‹ Extrait des annales intitulées œuvres de St. Augustin et de Sainte-Monique [microforme]Chapitre 2 sur 3 · LA MISSION DE TOMBOUCTQOU · texte numérisé non relu

LA MISSION DE TOMBOUCTQOU

voix put arriver jusqu’à lui. Son regard les suivit encore aussi longtemps qu'il put distinguer la caravane, jusqu’à ce qu’enfin elle eut disparu à ses yeux dans les profondeurs du désert.

Depuis ce jour, le silence le plus com plet a régné sur la suite de leur voyage Bien qu'ils aient pu faire sans encombre la première partie de leur route, rien ne nous est venu d'eux, ni lettres, ni nouvelles, ni renseignements, même indirects.

Depuis quelques semaines seulement, le bruit de leur mort commença à circuler parmi les nomades qui habitent ie nord du Sahara, mais ce n'étaient encore que de vagues rumeurs.

Aujourd'hui, le doute n’est plus possible. Des chasseurs d’autruches, apparte.

nant aux tribus qui avoisinent In-Salah, ont retrouvé leurs corps à plus de trente journées du littoral, sur les confins Sud du Sahara et en dehors de la route des caravanes, ‘Tout porte à croire que ce

sont les Touaregs noirs ou Jsghers, les plus barbares de tous, qui les ont massacrés.

Nous ne connaissons pas encore tous les détails qui ont accompagné leur mort, mais nous savons qu'ils ont tous trois été décapités. Leur guide a été tué avec eux, mais d'une manière différente. Il était criblé de blessures, sans doute parce qu’il a voulu vendre chèrement sa vie ; mais sa tête n’était pas séparée du tronc.

Quant à nos bienheureux frères, leurs corps ont été trouvés à demi-couchés les uns sur les autres, comme s'ils s'étaient rapprochés pour s’absoudre mutuellement au moment suprême du sacrifice, ou agenouillés pour recevoir les coups de leurs bourreaux.

Le traitement différent infligé au guide et à nos trois missionnaires, indique que ceux-ci ont été massacrés à cause de leur qualité de chrétien, ear dans les habitudes musulmanes, la tête n’est pas d’or-

LA MISSION DE TOMBOUCTOU. il

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dinaire tranchée à un mahométan: ce supplice est réservé au chrétien quand il est mis à mort en haine de sa foi.

L'Eglise prononcera un jour sur ce point ; mais en attendant, rien ne nous empêche, à nous qui les avons vus, au premier sienal du vénérable archevêque, le délégué du Saint-Siége, courir au devant de tant de périls et d'une telle mort, dans lebut unique de porter leur foi à ces peuples nombreux plongés dans de si épaisses ténèbres, rien ne nous empêche, dis-je, de leur donner, dans le sens permis par l'Eglise, le nom sacré de #4a7tyrs !

La mission d'Afrique, après moins de huit années d'existence, a le bonheur de voir le sang de ses enfants arroser déjà les champs de son apostolat. C'est plus qu’une prise de possession : c'est la fertilité qui désormais, va succéder, grâce à eux, à l’aridité du désert. Dans le sillon où ils sont tombés, cette semence géné-

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reuse donnera avant peu, nous en avons la confiance, une abondante moisson.

Aussi la nouvelle de ce triple martyre a-t-elle été accueillie par tous nos missionnaires avec une explosion d'indicible bonheur. L’avoucrai.je ? elle m'a rendu Us car il y a moins de quatre années, j'avais l’insigne faveur de conduire la première caravane de missionnaires qui savançait vers le désert. Deux de ces chers martyrs sont mes compagnons de route d'alors. Je n'étais pas dignes de rester à leurs côtés jusqu’au bout. Nous étions partis ensemble, et le long de cette route que j'avais ouverte avec eux, ils ont déjà cueilli les palmes du triomphe, et moi, je chemine encore, derrière eux et loin d’eux ! Que la volonté de Dieu soit faite, jusqu’à ce que l'on m'accorde enfin la faveur, si disputée aujoyrd’hui par tous les membres de notre société, d’aller prendre leur place au fond du dé- Sert, pour pénétrer au Soudan, ou mourir

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