‹ Extrait d'un mémoire intitulé Des hallucinationsChapitre 8 sur 49 · DE PLUSIEURS SENS · texte numérisé non relu

DE PLUSIEURS SENS

Klle entend continuellement des voix qui l'insultent, ou bien qui lui racontent des choses tristes: ces voix lui répètent, pal exemple, que sa mère est morte, etc.

On lui envoie des odeurs d'enfants pourris; elle a aussi souvent senti l 'odeur d'arsenic -à plein nez.

Cette femme ne mange que du pain, parce que la viande et les légumes ont un goût d'arsenic.

Enfin elle reçoit des coups sur la tête, sur les membre»; on lui donne des crampes dans les jambes, des sueurs glacées, «1rs catarrhes; on lui retire son haleine, et on lui fait porter le sang à la tête, ete.

«J'ai vu, dit Marc, dans une maison de santé de la capitale, un homme déjà âgé, qu'un revers de fortune avait rendu mélancolique. Depuis plusieurs années, il n'avait pas proféré une parole, et sa seule occupation consistait à flairer et à lécher les murs de sa chambre, ainsi que le seuil de sa porte, quelquefois pendant des heures entières, sans qu'on pût s'expliquer le motif d'une action aussi extravagante que pénible, et dont la fréquence ainsi que la durée avaient laissé des empreintes profondes et nombreuses sur les cloisons en plâtre du lieu qu'il habitait. Plusieurs fois déjà, pendant mes visites, je l'avais interrogé sans succès sur les motifs d'une conduite si étrange, et qui ne pouvait inspirer que le dégoût et la compassion, lorsqu'un jour. ayant l'air de ne pas le remarquer, je demandai à un surveillant d'où provenaient les taches et les excavations à la fois sales et nombreuses que j'apercevais sur les murs. A notre grand étonne ment, le malade rompit le long silence qu'il avait observé jusqu'à ce jour pour me dire : / ous appelez cela des lac/us sales, des excavations. Vous ne voyez donc pas que ce sont des oranges du Japon? Quels fruits délicieux! quelles couleurs, quelle odeur, quelle saveur admirables!

»Ët le malade de se mettre à respirer et à lécher avec un redoublement d'ardeur. Dès lors tout fut expliqué, et le pauvre, malade, que jusque là j'avais plaint comme le plus infortuné des

3 6-i HALLUCINATIONS RÉUNIES DE PLUSIEURS SENS.

hommes, était, au contraire, très heureux, puisque les hallucinations les plus agréables des sens, de la vue, de l'odorat et du goût lui procuraient des jouissances continuelles (i). »

54. De l'ordre dans lequel les hallucinations de plusieurs sens se succèdent. — Les hallucinations des différents sens se trouvent souvent associées deux à deux, trois à trois, et d'après des circonstances qu'il est difficile d'apprécier. M. le docteur Pressât a cru remarquer que les fausses perceptions sensorielles se succédaient chez le même malade dans l'ordre suivant : hallucinations de la vue ou de l'ouïe, de l'odorat, du goût et du toucher. «De manière, dit-il, que les dernières ont toujours entraîné celles des sens précédents : ainsi l'halluciné de l'odorat l'est ajis&i de la vue et de l'ouïe; l'halluciné du toûchèFgenéral l'est aussi de la vue, de l'ouïe, de l'odorat et du goût en même temps (2). »

L'observation faite par M. Pressât me paraît vraie en général , mais l'incertitude qui règne le plus souvent sur la nature des fausses perceptions de l'odorat, du goût et du toucher, laissera toujours quelque doute à ce sujet. Ainsi, si on rangeait parmi les hallucinations du toucher beaucoup de sensations accusées par les hypochondriaques, et dont il est impossible de découvrir le point de dépari, la loi établiepar M. Pressât cesserait d'être vraie ; ces fausses perceptions existant, en effet, très souvent isolées de celles des autres sens. Il en est quelquefois de même des hallucinations de l'odorat, et j'ai cité plus haut (46) deux exemples de ce genre.

55. Influence de V association des idées sur les fausses perceptions sensorielles qui affectent en même temps plusieurs sens. — Quand il existe des hallucinations de plusieurs sens, ces hallucinations ont ordinairement entre elles des rapports étroits. Ainsi, on a pu remarquer dans l'observation rapportée par Marc, que le malade qui voyait des oranges sentait en même temps l'odeur

(1) Marc, De la folie considérée dans ses rapports avec les questions judiciaires. Paris, 1840, t. I, page 191.

(2) Pressât, Observation sur l'absence du ner f olfactif. Thèse, 1834.

RÉSUMÉ DU CMUTIT,!-; PREMIEB. 30:'»

cl fa saveur de ces fruits. Le diable qui apparaît aux. démoniaques laisse après lui une odeur de soufre.

Quelquefois les hallucinations de plusieiu reprodui-

sent des sensations vives antérieures qui ont eu lieu en même temps. J'ai eité aussi plusieurs exemples de ce genre. Une femme reçoit un pot de fleurs sur la tète, et entend immédiatement le bruit que l'ait ce pot en se brisant en éclats sur le pavé. Plus tard, elle sent vingt fois par jour le même coup et entend le même bruit. — Un médecin célèbre, au début de ses études médicales, est vivement impressionné par la tue du cadavre d'un enfant à demi rongé par les vers. Le lendemain, en se levant, il revoit tout-à-coup le cadavre de cet enfant et sent son odeur infecte.

Dans une foule de cas analogues, l'association des idées explique l'existence simultanée des hallucinations de plusieurs sens. Je reviendrai d'ailleurs plus tard sur le rapport qu'Ont entre elles les fausses perceptions sensorielles, en parlant du mode de production du phénomène.

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