Hallucinations de l'odorat et du sroût. — Les haïîucina
tions de l'odorat et du goût ont surtout lieu au début de la folie et dans la période la plus aiguë de cette maladie. Les cas où elles persistent isolées à l'état chronique sont plus rares. En voici cependant quelques exemples.
Un aliéné dont j'ai déjà eu occasion de parler croyait pendant le choléra sentir partout une odeur de mort qui lui révélait la présence de cette maladie.
« Le choléra, dit-il, sévissait alors dans Paris de toute sa fureur. J'affirme qu'à cette époque en parcourant cette ville, feus des sensations très distinctes de sa présence, et que tout ce que la science a écrit ou observé de ce fléau n'est point conforme à la vérité. En voici deux preuves, et j'en pourrais citer plusieurs autres. Quelques jours après être sorti du lieu dont je viens de parler (un hospice d'aliénés), c'était à l'époque de plus grande mortalité, je dînais seul dans ma chambre et j'étais tout entier à cette opération. Tout-à-coup je fus frappé d'une odeur de mort, et je sentis à ma droite comme une ombre qui m'approchait. Quelques jours après je partis pour Bordeaux. A Orléans et dans toutes les villes de la route, je sentis In même odeur de mort à un degré proportionné aux ravages que le choléra faisait dans chaque localité. Arrivé à Bordeaux, je ne sentis rien ; le choléra n'y était pas encore. Un soir, à la nuit tombante . la croisée étant ouverte, je me metsà genoux, appuyé négligemment sur le lit, pour faire la prière du soir; tout-à-coup je sentis tomber sur mes épaules, venant de la croisée, quelque chose qui me saisit comme l'eût fait un homme en y posant les deux mains.... Cette sensation disparut en s'écoulant par les pieds, en quelque sorte comme l'on quitte un caleçon, etc. (i). »
J'ai connu une dame qui était continuellement obsédée par une odeur infecte, qu'elle croyait s'exhaler de son corps. Elle demandait avec instance qu'on ne s'approchât pas d'elle, et elle ne manquait pas de se reculer dès qu'on voulait le faire. Un jour
(1) Histoire d'un fou guéri deux fois malgré les médecins et une fois sans eux.
qu'Esquirol l'engageait à se promener dans un jardin potager, elle refusa, craignant, disait-elle, de faire mourir les plantes par l'odeur empestée qui s'exhalait de toute sa personne.
C'est à des hallucinations et à un délire de même nature qu'il faut rapporter ce que dit dom Calmet de certains hommes « qui endommageaient tout ce qu'ils regardaient, même jusqu'aux mamelles des nourrices, qu'ils faisaient tarir, aux plantes, aux fleurs, aux feuilles des arbres, qu'on voyait se flétrir et tomber, et qui n'osaient entrer en aucun lieu qu'ils n'avertissent auparavant qu'on en fît sortir les enfants, les nourrices, les animaux nouveau-nés, généralement toutes les choses qu'ils pouvaient infecter par leur haleine ou par leurs regards (i). »
Autant les illusions du goût sont fréquentes, autant les véritables hallucinations de ce sens sont rares. Rien de plus commun que de voir les aliénés sous l'influence des troubles variés de la digestion, se plaindre qu'on mêle à leurs aliments du vitriol, du mercure, des cantharides, de la terre, du plâtre, des humeurs; de les entendre répéter que tout ce qu'ils mangent a un goût de pharmacie. Dans tous les cas de ce genre, les malades transforment des impressions réelles par suite de leur délire; ils n'ont que des illusions du goût. Il n'y a guère que dans la monomanie religieuse, dans l'extase, qu'on rencontre des faits qui semblent devoir être rapportés aux hallucinations de ce sens, et encore estil difficile de se prononcer sur la nature même du phénomène.
Les extatiques, non seulement sont inondés par des odeurs de myrrhe et d'encens, mais encore ils savourent des mets délicieux; ils sont nourris d'une manne céleste, etc. On sait que les sorciers, quand ils assistaient au sabbat, prenaient part à des festins splendides, qui cependant, comme beaucoup en convenaient dans leurs interrogatoires, n'apaisaient ni la faim ni la soif.