‹ Extension de la Capacité Civile des Associations Privées de BienfaisanceChapitre 3 sur 34 · RITES · texte numérisé non relu

RITES

l’anéantir. Les prodigalités, les largesses de ses Rois corrompirent la nation. L'Etat détourna du travail le peuple qui pourrit dans la dépravation.

L'Eglise s'aperçut que cet excès de générosité faisait plus de mal que de bien. Sa grande œuvre charitable consista dans le redressement moral du pauvre ; elle supprima la mendicité qui aboutit à la paresse. Elle créa des établissements pour l’apprentissage des métiers aux jeunes indigents. La foi et le travail pouvaient seuls sauver notre race.

Il ne suffit pas pour être un chrétien de croire aux dogmes qu’elle enseigne, il faut que sa foi soit vivifiée par des œuvres donner aux pauvres c'est donner à Dieu, parce que les pauvres sont les membres même du Christ, tel est l’enseignement des Livres Saints. Le mobile n'est pas la solidarité humaine, mais simplement la charité. Une phrase exprime cela admirablement : « Je donne pour l’amour de Dieu et le salut de mon âme et de celles de mes parents, »

L'Eglise est à la base de la charité : nous n’en sommes plus ici à ces distributions gênantes et odieusement politiques des chefs romains ; l'Eglise fait de la charité un devoir et exige que son ordre soit exécuté avec simplicité. Toutes les libéralités faites aux pauvres sont faites à elle. L'Eglise se place ainsi entre eux et les donateurs. Le contrôle de tous les biens des pauvres appartient, à cette époque, à l'Eglise. Elle n’en à point la disposition, mais elle doit les gérer en conformité avec les intentions des fondateurs. C’est l’Evêque, Chef de l'Eglise dans son ressort, qui a ce contrôle sur tous les établissements charitables installés dans son diocèse. L'Evêque peut nommer un homme d'église qui s'occupera spécialement de ces établissements, mais la haute direction lui revient, il a le droit de les «visiter », c'est-à-dire de les inspecter.

L'Eglise ne s’est pas contentée de dire « soyez charitable, faites des libéralités », elle à accepté, en outre, sur ses biens, au profit des pauvres, une lourde hypothèque. Une part de ses revenus est affectée à ceux-ci « Cura pauperum ». Les miséreux ont done un droit sur les biens de l'Eglise (environ le quart), droit qui porte sur ses immeubles et sur la dime. Cette hypothèque s’appellera plus tard, « l'hospitalitas ». En plus de cette obligation, l'Eglise fait généralement des libéralités, des aumônes.

Les monastères aussi étaient soumis à l’hospitalité. Ainsi le monastère de Saint Denis fit bâtir l'hôpital de Saint Denis. Is

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sont assujettis, en plus, à une obligation : la réception des pauvres de passage ; les moines doivent entretenir une « salle des hôtes », dont la direction est confié à l’un d'eux appelé « hospitalier ».

C'est ainsi que l'Eglise fit construire deux grandes sortes d'établissements charitables : les Hôtels Dieu et les léproseries. Dans les premiers tous les pauvres malades étaient soignés par les frères et les sœurs. Dans les seconds, seuls les lépreux avaient accès. Cette maladie extrêmement grave et contagieuse s'était développée, aux XII° et XIII° siècles, d’une manière obscure et constituait un fléau grave pour toute l’Europe occidentale. Il fallait isoler les lépreux et les soigner. C’est l'Eglise qui, une fois de plus, se dévoua. En 1255 on compte 2.009 léproseries, Nous savons cela par le testament de Louis VIII, lequel laisse « Cent sous à chacune des 2.000 léproseries de France ». L'ordre qui se dévoua tout spécialement aux lépreux, fut celui des « chevaliers de Saint Lazare de Jérusalem » qui créèrent la maison de Saint Lazare laquelle, de nos jours, à une autre destination.

Au Moyen Age, l'Eglise était la « Maison des pauvres ». L'Etat, l'administration, n'avait pas de contrôle. Et nous savons que l'Eglise pouvait recevoir des dons et legs comme il lui plaisait. La confiance de l'Etat était absolue. D'ailleurs, elle ne l’a Jamais trahi...

Certes, l’indigence ne fut pas supprimée, malgré les efforts de l'Eglise, mais les résultats heureux se firent vite sentir. Dorénavant ce ne sera que vers ceux qui seront vraiment malheureux que vont se pencher les esprits charitables et que va se porter la générosité de nos princes.

La charité de Saint Louis était proverbiale. [I a comblé de bienfaits l'Hôtel Dieu de Paris qui avait été fondé par un évêque tout près de son église, Il créa l'établissement des Quinze- Vingts. I fit des libéralités à toutes les œuvres charitables.

François I” (1) créa pour ainsi dire la législation sur l’assistance ; 1l pouvait maintenant la laïciser, les bases étaient devenues saines. Grand esprit et grand cœur, ses secours portaient là où il le jugeait nécessaire et portaient bien. Des hôpitaux, des établissements de secours aux vicillards, aux fillesmères.

(1) En 1544, il crée un bureau central des pauvres qui pourra percevoir sur tous les riches une taxe d’aumône. En 1545, il fait ouvrir des ateliers de travail.

Le un

Henri IV (1) et Louis XIV (2) continuèrent avec leur cœur légendaire pour les miséreux l’œuvre si bien entreprise par François I°.

Tous ces grands Rois, il est vrai, furent admirablement secondés par les âmes généreuses. C’est dans la sagesse que les riches et l'Etat se disputaient l'honneur de venir en aide aux miséreux ef aux déshérités de la nature et de la société.

Louis XIV, comprenant que l’aumône était plus nuisible qu'utile, l’interdit, L'intelligence était devenue l’auxiliaire nécessaire de la générosité.

Dans le tourbillon de la période révolutionnaire, l’assistance ne fut point perdue de vue. Dans la déclaration du 24 Juin 1793, art. 21, on peut lire « que les secours publics sont une dette sacrée et que la société doit la subsistance aux malheureux, soit en leur procurant du travail (innovation de l'Eglise), soit en assurant les moyens de subsister à ceux qui sont hors d'état de travailler ».

Des décrets, en 1793, eurent pour objet

1) des secours à accorder aux enfants, aux vieillards et aux indigents ;

2) la formation des rôles de secours ;

3) l’organisation des œuvres de secours.

La mendicité est interdite. Dans chaque département est ordonnée l'ouverture d’un registre sous cette dénomination « Livre de la bienfaisance nationale ».

Des foules d’autres mesures furent prises durant la période post-révolutionnaire jusqu’à nos Jours.

De ce léger historique que nous venons de tracer, nous pouvons tirer diverses conclusions : Les Rois étaient, non seulement les meilleurs soldats, les intelligences les plus profondes, mais encore les cœurs les plus nobles : Saint Louis, Charlemagne, François I°, Henri IV, Louis XIV, autant de noms qui

(1) C'était les laïcs qui tenaient les hôpitaux et hospices sous le contrôle très serré de l'Etat. Il donna ordre aux habitants des villes de nourrir les pauvres incapables de travailler, Il créa une « Maison Royale » pour recueillir les gentilshommes officiers ou soldats vieillis ou blessés au service.

(2) Il sut donner un développement à l'assistance par l’heureuse direction de la combinaison de l'assistance publique et l'assistance privée. Il excita l'esprit de générosité chez les riches. Il créa l'hôpital général qui ouvrit ses portes aux mendiants, entretenu par des quêtes, des dons, par des taxes prélevées sur les théâtres. Cet hôpital avait son siège à la Pitié ; parmi ses annexes la maison et l'hôpital de Scipion, la Maison de la Savonnerie, Bicêtre et plus tard la Salpétrière,

en sont les plus belles illustrations. Ils comprirent que s'ils tenaient leur couronne de Dieu, il fallait qu’ils viennent au secours des hommes miséreux ; la charité qui est prêchée par les religions est un moyen de gouvernement certes, mais le plus louable et le plus beau.

Un Roi même ne peut gouverner que s’il est approuvé par son peuple et obéi par lui. Ge n’est pas toujours dans la politique qu'il trouvera cette communion d'idée ; c’est sûrement dans la charité, dans la bienfaisance, qu’il touchera les cœurs de ses sujets et qu'il recueillera et leur respect, et leur admiralion, et leur amour.

L'idée essentielle que nous avons tirée de cet historique, c'est que tout gouvernement doit être charitable. Nous n'avons pas été les seuls, en France, à comprendre cela. Si nous nous retournons de chaque côté de nous, si nous regardons pardessus nos frontières, nous constatons ce même état d'esprit. Le cœur n’est pas français, il est mondial.

Prenons trois pays voisins, l'Angleterre, l'Allemagne et la Belgique.

L’Anglais s’est vite aperçu que c'était un devoir aussi bien pour la Couronne que pour les simples particuliers de se pencher sur les pauvres. L'assistance joue un très grand et très beau rôle chez nos amis d’outre Manche. La bienfaisance est pour ainsi dire un dogme politique. Il est vrai que la nécessité fait souvent la loi.

La haute direction des affaires d'assistance appartient au « Local Government Board ». Ce ministère — car c'est un ministère — est un des principaux, pour ne pas dire le principal organe administratif anglais. Il est l'annexe du ministère de l'Intérieur. Il siège à Londres. Le comité directeur se compose théoriquement du Lord Président du Conseil, du Lord du Sceau Privé, du Secretary of state, du Chancelier de l'Echiquier, d'un Président et de deux Secrétaires. (Rien que par la composition de ce grand Conseil de Direction, nous pouvons juger de l’importance qu'il tient dans la vie politique anglaise). Il est vrai que ceux qui y consacrent tout leur temps ne sont en fait que le Président secondé de deux Secrétaires. Ce ministère de l’Assistance, le « Local Government Board » à des pouvoirs absolus. Il donne des « ordres » non seulement à Londres mais encore dans les provinces et il à créé un service d’ « inspection » pour contrôler l'exécution de ces « ordres ». Nous sommes en présence d’une centralisation extrême. Le « Poor Lour »

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d'Elisabeth fit de la paroisse l'unité administrative de l’assistance. Unité locale. Puis par un souci de rendement meilleur en 1834, nous voyons apparaître la « Poor Lour Unions ».

Le motif qui inspira chez nous les Syndicats de Communes est le même que celui qui créa cette union de paroisses. À la tête de chaque union se trouve le bureau des gardiens composé de fonctionnaires bénévoles. Les ressources de la « Poor Lour » sont constituées, principalement, par une taxe des pauvres. Cette taxe qui est, en réalité, un impôt, s'appelle la « Poor rate ». « Impôt local, direct spécial, absolument distinct des impôts d'Etat » (Emile Chevalier). Evidemment, cette taxe n’est pas sa seule ressource ; il faut v joindre des subventions et d'autre part un système que nous n’avons pas chez nous : le remboursement, si possible, par les assistés ou leur famille.

D'après ce schéma, l'on peut se rendre compte de l'importance que tient en Angleterre l’assistance publique. Et si nous regardons l'assistance privée, nous sommes obligés de constater que son rôle dépasse souvent celui de la « Poor Lour ». Les bureaux sont plus nombreux, spécialisés et disposent de capitaux plus élevés. Les grandes associations, comme par exemple l'Armée du Salut, la Church Army, la société de Saint Vincent de Paul, s'intéressent à tous les genres de secours. Ces grandes associations tirent leurs revenus des donations (1), de cotisations de leurs membres, etc... Elles sont très riches et très prospères.

L'assistance privée se manifeste sous diverses formes de secours : secours en nature, en vêtement, en abri et diverses facilités (c'est ainsi que la Church Army, notamment, envoie gratuitement à la campagne ou au bord de la mer pendant les mois d'été des enfants et des femmes miséreux ; c’est ainsi que certaines associations distribuent, toujours gratuitement, des billets à prix réduit sur les compagnies de chemin de fer).

Dans la seule ville de Londres, pour prendre un exemple, la charité privée dépense annuellement environ six cents millions de francs. Et on peut constater qu'un habitant sur vingt est secouru grâce aux efforts combinés de l'assistance publique et de l'assistance privée.

Franchissons maintenant le Rhin et nous constatons en Allemagne le même développement de l'assistance publique et privée, puis une collaboration intensive de ces deux modèles de secours aux miséreux.

(1) Conf. Annual Charities Register and digest,

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