 3 francs; il vaut aujourd’hui î franc, î fr. îo cent.; de même, pour la confection. Une lingère faisait deux chemises d’homme dans sa journée. La confection d’une chemise la plus simple, en comprenant les fournitures et le bénéfice de l’intermédiaire, était comptée pour i franc, ce qui, à 9 mètres d’étoffe, faisait ressortir la chemise à h francs. Aujourd’hui, avec l’abaissement du prix des étoffes, la coupe à l’emportepièce et la couture à la mécanique, la même chemise coûte î fr. 7 5 cent. La révolution est encore plus frappante pour la chaussure. Avec les approvisionnements en grand, les machines et la substitution, pour les sortes communes, du clou à la couture, on livre de fortes bottines pour y francs, des souliers pour h francs. Une bonne blouse de travail, une blaude, revient à 9 francs; un bonnet de femme tout confectionné, avec ruche et brides, coûte î fr. i o cent.
LE VÊTEMENT
Ou ne trouvait pas ces vêtements communs avec leurs prix, à l’Exposition, parce qu’ils n’y auraient paru qu’à titre de réclame. Au fond, ils n’auraient rien appris à personne sur le bon marché actuel des vêtements à l’usage des ouvriers. Les grands magasins de Paris sont une exposition permanente. On s’est si vite et si complètement accoutumé à porter des vêtements confortables , que les personnes âgées ont peine à se rappeler Je temps ou une chemise grossière était presque un objet de luxe pour certaines familles, le temps où on était obligé de refuser des enfants dans les écoles gratuites, même à Paris, parce qu'ils n’étaient pas suffisamment vêtus. La misère existe encore malheureusement; mais il est certain qu elle a reculé, qu’elle se montre bien rarement en haillons, et que les mendiants mêmes ne vont plus les pieds nus comme autrefois.
Une industrie qui devrait être fort ancienne, et qui est nouvelle, c’est la chemiserie. Elle faisait, il y a cinquante ans, partie de la lingerie , qui comprend tout le linge des femmes , linge de dessous, linge de nuit, même les bonnets connus sous le nom de bonnets de linge, et un nombre infini d’articles de ménage , de toilette et de literie. H n’y a pas plus de cinquante ans qu’on a commencé à voir sur les enseignes de grands magasins : Spécialité de chemises. Il s’agissait de faire des chemises d’homme, de grand luxe, avec les plus belles batistes, et une coupe, et des façons, de l’élégance la plus raffinée. Ce nouveau luxe, plutôt renouvelé que nouveau, a suscité à côté de lui une industrie plus générale, celle de la confection pour le linge de corps; de sorte que les bourgeois, après les grands seigneurs, et les ouvriers, après les bourgeois, ont eu de meilleures chemises et plus de chemises. C’est un progrès à la fois dans l’aisance et
LE VÊTEMENT
dans l’hygiène; et ace double titre, il a le droit d’être signalé. On lira, sur les chemises et les cravates, le curieux et savant rapport de M. Julien Havem, qui était l’homme du monde le plus évidemment désigné pour rendre justice à cette nouvelle branche d’industrie.
On pouvait, à l’Exposition, suivre tous les états par lesquels passe la matière première avant d’arriver au vêtement confectionné. Des cotons de diverses provenances étaient exposés, cotons américains, indiens, égyptiens, algériens. Il ne suffit pas de comparer la qualité de ces divers cotons; il faut s’enquérir sérieusement du prix de revient et du prix de transport, car la possession des marchés du monde est une sorte d’adjudication au rabais, dans laquelle on est réduit à tenir compte de valeurs presque infinitésimales. De plus, tous les cotons n’arrivent pas dans les mêmes conditions aux ports d’embarquement. Le coton est une sorte de pulpe qu’on récolte sur un arbuste originaire des pays chauds et secs. On le traîne dans les halliers, avant d’arriver aux embarcadères, et il s’y remplit de poussière et de gravier, dont l’extraction exige des opérations assez longues. Le coton indien, quoique de belle qualité, est sujet plus qu’aucun autre à cet inconvénient, qui lui fait perdre de son prix. Le cotou une fois nettoyé, on le file, puis on le tisse, puis on le teint, s’il y a lieu, puis on l’apprête; toutes ces opérations donnent lieu à des industries diverses, qui sont quelquefois réunies dans la même main et quelquefois séparées : filature, tissage, teinture, impressions sur étoffes , apprêts. 11 y a des fabricants de fil à coudre et des fabricants de fil à
LE VÊTEMENT
tisser. Le numérotage du fil indique son degré de finesse. On produit, avec une même quantité de coton, des fds plus ou moins longs suivant le degré de finesse qu’on veut leur donner, et c’est cette longueur qui détermine leur numéro. En France, l’écheveau ayant une longueur de 1,000 mètres, divisée en dix échevettes de 1 00 mètres chacune, si un écheveau pèse à lui seul une livre métrique de 5oo grammes, le fil qui le compose porte le n° 1. Si l’écheveau ne pèse que 10 grammes, c’est-à-dire cinquante fois moins, en d’autres termes, s’il faut cinquante écheveaux pour parfaire le poids d’une livre métrique, le fil porte le n° 5o. Ainsi, quand on dit d’un fil qu’il est du n° 5o, cela signifie que chaque livre de coton filé a produit un fil de 5 0,0 00 mètres, ou 12 lieues et demie. La France ne produit guère que les gros et moyens numéros; elle est obligée d’acheter les numéros plus fins en Angleterre. On explique cela parla différence des climats. Il paraît que les fils trop fins se cassent quand il n’v a pas assez d’humidité dans l’atmosphère. La maison Hugelfarth, de Lille, avait exposé cette année du n° 290, ce qui a paru un tour de force. La maison Henri Kuntz, de Zurich, exposait du n° 600, qu’elle vendait à un prix fabuleux. Il suffit de livrer 5oo grammes de filaments de coton de 3 centimètres et demi à 4 centimètres de longueur élémentaire, à la première machine d’un assortiment de filature, pour que la dernière machine, qui est proprement le métier à filer, rende un fil parfait de 000 kilomètres ou 75 lieues, sans que la main y touche autrement que pour l’alimentation et les réparations accidentelles et exceptionnelles. Et ce fil de 7 5 lieues, pesant une livre, n’est pas un maximum, puisqu’il y avait à l’Exposition de Londres, en 1862, et à Paris, en 1878, des fils
LE VÊTEMENT
du n° 600 On exposera les numéros les plus fins quand on voudra; il suffit d’v mettre le temps et l’argent. La question est de distinguer un tour de force exécuté pour un concours, et' la fabrication courante, qui mérite seule des encouragements.
Le numérotage ne se fait pas d’après le même étalon dans tons les pays de production. Le système et les dénominations varient d’un pays à l’autre; on pourrait dire d’une place à l’autre. Autrefois les mêmes inégalités existaient pour les monnaies, pour les poids et mesures, non seulement entre les différents peuples, mais souvent entre les différentes provinces d’un même peuple. Ainsi, en France, avant la Révolution , les mesures de poids et de dimension variaient d’une province à l’autre, et ces inégalités ont subsisté en fait longtemps après la promulgation des lois destinées à les faire cesser. Il y a fort peu d’années qu’on ne pouvait aller d’une ville à l’autre, en Allemagne ou en Italie , sans changer toute sa monnaie. Encore aujourd’hui, l’Angleterre compte par livres sterling, les Etats-Unis par dollars, les Pays-Bas, l’Allemagne par florins, la Russie par roubles; c’est une grande gêne dans les relations internationales. Tout le monde comprend la nécessité de l’unification; seulement tout le monde voudrait la faire à son profit. On convient assez généralement que le système décimal, adopté par la France, est le plus régulier. Mais il y a des habitudes invétérées à changer, des écritures énormes à passer, la refonte du numéraire, l’amour-propre national, la question du double étalon ou de l’étalon unique1 (2). Puisque
(1) Michel Alcan, Traité complet de la filature de coton. Paris et Liège, Noble! et Baudry, 1 865 , p. 70.
(2) Voir, dans le Compte rendu du congres international pour V unification des
LE VÊTEMENT
le problème de la langue universelle est irréalisable, ce qui est peut-être heureux au point de vue de la conservation des différences, il faudrait au moins établir l’unité dans les poids, les mesures et les signes des échanges. On fait pour cela tant de congrès, de livres et de brochures, qu’on finira peut-être par aboutir. Ce sera une des conséquences des expositions internationales, du libre-échange, du télégraphe, des chemins de fer et de la navigation à la vapeur.
Les congrès pour l’unification des poids et mesures, des monnaies et du numérotage des fils peuvent être comptés parmi les plus remarquables de ceux qui ont eu lieu au Tïocadéro en 1878. Il sérail; téméraire de dire que la convention monétaire conclue le 28 décembre 1 8 6 5 entre la France, l’Italie, la Suisse et la Belgique, et à laquelle ont adhéré l’Espagne, la Grèce et la Roumanie, comptera prochainement de nouveaux adhérents W; mais on arrivera sans doute plus
poids , mesures et monnaies, la lettre adressée à M. Jules Simon par M. Leone Levi (p. 18).
(1) La convention de 1 865 n’était faite que pour quinze ans. Elle a été renouvelée pour six ans, à partir du ier janvier 1880.
Cette nouvelle convention a été conclue entre la France, la Belgique, la Suisse, l’Italie et la Grèce.
Le congrès, réuni à Paris, en 1878, sous la présidence de M. Joseph Garnier, avait adopté les résolutions suivantes :
i° Les pièces d’01* et d’argent porteront l'indication du titre et du poids en grammes;
9° Le titre décimal sera universellement adopté;
3° Le titre sera le même pour les pièces d’or et les pièces d’argent;
4° Le droit de fonte et d’exportation sera illimité ;
5° La loi n’établira pas de rapport fixe entre la valeur de l’or et celle de l'argent;
6° Le créancier ne sera pas tenu de recevoir plus de i,2 5o grammes (25 0 francs).
LE VETEMENT
aisément et plus promptement à s’entendre sur une mesure commune pour l’évaluation de la finesse des fils 'W.
(l Résolutions votées par le congres international tenu à Paris les 2 5 et 28 juin 1878, pour l’unification du numérotage des fils de toute nature.
Le Congrès ratifie les résolutions prises dans le congrès de Turin , qui sont les suivantes :
i° Le numérotage des fils provenant de toutes matières textiles aura pour base le système métrique;
20 Le numéro d’un fil sera déterminé par le nombre de mètres contenus dans un gramme, sauf pour les soies grèges ou moulinées, dont le numérotage est réglé spécialement;
3° La longueur de l’écheveau, admise pour tous les genres de fils dévidés, est fixée à 1,000 mètres avec des divisions décimales;
4° Tout système de dévidage, à condition qu’il donne 1,000 mètres par écheveau, est admis;
5° Le numéro de tout fil retors, teint ou blanchi, sera déterminé, sauf stipulation contraire, par le nombre de mètres contenus dans un gramme;
6° Le numéro de la soie grège et de la soie moulinée sera déterminé par le nombre de grammes que pèse un fil d’une longueur de 10,000 mètres;
70 Les essais se feront sur la base de l’unité de longueur de 5oo mètres et de l’unité de poids de 5o milligrammes (1/2 décigramme);
8° La base du titrage des fils est le conditionnement;
90 Le conditionnement sera facultatif, mais il deviendra obligatoire sur la demande de l’une des deux parties ;
io° Le conditionnement se fera à l’absolu sec, sans dénaturer le fil, et en ajoutant au poids que donne la siccité absolue une reprise convenue comme suit :
Pour la laine peignée . .
Pour la laine filée .
Pour les fils de coton . .
Pour les fils de lin ... .
Pour les fils de chanvre.
Pour les fils de jute. . . , Pour les fils d’étoupe. . .
Pour la soie .
Les résolutions prises par le congrès de Paris seront transmises à M. le ministre de l’agriculture et du commerce, en priant le Gouvernement français de vouloir bien provoquer une réunion de délégués officiels des divers
27 h LE VÊTEMENT.
Avant les traités de commerce de 1860, les fabricants français, protégés par des droits élevés, n’éprouvaient pas le besoin de jeter un nouveau capital dans leurs usines pour reconstituer leur outillage. Depuis que nos marchés sont ouverts à la concurrence étrangère, les fabricants ont été obligés d’introduire chez eux les machines perfectionnées, non pas pour faire mieux, car leurs produits ont toujours été excellents, mais pour faire plus vite et à meilleur marché. C’est sur le bon marché que la lutte s’établit entre les divers pays, pour les tissus unis de fabrication courante, quelle qu’en soit la matière. Nous avons à ce point de vue une infériorité marquée pour les tissus de coton, parce que nous tirons presque tous nos cotons de l’Angleterre, ce qui fait que nous les avons de seconde main, et parce que nous payons le charbon beaucoup plus cher. Il est difficile de comparer la dépense de la main-d’œuvre. Ce serait bien vite fait, s’il ne s’agissait que du prix de la journée, ou, pour parler plus exactement, du prix de l’heure de travail; mais ce qu’il faudrait déterminer, ce n’est pas le prix payé pour une durée, c’est le prix payé pour une quantité de travail exécuté. L’ouvrier français, anglais, allemand, belge ou suisse ne fait pas la même quantité de travail dans un temps donné.
Parmi les éléments de la lutte, il y en a qui sont indépendants de notre volonté, et d’autres que nous pouvons modifier. Par exemple , nous ne pouvons pas faire que la houille
gouvernements , en vue de préparer une entente commune et d’établir sur ces matières une convention internationale.
Une commission permanente, composée des membres du bureau et des délégués étrangers qui ont assisté au congrès, est nommée dans le but de poursuivre devant les gouvernements étrangers et devant le Gouvernement français la réalisation des résolutions du congrès de Paris.
LE VÊTEMENT. 275
lie soit plus abondante en Angleterre et plus rapprochée des usines; mais nous pouvons augmenter les moyens detransport et en diminuer le prix. Nous ne pouvons pas faire que l’industrie française ne supporte des charges écrasantes, qui sont la conséquence de la guerre de 1870, ni que l'intérêt de la dette publique, qui n’était que de 554 millions en 1870, avant la guerre, ne dépasse à présent 1 milliard 200 millions h); mais nous pouvons multiplier les écoles professionnelles et industrielles, remanier nos traités avec les autres pays, transformer nos agences consulaires, en créer de nouvelles, faire revivre notre marine marchande, reviser, s’il y a lieu, nos lois civiles et fiscales, notamment les lois qui règlent la transmission de la propriété immobilière®, de la propriété mobilière®, des actions et obli—