DETTE PUBLIQUE ET DOTATIONS
EXERCICE 1870 ( payements effectués) (a>.
EXERCICE 1873 ( payements effectués).
EXERCICE 1874 ( payements effectués).
EXERCICE 1878 (ordonnances délivrées ) .
EXERCICE l88o
(budget voté).
Dette consolidée. . . .
393,797,oi8fi2c
744,25o,468fnc
745,9g3,663fo3c
Capitaux remboursables à divers titres .
Dette viagère .
io3,465,333 01
Totalx ....
Dotations et dépenses des pouvoirs législatifs. .
Ensemble de la dette et des dotations. .
M Y compris un prélèvement de 27,284,4i3 fr. 20 cent., opéré sur les recettes pour couvrir l’insuffisance des ressources de la caisse d’amortissement.
(2) Lois des 27 juillet 1870; 20 août 1871, art. 11; 28 février 1872; 21 juin 1875, art. 1, 2 et 4.
(3) Loi du 28 février 1872, art. 5, n03 2 et 7.
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gâtions W; les lois sur le régime successoral (2\ sur les droits d’enregistrement et d’hypothèques^, celles qui frappent des décimes sur tous les droits de douane et les impôts indirects^. En un mot, la lutte industrielle entre les peuples ne procède plus seulement par des moyens industriels, mais par tous les moyens politiques, administratifs, économiques, scientifiques. Enfin ce qui importe plus que les découvertes industrielles, plus que les améliorations commerciales, plus que les bonnes lois et la bonne administration, c’est la composition du personnel industriel, c’est l’habileté, la droiture des patrons et des ouvriers; c’est leur bon accord. De même que, quand un navire est menacé de naufrage, il n’y a plus d’espoir si le capitaine et les matelots ne s’entendent pas, de même il faut considérer comme perdue, au point de vue industriel, la nation où les patrons et les ouvriers, au lieu de travailler ensemble au bien commun, ne songent qu’à se rendre malheureux et impuissants les uns par les autres.
Nous venons de voir que la lutte pour les tissus écrus de qualité courante est presque exclusivement une lutte de bon marché. 11 en est tout autrement pour les tissus façonnés, damassés, teints ou imprimés, et pour les mousselines et les tarlatanes, qui sont quelquefois d’une finesse et d’une légèreté extraordinaires. On voyait dans la classe 3o de véritables chefs-d’œuvre qui paraissaient plutôt destinés à montrer l’habileté exceptionnelle du fabricant qu’à devenir une branche de commerce. C’est ainsi qu’une maison de
( ; Lois des 16 septembre 1871, art. 1 1 ; 3o mars 1872; 29 juin 1872, art. 3 et 4.
(2) 28 août 1871, art. 3 et 4; 21 juin 1875, art. 2, 3 et 6.
(3) 28 août 1871, art. 5; 10 décembre 1874.
(4) 28 août 1871, art. 1 ; 3o décembre 1878, art. 2.
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Tarare exposait de magnifiques rideaux à 2,200 francs le panneau. Des chefs-d’œuvre de cette force ne rappellent-ils pas d’assez près ceux que l’on faisait autrefois pour obtenir le droit de compagnonnage? II n’en est pas de l’industrie comme des beaux-arts. Dans les beaux-arts, il faut atteindre la perfection ou s’en rapprocher, coûte que coûte. L’idéal est de produire ou de susciter un chef-d’œuvre. L’industrie, qui a pour objet l’utile, sort de son rôle véritable quand elle produit des merveilles au prix de sacrifices en argent et en travail supérieurs au profit qu’on en retire. Ces sortes d’eflorts 11e sont justifiables que quand il s’agit de perfectionnements dont le coût et la difficulté pourront être diminués par la suite, et ramenés à des conditions usuelles et pratiques. En un mot. le but de l’industrie est de servir ; l’effet de certains produits est seulement d’étonner. Des montres assez petites pour entrer dans le chaton d’une bague, ou presque aussi plates qu’une feuille de papier; des panneaux de mousseline représentant une valeur de 2,200 francs, ne sont, au fond, que des curiosités. A des degrés plus accessibles nos grandes manufactures françaises avaient exposé des produits d’une beauté parfaite. Dès que la question du bon goût reparaît, la France retrouve les conditions de sa supériorité. A tout le moins, elle combat a armes égales.
L’industrie des impressions sur étoffes est très ancienne en France; elle y a toujours été florissante. Les toiles peintes d’Amiens et de Jouy, et plus tard les indiennes frappées de Mulhouse, étaient recherchées sur tous les marchés du monde. Les étrangers envoyaient des toiles écrues dans nos fabriques, rendant ainsi hommage au goût français, et fournissant à nos ouvriers du travail, à nos fabricants le
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moyen d’augmenter le chiffre de leurs affaires. Cette industrie de l’impression sur étoffes est une de celles qui ont toujours réclamé l’adoption du système des admissions temporaires. Après la perte de Mulhouse, il s’est produit un redoublement d’activité à Puteaux, près Paris, dans la vallée de Rouen et dans quelques autres centres. La France a pu ainsi maintenir sa supériorité à l’Exposition de 1878. Nous réussissons presque toujours quand il est question de goût et d’imagination. Ainsi, les impressions sur étoffes, les façonnés et les brochés dans les tissus de toutes sortes, la joaillerie, les modes, les fleurs et plumes, presque tous les articles du vêtement et de l’ameublement, se font mieux chez nous que partout ailleurs. Ce sont des succès de ce genre qui donnent lieu à cette opinion très répandue, et en somme assez justifiée, que nous pouvons être battus pour la quantité, mais que nous l’emportons par la qualité. Il serait plus exact de dire par le goût, puisque la qualité d’une étoffe, par exemple, ne tient pas seulement à la qualité des dessins et des couleurs dont elle est revêtue. Disons donc que nous l’emportons par le goût de nos articles dans les impressions sur étoffes, et dans la plupart des fabrications qui demandent de l’imagination et de la correction. Cette pensée doit nous encourager sans nous enorgueillir, et surtout sans nous inspirer une sécurité funeste. En lisant attentivement les rapports des differentes classes, on verra que partout où les rapporteurs constatent notre supériorité, ils ne manquent pas d’ajouter que la distance entre nous et nos rivaux a diminué, ce qui veut dire que le progrès a marché plus vite chez eux que chez nous. Cette noie, qui revient sans cesse, est très menaçante. Ceux qui s’obstinent dans les illusions d’un amour-propre dangereux et irréflé-
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chi prétendent que nos concurrents n’arrivent à lutter contre nous qu’en nous imitant. Cela peut se rencontrer; mais il faudrait être bien aveugles pour ne pas voir les progrès en dessin, en chimie, en légèreté de main, accomplis par les Anglais et les Autrichiens. Le progrès est maintenant général dans le monde entier, et quiconque ne marche pas du même pas que ses voisins est sûr de se voir prochainement distancé et déclassé. Le xixe siècle est par excellence le siècle du mouvement. Il n’est plus possible de s’arrêter. Le repos n’est plus permis, ni aux peuples ni aux personnes. Il faut courir ou mourir.
La classe 3i réunissait tous les fils et tissus qui ne sont ni du coton, ni de la laine, ni de la soie. Le nombre des matières textiles est, comme on sait, fort considérable. Les plus anciennement employées chez nous sont le lin et le chanvre. D’autres matières, telles que le jute, qui sert à faire des toiles d’emballage, des toiles de sacs, nous sont venues de l’Orient. Nous sommes producteurs de lin et de chanvre, et nous nous sommes de tout temps adonnés à les filer et à les tisser. Nous l’avons fait, surtout pour le lin, avec un succès tout à fait exceptionnel. Nos batistes et nos linons étaient recherchés partout comme articles de luxe, et défiaient toute concurrence. Dans un genre tout opposé, nos toiles de cretonne se recommandent par leur force. Nous n’avons pas perdu notre supériorité relative dans l’industrie linière, surtout pour les damassés et les toiles de luxe; mais on peut dire d une façon générale que le lin et la toile de lin ont souffert de l’invasion des tissus de coton. La diminution de la culture du lin chez nous a, en outre, une cause locale; c’est que les agriculteurs ont tro vé plus de bénéfice à récolter les céréales, le colza, la betterave,
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La Russie, qui est de beaucoup le pays le plus producteur en cette matière, puisque sa production est égale à la moitié de la production totale dans le monde entier, nous envoie du lin qui est de bonne qualité et ne nous coûte pas trop cher. Elle a quelques établissements au centre de ses linières; mais leurs produits s’écoulent sur les marchés intérieurs. Avec une mise de capitaux plus sérieuse et un redoublement d’activité, elle arriverait peut-être à primer les autres pays dans cette branche d’industrie; pour le moment, nous n’avons de concurrents que les Anglais et les Belges. Les Belges sont déjà au premier rang comme fdateurs de lin. Leurs progrès comme tisseurs ont été considérables pendant ces dernières années, et sont de nature à nous inquiéter. M. Leblanc, rapporteur de la classe 3i, regrette que nos usines ne soient pas placées au milieu de vastes cultures de lin, parce qu’alors, ayant la matière première sous la main et à plus bas prix, nous serions dans de meilleures conditions pour soutenir la concurrence belge et anglaise de plus en plus menaçante pour les fils et les unis. L’agriculture entrerait, certainement dans cette voie, s’il lui était démontré que le lin cultivé à proximité d’une filature et d’un tissage mécanique est susceptible de donner un rendement avantageux; mais il faut croire qu’il n’en est rien, car depuis quelques années notre production linière ne fait que décroître. En France, en Irlande, en Hongrie, le lin perd du terrain; il en gagne, au contraire, en Belgique, en Hollande, en Russie. La filature et le tissage du lin ont-ils une importance suffisante pour engager le Gouvernement à donner une prime aux cultivateurs du lin ? S’il ne le fait pas, cette culture disparaîtra de plus en plus devant la betterave, qui donne de beaux produits. S’il le
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fait, comme le demande le rapporteur de la classe 3 1 , ce ne peut être que pour rapprocher l’une de l’autre la culture et la fabrique, et donner lieu par ce moyen à une plusvalue qui rendrait la prime inutile au bout de quelques années, et doterait la contrée d’une industrie équivalente à celle qu’elle abandonnerait. Dans tous les cas, l’Etat, dispensateur de la fortune publique, ne peut faire de sacrifices que pour obtenir une amélioration générale et permanente.
Le jute n’est guère connu en Europe que depuis trente ans. On en fait d’assez beaux articles pour l’ameublement, mais il sert surtout à fabriquer la toile de sacs. Cette fabrication, qui semble peu de chose avant réflexion, est au contraire très considérable, à cause de la quantité de balles et de ballots de café, de poivre, de sucre, etc., qu’on ne cesse de transporter d’un bout du monde à l’autre. On n’apprend bien les effets de la multiplication qu’en étudiant le commerce; bien des gens ont été surpris d’apprendre que de grandes maisons, réalisant de beaux bénéfices, avaient pour unique industrie la fabrication de sacs en papier. La fabrication de sacs en toile est quelque chose de plus sérieux. On commence en Belgique à employer la toile de jute aux usages domestiques. Une maison de Roulers (MM. Wyckhuyse) fait avec cette matière des toiles de matelas d’un bon marché si exceptionnel, qu’elle peut fournir à la consommation des matelas tout confectionnés au prix de 2 francs la pièce. Elle n’en produit pas moins de 10,000 par semaine W. Le jute se file et se tisse aisément; il en est de même du chanvre, qui, en revanche, exige une préparation assez difficile. La culture et l’emploi du chanvre sont des
(1) Rapport de M. Camille Devos au gouvernement belge, sur la classe 3i.
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industries françaises. Le chanvre se cultive d’ailleurs un peu partout. Il est très abondant en Russie. Il donne une toile assez forte, mais commune; on l’emploie principalement comme toile à voiles. Le chanvre est aussi très utilisé pour les corderies. Notre production varie entre 5o et 6 o millions de kilogrammes. Nous recevons en outre du dehors environ i5 millions de kilogrammes provenant d’Italie et de Russie.
La ramie est une plante analogue à l’ortie de la Chine, Elle se cultive principalement dans la Guyane, en Cochinchine et les établissements français de l’Inde; mais c’est une plante qu’on acclimaterait aisément, et qui donne des fils très beaux, très résistants, et qui sont presque intermédiaires par l’aspect entre le chanvre et la soie. Ce qui empêche l’extension de cette culture, c’est la grande difficulté qu’on éprouve à séparer la fibre de la tige. Le gouvernement des Indes anglaises attache une telle importance à la ramie, qu’il a proposé un prix de 5,ooo livres (plus de 125,000 francs) pour l’inventeur de la meilleure machine à décortiquer.
L’industrie du caoutchouc prospère en France, et pourtant, suivant le rapporteur, la législation douanière fait tout ce qu’elle peut pour l’étouffer. Elle paye des droits exorbitants pour l’importation des fils, qu’elle tire d’Angleterre; et l’Amérique frappe ses produits d’un droit de 4 p. o/o. 11 faut qu’une industrie ait la vie dure pour réussir dans de telles conditions.
Les classes 32 et 33 étaient consacrées aux fils et tissus de laine.
On jugera de l’importance de l’industrie lainière par ce seul fait, que la Grande-Bretagne lance chaque année sur
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les divers marchés du monde pour plus de 600 millions de ses produits. Les dishley, les southdown et les clieviot lui fournissent une laine longue, fine, souple, brillante et forte. Les plus grands établissements lainiers se concentrent dans les comtés de l’est et de l’ouest de l’Angleterre, et dans les districts du nord de l’Ecosse. O11 cite particulièrement Bradford pour la laine peignée; Leeds, pour les tissus épais, les draps forts, les étoffes de pardessus; Halifax, pour les tapis et les étoffes d’ameublement. L’Ecosse produit des nouveautés pour pantalons et costumes d’hommes, qui sont adoptées par le monde entier. M. Grandjean, dans son excellent rapport au gouvernement beige sur la laine cardée, remarque avec tristesse que le grand développement de l’industrie lainière en Angleterre remonte aux persécutions religieuses du duc d’Albe et à la révocation de l’édit de Nantes, qui forcèrent les fabricants flamands et hollandais, et, plus tard, les fabricants français, à porter chez nos rivaux leurs capitaux et leur expérience. La liberté des peuples et leur prospérité marchent toujours du même pas. La France et la Belgique se sont noblement relevées, puisque Verviers est aujourd’hui un des centres les plus florissants de l’industrie drapière, et que la France dispute le premier rang à l’Angleterre pour les draps, et la surpasse pour la fabrication des tissus légers.
Les organisateurs de l’Exposition de 1878 avaient partagé l’industrie de la laine en deux classes; les fils et tissus de laine peignée formaient la classe 82; les fils et tissus de laine cardée formaient la classe 33; d’un côté, les flanelles, les popelines, les mérinos, les cachemires d’Ecosse, les mousselines , les grenadines , les gazes , les barèges ; de l’autre , les draps, les tapis; ici les étoffes rases, là les étoffes à
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longs poils. Cette classification, très naturelle jusqu’à présent, a perdu de .sa précision depuis qu’on s’est mis à employer de la laine peignée pour faire des draps légers, de la laine cardée pour faire des étoffes de laine, et à mélanger le peigné et le cardé pour la fabrication de certains tissus. La France occupait sans contestation le premier rang dans les deux classes: dans la classe 32, parce quelle y est en effet la première; dans la classe 33, parce que l’industrie anglaise n’était pas suffisamment représentée; on ne comptait que 62 exposants de cette nation. La France, au contraire, avait, dans les deux classes, une exposition magnifique. La laine est, chez nous, une grande industrie nationale. D’abord, nous produisons de la laine de diverses sortes; de la laine commune, pour étoupes, matelas, couvertures; de la laine fine, pour la fabrication des belles étoffes. Nous avons de très belles races mérinos qui l’emportent même sur les races espagnoles. Les arrivages considérables de la Plata, de l’Australie, en faisant baisser les prix de la laine, ont eu pour conséquence de diminuer notre production indigène. D’un autre côté, les besoins de la consommation se sont accrus dans une proportion formidable, ce qui explique l’importance toujours croissante des importations.
Donnons quelques chiffres pour montrer l’extension vraiment extraordinaire de certains grands établissements. Dans le Nord, les maisons Morel et Cie et A. Morel produisent par semaine, la première, 70,000 kilogrammes de peignés communs de laines anglaises, du Levant, d’Afrique, etc.; la seconde, ôo,ooo kilogrammes de peignés de laine d’Australie et de la Plata. MM. Vinchon et Clc, MM, H. Delattre père et fils, à Dorignies, fournissent Ao,ooo à
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5o,ooo kilogrammes de peignés; MM. Vinchon joignent au peignage une filature de i5,ooo broches. MM. Allard- Rousseau et Cie, dont la production est de 4o,ooo kilogrammes de peignés, activent en même temps une filature de 18,000 broches. La maison Holden père et fils, à Reims et à Tourcoing, atteint le chiffre de 100,000 kilogrammes par semaine. La production de Roubaix est évaluée à 80,000 kilogrammes de peignés par jour, soit 26 millions de kilogrammes par an. Les filatures de laine comptent 280,000 broches. Fournies, qui existait à peine il y a quelques années, compte aujourd’hui 600,000 broches de filature et 3,ooo métiers mécaniques. La région de Reims enlève les plus belles laines des colonies, qui servent à filer les numéros les plus fins et à produire des tissus magnifiques. On peut citer, parmi les maisons les plus importantes dans l’industrie de la laine à Reims : Benoit frères et Poulain, Dauphinot et Martin, Fassin jeune et Pelletier, lsaac Holden et fils, A. Grandjean et Cie, F. Lelarge, A. Lemoine, Nouvion, Vuillot et Cie, Villeminot, Rogelet et Clc, Walbaum père, fils et Desmarest, Obi, etc. La grande maison de commission de Reims est la maison Warnier-David, dont la clientèle est très étendue en France, en Angleterre et en Amérique. Le chef de la maison est M. Warnier, l’ancien député de Reims à l’Assemblée nationale. Un grand nombre d’usines réunissent la filature et le tissage. Au Gâteau, la maison Seydoux, Sieber et G1C, à la fois peignage, filature et tissage, fabrique par an pour 2 5 millions de produits ^ . La France exporte, par année, en Belgique seulement, 81 5,ooo kilogrammes de fils de laine peignée.
(l) Voir Je rapport de M. Cli. Mullendorf au gouvernement belge sur la classe 82.
LE VETEMENT
Nos grands centres d’industrie drapière sont Elbeuf, bouviers, Sedan, pour la draperie fine. Les casimirs, les draps, les taupelines et les satins noirs de bouviers, la draperie noire, les unis de Sedan, peuvent soutenir la comparaison avec les plus beaux produits de l’Angleterre. D’autres centres très importants visent surtout à la quantité : Mazamet, dont les progrès, même pour la qualité, sont incessants et de plus en plus remarqués; Lisieux, qui livre des tissus feutres imprimés dans des conditions étonnantes de bon marché; Vire, pour les tricots et les draps unis; Romorantin, pour les livrées et les draps militaires; Vienne (Isère), Châteauroux, etc.
Les profanes ne se doutent pas de l’immense quantité d’opérations par lesquelles la laine a dû passer avant de fournir l’étoffe de leur paletot. Le rapporteur de la classe 33 , M. Blin, le leur apprendra. Ni la soie, ni le lin, ni le coton, n’exigent autant de travaux. 11 faut d’abord que la laine soit triée , dessuintée, lavée, séchée, teinte, graissée, louvetée et cardée; elle passe alors à l’état de fil : il faut que le fil soit dévidé, ourdi, encollé et tissé. Il est déjà du drap après le tissage: il faut que ce drap soit dégraissé, épinceté, foulé, dégorgé , lamé , ramé, tondu, pressé et décati. Chacune de ces opérations a une importance capitale, puisque toutes exigent des ouvriers spéciaux. L’histoire d’un mètre de drap serait plus longue et aussi instructive que celle d’une bouchée de pain.
L’industrie de la laine a ce double caractère, de suffire aux exigences du luxe le plus raffiné et de fournir de chauds vêtements aux classes les plus malheureuses. On est arrivé à fabriquer des étoffes de laine qui ne coûtent pas plus cher que les tissus de coton, et cela en utilisant les
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chiffons, les vêtements de rebut et tes déchets de toutes sortes qui s’accumutent dans tes usines, et qu on avait laissé perdre jusqu’ici. La rareté du coton pendant ta guerre de ta sécession a donné l’idée d’employer comme matière première, à t’aide du triage et de l’effilochage, ta laine contenue dans tes chiffons; ta chimie a fourni des procédés de carbonisage qui ont séparé ta laine du coton dans tes tissus mélangés. Quant aux déchets, c’est à Reims qu’on a eu pour ta première fois l’idée d’en tirer parti. Des vols nombreux se commettaient dans tes fabriques; ta nouvelle industrie y a mis fm.Ses créateurs n’ont pas voulu tirer profit pour euxmêmes de leur découverte; ils emploient tous les bénéfices à des œuvres de bienfaisance. Toutes ces laines, qui étaient mortes et qu’on fait renaître, prennent le nom de laines artificielles. Les étoffes quelles produisent sont grossières, mais chaudes et solides; on a le droit de dire qu’elles sont faites avec rien. Moraliser les ouvriers en supprimant les occasions de vol, augmenter le nombre des œuvres de bienfaisance, introduire dans la fabrication un textile nouveau, donner une valeur à mille débris qui se perdaient et que les chiffonniers vont maintenant chercher jusqu’au fond des campagnes, enfin, et surtout, remplacer en hiver la blouse par un paletot de drap et la robe d’indienne par une robe de laine bien chaude, voilà les progrès réalisés dans ces dernières années.
Le drap renaissance n’est pas une de ces productions isolées qu’on signale surtout pour leur singularité; il se fabrique sur une grande échelle. L’Angleterre, outre sa production locale, a importé, en 1877, 35 de kilogrammes
de drilles ou chiffons de laine. En France, la Société des déchets, de Reims, a opéré, en 1877-1878, sur près de
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3,6oo,ooo kilogrammes de déchets divers, qui ont produit une somme de 5,2 00,000 francs. Une des maisons qui utilisent les déchets, la maison Sandrart, de Sains, accuse pour elle seule un mouvement de 2,600,000 kilogrammes de déchets laines et blousses, représentant une valeur de 5 millions.
Les châles brochés, spoulinés, lancés, imprimés, confectionnés, formaient à l’Exposition une classe à part, la classe 35, qu’on peut considérer comme une annexe des deux classes consacrées à la grande industrie de la laine. Jamais peut-être la ville de Cachemyr et celle d’Amretseyr ne nous avaient envoyé de plus beaux produits. Quoique ces deux villes fassent partie de l’Inde anglaise, Paris est le centre principal du commerce des châles de l’Inde, et les représentants des grandes maisons de Paris exercent une influence prépondérante sur le mode de fabrication, le dessin et le coloris. Cela nous donne peut-être le droit de porter à notre compte la gloire de Cachemyr et d’Amretseyr. C’est tout ce qui nous reste de cette grande industrie du châle, si essentiellement française , et qui a jeté tant d’éclat sous la Restauration , dans un temps où toute femme riche avait son cachemire des Indes, et toute petite bourgeoise son ternaux ou son châle boiteux. Aujourd’hui on ne porte plus que des pardessus et des paletots, lâches ou ajustés, qui 11’ont ni la splendeur des tissus de l’Inde, ni la majesté de leurs plis. On fabrique encore, en France et en Angleterre, une assez grande quantité de tartans; mais le châle proprement dit, long ou carré, disparaît de plus en plus. La production française, en pleine décadence à l’époque de l’Exposition de 1867, représentait un mouvement d’affaires de 20 millions; elle était tombée, en 1878, à 8 ou 10 millions.
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On peut rapprocher la bonneterie des étoffes de coton et de laine, quoiqu’elle emploie aussi, mais en moindre quantité, la soie. L’introduction des métiers a considérablement activé la production de la bonneterie, dont le chiffre ne s’élève pas, pour la France, à moins de i4o millions par année.
La soie est encore une industrie où nous sommes à la ibis producteurs de matière première et fabricants.
L’industrie du ver à soie est très ancienne chez nous, puisqu’elle remonte à la fin du xive siècle; mais elle n’a commencé à être florissante que sous le règne de Henri IV. Ses progrès ont été continuels, en dépit de la routine et de l’incurie, jusqu’à l’époque où la maladie du ver à soie est venue s’abattre sur tout le Midi. C’était en i84i. Les ravages furent si terribles que la production des cocons, qui était d’environ 2 5 millions de kilogrammes avant la maladie, n’atteignait, pas 6 millions en i865. La fabrique de Lyon fut obligée de s’adresser aux pays producteurs par excellence, c’est-à-dire au Japon et à la Chine, dont les exportations en Europe devinrent sur-le-champ considérables. O11 chercha naturellement partout un remède pour une maladie aussi terrible que devaient l’être plus tard, pour la vigne, loïdium et le phylloxéra. M. Pasteur parvint à découvrir, dans les œufs de papillons, des corpuscules qui étaient les agents de la maladie. Dès lors, la voie était tracée; il s’agissait d’opérer par sélection et de ne conserver pour la reproduction que des œufs non infectés. Cette méthode, quoique inventée en France et par un Français, fut appliquée d’abord en Italie, où les résultats en furent appréciables dès la première saison. Nos industriels y recoururent et s’en trouvèrent bien. Elle a, entre autres avantages,
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celui d’obliger l’éleveur à une propreté, à des soins qu’on avait trop négligés jusque-là, au grand détriment de notre production. Les progrès furent très rapides. En 1873, la récolte fut de 8,2/10,000 kilogrammes de cocons; elle monta en 1875 à 9,658,2^5 kilogrammes. Nos exportations ont repris un mouvement ascendant. Elles étaient, en 1867, de 2,648,ooo kilogrammes; elles ont été de 3,796,000 kilogrammes en 1876. Nos importations, qui avaient été de 2,622,000 kilogrammes en 1 867, ont été de 4,735,000 kilogrammes en 1876. Cette augmentation des importations, coïncidant avec l’accroissement de la production locale, prouve qu’une plus grande quantité de soie a été travaillée en France.
Malheureusement le mouvement ascensionnel de la production indigène s’est arrêté brusquement après 1877. La production des graines subit encore une fois un mouvement de recul très considérable. Voici le rendement de nos magnaneries pouj* les quatre dernières années recensées :
1876 . . 9,021,410 kilog.
M. Natalis Rondot, qui donne un chiffre inférieur pour cette dernière récolte, s’exprime ainsi dans son rapport au nom de la 4e section de la Commission permanente des valeurs : cr La récolte des cocons, en 1879, a été perdue en grande partie. Cette récolte a été de 4,775,000 kilogrammes en France, de 18,930,000 kilogrammes en Italie. C’est, par rapport à 1878, un déficit de 3o p. 0/0 en France et de 52 p. 0/0 en Italie. Le mauvais temps a été
l’unique cause de ce malheur. On a continué de poursuivre avec le même succès la reconstitution de races indigènes plus rustiques; les vers à soie ont été, en général, robustes et sains. De ce chef, l’amélioration est certaine (1L n
Outre les services immenses rendus par M. Pasteur à l’industrie séricicole, il faut signaler aussi les efforts d’un certain nombre d’éleveurs, tels que M. Camille Beauvais et la major Bronski. La culture du ver à soie se fait désormais d’une façon raisonnée, et il y a lieu de croire qu’en persévérant dans les nouvelles méthodes, on arrivera à éliminer les germes de la maladie. La prospérité de nos magnaneries renaîtrait alors avec un éclat nouveau.
Nous avons eu déjà l’occasion, en parlant des expositions nationales, de signaler l’acclimatation en France du ver à soie qui produit la soie blanche. Toutes nos soies anciennes étaient jaunes; et on n’obtenait des tissus blancs que par la teinture. Outre la dépense, cette manière de procéder avait cet inconvénient que les étoffes, en vieillissant, prenaient une teinte jaunâtre, ou d’un blanc sale, qui leur ôtait tout leur lustre. La soie blanche native a une fraîcheur et un éclat que la teinture ne saurait donner à la soie jaune, et nous devons nous féliciter quelle soit maintenant cultivée en France couramment, et entre pour plus de moitié dans notre production. Nous n’avons pas fait de progrès dans l’acclim tation du ver à soie du chêne, quoique nous ayons le chêne tauzin qui est l’essence propre à cette éducation. Ce ver produit une soie très brillante et très forte qui n’a pas la finesse et la souplesse des autres sortes et qui est employée en Chine aux mêmes usages que le coton. Le savant rapporteur
(l) Natalis Rondot, Rapport fait au nom cle la âe section de la Commission permanente des valeurs. Paris, 1880, Paul Dupont, p. i5.
delà classe 46 , M. Vilmorin, regrette avec raison que les préoccupations de nos éleveurs ne se portent pas vers cette acclimatation . L’impulsion devrait peut-être venir des chambres de commerce de Lyon et Saint-Etienne. La fabrique de Lyon est accoutumée à priser très haut la valeur de son travail , et elle est en cela d’accord avec le monde entier, qui met les soieries lyonnaises au premier rang; il en résulte qu’elle est difficile sur le choix de ses matières premières. J’ai peine à croire, cependant, qu’il n’y ait pas quelque chose à chercher de ce côté-là , et peut-être un préjugé à vaincre. J’ajoute ici, comme dernier renseignement, que la culture du mûrier commence à se montrer dans quelques-uns de nos départements qui ne s’en étaient pas occupés jusqu’ici. Le mûrier peut s’acclimater partout où la vigne réussit. L’Algérie a quelques éleveurs; le gouvernement local a offert des primes qui ont donné un peu d’activité à cette industrie; les résultats en 1878 étaient encore sans importance. La Cochinchine est plus avancée; M. Heuzé pense que l’industrie du ver à soie y a de l’avenir. Tout dépend des agents qui seront chargés des intérêts français dans cette belle colonie, où tout est à faire et où tout peut se faire.
11 y a longtemps que la fabrique de Lyon se plaint de la concurrence étrangère, ou plutôt de la contrefaçon étrangère. Il est certain que Lyon a exercé et exerce encore une véritable royauté sur la production des tissus de soie unis, façonnés, brochés, et que l’Angleterre n’a eu d’abord qu’un moyen pour lutter contre ses produits, c’est de les copier. Elle l’a fait dans des conditions qui menaçaient de réduire Lyon à n’être plus qu’une fabrique d’échantillonnage. Lyon, à son tour, a transformé son mode de fabrication. Il a délaissé les métiers à bras pour les métiers à vapeur, et
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s’est trouvé ainsi en état d’exploiter lui-même ses créations. On a commencé alors à voir surgir à l’étranger des modèles d’un dessin correct et dont les nuances étaient assorties avec un goût auquel les précédentes expositions ne nous avaient pas accoutumés. Nous en avons conclu, et la supposition s’est trouvée exacte, qu’après nous avoir pris nos modèles, on nous avait pris nos artistes; et, dans une guerre ainsi faite, il n’y a plus moyen de réclamer des traités pour la protection des marques de fabrique. Tout citoyen est libre de s’expatrier, libre même, si l’intérêt parle chez lui plus haut que le patriotisme, d’aller porter au dehors une industrie qui fait la gloire et la prospérité de son pays. Tout ce que peut faire à cet égard l’industrie menacée, c’est de rendre les tentations impuissantes en améliorant la condition de l’artiste et de l’ouvrier. Ce n’est pas seulement à propos delà soie et de la fabrique lyonnaise que cette vérité éclate avec évidence. La liberté est partout la condition de la prospérité; mais, pour que la liberté produise ses fruits, il faut que l’ouvrier libre trouve des avantages sérieux dans la profession qu’il exerce, et que les chefs d’industrie, non par philanthropie, non par fraternité (la fraternité n’y ferait pas de mal), mais par une entente judicieuse de leurs intérêts, s’attachent à leur procurer ces avantages. Les ouvriers et les artistes sont patriotes, et il faut des nécessités bien pressantes pour qu’ils cèdent à des tentatives d’embauchage.
En examinant attentivement les produits exposés en 1 855, 1867 et 1878 par les maisons anglaises, on arrive à se convaincre qu’on est en présence d’un véritable progrès national, et que ce serait se payer de mots que d’attribuer cette transformation à l’embauchage de contremaîtres ou
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d’artistes français. Si c’est par là que les Anglais ont commencé la lutte , ils ont agi depuis en concurrents sérieux ; ils ont travaillé. Nous ne pourrions pas nous faire à nousmêmes un plus grand mal que de méconnaître, par orgueil ou par forfanterie, un fait qui nous oblige à redoubler nos efforts. Nous tomberions dans une autre sorte d’exagération, si nous disions que Lyon a perdu le premier rang. Le jury de 1878 a constaté une fois de plus la supériorité de la soierie française. Nos unis, par la régularité du tissu, par l’éclat et la fraîcheur des couleurs, atteignent à la perfection. On peut en dire autant de nos étoffes brochées, qui plaisent à l’œil par l’heureuse harmonie des teintes et unissent la richesse à la simplicité. En un mot, cette fabrication étant une de celles où l’imagination et le goût jouent le plus grand rôle, il n’est pas étonnant que ce soit aussi l’une de celles qui nous réussissent le mieux. Mais les progrès constants et rapides de nos rivaux doivent nous avertir de la nécessité d’un travail assidu. Il ne s’agit pas de nous maintenir où nous sommes. Là, comme ailleurs, nous ne conserverons notre rang qu’à condition de faire persévéramment de nouveaux progrès. La situation est excellente pour la lutte, meilleure peut-être que dans toute autre industrie. Nous avons une ancienne renommée, ce qui est un grand point; une renommée à la fois sérieuse et brillante. Les chefs des maisons lyonnaises sont d’habiles et honnêtes commerçants; ils ont l’habitude de deviner, autant que cela est possible, les mouvements de la mode, et une habileté merveilleuse pour les satisfaire. Les artistes qu’ils emploient joignent tous les dons du goût à leur talent professionnel; cela se transmet parmi eux de père en fds; ils ont l’orgueil de leur art, ils en ont les bonnes traditions; ils vivent au
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milieu de modèles excellents; la ville et diverses associations et institutions libres leur fournissent des écoles de premier ordre. Le simple ouvrier est lui-même un artiste à sa façon. Il juge très bien les modèles qu’on lui fournit; il en saisit les nuances et les délicatesses. Il est d’ailleurs laborieux, économe, sensé, un peu volontaire; Suisse par le caractère et la manière de vivre, Français par l’esprit et l’imagination. Il y a, dans tout cet ensemble, des éléments de prospérité et de puissance qu’interrompent tristement, par intervalles, des crises commerciales et politiques.
On exagère ordinairement la gravité des crises. C’est tout simple; le commerçant, arrêté tout à coup dans une voie de progrès et quelquefois menacé d’une catastrophe, a une tendance naturelle, et même, dans certaines occasions, un intérêt à se plaindre très haut de la situation générale des affaires. Outre la politique et la mode, ces deux fléaux des industries textiles, nous avons maintenant les fluctuations du régime douanier, qui sont une menace perpétuelle. Il faut compter aussi, quoique dans des conditions toutes spéciales, les fréquents perfectionnements de l’outillage, qui tournent, en définitive, au profit des industriels, mais qui commencent par leur imposer des sacrifices. II arrive quelquefois qu’une nouvelle machine, entreprise à grands frais, se trouve dépassée par une machine plus parfaite avant même d’avoir été achevée; il faut aussitôt perdre le temps employé, les dépenses faites, et recommencer de plus belle. Il y a eu des crises plus terribles que la crise actuelle; il n’y en a pas eu de plus générale, puisqu’elle pèse sur presque
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toutes les industries et très particulièrement sur les industries du vêtement; il n’y en a pas eu de plus longue. Les fabricants français attribuent en partie la stagnation aux lourds impôts résultant de la guerre. Cette aggravation de charges est douloureuse sans doute; mais la crise n’est pas française, elle est universelle. Sans doute, la France a été frappée, mais elle l’a été un peu avec tout le monde.
Il y a des maux qui prennent fin naturellement, d’autres auxquels on peut remédier; il y en a aussi avec lesquels il faut vivre, parce qu’ils tiennent à une transformation définitive des conditions de l’industrie. De ce nombre est peutêtre une aggravation survenue dans la tyrannie de la mode. Autrefois, la mode partait de Paris ou de Londres et faisait son chemin très lentement dans les provinces et à l’étranger. Les dames de la basse Bretagne, de l’Auvergne ou du Languedoc étaient toujours en arrière d’un quart de siècle, en faisant même bonne mesure, et, pendant ce temps-là, beaucoup de menus détails se perdaient; on se contentait d’à peu près qui permettaient d’utiliser les anciennes coupes et les anciennes étoffes. Ce n’est plus cela aujourd’hui. Il y a un reportage pour les modes comme pour les menus propos politiques. On est à l’affût des nouveautés, on les copie à mesure quelles paraissent. Les Français ne sont plus du tout, comme autrefois, sédentaires; toute la province passe à Paris par coupes réglées; et, quand elle n’y vient pas, les journaux de modes, les journaux politiques eux-mêmes, se chargent de lui envoyer la description, avec échantillons et modèles, de ce ce qu’il y a de plus nouveau» : c’est le mot consacré, car à présent on ne dit plus : ce Ce qu’il y a de plus beau.» Toutes les femmes de FrancB sont habillées comme à Paris; et les femmes de New-York, et celles de
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Melbourne s’habillent comme les Françaises. Il ne reste aux couturières de Paris que deux ennemis qu’elles n’ont pas encore vaincus : c’est Bouddha et Mahomet. Pour la coutume, le respect des anciennes modes et des traditions de pays et de familles, elles n’en ont désormais aucun souci; le temps d’envoyer un paquebot à New-York ou à Bombay, et les traînes immenses sont remplacées par les fourreaux étriqués. Une autre révolution dans le monde des vanités, qui n’a pas de moindres conséquences économiques, c’est que la mode gouverne à présent toutes les classes. Les grandes maisons de confection y sont pour beaucoup. Les plus petites bourgeoises s’abonnent à un journal de modes et lui obéissent. Il en résulte qu’on peut bien vendre encore quelques étoffes défraîchies, mais les étoffes démodées sont perdues. On a raconté, et c’est un détail plaisant, que quand les femmes jugèrent à propos de porter d’immenses vertugadins, les architectes furent obligés d’élargir les portes et qu’il fallut ensuite les élever quand elles mirent sur leurs têtes une prodigieuse quantité de cheveux faux, de plumes, de fleurs, de dentelles, de rubans, d’oiseaux, de portraits, de petits vaisseaux, qui les faisait ressembler à une étagère ambulante. Nous avons vu de nos jours quelque chose de tout aussi sot. Quand la mode des traînes est revenue, elle a sévi d’abord sur les palais et sur les grands hôtels où les salons sont très vastes; mais presque aussitôt, en vertu de l’accélération nouvelle introduite dans le gouvernement des chiffons, la haute et basse bourgeoisie s’est attachée à des métrages d’étoffe impossibles, de sorte qu’il a suffi de deux ou trois femmes pour encombrer les petites pièces où nous vivons. 11 faut que l’industrie en prenne son parti, et cela est assez dur; l’épidémie de la mode, qui au-
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trefois était lente et partielle, est désormais générale et foudroyante. Je ne voudrais pas exagérer la valeur de ces petites causes, qui produisent quelquefois de très grands effets, et qui sont certainement pour quelque chose dans les perturbations que subissent depuis si longtemps nos industries de luxe.
On nous dit tous les ans que la crise diminue, qu’il y a une détente, et tout aussitôt on nous déclare que nous retombons en pleine stagnation. La vérité est qu’il y a une crise, une longue et douloureuse crise; mais qu’on l’exagère singulièrement. La baisse des prix est certaine, la diminution du travail ne l’est pas, tout au contraire. La 4e section de la Commission permanente des valeurs de douane, présidée par M. Natalis Rondot, a comparé le travail de nos industries textiles en 1876, 1877 et 1878, à la période triennale de 1867, 1868 et 1869. Elle a laissé de côté l’année 1879, dont elle n’avait pas les chiffres définitifs; et voici les résultats de cette enquête, dirigée par un homme très compétent et très exercé.
La France a consommé, en moyenne, par année, de 1867 à 1869 :
Soie . 2,980,000 kilog.
Laine . 96,300,000
Lin, chanvre et jute . 69,900,000
Coton . 98,000,000
Soit 2/17,000 tonnes de matières textiles.
Elle a consommé en moyenne, par an, de 1876 à 1878 :
Soie . 3,5oo,ooo kiiog.
Laine . 122,680,000
Lin, chanvre et jute . 73,660,000
Coton . 89,900,000
Soit 289,000 tonnes.
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La consommation de coton a diminué de 8,100,000 kilogrammes ; en revanche , il y a augmentation de 5 7 0 , 0 0 0 kilogrammes sur la soie, de 26,180,000 kilogrammes sur la laine, de 23,54o,ooo kilogrammes sur le lin, le chanvre et le jute. Tout compensé, la consommation s’est accrue de 4s, 000 tonnes, ou de 1 5 p. 0/0.
Ainsi, dans la seconde période, nos usines ont transformé 42,ooo tonnes de matières premières de plus que dans la période 1867-1869. L’augmentation sur la soie, la laine, etc., est considérable; il n’y a de diminution que pour le coton, et cette diminution ne s’explique que trop aisément par ce fait, que nous avons perdu, avec l’Alsace, i,4 00,000 broches et 3 0,0 00 métiers à tisser.
Au point de vue de l’exportation, l’accroissement pour la seconde période est de 12 p. 0/0.
Tissus de soie .
Tissus de laine .
Tissus de lin, chanvre et jute.
Tissus de coton. . . .
3,52o,ooo kilog.
1 3,3oo,ooo 4,7 1 0,000 8,260,000
2,950,000 kilog.
35,55o,ooo
Il faut toutefois reconnaître que, de 1 875 à 1879, l’exportation a diminué d’année en année :
1875. . /u, 900,000 kilog.
1877 . 38,ooo,ooo
Natalis Rondot, Rapport fait au nom de la àc section de la Commission permanente des valeurs en douane, 1880, p. i3.
Le travail n’ayant pas diminué, ayant au contraire augmenté, on doit en conclure que la différence doit être absorbée par la consommation intérieure. Il est juste aussi de tenir compte de ce que le nombre des étrangers qui visitent la France, y séjournent et y font leurs achats, va chaque jour en croissant; que par conséquent un très grand nombre de tissus sont exportés sans être déclarés à la douane, et cette observation est vraie surtout pour l’année 1 878.
Enfin, aux quantités de matières premières transformées par nos manufactures, il convient d’ajouter les quantités importantes quelles utilisent en bourre de soie, déchets, étoffes renaissance, etc,
Les peaux d’animaux ont toujours joué un grand rôle dans le vêtement. Il semble plus naturel de se couvrir de la peau d’un animal, après l’avoir lavée et assouplie, que de filer de la laine , de détacher les fibres d’une plante , de les filer, et de faire un tissu avec ces fils.
Nexilis ante fuit vestis, quam textile tegmen M.
Même chez les peuples primitifs qui connaissent l’usage des étoffes, les peaux de bêtes sont encore employées, parce quelles sont chaudes, quelles résistent à la fatigue et à la durée, et qu’on peut les acheter à bas prix ou se les procurer par la chasse. Les peaux sont quelquefois employées presque à l’état brut. Tannées, corroyées, ver-
(1) Lucrèce, liv. V, v. 1847.
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nies, mégissées, elles deviennent relativement un objet de luxe. Certaines fourrures rares atteignent des prix très élevés. Lorsque les hommes se revêtaient de fer, ils portaient, par-dessous les cuirasses, des habits de peau de daim et de peau de buffle. Les cuirasses enveloppaient l’homme tout entier pendant le moyen âge; puis on porta des corselets de fer, des heaumes, toujours avec la jaquette de peau de buffle par-dessous. Ces vêtements épais survécurent pour la guerre, la chasse et les voyages, à l’emploi du fer. Jusqu’à la Révolution française, c’est à peine si Ton comprenait un cavalier sans la culotte et la jaquette de buffle ou de daim tout au moins. La culotte persévéra même de nos jours. On la regardait si peu comme un vêtement grossier réservé aux charretiers et aux soudards , que sous le roi Louis-Philippe elle faisait encore partie de l’uniforme des officiers généraux. Les héros étaient habillés, depuis le col jusqu’à la ceinture, de beau drap d’Elbeuf tout chamarré de broderies d’or. A partir de là, on ne voyait plus que de la peau et du cuir, des culottes en belle peau blanche, des bottes à l’écuyère d’un noir resplendissant, remontant par-dessus les genoux.
C’est dans ce mâle costume, peu fait pour les damerets, qu’on assistait aux revues et qu’on allait à la cour. Ainsi le dicton populaire de ce vieille culotte de peau v avait son origine très authentique dans le costume des officiers et des soldats. On trouve encore, dans les pays restés fidèles aux uniformes historiques, des gendarmes ou des dragons revêtus de cet honorable vestige de l’antiquité. En dehors de l’armée, la culotte de peau n’est plus portée que par quelque jockey ou par les chasseurs à courre. Nous nous efféminons un peu. La botte à l’écuyère et même la botte proprement
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dite, la demi-botte, comme on l’appelait en 1820, nous rappellent à présent des idées vagues de carricks et de manteaux à collets d’astrakan. Le brodequin lacé avec des rubans de cuir ne sert plus qu’aux facteurs ruraux. Nous portons, comme les dames, des bottines de cuir verni ou de maroquin. C’est tout au plus si l’on retrouve la botte en Hongrie ou en Russie, chez les paysans ou les moujiks. Les laboureurs en portent quelquefois chez nous, pour marcher derrière la charrue dans la terre fraîchement remuée.
Mais si l’industrie des cuirs et peaux a perdu la jaquette et la culotte de buffle, si elle ne fabrique plus de bottes ni de demi-bottes, ni ces bandoulières de blancheur immaculée que soldats et gardes nationaux portaient autrefois croisées sur la poitrine, et qu’on appelait par excellence des buffleteries, elle s’est prodigieusement développée pour les fournitures de la carrosserie et de la sellerie, ainsi que pour la chaussure et la ganterie. Sans parler ici du commerce des fourrures, qui n’a rien de commun avec l’industrie des cuirs et peaux; commerce qui s’étend des articles les plus rares et les plus magnifiques, vendus au poids de l’or, jusqu’à la vulgaire «peau de bique» et à la peau de mouton dont s’affublent les montagnards; qui comprend les manchons, les pelisses, les pèlerines, les doublures de manteaux et de pardessus, les couvertures pour lits et pour voitures, les tapis de pied; qui, tout récemment, fournissait aux armées des quantités innombrables de colbacks et de bonnets à poil, et qui tient encore sa place dans la chapellerie par les bonnets fourrés, bonnets et casquettes de voyage, etc. ; sans parler, dis-je, de cette belle et aristocratique branche de commerce, les usages industriels de la peau et du cuir se sont accrus dans des proportions consi-
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dérables, en même temps que le nombre des gens qui portent des souliers et celui des gens qui vont en voitures, voitures privées, voitures publiques, voitures de chemins de fer. La qualification de cr va-nu-pieds » sera bientôt, comme celle de cr culotte de peau», un archaïsme. On ne marche pas les pieds nus , et même on ne porte pas de sabots , quand on peut avoir des bottines pour 7 francs et de forts souliers pour 4 francs ou 3 fr. 5o cent. On ne fait pas ses courses à pied, à moins que ce ne soit pour son plaisir, quand on peut prendre un omnibus ou un tramway, et se faire porter rapidement à 5 kilomètres, pour i5 centimes.
Tous les pays du monde avaient envoyé des souliers et des bottines à l'Exposition. Là comme partout, et peutêtre même d’une façon plus frappante que dans la plupart des autres industries , 011 remarquait les deux pôles opposés du progrès, c’est-à-dire l’excès du bon marché et l’excès du luxe. On réussit presque partout à faire des chaussures inusables et à les vendre à des prix fabuleusement réduits. C’est encore la confection qui a produit ce miracle. C’est elle qui achète en grand, dans les pays où les prix sont les plus bas; elle qui a des ouvriers à Tannée, quelle paye moins cher parce quelle leur évite les chômages; elle qui peut appliquer dans ses ateliers la division du travail ; qui trouve les procédés nouveaux , par exemple , la substitution de la chaussure vissée à la chaussure cousue; elle enfin qui emploie les outils perfectionnés, les machines-outils, et qui commence à se servir de la vapeur. A côté de cette riche et populaire industrie, la cordonnerie de luxe multiplie ses chefs-d’œuvre, et c’est encore là que la France se retrouve. Ni les Allemands, ni les Belges, ni les Américains, ni les Russes, ni même les Anglais, n’auraient jamais produit telle
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paire de bottines, qu’on voyait posée sur un coussinet brodé, dans une vitrine toute spéciale, et qui inspirait à tous les passants les mêmes rêves qu’à l’amant de Gendrillon. Les Anglais et les Autrichiens avaient beau multiplier les rubans, les broderies, les innombrables petits boutons, les ganses adorables, les talons effilés, les doublures de satin; l’artiste parisien triomphait sans aucun de ces auxiliaires, par la simplicité, la correction, la grâce, et même, si on peut le dire, en si coquette matière, par la sévérité de son goût. Il faut bien que ce mot s’échappe, parce que c’est le cri de la vérité: le Parisien et la Parisienne sont les premiers artistes du monde pour habiller l’humanité des pieds à la tête. Voyez plutôt la ganterie. L’Angleterre est peut-être le pays du monde où l’on porte le plus de gants, parce que les gentlemen anglais en consomment plus que les gentlemen des autres pays; quant aux femmes de toutes les nations civilisées, c’est un de leurs privilèges d’avoir toujours les mains fourrées dans une peau de mouton cousue; l’Angleterre, consommant beaucoup, fabrique beaucoup et fabrique bien; elle a de belles peaux, bien solides et bien teintes; elle excelle dans les doubles coutures, qui ont rendu le gant anglais célèbre pour le voyage et pour le turf. La Belgique aussi est en progrès; elle avait une exposition charmante. Mais si vous confondez le gant belge, anglais ou viennois, avec le gant de Paris ou de Grenoble, vous n’êtes pas dignes de porter une de ces frivoles merveilles ou de chausser la pantoufle parisienne de Cendrillon.
Der rière le gant et la chaussure, il y a l’industrie qui prépare les cuirs et peaux, comme il y a, derrière les modistes, la fabrique de Saint-Etienne, et derrière les couturières, les immenses manufactures de Lyon, de Reims, de Rou-
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baix. M. Ernest Mercier, le rapporteur du jury international, fait à la France une assez belle part dans toutes les branches de cette industrie. Nous tirons nos cuirs à semelles (outre la production indigène) de T Amérique centrale et méridionale, des Indes, de l’Australie; mais les cuirs à semelles les plus beaux et les mieux tannés sont incontestablement les cuirs français tannés à l’écorce de chêne d’après les procédés anciens, qui exigent un séjour prolongé dans les fosses. Les Etats-Unis emploient principalement l’hemlock. Comme ils payent les cuirs frais 20 p. 0/0 meilleur marché qu’en Europe, et l’écorce du chêne ou de l’hemlock 60 p. 0/0 ou même 70 p. 0/0 au-dessous des prix européens, ils peuvent vendre leurs cuirs tannés au rabais, en France, malgré les frais de transport, d’assurance et de commission. Notez bien que nous trouvons l’Amérique partout, et quelle est partout en progrès. Nos produits dans la tannerie sont, sans aucune comparaison possible, supérieurs aux siens; mais elle peut s’améliorer, elle le fera, et dès aujourd’hui, grâce à l’abondance des matières premières, elle bat tout le monde par la modicité de ses prix.
Nos cuirs corroyés pour chaussure, sellerie et machines sont, en 1878, comme aux expositions précédentes, les mieux travaillés. L’Angleterre est très près de nous, et peutêtre sur le même rang, pour la sellerie fine; la Belgique, pour courroies de transmission, cuirs à cardes, cuirs pour lithographie et pour manchons de machines. La France, la Belgique, l’Autriche, la Bohême, excellent à produire la vache corroyée; la supériorité, pour cet article, appartient pourtant à une ville de Bohême, Adlerkosteletz. Le cuir de Russie, tanné à l’écorce de bouleau, et qui sert principalement à la gainerie fine, se fabrique presque exclusivement
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à Ostzachkov (Tver), dans l’usine célèbre de T. Savine, et défie jusqu’ici les contrefaçons et les concurrences.
L’industrie des cuirs vernis pour chaussure, carrosserie, équipement militaire, est une industrie essentiellement parisienne. L’Angleterre, la Belgique, avaient de belles expositions. Le Canada et l’Australie exposaient des vaches vernies pour capotes, industrie nouvelle dans ces deux pays, et qui arrivera rapidement à y restreindre les importations européennes.
La France avait exposé des maroquins en couleur qui, sous le rapport du tannage, de la corroirie et de la teinture, ne laissaient rien à désirer. Les Anglais ont accompli de grands progrès, depuis 1867, dans ce genre de fabrication. Les maroquins en couleur sont employés principalement pour la reliure. La France a exposé des chevreaux noirs, dorés et glacés, pour chaussure, article nouveau, qui jusqu’ici lui est spécial, et dont la production a décuplé depuis l’Exposition de 1 867. M. Mercier cite une maison qui en produit plus de 60,000 douzaines par an. Il signale aussi une autre nouveauté, mais celle-là nous vient de l’Australie. Une maison de Sydney a envoyé des peaux de kanguroo, bien travaillées, très répandues dans le pays et d’un usage excellent. Des tentatives sont faites en ce moment pour importer ce produit en France.
Les peaux mégissées servent à la ganterie ou à la chaussure. La France, l’Allemagne, l’Italie, la Suisse, l’Espagne, fournissent surtout les peaux de chevreau et d’agneau destinées à la ganterie, tandis que celles qui sont destinées à la chaussure proviennent surtout de Russie, Transylvanie et Servie. Cette industrie fait de grands progrès, surtout en France. Elle a son principal siège à Annonav, qui vend les
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peaux préparées aux fabricants de gants. Quelques grands fabricants de Paris et de Chaumont commencent à joindre une mégisserie à leur principale exploitation, et si l’on en juge par les débuts, la réunion des deux industries doit amener les plus heureux résultats. Le chevreau et le veau, mégissés pour chaussure, se fabriquent en France, et surtout à Paris, avec une véritable supériorité.
Les peaux chamoisées qui servaient surtout aux jaquettes et culottes, à la ganterie militaire, à la buffleterie, ont un peu disparu du marché, sous l’influence du déplacement de la mode. La Suède fabrique encore des peaux de renne chamoisées qui servent à des usages multiples dans les pays du Nord. Les cuirs hongroyés s’emploient surtout pour harnachement; les meilleurs sont de fabrication française. Le parchemin, qui a servi longtemps au même usage que le papier, est aujourd’hui très peu en vogue. 11 s’emploie pour reliures de livres et de registres. La parcheminerie était une belle et grande industrie, quand elle avait , en France, pour chef suprême , le recteur de l’Université de Paris; mais elle est complètement déchue de son ancienne gloire. Ce n’est plus guère qu’un souvenir. Si I on veut voir de magnifiques vélins, ce n’est pas dans les expositions, c’est à la Bibliothèque nationale et au château de Chantilly qu’il faut les chercher.
A présent que nous avons parlé des peaux et des étoiles, de la façon dont on les fabrique et de celle dont on les emploie, il nous resterait encore bien des chapitres pour épuiser la matière inépuisable du vêtement; d’abord le chapitre des chapeaux : chapeaux de soie, chapeaux de laine, chapeaux de castor, chapeaux de paille ; et les boutons : boutons d’or, de corne, de nacre, d’écaille, de soie, de laine, boutons d’uniformes, de chasse, de livrée, boutons
de chemises, boutons de manchettes; et les bretelles et les jarretières; et les ombrelles, les cannes, les parapluies; et enfin le grand luxe, la broderie, la dentelle, le bijou, l’éventail. La dentelle était placée dans la classe 36, qui comprenait les dentelles à la main, les dentelles à la mécanique et les tulles brodés, les broderies blanches, de couleur, d’or et d’argent, et les passementeries. La France, l’Angleterre, la Belgique, l’Autriche et l’Allemagne sont les grands pays de production de la dentelle. Nous avons en France des dentelles de grand luxe, qui sont celles d’Alençon, et des dentelles très répandues sur tous les marchés du monde pour leur bon goût et leur bas prix, ce sont les dentelles du Puy en Auvergne. Caen et Bayeux produisent de magnifiques dentelles noires. Presque toutes les Valenciennes se fabriquent à présent en Belgique. La dentelle de Malines a aussi émigré et ne se fait plus qu’à Anvers et Louvain. La dentelle d’Angleterre a été très insuffisamment représentée à l’Exposition. On recherche les dentelles anciennes; c’est par affectation d’archaïsme; car le travail de nos dentellières actuelles n’a pas moins de perfection. Cet élément incomparable de la toilette n’a rien perdu de sa beauté; mais il devient de plus en plus cher et plus rare, à mesure que les imitations se perfectionnent et que le progrès des mécaniques diminue le nombre des ouvrières à la main.
C’est M. Duvelleroy qui a rendu leur vogue aux éventails, en employant la peinture, la dentelle, les plumes. On fait à présent, comme au siècle passé, des éventails qui peuvent soutenir la comparaison avec les meilleurs tableaux de genre, et qui sont à leur place dans une exposition des beaux-arts et dans un musée. A un degré très
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inférieur, on fabrique des éventails d’un goût exquis, vendus à très bon marché. L’usage en est redevenu général. Le centre principal de cette industrie est dans le département de l’Oise. La Chine et le Japon, où les hommes eux-mêmes quittent rarement leur éventail, ont inondé nos marchés d’éventails communs, livrés presque pour rien, et qui ont pourtant un certain cachet.
L’orfèvrerie, qui formait à 1 Exposition la classe 2Ù, sert à la parure des appartements, comme la joaillerie et la bijouterie servent à la parure de la personne. Il aurait fallu parler de l’orfèvrerie à propos de l’ameublement; mais j’ai mieux aimé la rapprocher de la bijouterie, non seulement parce que les deux industries emploient les pierreries et les métaux précieux, mais parce que de très grandes maisons d’orfèvrerie fabriquent en même temps des bijoux. L’orfèvrerie a tenu une place importante à l’Exposition. L’Angleterre y a conservé son rang; la Russie s’est fait un genre à part; les artistes français se sont particulièrement signalés. On admirait dans les vitrines des cabinets, des surtouts de table, des services de thé, des vaisselles plates, des aiguières, et une grande quantité d’objets qu’on peut classer sous le nom d’orfèvrerie d’église. L’introduction des procédés Ruolz et Elkington, en diminuant le coût de la matière première, a répandu l’usage des grandes pièces d’argenterie, autrefois réservées aux princes et aux financiers. Les premiers artistes ne dédaignent plus l’art où Benvenuto Cellini a excellé, et qu’ils avaient peu à peu délaissé pour le bronze et le marbre.
Les maisons françaises ont eu de grands succès. Il faut citer, parmi les lauréats, deux maisons de Paris, la maison Ghristofle et la maison Fannière; la maison Odiot, aussi de
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Paris; la maison Tiffamy, de New-York; Sasikofï, Awtchinnikow, de Moscou. Pour l’orfèvrerie d’église, les maisons Armand Cailhat, de Lyon, et Poussielgue-Rusand, de Paris. Quelques artistes, comme je le disais tout à l’heure , sont à la fois orfèvres et bijoutiers; il y a lieu de signaler parmi eux M. Fannière, qui, à côté de ses grandes pièces d’orfèvrerie, exposait des bracelets, des parures ornées d’émaux et de pierres fines d’une grande maestria et d’une délicatesse extrême; M. Froment-Meurice, très digne cette année de son passé glorieux ; M. Emile Philippe , qui prend rang parmi les maîtres de la bijouterie parisienne.
La maison Christofle a obtenu un grand prix. Cette maison, qui fournit de l’argenterie à toutes les tables avec une telle profusion qu'on dit presque indifféremment cr argenterie Christofle ri ou « argenterie Ruolz », est, en même temps qu’une usine formidable par la quantité de ses produits, un atelier d’orfèvrerie, où les beautés de l’art, comme dans le bouclier décrit par Ovide, surpassent la richesse des matières employées. Les surtouts, les candélabres, les pendules, les jardinières, les coffrets, où l’or, l’argent et le bronze s’assouplissent, où les pierreries étincellent, sont tantôt des créations nouvelles, pleines de grâce et d’originalité, tantôt la reproduction fidèle d’anciens chefs-d’œuvre. Le rapporteur de la classe âù, M. Rachelet, se plaît à décrire particulièrement la bibliothèque offerte à Pie IX. 11 constate, avec tout le monde, que c’est une merveille; et pourtant, il lui fait un reproche, c’est qu’en voyant ce meuble admirable, on n’en devine pas d’abord la destination. Le reproche est fondé; la faute s’explique. L’artiste a fait une bibliothèque, puisqu’on y mettra des livres; il a fait aussi un reliquaire, puisqu’on y déposera les bulles de
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riminaculée Conception. Faites des reliquaires aussi somptueux que vous voudrez; mais n’enchâssez pas les livres dans l’orfèvrerie. Ils sont faits pour être lus et consultés. Il suffit que le meuble qui les contient soit digne de contenir un trésor; il n’est pas à propos qu’il soit un trésor lui-même et qu’il détourne sur lui l’attention.
La joaillerie et la bijouterie appartenaient, comme de raison, au groupe du vêtement. Elles y formaient la classe 39, qui a eu pour rapporteur M. Martial Bernard. Le rapporteur, qui est très compétent comme artiste, possède en même temps l’érudition de son art. C’est un mérite très fréquent parmi les artistes et les industriels parisiens; et pour ne citer qu’un ou deux de mes collaborateurs, M. Saunier connaît parfaitement l’histoire de l’horlogerie; M. Martinet, celle de l’imprimerie. Il y a bien des industries dans l’industrie de la bijouterie; M. Martial Bernard en compte huit. D’abord la joaillerie, ou l’art de monter et d’assortir les pierres précieuses; puis la bijouterie d’or, où le dessin et la ciselure dominent et n’emploient les pierreries qu’à titre d’auxiliaires; la bijouterie d’argent, qui a deux sortes de clients principaux, les dévots et les fumeurs, parce qu’elle fait surtout des briquets et des reliquaires; la fabrication d’objets d’art, très voisine de l’orfèvrerie; la bijouterie en doublé, en doré; la joaillerie d’imitation; la bijouterie d’acier. Il ne faudrait pas croire que les trois premières classes travaillent seules pour les riches; bien des femmes, dontl’écrin est garni de diamants, achètent aussi des bijoux d’imitation par passe-temps, par caprice, par amour du changement. Plus d’un, parmi ces bijoux, serait digne, par la perfection de l’exécution, d’être taillé dans l’or et orné de perles ou de diamants véritables. Il y a aussi Iç
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bijou de deuil, dont le jais est la matière la plus usitée. On emploie le jais naturel en Angleterre; en France, on se sert de préférence d’une imitation du jais en émail ou en verre.
La joaillerie et la bijouterie françaises sont recherchées dans le monde entier; Paris est même devenu le principal centre de la vente du diamant et des perles fines. Il le doit surtout au goût de ses artistes. Les diamants sont venus se vendre à l’endroit où l’on sait le mieux les enchâsser et faire ressortir leur éclat.
Quoique les vitrines de tous les pays fussent remplies de chefs-d’œuvre, les premiers joailliers et les premiers bijoutiers de l’Exposition étaient certainement ceux de Paris; mais les premiers bijoux étaient ceux de l’Inde. Le prince de Galles avait exposé, dans la galerie de verre, un rêve des mille et une nuits. On montrait aussi les diamants de la couronne. On les montre à présent tous les cinq ou dix ans, quand il y a une exposition à Paris. A la fin de l’exposition, on les renferme dans leurs écrins, on place les écrins dans des armoires, sous de triples serrures, on ferme hermétiquement toutes les portes, et toutes ces richesses dorment là, pendant cinq ou dix fois trois cent soixantecinq journées, sans donner à qui que ce soit même une seconde de plaisir.