INTRODUCTION
Nous pouvons, à notre époque, opposer l'assistance publique et l’assistance privée ; d’abord, parce que ce ne sont pas les mêmes personnes qui en ont la direction et, ensuite, parce que leurs établissements ont un régime juridique différent.
Il n’en a pas toujours été ainsi ; si de nos jours nous pouvons constater une dualité d'assistance entre l'Etat et les particuliers, cette dualité ne se manifestait que par la personne charitable : les gouvernants donnaient, les particuliers aussi, mais il n'existait pas d'établissement de bienfaisance ayant les caractères de ceux qui existent au XX° siècle ; l’assistance publique n'était pas érigée en administration ; le roi secourait les pauvres comme les citoyens eux-mêmes, mais il n’existait pas de rouage administratif spécialisé.
Ce n’est guère qu’au XIXf-siècle qu'est née, dans le sens moderne que nous lui prêlons, l'assistance publique.
% Xk #
Athènes n'était pas seulement la première cité de la Grèce par le génie de ses politiciens, de ses poètes et de ses soldats, elle reconnaissait aussi ses devoirs d'assistance et respectait les institutions qui, fondées dans le but de subvenir à des nécessités sociales, sont l’expression de ce qu’il y à de meilleur dans le cœur humain. ;
Elle recueillait les orphelins et les enfants naturels. Elle prodiguait ses soins et sa générosité aux femmes et aux enfants des soldats morts en combattant pour la patrie sans laisser à leurs survivants les moyens d'existence. Elle organisait des secours publics temporaires ou permanents pour les pauvres, alimentés par les offrandes faites aux Dieux dans les sacrifices. Les blessés eux-mêmes étaient l’objet des bienfaits de la République. C'est Pisistrate qui le premier Imtroduisit l’usage de nourrir aux frais de l'Etat les soldats blessés. A cette époque ancienne, que nous avons tendance à mépriser, à tort du reste, l'Etat était généreux. Les libéralités étaient distribuées sur les décisions du Sénat et d’après un rôle men-
nee
suel des personnes à secourir. L'Etat d’ailleurs n'avait pas le monopole de ces générosités. Les particuliers se disputaient l'honneur de venir en aide aux classes nécessiteuses. C’est ainsi que sur l'initiative et avec l'argent des riches personnages, Athènes fit élever des chauffoirs et des bains publics. Athènes fut une nation humaine.
Rome l’imita. Témoin, l'exemple fameux de Numa Pompilius qui, pour apaiser la révolte et tourner vers l’agriculture les indigents, partagea entre les pauvres les terres conquises sur l'ennemi. À quatre reprises différentes, les Rois de Rome partagèrent les terres conquises et même celles de la Couronne. Puis vinrent alors les Gracches, dont il est inutile de rappeler les générosités qui consistaient à vendre à vil prix du blé au peuple. Distributions de vivres et d'argent qui diminuèrent peu à peu les maîtres du monde et, de ce peuple, firent le rendez-vous de la pègre de toutes les nations. À ce sujet, Tacite s’écrie « Quand on compte sur les autres et non pas sur soi-même pour vivre, l'industrie doit diminuer et la misère s’accroître ». C’est ainsi que l’excès, même dans la générosité conduit à la ruine 320.000 pauvres sur une population de 650.000 âmes.
On assista à ce specfacle inouï : « tous les fainéants, tous les mendiants, tous les séditieux de l'Italie étaient attirés à Rome par ces distributions quotidiennes ». Aurélien, non content de distribuer de lhuile et du porc régulièrement, voulut en outre donner du vin. Le peuple ne désespérait pas de se voir accorder gratuitement du gibier et de la volaille. Les veuves et les orphelins étaient exonérés d'impôts. L'Etat donnait nourriture et habillement.
Les riches avaient adopté un autre mode d'assistance, Ils accordaient aux pauvres la sportule, Puis naquit l'institution des clients ; le patron mettait à la disposition de ses clients, anciens plébéiens, pauvres recueillis, son crédit, son influence, son expérience des affaires, sa bourse même. C'était une sorte de tutelle officieuse gratuite.
Des institutions de protection de la jeune fille, d'éducation des enfants étaient en honneur ; dans ces établissements, les jeunes filles et les enfants étaient nourris, logés, défrayvés de tout.
On voit avec quelle prodigalité Rome secourut les malheureux. Elle commit même la grosse erreur d’être trop bienfaisante. Ce qu'elle croyait être un bien, un devoir, finit par